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Commençons tout de suite un nouvel exercice qui va nous permettre de redécouvrir les secrets cachés de la phrase.
Nous avons d'abord vu différentes
structures de phrase pour ajuster ce que nous voulions exprimer. Ce qui comptait, c'était d'être précis ! Mais parfois, cette précision ne suffit pas, on peut avoir besoin de plus de moyens pour
réécrire. Et si nous inversions maintenant la logique ?
III Déclaration, déconstruction.Dans ce
Troisième Exercice, il va être question de dire tout le contraire de ce qu'on avait voulu dire en changeant simplement la structure des phrases. On part d'un point et on arrive à un autre tout en gardant les éléments de départ. L'objectif, c'est d'apprendre à dire une chose et son contraire en utilisant quasiment les mêmes mots. Par-delà cet exercice, c'est une manière d'apprendre à ne plus laisser des incertitudes s'installer dans le sens des phrases ; car il n'y a rien de pire que les malentendus...
Allons, voici un paragraphe tout ce qu'il y a de plus normal :
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Votre ponctuation me met en confiance. Je ressens la force de vos mots, la tournure de vos phrases, et je gagne un peu plus de sérénité rien qu'à vous lire. S'il fallait choisir entre une bonne assurance et un peu de votre aide, je choisirais votre aide sans hésiter. Mes espoirs se tournent vers vous, ma vie vous est confiée, votre aide est attendue. Venez vite, ce sont mes paroles.Alors, ce qui compte, c'est de pouvoir bien maîtriser les phrases que l'on écrit. Si l'on mélange ses mots, on risque la mésentente. À chaque fois que nous essayons de dire quelque chose, nous devons penser à un lecteur qui ne penserait pas forcément comme nous, et qui pourtant voudrait comprendre ce que nous avons voulu dire, plus encore lorsque nous présentons un
argumentaire. C'est la raison pour laquelle une réécriture est souvent nécessaire : plus le texte est retravaillé, plus il prend de sens.
Les pires phrases sont celles qui disent quelque chose comme : « ce que vous voyez-là est normal et j'ai eu raison de l'écrire ; donc rien n'existe en dehors de ça... »
Ce que j'entends par ce genre de propos, ce seraient des phrases qui montrent qu'un personnage est amoureux en disant simplement « je t'aime » comme si tous les « je t'aime » avaient un réel fondement. Nous devons envisager les
multiples lectures du langage amoureux, tout en cherchant un moyen d'avoir un langage clair. Sans quoi, on oublie tous les lecteurs qui pourraient penser qu'il s'agit là d'un mensonge, tous ceux qui pensent que ça ne veut rien dire, bref ! tous ceux qui pensent différemment.
Ici, je vais chercher quel serait l'exact inverse de ce que j'ai voulu dire, afin de réfléchir aux nouveaux moyens de dire le contraire de ce que j'ai voulu dire en employant presque les mêmes mots :
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Votre ponctuation me met en confiance.Dans cette proposition-ci, je vais aller chercher ce que l'on peut accentuer dans la phrase pour sortir du sens habituel, aller chercher dans l'excès.
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Votre ponctuation me soumet à la confiance.L'idée, c'est d'exagérer le phénomène de mise en confiance au point de devenir un geste qui s'impose, le
narrateur ne se sent plus en confiance par choix mais par obéissance. Là où l'on avait un sentiment de plaisir partagé, on est passé à la parole servile, à l'excès. Ensuite, je vais reproduire cette exagération qui déforme sur chacune des phrases :
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Je ressens le déferlement de vos mots, la silhouette de vos phrases, et je gagne infiniment plus de sérénité rien qu'à vous lire.Soudainement, les images sont devenues grossières, les
termes qui se voulaient doux et flatteurs deviennent dévoués à l'excès et asservis :
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S'il fallait choisir entre une assurance totale ou à peine de votre aide, je supplierais votre aide sans hésiter.Allons, mes phrases prennent des tournures tellement excessives que va se créer un second sens, un sens déformateur. Je suis en train de donner au texte un abus de dévouement, ce qui casse le sens :
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Mes suppliques se tournent vers vous, ma survie vous est confiée, votre grâce est attendue.Un tel déferlement de dépendance pose question, il rend le texte anormal. Ça y est, nous avons quitté la raison, nous entrons dans l'exagération :
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Apparaissez vite, ce sont mes incantations.Alors, maintenant que nous avons ajouté un peu d'excès à ces phrases, voyons ce qu'il en ressort. Il est essentiel que la première version qui se voulait adorable devienne indigeste dans le second envoi :
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Votre ponctuation me soumet à la confiance. Je ressens le déferlement de vos mots, la silhouette de vos phrases, et je gagne infiniment plus de sérénité rien qu'à vous lire. S'il fallait choisir entre une assurance totale ou à peine de votre aide, je supplierais votre aide sans hésiter. Mes suppliques se tournent vers vous, ma survie vous est confiée, votre grâce est attendue. Apparaissez vite, ce sont mes incantations.Il est clair que notre narrateur est fou ! Il y a, dans ces phrases, quelque chose qui déroute. Il y a dans ses mots une telle implication que l'on aurait bien du mal à ne pas le satisfaire. Une chose est sûre, son sentiment a pris une telle ampleur qu'il est devenu presque inquiétant. Ainsi, nous avions d'abord un paragraphe qui semblait faire preuve de ferveur, nous avons maintenant un paragraphe qui fait preuve d'une passion déraisonnable. Nous avions un texte mesuré, nous avons maintenant un condensé d'idées explosives. L'objectif, maintenant que nous avons un nouveau sens qui surgit, est de
justifier cette tendance à l'excès. De cette façon, il faut aller chercher ce mouvement dans chacune des phrases en soulignant leur
particularité : il faut qu'on ait l'impression que cet effet est maîtrisé, qu'il a été recherché volontairement. C'est la raison pour laquelle une troisième phase de réécriture permettra de souligner les nouvelles transformations.
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Votre ponctuation me soumet à la confiance.Ici, je vais aller ajouter un terme qui fait penser que le narrateur n'a pas conscience de son exagération ; ça va me permettre d'introduire le message qui est contenu dans le texte :
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Votre ponctuation, comme vous vous en doutez naturellement, me soumet à la confiance.Voilà, le narrateur est sûr et certain que le (ou la)
destinataire trouve cette soumission à la ponctuation absolument naturelle !
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Je ressens le déferlement de vos mots, la silhouette de vos phrases, et je gagne infiniment plus de sérénité rien qu'à vous lire.Ici, les images sont fortes, elles ont un quelque chose d'imposant. Il ne faut pas hésiter à y préciser la grandiloquence, afin d'équilibrer la lecture (de prévenir le lecteur que cette
démarche est assumée). Pour cette fois, nous allons chercher les moyens de rendre les images plus imposantes encore car ça va désigner la force du narrateur (mais aussi son insatiable expressivité) :
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Je ressens le déferlement inconditionnel de vos mots... la silhouette saisissante de vos phrases... et je gagne infiniment plus de sérénité et incroyablement plus d'optimisme rien qu'à vous lire.Bon, c'est déjà ça ; mais il ressort alors une autre nécessité : celle de préciser que j'ai ajouté cette exagération après une deuxième écriture. Nous devons toujours garder le lien avec l'origine pour suivre le cheminement du début à la fin. Le risque lorsqu'on procède à une phase de réécriture, c'est de perdre le sens original des phrases. Nous avons besoin de ce fil conducteur pour assimiler le sens. Même si nous avons ajouté une seconde lecture en ajoutant un aspect excessif, il ne faut surtout pas perdre la première lecture qui permet de bien comprendre ce que dit le texte à la base. Nous avions un texte dévoué, pour que celui-ci ne se transforme pas en caricature mais garde bien son sens initial, nous allons revenir vers quelque dévouement qui rappelle que l'on n'a pas quitté le sens original :
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Je ressens le déferlement inconditionnel de vos mots... il génère en moi un dévouement... la silhouette saisissante de vos phrases... elle me donne toutes les raisons de vous écrire... et je gagne infiniment plus de sérénité et incroyablement plus d'optimisme rien qu'à vous lire.Bon, les bases sont posées ; se crée alors une question incontournable : pourquoi le narrateur fait-il tant preuve d'exagération ?
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S'il fallait choisir entre une assurance totale ou à peine de votre aide, je supplierais votre aide sans hésiter.Cette phrase-ci a un quelque chose de particulier, telle une profession de foi. Il y a sûrement un moyen d'y glisser le point d'équilibre du paragraphe. Nous allons très facilement y ajouter une profondeur nouvelle en donnant à l'engouement du narrateur toute la place qu'elle a pris lors de la réécriture :
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S'il fallait choisir entre une assurance totale ou à peine de votre aide, je supplierais votre aide sans hésiter ; vous savez maintenant ce qu'il faut attendre de moi, j'y mets toute ma personne.Voilà, en ajoutant une évocation de la lecture, de celui ou de celle qui découvrira ces mots, nous avons offert au lecteur l'idée que cette déclaration sera bien lue, et qu'elle envisage que les mots employés auront un sens sur la lecture. Le narrateur n'écrit pas pour lui-même, mais il écrit pour quelqu'un, il écrit pour être lu. Cette nouvelle structure de phrase, entre une première proposition pleine d'excessivité et une seconde proposition qui apparaît comme étant la signature du narrateur, va nous permettre d'inscrire le caractère endiablé du personnage dans la continuité de la narration. Cet aspect imposant se veut tel qu'il est. Nous disons tout simplement : « Oui, le narrateur affirme son état, il est devenu le porteur d'une certaine déraison. »
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Mes suppliques se tournent vers vous, ma survie vous est confiée, votre grâce est attendue.Je pense que nous avons là un moyen de justifier l'excessivité en mettant l'accent sur cette répétition du vous :
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Vers vous, mes suppliques se tournent ; à vous, ma survie est confiée ; de vous, la grâce est attendue.Bon, le pauvre narrateur, il commence à prendre une tournure sacrément obstinée. Je pense que son personnage se construit sur cette distinction. Nous allons donner encore un peu de volonté à la phrase, il y a encore de la marge à exploiter :
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Vers vous, toutes mes suppliques se tournent ; à vous, mon entière survie est confiée ; de vous, la suprême grâce est attendue.Allons ! Nous entrons dans les
registres de totalité et d'immensité, nous avons quitté la simple déclaration.
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Apparaissez vite, ce sont mes incantations.Je pense qu'il y a moyen d'apporter un peu l'évocation d'une oralité à cette conclusion. Le fait de donner de la voix à son personnage lui donne vie. Parlant d'incantations, je peux me permettre de donner à la phrase une dimension parlée :
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Apparaissez vite... Apparaissez vite... Oh ! Ce sont mes incantations.Bon, un dernier point pour conclure l'exercice : puisqu'il y avait un certain dévouement à l'origine, et que celui-ci s'est transformé en exaltation du narrateur, nous allons rappeler le sens original du paragraphe à la fin des paroles :
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Apparaissez vite... Apparaissez vite... Oh ! Ce sont les incantations qui vous confient mon engagement solennel.On avait un paragraphe original qui a pris une nouvelle tournure, le sens premier du texte a été transformé au profit d'une nouvelle apparence. Et nous avons ainsi réussi a modifier la lecture selon nos volontés, le doute n'est plus permis. Maintenant, c'est l'aspect exalté qui est mis en avant. Aucun lecteur ne peut échapper à cette adoration poussée. Regardons immédiatement le résultat :
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Votre ponctuation, comme vous vous en doutez naturellement, me soumet à la confiance. Je ressens le déferlement inconditionnel de vos mots... il génère en moi un dévouement... la silhouette saisissante de vos phrases... elle me donne toutes les raisons de vous écrire... et je gagne infiniment plus de sérénité et incroyablement plus d'optimisme rien qu'à vous lire. S'il fallait choisir entre une assurance totale ou à peine de votre aide, je supplierais votre aide sans hésiter ; vous savez maintenant ce qu'il faut attendre de moi, j'y mets toute ma personne. Vers vous, toutes mes suppliques se tournent ; à vous, mon entière survie est confiée ; de vous, la suprême grâce est attendue. Apparaissez vite... Apparaissez vite... Oh ! Ce sont les incantations qui vous confient mon engagement solennel.En tout cas, le narrateur doit avoir de bonnes raisons d'être aussi insistant, si ce n'est pour renouveler son abonnement téléphonique, sinon je vois mal quelle est la portée de son discours... Peut-être a-t-il quelque chose d'important à obtenir dont il veut s'assurer la possession ?
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