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30 Avril 2026 à 06:47:16
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Auteur Sujet: Scénariste vs Styliste  (Lu 11594 fois)

Hors ligne Milora

  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 10 986
  • Championne de fautes de frappe
Re : Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #30 le: 18 Avril 2016 à 21:56:37 »
T'as bien raison, EloiR, faut se mettre d'accord sur ce dont on parle !

Perso, j'ai répondu par rapport à l'acception de "style" qui semblait ressortir des différents posts des gens avant moi, qui en fait est ce que dit Milena :
Théoriquement il faudrait toujours commencer un débat par une définition des termes :D
Et en effet pour le style à mon avis ça s'impose ^^

Mais j'entendais style au sens très large de : mode spécifique et privilégié d'expression d'un auteur.
Sachant que c'est complexe parce qu'il y a forcément une idée d'artificiel dans le style  :/ un style c'est quelque chose qu'on recherche et qu'on retravail (ce n'est pas quelque que chose qu'on a, ou pas). Mais en sens, on recherche rarement "un" style, on recherche le sien propre  :\? comme si il fallait retrouver à traver notre expérience quotidienne du langage, ce qui fondamentalement n'appartient qu'à soit.

Et :

Aïe.
Essayons avec deux autres mots :
Que dites vous de 'fond' et 'forme' ?
Oui, on en est revenus à parler de ça, sur la fin de la discussion. Mais comme Milena, je trouve que justement, sur fond/forme, c'est là que la question initiale se pose le moins...

Parce que s'il s'agit de tout accepter comme style, d'admettre Marc Levy en Littérature, alors c'est ce que je disais, on participe à l'essoufflement littéraire, adieu le livre et bonjour le cinéma. Soit on parle de Littérature et d'Art, du moins on tend vers cela, soit on en reste au divertissement consommable, ce que l'on voit s'installer au nom de la subjectivité et de la facilité.
Est-ce que tu peux développer ton idée ? :) Parce qu'il me semble voir où tu veux en venir et ne pas être d'accord, mais je veux pas te prêter des idées qui sont peut-être pas les tiennes.
Où tu mets la limite entre "style" (dans la définition que tu as posée) et simple "façon d'écrire non marquée par la patte d'un auteur" (disons-le comme ça) ?
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne EloiR

  • Aède
  • Messages: 198
Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #31 le: 18 Avril 2016 à 22:53:52 »
Alors... Alors d'abord je tiens à m'excuser. J'étais pressé - je le suis toujours -, pressé par mon âge même, son impatience, et tout ce qu'il concède au raisonnable, et j'ai réagi sans forcément que cela soit justifié. J'ai fait quelque chose que je ne supporte pas voir appliqué à moi-même; c'est-à-dire anticiper sur quelqu'un les lacunes que l'on voit trop régulièrement chez d'autres et les lui reprocher. En l'occurence Mister Pim j'ai sûrement trop l'habitude que l'on prenne avec ironie le coeur sévère que je mets dans certaines choses, et j'aurai dû m'abstenir. Si je prends tant de temps à exprimer la complexité des sujets sur lesquels on parle, c'est que je n'aime pas généraliser, faciliter la pensée et la raccourcir, or c'est ce que j'ai fait en te répondant tout à l'heure. Merci en tout cas de ta réponse.

Pour revenir au débat en lui même, et notamment à la question de Milora, ça m'embête de sortir ma pensée de son contexte, de ma vision générale des choses (j'ai, et celui-ci je l'admets volontiers, le défaut de ne rien voir séparément du monde entier), alors je vais répéter ce que j'ai déjà dit sur d'autres fils, et ma réponse en sera certainement excessivement longue. Mais au moins c'est la preuve, encore une fois, que tout est lié, et que chaque sujet ouvert, chaque débat du forum, pourrait être le prolongement d'un autre. Et puis c'est cette qualité de longueur de la Littérature (qui est tant mise à défaut par l'auto, internet et la télévision, par la génération de vitesse que nous sommes), et elle seule, qui permet de comprendre et d'aborder sans être ridicule des questions si complexes. Alors je me permet de justifier en amont ce que je pourrai dire ensuite. J'ai un peu de travail encore, mais je remettrai tout ça dans l'ordre rapidement. Ma réponse arrive.
"Je crois que les efforts humains peuvent faire naître une œuvre."
Peter Zumthor

Hors ligne EloiR

  • Aède
  • Messages: 198
Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #32 le: 19 Avril 2016 à 12:29:22 »
Voilà. Je sais que je vais être long, que ce sera laborieux à lire et qu'il y a des ouvertures sur bien des choses, mais, au risque de me répéter, tout ceci exige un temps de description et d'explication important pour ne rien omettre (et, en l'occurence, je sais avoir oublié bien des choses par impatience et par nécessité, pour le débat lui-même). Je remercie ceux qui prendront le temps de lire ou de réagir, d'autant que, par souci de logique, je reprends en entier mes interventions sur d'autres sujets, et donc qu'il y a une immense part de répétition (mais comme je le dis, tout est lié, et c'est tant mieux). Je précise également que ma pensée n'est pas terminée, complète ou définitive, et que certaines choses mériteraient notamment d'être nuancées et questionnées à l'infini, mais j'ai, dans ma vie concrète, des études et donc un temps limité laissé pour ce genre de chose abstraite.


« La littérature est en quelque sorte une immense question posée au monde et à laquelle les écrivains ne répondent jamais, mais le fait même de poser la question est comme une sorte d’ébranlement salutaire de nos croyances et de nos habitudes. » Roland Barthes.


Le dire de l’écrivain.


S'il s'agit simplement de savoir si l’écrivain - et avec lui son expression artistique ; la Littérature - doit nécessairement s'attacher à "dire quelque chose" ayant une quelconque portée intellectuelle, morale, philosophique, divertissante, ou que sais-je, alors la réponse me semble évidente : non. La Littérature n’est pas réductible au discours, pas seulement, pas en tant que nécessité absolue. Ou bien il faudra nuancer : qu'est-ce qu'un « dire » à proprement parler ? L’esthétique, la symbolique reviennent-elles à ce dire ? Le symbole est-il tout entier intelligible, et à-partir de quand sort-on de cet intelligible ? Mais si vous sous-entendez bien ce que je crois derrière les notions que vous employez pour la plupart, c’est-à-dire grossièrement les termes de « narration », « d’information », ou même « d’engagement intellectuel » de la part d’un auteur, alors on trouvera aisément somme d'exemples (surréalisme, lettrisme... libre ensuite à chacun de les ranger à leur convenance selon qu'ils s'agissent d'Art ou non) qui témoignent de diverses démarches dans la création artistique écrite et qui ne sont pas toujours motivées par un cadre, une circonscription, qu'on qualifierait pompeusement de "volonté de livrer une réflexion".

Pour s'accorder sur le langage que j'emploie, sur ma législation, et pour être entendu clairement de tous : j'appelle Art la "Beauté" naturelle rendue "Sublime" par l'intervention de l'esprit.

Mais cette définition (dans ce qu'elle admet autant que dans ce qu'elle n'admet pas, parce qu'il est évident que, par la nature de son sujet, elle est à la fois imparfaite et incomplète) pousse à prendre en compte l'Homme comme médiateur, comme vecteur, et donc rejette déjà la défense, que je trouve gratuite, de l'idée que la production humaine, ou la création artistique, n'a aucune valeur face aux autoréalisations naturelles et à la structure (pourtant prédéterminée) de l'Univers. Elle ne met simplement pas en cause les mêmes facteurs. Si je vois bien un accord sur cette idée de départ (ce lien supposé entre création naturelle et humaine) c'est sur l'apparition, dans un chaos de signes communs, indépendants les uns des autres, d'une articulation de ceux-ci – autrefois isolés dans leur valeur, qui est par nature limitée et définie -  et qui se font alors symboles, acceptant une part d'inconnu, de mystère et d'incompréhensible, dans une sorte de « plus grand qu’eux-mêmes en eux-mêmes » (en cela le monde est semblable à un langage, et particulièrement celui de la Poésie ; un catalogue de signes connus et acceptés, réduits chacun à leur sens propre, et à rien d'autre - comme une géométrie aux bordures affirmées - depuis lequel se forment des ensembles de symboles donc, qu’on ne peut plus réduire ou identifier seulement à leur sens dans cette géométrie). C'est là où la force (ou la logique de calcul, la raison) de l'esprit humain est ému, surpris, séduit, et est capable de s'attacher à des choses qui ne se limitent pas seulement à « l’intelligible », à un intérêt intellectuel sur l’objet. Et c'est là où l'intervention de l'Homme est nécessaire, comme vecteur d'au-delà, comme "intermédiaire comprenant" autant l'intelligible et son absence, le sens et son revers. C’est pour cela que j’accorde à l’esthétique elle même une indépendance et même une importance particulière ; elle n’est pas qu’emballage, elle est le prolongement de ce qui ne peut plus être qu’intelligent, et la traduction d’une supériorité du tout sur ses parties.

Il y a toutefois une limite à cela, du moins en Littérature : c’est la langue. Si j’admettrai par principe la valeur poétique d’une œuvre que l’on me proposerai dans un langage que j’ignore, je serai moi même (en tant qu’acteur, que « médiateur » comme dit plus tôt) incapable de m’en émouvoir, ni de m’en faire critique. Je passerai pourquoi pas volontiers sur l’aspect esthétique formel de telle ou telle écriture, mais l’inintelligible doit tout de même se plier au lisible, au compréhensible, ou au reconnaissable des signes premiers (comme les lettres, les nombres) que l’on accepte d’abord comme postulat commun dans une culture. La Littérature en est un événement informatif d’une certaine manière (mais pas comme je l’entendais en disant « information » dans mon premier paragraphe) : dans un ensemble de connaissances implicites (la lettre comme signe d’abord, puis la syllabe, le mot, la phrase et la langue toute entière), elle demande un exercice de décodage, de déchiffrage de ses informations pour percevoir a minima une partie de l’intérêt (notamment, et sobrement, linguistique) de l’agencement de telle ou telle phrase. Mais ensuite la portée purement « informative », j’entends cette fois le « sens » globale du texte, le discours du texte, et non plus le texte lui-même en tant que texte, est, elle, facultative, puisqu’au delà l’esprit est capable d’y trouver des intérêts autrement flous et symboliques (il n’y a pas de besoin de comprendre une poésie pour être touché par celle-ci ; ou bien que celui qui comprend tout de Rimbaud avant d’en être ému se signale). Alors un auteur est-il responsable de la réception et de l’intérêt de ces informations là, dans la mesure où elles le dépassent parfois lui-même ? Je ne saurais pas encore le dire, et ce n’est pas mon propos. Je veux simplement dire que la Littérature ne saurait être que calligraphie. De là à rebondir sur la portée artistique des mathématiques, et des sciences en générale ? Je ne sais pas… Y a t-il un style (une manière d’expression qui, comme l’a certes mieux dit Barthes, soit toute entière le synonyme de la biologie de l’auteur) en mathématique ? Peut-on personnaliser son acte, esthétiser de façon intime telle ou telle démonstration scientifique ? Y a-t-il, au delà du « dire » académique, un geste caractérisé qui puisse en lui-même justifier une formule mathématique ? J’ai un doute. Même si la démarche  de recherche, d‘explication, de traduction formelle, et d’apparition, là encore dans un chaos de signes, d’une vérité plus vaste que ce chaos originel peut-être en elle même une démarche poétique…mais réduite parce qu’unique, absolue, objective et scientifiquement quantifiable, du moins me semble-t-il. J’y vois plutôt la relation commune qu’ont les arts et les sciences avec le génie, et je crois assez en la distinction classique entre génie scientifique et génie artistique. Enfin je ne nierai pas en revanche l’aspect graphique et symbolique d’une équation, mais, quand bien même prendrait-on en compte la signification quantitative des valeurs utilisées pour la définir, on se rapproche davantage du dessin ou de la calligraphie comme formulation esthétique spatiale et visuelle, que de la littérature et tout ce qu’elle comprend de complexité mystérieuse. Il nous faudrait par la suite parler de Poésie hors de la Littérature (de poétique dans la Peinture par exemple)…

Je vois, pour revenir à la matière première (la Littérature donc) et pour illustrer mon propos, une similitude particulière avec l’Architecture (qui fait le lien entre sciences et arts dans leurs définitions « classiques », bien qu’il y ait dans l’Architecture elle-même des ombres portées bien plus vastes ; entre Art et non-Art, entre esthétique pure et sciences exactes, avec la gestuelle du vide, etc) : l’Architecture est, comme l’œuvre littéraire, limitée par ce qui est défini. Pour la première il s’agit des lois physiques et géométriques, de nos circonscriptions naturelles (le poids, l’attraction, la tension, les matériaux), pour l’autre les signes communs admis par nos éducations, comme le langage (les lettres), les deux par des cultures, des syntaxes communes. Il est aussi possible (et même évident) de traduire un « vouloir dire », de raconter, soit par une hiérarchisation structurelle, un cheminement, une disposition de matière et de vide et une organisation spatiale rigoureuse, soit par une narration, une histoire, un développement intellectuel de la réflexion, et une organisation de l’esprit dans le texte. On dirait sobrement (et maladroitement) pour chacun qu’ils ont « le signifiant et le signifié », ou bien aussi « la forme et le fond ». Et pour les deux on voit naître, malgré la difficulté de toucher à « l’abstrait », différents courants qui s’émancipent de ces volontés là, ou qui en discutent : la littérature surréaliste, l’architecture déconstructiviste (on pourrait pourquoi pas voir naître une Littérature, une poétique du même nom)… Il s’agit en revanche pour l’Architecture de ne pas tomber dans la facilité narrative, et de ne pas vouloir, par rigueur, faire correspondre textuellement l’usage d’un lieu avec le lieu (le symbole y côtoierai les limites exactes apposées à la construction et y perdrait sa capacité à s’étendre de lui-même hors d’un champ intelligible qu’il possède habituellement). Voilà pourquoi la relation est prédisposée à être plus raffinée lorsqu’il s’agit de déconstructivisme. 

"L'art  n'est pas une enveloppe aux couleurs plus ou moins brillantes chargée d'ornementer le "message" de l'auteur, un papier doré autour d'un paquet de biscuits, un enduit sur un mur, une sauce qui fait passer le poisson. L'art n'obéit à aucune servitude de ce genre, ni d'ailleurs à aucune autre fonction préétablie. Il ne s'appuie sur aucune vérité qui existerait avant lui; et l'on peut dire qu'il n'exprime rien que lui-même. Il crée lui-même son propre équilibre et pour lui-même son propre sens. Il tient debout tout seul, comme le zèbre; ou bien il tombe.
On voit ainsi l'absurdité de cette expression favorite de notre critique traditionnelle: "Untel a quelque chose à dire et il le dit bien". Ne pourrait-on avancer au contraire que le véritable écrivain n'a rien à dire ? Il a seulement une manière de dire. Il doit créer un monde, mais c'est à partir de rien..." (Pour un nouveau roman, d'Alain Robbe-Grillet)

Pour revenir finalement à cette citation d’origine, je la trouve truquée et trop facile. Trop mystique, « soixante-huitarde » et « anti-critique ». Et je fatigue de cet argument brandi, sans démonstration aucune, au nom d’une liberté artistique qui cherche davantage à maquiller ses lacunes en « innovations » qu’à se confronter à sa réalité. Il n’existe pas, particulièrement en Littérature, de « génération spontanée » (on peut imaginer un enfant qui, sans jamais rien n’avoir vu d’autre, se saisisse d’un crayon et trace des formes abstraites, sans le vouloir, mais un enfant ne saurait manier quelque langage sans en avoir eu un exemple plus tôt) ; l’Art s’appuie (et je pense l’avoir expliquer plus haut) sur des signes préexistants et admis en amont, autant que sur la présence de certaines connaissances, plus ou moins intuitives, et on ne peut en faire abstraction totalement. L’artiste est en cela scientifique. Au mieux lorsqu’il réussit peut-il s’employer à y faire naître, à-travers son regard unique, des symboles, un tout plus vaste et brumeux auquel il accordera une importance variable selon son jeu de lumière, son style, et son talent, et dont l’autonomie finira par lui échapper ensuite. Je ne dis pas que tout est déjà terminé, qu’aucune création artistique ne se fait, mais elle ne se fait que partiellement, grâce à la diversité et l’unicité des acteurs qui la font (elle est donc la preuve de cette diversité du monde). Je n’ai en revanche rien vu de novateur au sens strict au cours de l’Histoire de l’Art ; affirmer le contraire, vouloir une émancipation totale de l’artiste sur ce qui le précède me semble d’une prétention et d’une crédulité excessive. Il y a certes oui des changements de points de vues, de réponses, dans les époques mais ce sont toujours les mêmes questions qui se posent au grès des courants et des siècles, délimités par le langage, les outils, les techniques, les capacités cognitives… L’Art au contraire s’appuie sur ce qui est déjà existant et en est même prisonnier. Il ne fait rien de Révolutionnaire, là encore au sens strict, ni ne peut rien oublier volontairement, car il y a filiation historique. Et il en va de même pour l’art moderne qui n’a pourtant comme but (comme but affirmé) que de réduire au mieux les influences limitatives (ou même restrictives si l’on veut), et les définitions de ce qui fut. Mais dans cette démarche même, il ne fait que se justifier par rapport à ce qui fut, et donc il le prend déjà en considération, s’accoude malgré lui à ce qui précède son geste. Le passé pour ceci est un béton structurel inamovible. Prétendre le contraire serait comme prétendre que l’imagination peut se suffire à elle-même, avoir une démarche ex nihilo, or il m’apparaît évident que par exemple un homme né et jamais sorti d’une cellule de prison hermétiquement close serait bien incapable d’imaginer un ciel, une nature, ou quoi que ce fusse de libre parce que rien de ce dont sa chair ou son esprit n’ont fait l’expérience ne le lui permet.

Finalement, et pour inverser, sinon bouleverser, tout ce qui fut déjà dit, et ainsi aller à ce qui aurait pu (dû ?) être l’essence de l’art moderne (comme le Lettrisme le propose) : pourrait-on s’extraire du langage, être libre de toute prédétermination, s’exclure d’une communauté de signes, ou du moins refuser de les associer pour faire sens, et faire œuvre littéraire (et particulièrement poétique) ? Pourrait-on proposer en Littérature une pratique d’expression totale et non plus de copie ? C’est à dire non plus vouloir rompre, ni sortir de prison, mais prendre comme postulat de ne jamais y avoir été, ni ici ni ailleurs (ainsi on évacue la problématique de la filiation historique, et avec elle du prétendument caractère révolutionnaire de l’œuvre) ? Peut-on imaginer que le style - la biologie de l’artiste donc – se fasse point de départ et, s’il ne peut certes se former seul, puisse construire en lui-même une poétique de pure intuition ? Un symbole pourrait-t-il alors se former hors des assemblages de signes qui le composent habituellement ? La Création existe-t-elle dans son sens premier ? J’ai un doute. Car si l’on peut admettre aisément la volonté dans les Arts plastiques, et picturaux notamment, volonté qui correspond sûrement à un possible, de s’échapper de la catégorie même « d’Art », la Littérature me semble elle, pour le moment du moins, ne pas pouvoir l’espérer, car elle est intuitivement véhicule d’un sujet ou d’un sens. On ne pourrait donc détruire le texte par le texte sans faire texte, ni le réduire lui-même à une esthétique absolue. Qu’en est-il alors de mouvements et innovations comme le lettrisme (« Art qui accepte la matière des lettres réduites et devenues simplement elles-mêmes (s'ajoutant ou remplaçant totalement les éléments poétiques et musicaux) et qui les dépasse pour mouler dans leur bloc des œuvres cohérentes. » Isidore Isou Goldstein dans Bilan Lettriste) ?


La Poésie, pour vous, qu’est-ce que c’est ?


(Par plaisir, je reprendrai le mot de Valéry : « La plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague que ce vague même de leur idée est pour eux la définition de la poésie. »)

Au-delà de ces questionnements là auxquels je ne saurai en aucun cas répondre pour le moment se pose donc la question, dans la Littérature, de la Poésie. Qu’est-ce ? À mes yeux, il s’agit de reprendre simplement ce qui a été défini plus tôt pour « Littérature » comme étant « un ensemble de symboles né de signes distincts, prenant alors des sens diverses et non plus uniques, tant dans l’intelligible qu’au-delà ». C’est là où, malheureusement, les limites deviennent floues et où la définition claire et rassurante ne peut plus se faire, car il s’agit d’une troublante question de dosage et non d’un clivage : à quel moment, dans quel geste, dans quel événement d’écriture, l’inintelligible prend-il le pas sur l’intelligible ? Quand peut-on voir que le « dire » de l’écrivain n’est plus que le second plan face au « geste » du poète  (je n’entends pas  par « geste » ses « trucages », mais son « style ») ? Le poète se réduit-il alors à ce geste ? Ce renversement se fait-il vraiment ? L’intérêt des règles classiques de poésie (rythmique, versification, rimes) est, il me semble, de facilité la frontière, en y posant un cadre net ; une sorte de liberté plus forte dans la contrainte. Mais on retrouve chez bien des auteurs une poétique hors de ses contraintes (Céline, pourtant sentencieux dans son dire, y parvient) ; un geste, un style qui tout entier fait appel au médiateur, au lecteur, non plus, ou plus seulement, pour sa capacité de compréhension du texte, mais également pour sa capacité de prise en compte de l’incompréhensible, d’émotion dans le mystère, et d’interprétation de symboles qui dépassent le poète lui-même. J’ai cette vision de la poésie que je qualifierai, pour la tendresse de l’image plus que pour sa justesse anatomique, « d’autiste à rebours » ;  autiste c’est à dire d’objet que l’on pense entièrement contenu dans la lecture intime du monde et la sensibilité de l’auteur comme lieu de naissance, et à rebours c’est à dire d’objet, de symbolique qui (contrairement au signe dont, pour rester aligné avec Barthes, le sens est entièrement consommé à l’instant où il est dit et ne peut donc être poétique), à l’instant de se faire, se surpasse lui-même et avec lui son auteur, pour engager le lecteur puis correspondre de manière diverse aux interprétations, et toucher jusqu’à l’Univers dans son agencement.

Mais il s’agit également de ne pas aller trop loin dans cette vision « universelle » de la Poésie, et avec elle de l’ensemble de la Littérature : elle est définit donc par une langue, la « logosphère » de Barthes, et est contenue en cela dans une société comme n’étant qu’un langage particulier de cette logosphère. La Littérature, si elle contient un aspect mystique, est malgré tout limitée dans celui-ci par son espace, son temps (sa socialité, son rapport au monde et au lecteur), et toutes les données concrètes qui lui permettent d’exister en temps que chose.

Si je n’ai pas répondu tout à l’heure à la question de savoir si l’auteur était, ou non, responsable de ce qu’il écrivait, une autre question me vient préalablement : l’auteur est-il seulement méritant de ce qu’il écrit ? Dans la mesure où l’on entend la formation de signes en symboles comme un événement, et même si l’on accepte comme évidente la place de médiateur du lecteur et de ses interprétations, cette formation pourrait apparaître aussi bien par le fait de l’auteur que par un hasard quelconque, alors comment et à quel moment la conscience de son action permet à l’auteur de s’arrêter sur ses choix, de se forger des expressions et de faire œuvre ? D’abord, je veux poser, et avec cela le détruire, le questionnement sur la capacité du hasard. Une machine, un mécanisme prédéfini peut-il faire œuvre ? Non. Ou en tout cas il ne pourrait faire Littérature (elle pourrait seulement extraire d’elle-même une histoire par assemblage de simples sens prédéfinis). Parce que, et même si parmi un échantillon infini d’essais dans une période elle-même infinie il est probable qu’il produise par hasard l’équivalent d’une œuvre, il sera incapable de considérer son action comme un acte artistique et de sélectionner parmi les expériences celle qui aura une valeur supérieure à sa simple signification « mathématique » objective sans avoir connaissance à l’avance de cette œuvre (reconnaître le texte en tant que texte oui, mais jamais au-delà). Si l’Art prend comme intermédiaire l’humain, l’écrivain (c’est lui qui, mue par la volonté de proposer sa vision, sa diversité, son style, de réfuter dans un premier temps sa préexistence dans les œuvres déjà créées, va faire œuvre originale, avant d’être récupéré par la Littérature elle-même et son fil ininterrompu), il le prend également comme vecteur de sa propre existence ; c’est ce que je disais plus tôt pour réduire la parfois présupposée capacité artistique de la Nature. Elle, comme le mécanisme mathématiquement établi, est incapable de sélectionner et d’interpréter les symboles qu’elle fait naître malgré elle parce qu’elle subi les limites de sa détermination. L’auteur est, lui, susceptible de réaliser cela et, par ses choix, par sa biologie et la traduction qu’il se trouve capable d’en faire (son style), par son regard et sa lucidité, par son travail et sa pertinence, par sa recherche de novation et son originalité, par son existence limitée également et la lutte que cette dernière le pousse à lui faire, par son libre arbitre, retire un mérite de son œuvre. Il est en quelque sorte le sélectionneur, dans un langage général, d’un langage particulier qui se dépasserait lui-même. Il n’en est en revanche pas le seul père (en cela lorsque Barthes défait l’idée de Mallarmé d’un écrivain paternel, d’un « Monsieur gestionnaire », il a raison) : il y a le rôle de possibilité, le langage, le rôle d’acteur et de sélectionneur, l’écrivain, le rôle de véhicule, le texte stylisé, qui atteint une liberté dans le symbole, le rôle du témoin, le comprenant, le lecteur, le rôle enfin de l’objet, du sujet. Et celui-ci, lorsque ce même Barthes parle de Littérature comme fétichisme, est admis comme une projection essentiel parmi toutes ces relations, comme origine et figuration originelles du texte, comme point de départ qui, combiné au moi de l’auteur, accouche d’une certaine nouveauté, d’un anti-stéréotype plus grand que le moi ou que le sujet pris chacun indépendamment.

Malgré tout, je me rangerai dans une certaine hiérarchisation de ces rôles, à la manière de Céline qui voyait en l’histoire une chose assez vulgaire que l’on pouvait trouver partout et répéter (et qu’une machine est capable de mettre en lumière seule, parce qu’il s’agit d’un simple assemblage de sens), tandis que le style était lui une chose rare, qui n’apparaissait dans un corps écrivant qu’une ou deux fois par siècle.

Au-delà de tous ces critères de la Poésie en Littérature, peut-on parler d’une dimension poétique des autres arts ? Peut-on alors projeter ces critères dans les domaines plastiques, et restent-ils les mêmes ? Quelles sont les limites de ce parallèle possible entre un domaine littéraire particulier et les autres pratiques artistiques ? Il faudra ensuite revenir à l’Architecture, comme synthèse entre sciences, arts linguistiques et racontant, arts plastiques…


Scénariste VS styliste


Cette opposition là est, d’après moi, et en plus du reste, à remettre dans un contexte actuel particulier. D’abord le cinéma a libéré, pour la Littérature, la nécessité de raconter : les histoires ont maintenant un autre moyen de passage, un autre véhicule, et les cultures (orales ou écrites) voient naître une autre possibilité de transmission. Il a également fatigué la lecture purement divertissante, en proposant un objet plus simple d’usage pour le spectateur. Ensuite, nos générations connaissent l’essoufflement général de l’éducation littéraire, de l’attention portée à la Littérature comme art lent, exigeant et complexe (en tout cas la tension des choses va vers cet essoufflement), que l’on pourrait (en partie) expliquer par l’ère de la vitesse imposée avec l’automobile, la télévision, internet… Enfin, la volonté actuelle (dictée par la libéralisation intellectuelle et commerciale) de subjectiver les choses, de ne pas critiquer mais de promouvoir, d’individualiser les critères de valeurs pour faciliter, libérer et même encourager la consommation, de pousser chacun à son expressivité propre sans y apposer d’opposition, réduit l’exigence générale et participe à noyer les styles rares et particuliers dans la somme de « création » qui se forme. Bien sûr, il y a des exceptions, tant chez les lecteurs que chez les écrivains, mais dans un système à la fois démocratique (j’entends par là un système où la majorité banalise ses manières) et libéral, ce qui est encouragé, c’est ce qui fait le plus vendre, et donc ce qui se plie à ces défauts là. Tous ces bouleversements expliquent à mon avis le désintérêt porté sur le livre « stylisé », qui se doit de prendre son temps, de dérouler les éléments qu’il met en place (et si je tiens à la définition classique du style, ça ne veut pas dire qu’il se doit d’être « pompeux » ou alambiqué, mais simplement travaillé et torturé pour correspondre tout entier à la réalité de l’auteur), qui, lorsqu’il doit « raconter », ou « dire » exige un effort de déchiffrage, puis de compréhension, et parfois même d’imagination ou d’interprétation, et qui, pour s’élever au-delà d’une simple signification linguistique, réclame du travail et un devoir non seulement pour l’auteur mais pour tous les intervenants déjà cités (sujet, langage, style, lecteur…).

Encore une fois, dans tout ce que je dis, il y a des exceptions. Mais je préfère, pour être assez court, mettre en avant l’extrême (le « tout l’un ou tout l’autre ») et contenir ensuite intuitivement le reste à l’intérieur des limites ainsi définies ou détruites. Et encore une fois, ce que je dis est relativement intuitif (c’est davantage ce que je ressens du monde que ce que j’en étudie), je n’ai pas le temps que j’aimerai avoir pour me construire un avis plus profond et solide, mais en l’état il me semble suffisamment intéressant et cohérent pour le partager et en discuter. Mais si je suis sûr de mes pistes de lecture, de ma grille, j’admets vouloir la pousser et la confronter avec moi-même avant de l’affirmer définitivement. Voilà pour ce qui est des précautions « juridiques » d’usage.

Je pense donc que, hormis quelques volontaires (et sur un forum d’écriture, il me semble évident que vous en faites partie), l’effort littéraire se perd. Après tout, comme le disait Blanchot, la Littérature va « vers elle-même, vers son essence qui est la disparition », et notamment parce qu’elle est encore contrainte par les signes qui la composent en partie, et donc que les possibilités sont d’une certaine manière limitées. L’arrivée, majoritaire, de Marc Levy et de ces semblables témoigne de l’aspect commercial et du manque de succès de choix éditoriaux forts et stylistiques qui, aujourd’hui, ont même du mal à se faire accepter pour obtenir des prix qui devraient pourtant être noblement littéraires. Je ne dis pas qu’il n’y a plus de grands écrivains, ni qu’ils étaient mieux reconnus de leur vivant autrefois, ni même que les succès commerciaux ne permettent pas aux éditeurs de tenter certains paris ensuite, mais simplement qu’on en vient à plusieurs paradoxes : la facilité de distribution, l’accès à l’éducation, devraient élever le niveau et justement permettre une reconnaissance plus rapide des « génies », or ce n’est pas le cas ; la puissance narrative du cinéma devrait pousser l’écriture vers ces forces intimes comme le style, or ce n’est pas le cas. C’est un constat cruel et particulier à notre époque.

Dans tout ceci, et pour revenir sur l’axe principal de discussion, je tiens à garder la définition classique de « style ». C’est un postulat pour lequel je me bats. Je n’admets pas que l’on ne hiérarchise pas. Céline, ce n’est pas Bernard Werber. Yann Moix (s’il a des limites stylistiques) ce n’est pas Marc Levy (pour m’acharner un peu). Dire le contraire serait une concession trop facile contre l’esthétique. J’entends que tous réalisent un travail d’écriture, et que l’on apprécie les uns ou les autres (et cela étant l’origine du débat, il n’y a rien à y redire, chacun aura sa préférence), mais il s’agit dans ce cas de bavardages tandis que le sujet profond réclame une réelle discussion et traduit des enjeux sociaux ; notre goût ne doit pas détruire notre sens critique (ne serait-ce qu’envers nous-même, et Baudelaire, grand critique, en est une parfaite illustration), et le sujet, encore une fois, me semblait avoir des sources bien plus complexes dans tout ce qu’il demande comme définitions et explications. Tout n’est pas subjectif, et je pense avoir assez expliqué ce qui faisait l’originalité de la Littérature, sa force, et ce qui définissait le « dire » d’un auteur et son « geste ».

Au-delà des contours temporels du débat, il me semble donc que l’intrigue, le « scénario » à proprement parler est un assemblage des signes du langage dans ce qu’ils contiennent d’intelligible (et en cela sa valeur créative est limitée, malgré sa valeur de support ou de soutien, sa valeur d’intérêt, sa valeur fétichiste), tandis que le style est l’atteinte du symbolique (de l’intelligible premier et de l’inintelligible) dans le langage particulier de l’auteur, ce dernier étant dépassé lui-même par les interprétations et la vie propre de ce langage une fois qu’il est prononcé. Mais tout le monde ne détient pas cette capacité, et ce malgré tout le travail accompli. Je ne crois pas à cette idée que chacun contient en lui un Picasso, ou un Proust. Si, certes oui, « sans technique un don n’est rien qu’une sale manie », alors j’ajouterai que sans don la technique n’est rien de plus qu’elle même. Quelle est la limite entre un style réussit, universel, et une « façon d’écrire non marquée par l’auteur » ? La question me paraît encore une fois bien compliquée. Il faut déjà poser comme fait qu’il n’existe pas d’écriture neutre. Chacun, que ce soit brillamment ou médiocrement, s’engage dans la sélection qu’il fait dans le langage commun, et décide de l’agencement qu’il réalise. L’acte d’écriture est donc par essence stylisée, au sens large, oui. Mais elle l’est plus ou moins bien. C’est l’intérêt des codes classiques de lecture, qui permettent de raisonner sur un sujet en apparence subjectif mais qui, et il serait ridicule de le nier, met en jeu des acteurs ayant une valeur profondément différente (Victor Hugo, Proust, Céline, Flaubert, Bernard Werber, Tolkien, Marc Levy…). On notera d’ailleurs que si la Littérature est un art lent, elle l’est d’autant plus que le temps lui-même permet de sélectionner la valeur et la durabilité de ce qui la compose ; les grands auteurs étant grands, partiellement, à-travers leur passage dans les époques.
« Modifié: 19 Avril 2016 à 12:31:55 par EloiR »
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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #33 le: 19 Avril 2016 à 12:58:12 »
J'ai lu ton intervention... Pfiou...
Maintenant je laisse d'autre commenter, car là tu m'as noyé sous un tsunami de mots tel, que j'ai l'impression de n'avoir rien compris.
Avec des Si on fait de la musique monotone...

Hors ligne Mister Pim

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #34 le: 19 Avril 2016 à 13:25:21 »
C'est vrai, comme dit vinz, qu'il y a à boire et à manger dans ce que nous propose l'ami EloiR, mais je retiens ceci pour ma part :

Il me semble donc que l’intrigue, le « scénario » à proprement parler est un assemblage des signes du langage dans ce qu’ils contiennent d’intelligible (et en cela sa valeur créative est limitée, malgré sa valeur de support ou de soutien, sa valeur d’intérêt, sa valeur fétichiste), tandis que le style est l’atteinte du symbolique (de l’intelligible premier et de l’inintelligible) dans le langage particulier de l’auteur, ce dernier étant dépassé lui-même par les interprétations et la vie propre de ce langage une fois qu’il est prononcé.

Et tout de suite j'ai l'image du pêcheur. Le scénario, c'est-à-dire le squelette d'un livre, serait l'hameçon. Le style, c'est-à-dire le sang, serait l'appât, la bouillette, la croquette. Un auteur peut pêcher avec un hameçon standard, du moment qu'il a préparé une bonne pâte bien appétissante, il prendra du poisson. Et cette pâte (ou patte) demande des années et des années de préparation.
« Modifié: 19 Avril 2016 à 13:28:46 par Mister Pim »

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #35 le: 19 Avril 2016 à 18:51:33 »
vinzWallbreaker, merci d'avoir déjà pris la peine de lire. Je pense que si l'on veut traiter des sujets, il faut s'étaler un peu (je l'ai déjà dit et répété). Mais j'entends que la longueur et la lourdeur de ma réponse puissent décourager ou désorienter, et j'en suis désolé.

Mister Pim, je vois où tu veux en venir dans l'image que tu proposes, et si les images trouvent vite leur limite dans ce genre de sujet complexe, je la comprends. Mais dans ce cas l'appât (le style) n'a qu'un rôle de maquillage, d'esthétique, d'emballage, "d'en plus de" ? Je ne crois pas que ce soit le cas, et j'ai plutôt expliqué (pour rester sur ton idée) que le style était le pêcheur lui-même, et le scénario (grossièrement) serait simplement la présence des poissons. On peut aller à la pêche sans poisson, mais leur présence entraîne un plaisir fétichiste, un enjeu concret dans l'acte même de la pêche. Le pêcheur fait lui le choix du lieu, de ses gestes et de ses outils parmi ce que les techniques possibles lui permettent de faire.
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Peter Zumthor

Hors ligne Mister Pim

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #36 le: 19 Avril 2016 à 19:03:07 »
Oui, EloiR, je vois.
Mais j'ai pris la pâte alimentaire (l'appât) pour donner l'image de matière.
Le style est une matière qui se pétrit comme la pâte.
Si j'avais pris le pêcheur lui-même, c'est-à-dire le pêcheur qui se pétrit lui-même, cela aurait fait masturbatoire comme image. Ceci dit, encore une fois, sans ironie.
:)

Hors ligne EloiR

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Re : Scénariste vs Styliste
« Réponse #37 le: 19 Avril 2016 à 19:22:39 »
Je suis pointilleux, et même maniaque, c'est tout. Mais je n'ai fait que présenter ma vision des choses, maintenant si cette image te correspond, sur le fond, je pense qu'on est d'accord Ceci dit, bien des styles (des mauvais) peuvent être considérés comme masturbatoires... Mais je suis d'accord sur le principe oui, et je comprends le décalage fait du coup dans l'image, par précaution.
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