Aller, voici la fin. J'espère que ça ira, elle n'est peut etre pas aussi peaufinée que les deux autres parties...
Partie 3 :Ils marchaient depuis des heures. Le soleil était sur le point de disparaître derrière l’océan d’herbes hautes. Ils n’avaient pas rencontré âme qui vive de toute leur traversée. Pire, le vent s’était considérablement renforcé, et les bourrasques projetaient à présent des nuages de poussière et de pollen aux visages du petit groupe.
- On pourrait peut-être prévoir de se mettre à l’abri ? suggéra Stephan en criant pour couvrir le gémissement du vent.
- Ha oui ? Et où ? lui répondit du tac-au-tac Rik, le chef des soldats.
Leur marche forcée dura une bonne partie de la nuit. Tous étaient à bout de force, et chaque pas prenait des airs de torture dans l’esprit de Dris.
Puis, assez brusquement, le vent disparut, comme un courant d'air persistant sur lequel on ferme enfin une porte.
- Quelqu’un pourrait m’expliquer ce qui vient de se passer ? demanda la plus jeune des femmes en desserrant légèrement la sangle de son arme - anxieuse, visiblement.
Stephan haussa les épaules, penaud. Dris secoua lentement la tête. Les autres se tournèrent vers Edina, occupée à épousseter sa veste dans l’espoir d'en chasser les grains de pollen. Elle releva la tête devant le silence du petit groupe :
- Et qu’est-ce que vous voulez que j’en sache, moi ! lança-t-elle. Je suis cartographe, pas météorologiste !
« Cartographe, voilà ! » pensa Dris en se remémorant subitement leur conversation dans la navette.
- Bon, m'est avis qu’on ferait mieux de se reposer un peu tant que c'est possible ! De toute façon on y voit rien…
- Peut-être parce qu’il n’y a rien à voir, maugréa Edina en s’acharnant sur sa veste.
Rik l’ignora, et se tourna vers son équipier.
- Tesh, tu me vérifies une dernière fois qu’on ne capte pas de signal de la navette. Ensuite tu prends le premier quart.
Dris s’approcha pour observer les manipulations du dénommé Tesh, et Stephan ne tarda pas à les rejoindre.
- Ils ne répondaient pas ?
- Ils n’émettaient même pas.
Dris resta de marbre. Le sang froid, toujours. Stephan, lui, s’éloigna de quelques pas pour digérer l'information.
Le concepteur jeta un coup d’œil autour de lui en attendant la fin des opérations du soldat. Une silhouette s'était allongée un peu plus loin, et après quelques secondes d'observation, il finit par reconnaitre Edina. Rik était accroupi près d’elle et lui parlait à voix basse assez sèchement, sans que Dris comprenne de quoi il était question. Les deux autres femmes discutaient entre elles, visiblement peu rassurées.
- Capitaine ! appela soudain Tesh.
Rik se releva d’un bond et rejoignit son équipier en deux enjambées.
- On capte, ajouta simplement l’autre, fébrile.
- Envoie un S.O.S.
- C’est déjà fait. Pas de réponse et, si la radio fonctionne correctement, pas de possibilité de réponse. A priori, leur émetteur est défectueux.
- Comment vous pouvez les capter dans ce cas ? demanda Dris tandis que le reste du groupe s’approchait silencieusement.
- Grâce à leur capteur ! répliqua Tesh comme si c'était l'évidence même.
Un bref silence.
- Combien de temps pour rejoindre la navette ?
- A priori, je dirais… - Tesh régla quelques boutons tout en marmonnant - trois heures, quatre peut-être. Je ne saurais pas être plus précis.
- On a de la chance ! soupira l'une des soldates.
- Oui... Alors on y va, décida Rik en portant son sac à son épaule.
- Non mais ça va pas bien ? commença Edina, avant d’être interrompue par le visage déterminé du chef de groupe.
Malgré l’obscurité, l’expression du soldat était on ne peut plus claire.
- Ramassez vos affaires, reprit-il plus lentement. Si l’équipement est défectueux, la navette pourrait repartir rapidement. Et je vous préviens, il n’est pas question qu’elle reparte sans nous.
Ils découvrirent l’appareil en même temps que le soleil. Couché sur le flanc comme un animal à l’agonie. Amas de métal cabossé, tordu, calciné. Sans vie. Il n’y avait déjà presque plus de fumée.
Dris s’accorda une heure pour faire son deuil. Il dit au revoir à tous ces gens qu’il ne connaissait pas, et à la navette qui ne le ramènerait pas chez lui.
Le groupe s’était dispersé sans trop oser s’éloigner du lieu du drame. Certains observaient la falaise sans comprendre, d’autres gardaient le visage tourné vers la plaine infinie. Dris, lui, ne détachait pas ses yeux du vaisseau. C’est lui le premier qui entra dans la carcasse de métal.
Avec l’aide des autres soldats, il sortit le maximum de corps de la navette. Comme ils n’avaient pas de quoi les enterrer, ils réunirent leurs anciens compagnons de voyage contre le flanc de la falaise, et entreprirent de les couvrir de rochers et de débris. Une sépulture de fortune.
- Combien de temps encore ?
- Deux jours, peut-être moins.
- D‘accord. Merci Tesh.
Dris sortit du poste de pilotage en passant par le flanc éventré de la navette. Encore deux jours, et il pourrait rentrer. Deux jours pendant lesquels Tesh continuerait de copier le maximum de données concernant les derniers évènements enregistrés par le vaisseau, avant qu‘un autre ne vienne les secourir.
Dris contourna la navette, se signa machinalement de la main en passant devant la sépulture, parvint de l’autre côté de l’appareil et fixa son regard sur l’horizon. En trois jours, le paysage n’avait pas varié le moins du monde. Rik et ses soldats continuaient de marcher dans la plaine à la recherche d’un quelconque signe de vie. Aux yeux de Dris, c’était surtout une manière de s’occuper. A chacun sa technique.
Le concepteur pivota pour faire face à la navette.
- Pas trop chaud là-haut ?
- Ca va, répondit Edina sans lever les yeux de son carnet.
Dris l’observa quelques instants, cherchant quelque chose à dire.
- Stephan s’amuse à trier les vivres en fonction de leurs couleurs, aujourd’hui.
La cartographe ne pris même pas la peine de répondre. Elle était beaucoup plus calme depuis qu’ils avaient trouvé la navette. Dris se gratta la tête, jeta un coup d’œil aux trois soldats par-dessus son épaule, et lança finalement :
- A quoi ça te sert de faire une carte ? L’ordinateur de bord en a déjà une dizaine, classées par température, par nature du sol, par variation du relief…
- Je sais ça, dit Edina.
Sa main courait toujours sur le papier.
- Mais ma carte, elle comporte des noms.
Dris écarquilla les yeux. En quelques secondes, il avait rejoint la jeune femme et regardait par-dessus son épaule les traits qui représentaient leur parcours.
- Ça, c’est l’endroit où on a été largué, le premier jour.
- A l’extrême orient des
Plaines Ondoyantes.
Elle acquiesça.
- Ensuite on a marché jusqu’à la
Fin des Vents, et on a reprit notre route jusqu’à trouver le vaisseau.
- Au
Plateau des Âmes…
Edina ne dit rien.
- … En bas de la
Falaise du Désespoir…
Pas un mot. Pas un bruit. Juste la petite brise à laquelle ils étaient habitués.