Je vous montre un petit, qui n'a rien d'original, mais je ne suis pas très inspiré en ce moment

Pierre décida brusquement de s'asseoir sur le banc qui faisait face à la rivière, pour se reposer un instant. Sa journée l'avait épuisé : il se sentait faible et défaillant ; ses mains tremblaient en même temps que son estomac criait famine. Jamais il ne s'était sentit aussi misérable, aussi seul qu'en cette belle après-midi de Mai. Devant lui, la rivière coulait doucement, en un bruit caressant. Autour de celle-ci s'élevaient de grands chênes verdoyants, à travers lesquels le soleil perçait à flots, revêtant la surface de l'eau d'une nappe d'or. Pierre, harassé, ne voyait pas la beauté de la nature. Il gardait les yeux fermés ; son front ruisselait de sueur ; il respirait péniblement. Sa vie lui semblait infernale, insoutenable. Il vivait seul, hélas ! depuis de longues années. Que faire? Peut-on concevoir une vie sans tendresse, sans amitié, sans but? Doit-on continuer d'espérer et de vivre quand on sait que personne n'est la pour nous soutenir? Toutes ces questions se pressaient en foules dans son cerveau malade. Il ne voyait plus de solutions. La seule pensée de regagner son appartement étroit, désert, glacial, méphitique et crasseux ; le seul fait de regagner son lit abandonné, sombre et ténébreux, suffisait à faire monter en lui une angoisse incommensurable, qui nouait sa gorge et brouillait sa vue. Il avait envie de se jeter à l'eau, et de se laisser mourir. "Pourquoi pas" se disait-il, "au point où j'en suis!"
Le lecteur a certainement compris que notre homme se trouvait alors dans cette situation où, par certaines circonstances aussi tristes qu'incompréhensibles, se trouvent parfois des hommes intelligents, solides et instruits ; ces personnes ont semblent-il tout ce qu'il faut pour réussir et s'élever aussi bien socialement que spirituellement ; et pourtant, suite a certains évènements qui viennent sans crier gare frapper leur existence et détruire leur personnalité, ces êtres sensés dépriment, s'irritent, tempêtent, pleurent, se suicident..... Tout cela meurtrit et défigure la société, que nous avons l'habitude de considérer comme charitable et compréhensive.
Hélas! un grand nombre d'hommes souffrent en silence. Dans le cas de Pierre, nous dirons qu'il se sentait emporté et noyé par les évènement incontrôlables qui avaient successivement frappé sa vie. Il se souvenait du divorce de ses parents, de la solitude mordante qui l'avait entouré durant ses années d'étudiants, et enfin de son échec professionnel, qu'il venait de subir le matin même. Cette circonstance avait achevé de le rendre dépressif. Sa poitrine se déchirait en de sourds sanglots, qu'il tentait de toute ses forces de contenir. Soudain, au moment il allait éclater, un bruit de pas hâtifs retentit tout près de lui, sur sa droite. Il entendit un rire juvénile, suivit d'un aboiement. Inconsciemment satisfait de trouver un prétexte pour oublier sa mélancolie, Pierre tourna la tête et s'arrêta, éberlué. Ce qu'il vit, il ne savait encore s'il devait l'attribuer à un songe, à un mirage ou à une apparition ; toujours est-il qu'il se trouvait en présence d'une toute jeune fille, assise sur un banc, qui réprimandait gentiment un grand labrador d'une voix mielleuse et attendrissante. Un rayon de soleil pénétra brusquement les beaux cheveux bruns de l'adolescente, qui blondirent comme des fils d'or. Ses grands yeux verts et ingénus semblaient jeter des éclairs, ombragés seulement par de longs cils noirs et délicats. A travers sa bouche de fraise, presque enfantine, l'on voyait apparaitre de belles dents blanches et saines, qui contrastaient singulièrement avec le teint basané de son visage et de ses bras. Ajoutez a cela qu'elle riait sans cesse, d'un rire pur et juvénile, en secouant ses belles épaules.
Pierre admirait ses mains délicates, qui se perdaient dans le pelage doré du labrador ; il en était presque jaloux. Enivré, il se pencha insensiblement en avant ; un sourire distrait se dessina sur ses lèvres. Il avait oublié toute sa mélancolie.
Pendant ce temps, la jeune fille s'était aperçu de l'insistance avec laquelle cet inconnu la regardait. Elle jetait de temps a autres de brefs regards dans sa direction, où perçaient une pudeur enfantine, accompagnée d'une méfiance instinctive. Elle se sentait enveloppée du désir de cette étranger ; elle devint nerveuse. Soudain, elle se leva, fronça les sourcils et s'éloigna lentement. Pierre la couvait toujours d'un œil de flamme.
Quand il ne la vit plus, son ivresse retomba brutalement. Son mal de crâne se manifesta de nouveau ; puis une peine profonde lui déchira soudain les entrailles. Il regarda l'eau. La jeune fille était partie. "Que faire, se disait-il, se jeter, ou vivre seul"?
L'image se l'adolescence repassait devant ses yeux, comme un spectre qui le hantait............