Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

23 Juin 2026 à 07:08:30
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le bel âge

Auteur Sujet: Le bel âge  (Lu 1034 fois)

Hors ligne charliedels

  • Plumelette
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Le bel âge
« le: 23 Mars 2016 à 13:49:28 »
Bonjour à tous !
Voici le premier texte que je poste sur ce forum. Il a été écrit il y a quelques années, je l'ai repris ces derniers jours et y fait quelques modifications. Je ne pense pas que le contenu soit particulièrement violent et/ou explicite, mais si c'est le cas, merci de me le dire que je l'ajoute dans le titre.
C'est l'une des premières fois que je fais lire un de mes textes, donc je ne sais pas du tout ce que ça vaut. J'attends vos remarques sur le fond comme sur la forme. Je l'ai relu plusieurs fois, mais certaines fautes m'ont surement échappé, n'hésitez pas à les relever que je les corrige. Merci d'avance et bonne lecture !


Vingt ans. Le bel âge. Elle sèche les cours. Elle vole. Elle fume. Elle boit. Elle couche. La belle vie !
A 17 ans, elle décroche son bac. Début juillet, idéal pour faire la fête. La vodka coule à flot, sa tête s’emballe, tout est si beau autour d’elle. Elle embrasse même le type boutonneux qu’elle repousse depuis des mois. Les gens n’en reviennent pas : sous ses allures d’intello se cache une déjantée. Ça plaît. Ça lui plaît. D’autres soirées s’organisent. Elle en est.

Trois ans plus tard, les fêtes se sont améliorées ! Sandra les aime de plus en plus. Chaque fois qu’elle entend de la musique, qu’elle boit de l’alcool ou qu’elle fume une cigarette, son esprit s’emballe déjà. Le week-end commence le jeudi et se termine le dimanche soir. Parfois, elle fait des rebonds la semaine. Trois ans qu’elle tâtonne pour ses études. Elle a eu son premier semestre de géographie et le deuxième en lettres modernes. Bref, deux semestres sur les six passés dans trois filières différentes. Toujours en première année. Rien de bien brillant... Pourtant elle brille ! On ne voit plus qu’elle dans les soirées : toujours prête à boire, à fumer ce qu’on lui propose, bref, à s’amuser. C’est pour ça qu’elle est venue au monde après tout, pour rigoler et à bas les études qui ne mènent nulle part !

Ce soir, rendez-vous chez Luc. Objectif : être la plus belle. Luc c’est comme un acteur de cinéma. Il est tellement beau qu’il semble irréel. Mais ce soir, il l’a invitée. Elle pense qu’il l’apprécie. Sûrement la plus belle soirée de sa vie qui se prépare.

Neuf heure tapante, arrive chez Luc. Mini jupe noire, décolleté profond et bottes à talons, le doute n’est pas permis, elle est magnifique.
Avec Jeanne, sa meilleure amie, elles offrent à Luc une bouteille et vont fumer leur cigarette.
Jeanne a promis : ce soir, elle enquêtera pour savoir enfin ce que Luc pense vraiment de Sandra. Les deux rient dans le jardin, le plan est parfait.

Deux heure. Après quelques vodka-pomme, quelques téquilas frappées et des shooters dont elle a oublié le nom, Sandra commence à se sentir en forme. Elle décide de mettre le feu sur la piste et s’y attèle particulièrement bien : le temps de quatre chansons, elle a trouvé deux partenaires prêts à danser les mains posées sur ses fesses.
Jeanne désapprouve mais sa mission est la plus importante ce soir.
« Sympa ta petite soirée !
-   Merci et merci pour la bouteille. Tu ne t’ennuies pas ?
-   Non au contraire. Je commence tout doucement à surveiller Sandra.
-   Ah oui ! C’est une vraie fêtarde comme on dit. Je ne crois pas qu’elle ait besoin de surveillance pour autant.
-   Tu sais elle t’apprécie...
-   Je m'en doutais et tant mieux ! Elle est cool ta pote. Y parait qu'elle cherche rien de sérieux et ne pense qu'à s'amuser. Moi ça me plaît. Je vais l'inviter à danser, à tout à l'heure !

Sandra est ravie ! Luc vient vers elle, lui susurre quelques mots doux à l’oreille. Il l’aime, elle l’aurait parié. Elle décide de le suivre au premier étage. Jeanne l’interpelle, inquiète.
« Je n'marche peut-être plus droit, mais c’est pas le moment pour me l'rappeler ! »
Elle grimace et claque la porte derrière elle. Luc est si beau. Si gentil. Si doux. Sa tête tourne, il l’emporte dans ses baisers.

Quatre heure et demie. Elle se décide à se lever. Luc n’est toujours pas revenu. Elle redescend. Jeanne est partie, sûrement vexée. Elle avait promis de ne pas boire plus de deux verres, elle n’a pas tenu parole. Pourquoi se limiter un samedi soir ? Ce n’est pas grave, Jeanne s’est faite raccompagner et elle pourra rentrer à l’heure qui lui plaira. Peut-être après quelques câlins avec Luc.
Elle le cherche. Dans le salon. Dans la cuisine. Dans le jardin. Elle sort une clope. Se rend compte qu’un ami de Luc la montre à un autre. Elle imagine qu’il lui dit « c’est elle la nouvelle meuf de Luc ! ». Cigarette finie, la recherche reprend. Elle le trouve. Aimerait rêver ! Il embrasse une superbe rousse avec des seins énormes. Il faudrait les interdire ces filles là, elles nuisent trop aux autres. Elle veut lui faire une scène, le tuer devant cette fille. Son corps ne suit pas. Vomit. Partout ! Eclats de rire, certains l'avaient parié. Ils sont habitués à la voir dans cet état. Elle fulmine. Sale démon de putain de Luc ! Elle voulait juste passer une bonne soirée…

Sept heure. Elle a fini de se purger dans la salle de bain. Beaucoup de visites pendant ce laps de temps. Ils sont sympas tous ces gens. Ils vous tiennent les cheveux, s’intéressent à votre vie, la pire cuite, à ce qui s’est passé avec Luc, si ça arrive souvent …
Elle se sent mieux, elle va rentrer. Il s’est endormi, la rousse dans les bras. Elle ne le réveille pas, il n’en vaut pas la peine. Elle pleure sur le parking. Tant pis, il faut rentrer maintenant. Dans dix minutes, elle sera chez elle.


Douze ans. Encore jeune. Brillante selon ses professeurs, turbulente selon ses parents. Bientôt en cinquième. La vie devant elle. Quelques amis. Parfois petits-amis ! Ne déteste le collège que pour paraître cool. En réalité, Caroline apprécie tout ce qui l’éloigne de chez elle. Ses parents ne sont ni violents, ni alcooliques, ni méchants… Juste de bons parents préoccupés par les caprices de leur fille.
« Tu sais Caroline, avoir des bonnes notes à l’école est une chose, réussir sa vie en est une autre. Pour ça, il faut apprendre à respecter ceux qui t’entourent ! »
Trop de blabla pour elle. Un jour, elle sera libre de faire ce qui lui plaît quand ça lui plaît, sans avoir de parents grognons derrière elle inquiets pour tels ou tels détails !

C’est loin d’être une sale gamine. Elle se sent seulement méprisée. Elle aimerait plus d’encouragement de ses parents. Eux ne voient que ses défauts. Ils ne la félicitent pas pour ses bonnes notes, mais la disputent pour la vaisselle pas faite. Un peu de reconnaissance ce n'est pourtant pas dur ! Alors elle va faire un effort dès son réveil. Elle amènera une omelette fraîche à ses parents pour qu’ils se régalent avec elle. Elle fera la vaisselle et si elle n’est pas trop fatiguée, elle balaiera. Si ses parents la félicitent, elle continuera. S’ils ne voient que les tâches inachevées, elle arrêtera tout et partira vivre chez pépé. Elle s’endort pleine des bonnes intentions. Ne réalise pas que ses parents viennent la border et l’embrasser avant d’aller se coucher. Entre eux, ils l’appellent leur princesse prodige.

Aujourd’hui, c’est un grand jour. Les bonnes résolutions se mettent en route. Mais avant, elle va chercher son pépé adoré et ensemble ils partent pour leur fameuse chasse aux champignons. C’est peut-être idiot, mais tous les deux s’amusent. Pépé sort de chez lui, Caroline trouve quelqu’un avec qui discuter et en fin de matinée, elle aura une délicieuse omelette ainsi qu’un joli billet. Armé de son petit panier en osier, elle se sent fière de perpétuer cette tradition depuis des années. Sa grande sœur ne ferait jamais une telle chose pour son pépé : elle ne pense qu’à sortir et à s’amuser. C’est à peine si on la voit encore. Vieillir, ce sera super ! Plus de dispute avec les parents, elle fera tout ce qu’elle voudra. Quel beau rêve, vraiment, que celui de devenir grande et libre.

Et puis, elle ne rêve plus. Elle ne grandira pas. Pas de champignons, adieu l’omelette, adieu le billet, adieu pépé.

Le choc qu’elle vient de ressentir l’inquiète. Elle n'a rien vu, entre fatigue, larmes et alcool. Elle s’arrête, sort de la voiture, titube tant bien que mal. Le cri strident de l’airbag raisonne encore dans ses oreilles. Elle est maintenant suffisamment proche pour apercevoir, gisant sur la chaussée, un petit corps sans vie, un panier d’osier à la main.
« Modifié: 25 Mars 2016 à 13:25:52 par charliedels »

Hors ligne Karinet

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    • kelyone, un autre univers
Re : Le bel âge
« Réponse #1 le: 24 Mars 2016 à 17:54:35 »
[
Contente de te retrouver et d'être la première à donner mon avis.
Hum.. Hum... Air solennel...
J'ai  aimé ton texte qui m'a beaucoup touchée (voir uppercut à l'estomac quand j'ai compris la fin).
Je l'ai trouvé bien écrit, fort. La seule chose qui m'a déroutée a été le passage de Sandra à Caroline sans  transition. Un changement de police aurait pu signaler que l'on changeait de point de vue. 

Pour le reste, j'ai repris ton texte (pas vu grand chose à reprendre mais bon...)

A 17 ans, elle décroche son bac. Début juillet, idéal pour faire la fête. La vodka coule à flot, sa tête s’emballe, tout est si beau autour d’elle. Elle embrasse même le type boutonneux qu’elle repousse depuis des mois. Les gens n’en reviennent pas : sous ses allures d’intello se cache une déjantée. Ça plaît. Ça lui plaît. D’autres soirées s’organisent. Elle (en) est.


Elle et Jeanne (pas très joli), sa meilleure amie, offrent à Luc une bouteille et vont fumer leur cigarette.
Jeanne a (promi) : ce soir, elle enquêtera pour savoir enfin ce que Luc pense vraiment de Sandra. Les deux rient dans le jardin, le plan est parfait.


Sept (heures). Elle a fini de se purger dans la salle de bain. Beaucoup de visites pendant ce laps de temps. Ils sont sympas tous ces gens. Ils vous tiennent les cheveux, s’intéressent à votre vie, la pire cuite, à ce qui s’est passé avec Luc, si ça arrive souvent …

]Douze ans. Encore jeune. Brillante selon ses professeurs, turbulente selon ses parents. Bientôt en cinquième. La vie devant elle. Quelques amis. Parfois petits-amis ! Ne déteste le collège que pour paraître cool. En réalité, Caroline apprécie tout ce qui l’éloigne de chez elle. Ses parents ne sont ni violents, ni alcooliques, ni méchants… Juste de bons parents préoccupés par les caprices de leur fille.
« Tu sais Caroline, avoir des bonnes notes à l’école est une chose, réussir sa vie en est une autre. Pour ça, il faut apprendre à respecter ceux qui t’entourent ! »
Trop de blabla pour elle. Un jour, elle sera libre de faire ce qui lui plaît quand ça lui plaît, sans avoir de parents grognons derrière elle inquiets pour tels ou tels détails !

C’est loin d’être une sale gamine. Elle se sent seulement méprisée. Elle aimerait plus d’encouragement de ses parents. Eux ne voient que ses défauts. Ils ne la félicitent pas pour ses bonnes notes, mais la disputent pour la vaisselle pas faite. Un peu de reconnaissance ce n''est pourtant pas dur ! Alors elle va faire un effort dès son réveil. Elle amènera une omelette fraîche à ses parents pour qu’ils se régalent avec elle. Elle fera la vaisselle et si elle n’est pas trop fatiguée, elle balaiera. Si ses parents la félicitent, elle continuera. S’ils ne voient que les tâches inachevées, elle arrêtera tout et partira vivre chez pépé. Elle s’endort pleine des bonnes intentions. Ne réalise pas que ses parents viennent la border et l’embrasser avant d’aller se coucher. Entre eux, ils l’appellent leur princesse prodige.

Aujourd’hui, c’est un grand jour. Les bonnes résolutions se mettent en route. Mais avant, elle va chercher son pépé adoré et ensemble ils partent pour leur fameuse chasse aux champignons. C’est peut-être idiot, mais tous les deux s’amusent. Pépé sort de chez lui, Caroline trouve quelqu’un avec qui discuter et en fin de matinée, elle aura une délicieuse omelette ainsi qu’un joli billet. Armé de son petit panier en osier, elle se sent fière de perpétuer cette tradition depuis des années. Sa grande sœur ne ferait jamais une telle chose pour son pépé : elle ne pense qu’à sortir et à s’amuser. C’est à peine si on la voit encore. Vieillir, ce sera super ! Plus de dispute avec les parents, elle fera tout ce qu’elle voudra. Quel beau rêve, vraiment, que celui de devenir grande et libre.

Et puis, elle ne rêve plus. Elle ne grandira pas. Pas de champignons, adieu l’omelette, adieu le billet, adieu pépé.
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[/font]Le choc qu’elle vient de ressentir l’inquiète. Elle n'a rien vu, entre fatigue, larmes et alcool. Elle s’arrête, sort de la voiture, titube tant bien que mal. Le cri strident de l’airbag raisonne encore dans ses oreilles. Elle est maintenant suffisamment proche pour apercevoir, gisant sur la chaussée, un petit corps sans vie, un panier d’osier à la main.
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« Modifié: 24 Mars 2016 à 17:57:52 par Karinet »
"L’usine avec son fracas s’évanouissait. J’étais heureux…. J’écrivais." (Maurice Leblanc)

http://kelyoneunautreunivers.e-monsite.com/

Onyx

  • Invité
Re : Le bel âge
« Réponse #2 le: 24 Mars 2016 à 18:34:17 »
Hey charliedels!
Déjà bravo pour ton texte, je l'ai trouvé assez musical lorsque tout a l'air de bien se passer pour tes personnages, et frappant lorsque la situation bascule. Comme l'a souligné Karinet, j'ai été dérouté aussi lors de la transition entre tes deux protagonistes, mais justement cela rajoute à l'effet de surprise de la fin.
Un autre point que j'ai remarqué et qui m'a agréablement surpris est la forme de la narration lorsque Sandra est sous l'emprise de l'alcool. Ton style devient plus percutant et bourru, et je pense que cet effet illustre bien son état d'esprit à ce moment-là.
Bon courage pour la suite  ;)

Hors ligne charliedels

  • Plumelette
  • Messages: 14
Re : Le bel âge
« Réponse #3 le: 25 Mars 2016 à 13:34:03 »
Bonjour,

Merci à tous les deux d'avoir pris le temps de lire mon texte et de le commenter.

Karinet, contente de te retrouver également  :) J'ai repris tes modifications. Je me suis posée la question sur le panier entre osier ou oseille. D'après google les deux existent, mais j'ai choisi de modifier pour osier comme tu le conseillais. Au final je trouve que ça "sonne" mieux.

J'ai eu un doute en écrivant le texte. Quand on écrit une heure, faut-il mettre un "s" après heure ? Est-ce "sept heure" ou "sept heures" ?

Pour la transition entre les deux personnages, j'ai effectivement choisi de la faire simplement en passant 2 lignes, pas plus. C'est peut-être un peu brut, mais j'aime le fait que le lecteur se demande un peu ce qu'il se passe. Et d'après vos deux commentaires ça semble être le cas.

Citer
Un autre point que j'ai remarqué et qui m'a agréablement surpris est la forme de la narration lorsque Sandra est sous l'emprise de l'alcool. Ton style devient plus percutant et bourru, et je pense que cet effet illustre bien son état d'esprit à ce moment-là.
C'est tout à fait l'effet que je cherchais, donc merci pour cette remarque.

Encore merci pour vos avis !

 


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