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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Ton regard de glace

Auteur Sujet: Ton regard de glace  (Lu 1036 fois)

Hors ligne nevizhed

  • Calliopéen
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  • C'est tellement mystérieux, le pays des larmes.
Ton regard de glace
« le: 25 Mars 2016 à 20:23:14 »
(Bonjour, ça fait très longtemps que j'ai pas mis de textes sur le MDE. J'en mets un pour l'occasion. Dites-moi ce que vous en pensez :))



Ton regard de glace

Tu ignorais que j'étais derrière toi, et jusqu'alors j'avais cru que tu étais mort. Mais le dos tourné, tu te présentais là, juché sur ton occupation, bien réel. Je voulais dire un mot, un hoquet ou même un raclement de gorge, un quelque chose qui puisse te retourner, que je puisse voir après ces cinq années que tu existais encore, qu'il y avait toujours cette même lueur incroyable qui sommeillait dans l'abîme de ton regard.

Je ne fis rien. Je laissais le silence en apesanteur dans l'instant. Tu me semblais si vrai, tu l'étais trop et peut-être que ce fût ces cinq années sans toi qui me donnaient cette impression. J'avais envie de tendre la main et de te toucher. Juste un contact pour m'assurer que ça n'était pas un rêve. Mais tout était trop vrai pour que c'en fût un ! Et la sensation de mon cœur me le prouvait aussi. Je le sentais qui se gonflait langoureusement dans ma poitrine, il expirait fiévreusement, impatient de rencontrer les plis que les années avaient sculptés sur ton visage.

Ici, il n'y avait plus que toi. Je ne m'avisais plus de mon corps et de ce qui m'entourait. Mon regard découpait ta silhouette, seule, posée dans cet endroit lugubre où personne ne viendrait déranger ce moment. Je ne me lassais pas de t'observer, de te considérer pleinement de ce que tu étais.

J'effaçais alors l'image du spectre que tu avais prise pendant ces cinq années de tourment où maman s'était évertuée à se persuader elle-même que tu étais mort afin de ne plus souffrir d'un retour qui la torturait trop. Moi, au contraire, je voulais y croire sans vraiment y arriver. Tu me manquais tellement. Peu à peu, ce manque s'était transformé en désespoir, puis en celui de ne plus jamais te revoir.

Que dirait maman quand elle saurait que tu n'es pas mort et que tu te portais bien ? Que dirait-t-elle ? Hein, mon frère ? Quelle réponse lui apporterais-tu ? Quelle réponse nous apporterais-tu ! Pourquoi avoir disparu ? Pour quelle raison ?
Les questions commençaient à se déchaîner dans ma tête. Je perdais la raison en te voyant juste devant moi, à à peine trois mètres. De toi, je voulais tout savoir, mon frère ! Tu n'imaginais même pas toutes ces nuits que j'avais passées à rêver de toi. Je me voyais en quelque endroit où tu étais au loin, à regarder un horizon dont j'ignorais le sens et la profondeur et dont, toi à l'inverse, tu étais séduit et tu en comprenais tout !

Je t'avais vu dans d'innombrables de mes rêves, toujours caché derrière un arbre, une maisonnette, ou l'angle d'une rue... Mais quand je ne te voyais pas, je ressentais ta présence quelque part. Ainsi, je me réveillais en sursaut et t'appelant dans le noir de ma chambre, l'unique silence daignait me répondre.

Pourtant, il était impossible de ressentir une quelconque présence dans un rêve... C'était ce que la psy m'avait dit après que tu fusses parti dans cette nuit d'hiver.

D'ailleurs, je ne m'en souvenais que trop bien. Je revois encore tes pas dans la neige. Chaque année, lorsque l'hiver arrive et siffle son blizzard, je me rappelle du même souffle sifflotant qui t'a emporté dans l'inconnu, dans la toundra mortuaire où il n'est resté de toi rien que des souvenirs. Car, oui, maman avait détruit toutes les choses susceptibles de te rappeler à elle.

Je t'en voulais tellement et tu ignorais tout le mal que tu avais fait, toutes les larmes que j'avais dû essuyer. Pas seulement les miennes, mais celles de maman aussi. Notre père avait changé. Il avait oublié les valeurs de l'amour et ne prônait que les réussites financières.

Ô mon frère, pendant toutes ces années et aujourd'hui encore tu étais pour eux une nuit éternelle dont ils n'avaient pas encore trouvé le réveil ! Ils avaient changé du tout au tout. Ils n'étaient plus les mêmes, tu avais bousculé notre équilibre familial, notre paix heureuse ! Mais à quel prix ? C'était la question que j'avais tournée et retournée encore pendant si longtemps dans ma tête.

Dans la nuit, dans le silence sépulcral qui l'enveloppait, je rompis tout d'une seule phrase, même ton cœur.
- Pourquoi être parti ?
Tu ne t'étais même pas retourné, bien que tu eusses parfaitement entendu. Tu sifflais du nez, un peu rieur, ou peut-être ironique, avec un fond de désespoir. J'en éprouvais presque de la pitié.

Enfin, tu te retournais lentement. Et, effaré, tous les souvenirs s'envolaient, se déchiraient, hurlaient et fuyaient se cacher dans les méandres de mon esprit devant la vraisemblance de ton visage. Tu avais pris un peu de vieillesse, mais tu n'en étais que plus époustouflant. Cependant, ton regard était le même. Toujours le même. Sombre et clair à la fois. Un iris d'un bleu de glace d'où dardaient tous ceux qui osaient croiser ton regard des stalactites de ténèbres. Tes yeux étaient si expressifs et si terrifiants.

On m'avait toujours dit que j'avais un regard sidérant, capable de terroriser un loup. Je n'avais jamais compris pourquoi, mais c'était mes yeux, voilà pourquoi. Toutefois, je comprenais désormais en admirant les tiens. Je comprenais tout. Mon frère, tu étais si terrible et tu semblais pire que la Mort elle-même. Tout cet effet n'était dû qu'à ton regard et seulement à ton regard.

Après ces cinq années de disparition, après ces cinq années durant lesquelles j'avais supporté ton absence. Après tout ce temps ! la seule chose que tu eus l'audace de me dire, c'était :
- Tu n'aurais jamais dû revenir.
Au bout de ce tunnel noir,
Une lueur illusoire.
C'est peut-être ça ? l'espoir.
Mon espoir.

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Re : Ton regard de glace
« Réponse #1 le: 27 Mars 2016 à 19:11:43 »
Hello nevizhed, content de te revoir,

Ton style m'avait manqué :)

Je suis désolé, je n'ai pas le temps de faire un relevé. Et d'ailleurs, je ne pense pas avoir vu de fautes, justes une ou deux formes de conjugaison dont je ne suis même pas sur qu'elles sont incorrectes.
J'ai plutôt bien aimé. Tu as une écriture que j'apprécie beaucoup, ce qu'il faut de complexe et d'imagé. Ce n'est pas mon texte préféré de toi, mais il n'empêche que c'était un bon moment, enfin triste, mais sympa quand même quoi :)

Encore désolé d'être si bref.

La chute est pas mal, beau contraste avec les envolées souffrantes.

A bientôt !

Hors ligne nevizhed

  • Calliopéen
  • Messages: 413
  • C'est tellement mystérieux, le pays des larmes.
Re : Ton regard de glace
« Réponse #2 le: 28 Mars 2016 à 11:36:20 »
Hey, Extasy !

Merci pour ton commentaire et je suis content de t'avoir manqué et mon style aussi ! Ne t'en fais pas, tu as au moins mis un commentaire, si bref soit-il, peu importe. ça fait toujours plaisir.
Je suis heureux que ce texte t'ait plu.

A plus tard.
Nevizhed.
Au bout de ce tunnel noir,
Une lueur illusoire.
C'est peut-être ça ? l'espoir.
Mon espoir.

Hors ligne Mr Zed

  • Tabellion
  • Messages: 25
Re : Ton regard de glace
« Réponse #3 le: 28 Mars 2016 à 20:21:03 »
J'aime bien.
Surtout l'ambiance en fait, la référence au loup, le regard de glace, les pas dans la neige, des images qui donnent une athmosphère.
On devine une histoire, on imagine des personnages et des sentiments derrière...
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Hors ligne Quaedam

  • Calliopéen
  • Messages: 462
  • Jean-Michel Palaref
Re : Ton regard de glace
« Réponse #4 le: 28 Mars 2016 à 22:35:01 »
Citer
qui puisse te retourner
Comme que sont des mots qui font l'action et que "se retourner" est au sens propre, j'aurais dit (même si c'est moche): te faire te retourner. Sinon, on a l'impression que ça va retourner ton personnage dans le sens "le chambouler/le rendre malade"

Citer
me semblais si vrai
Citer
était trop vrai
Petite répétition.

Citer
les plis que les années avaient sculptés sur ton visage
Normalement en 5 ans.... on ne vieillit pas tant que ça.^^ Après, s'ils étaient vraiment très jeune, je ne dirais pas le "plis". Plutôt quelques choses faisant face à la fin de l'enfance...

Citer
Je le sentais qui se gonflait langoureusement dans ma poitrine, il expirait fiévreusement
Je ne sais pas quelle relation ont ces frères et soeurs mais du coup... "langoureusement", "expirer" et "fiévreusement" sont souvent attachés au vocabulaire érotique. Du coup, cela me fait me poser une question: ils étaient amants aussi ?

Citer
Peu à peu, ce manque s'était transformé en désespoir, puis en celui de ne plus jamais te revoir.
C'est un peu maladroit, si le désespoir se transforme c'est en une autre forme de sentiment. Donc du coup "le manque" se transforma en "désespoir de ne plus te revoir" ou "le désespoir de la solitude" se transforma "en celui de ne plus jamais te revoir". Néanmoins, malgré cette critique, faire rimer désespoir avec revoir est plutôt harmonieux et donc une grande fluidité à ta phrase. Comme l'impression de glisser sur les petits mots "puis en celui de ne plus jamais te", imitant la dégringolade dans le désespoir. C'est vraiment pas mal^^

Citer
Que dirait maman quand elle saurait
C'est très personnel mais la présence de deux conditionnels dans cette proposition est un peu lourd.

Citer
à regarder un horizon dont j'ignorais le sens et la profondeur et dont, toi à l'inverse, tu étais séduit et tu en comprenais tout !
La construction est un peu alambiquée. Tu veux dire "tu étais séduit et tu comprenais tout de l'horizon"... même comme ça trouve cette phrase assez étrange. Je pense que cela vient du fait que je ne comprends comment on peut tout comprendre de l'horizon. Quant à être séduit... hum par l'idée du voyage ou de l'aventure mais de l'horizon... je crois que c'est un peu personnel mais j'ai du mal à saisir.

Citer
Je n'avais jamais compris pourquoi, mais c'était mes yeux, voilà pourquoi
Mais c'était tes yeux ?

Grosso Modo, j'ai bien aimé ton texte :D 
Je trouve qu'on ressent bien la supplication de ton personnage. Le rythme accompagne bien l'ensemble. Tes discours sont bien dosés et clairs: on comprend quand tu passes d'un style indirect libre (c'est comme ça qu'on dit ? xD) aux autres. Du coup, le conflit interne marche très bien. On comprends les craintes et les contradictions qui se bousculent dans la tête de la soeur et du coup c'est bien réussi. On comprend ses paroles alors qu'elles ne sont pas en accord avec ce qu'elle désire au fond. Donc franchement, malgré quelques maladresses, ce texte est bien fichu :D

 


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