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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Prisonnière

Auteur Sujet: Prisonnière  (Lu 1027 fois)

Hors ligne Elisedu18

  • Troubadour
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  • Psycho-tarée de la plume
Prisonnière
« le: 20 Mars 2016 à 15:04:58 »
Salut tout le monde, voici une petite nouvelle que j'ai écris à l'occasion d'un concours et donc, j'aimerais savoir ce que vous en pensez ;) Merci d'avance pour vos commentaires!

Jamais je n’aurais imaginé, ne serait-ce qu’une infime seconde, me trouver là, assise à cette table, avec pour seule compagnie une feuille blanche, sur laquelle reposait un stylo rouge. Très joli stylo, au passage. A première vue, il était à l’encre liquide. Pas génial pour écrire, mais bon. Je n’avais pas tellement le choix. La page était vierge de toute inscription, pure. Elle conservait son intimité. Pas pour très longtemps, hélas.

Je respirai profondément et détachai mes yeux de la table, pour promener mon regard, une ultime fois, sur la pièce austère et obscure où je me trouvais. Constituée uniquement de la table et la chaise sur laquelle j’étais assise, elle arborait fièrement un blanc laiteux qui donnait presque envie de vomir, et ne possédait aucune fenêtre. Le seul contact avec le monde extérieur résidait en une vitre sans tain qui occupait le mur du fond. Evidemment, j’étais du mauvais côté. La porte, à ma droite, était verrouillée. Elle était toujours verrouillée. Une vieille ampoule usée grésillait au plafond. Grrii, grrii. Dieu que c’était oppressant. Ce bruit sinistre me faisait frissonner. Il faisait frissonner toutes les personnes comme moi, ou presque. C’était certainement souhaité. Que l’angoisse, la panique s’infiltre dans chaque pore de la peau de tous les individus qui avaient étés forcé de s’asseoir sur ce siège avant moi. Que ce souvenir hante à jamais leurs visages troublés et fantomatiques. Je ne ferais pas exception à ce dur règlement.

-   Laissez-moi sortir ! criai-je d’une voix rauque en fixant obstinément le mur du fond.

Une voix effacée et macabre transperça la vitre :

-   Vous sortirez quand vous aurez fait ce qu’on vous ordonne.

Mes yeux se posèrent sur la feuille. Je repoussai le stylo du bout des doigts, comme si le moindre contact avec l’objet pouvait me brûler vive. C’était peut-être le cas, d’ailleurs. Après tout, j’étais en Enfer. Il était exclu de s’en servir. Non ! Je ne me servirai pas du stylo, je n’écrirai rien de e qu’ils voulaient me voir écrire, pas un seule mot, une seule lettre ! Ces lignes seraient bien trop lourdes de conséquences, elles allaient détruire ma vie, assurément ! Je ne pouvais pas laisser cela se produire.

-   On n’a pas toute la journée ! grommela une voix exaspérée.

Je souris discrètement. Moi, j’avais tout mon temps. La feuille resterait pure.

On déverrouilla la porte. Je me raidis. Un homme d’une quarantaine d’années, aux cheveux gras et au ventre proéminent, pénétra à l’intérieur. Sans réfléchir, et alors qu’il allait refermer la porte, je saisis ma chance et m’élançai d’un mouvement fluide par l’interstice, récoltant en passant le hoquet stupéfait de l’homme. Je n’allai pas bien loin. Une dizaine de revolvers se braquèrent dans ma direction, dans un silence de mort. Je soupirai.  Que j’étais stupide ! J’étais dans leur quartier général, c’était à prévoir qu’ils seraient lourdement armés ! Je n’avais pas tellement pris le temps de réfléchir, j’avais agi sur le moment, dans le feu de l’action. Cette fois, j’étais vraiment fichue.

On me ramena dans la pièce. Je ne me débattis pas, c’était inutile. On me poussa violemment sur la chaise, puis l’homme à qui j’avais tenté de fausser compagnie me saisit rudement les poignets et les attacha avec des menottes à la chaîne assez longue dont il lia le bout à la table.

-   Pour que vous puissiez écrire, me balança-t-il avant de quitter la salle.

Et me revoilà seule. Super. Je triturai pensivement la chaîne, produisant quelques cliquetis effarouchés. Le silence, entrecoupé des brefs sanglots de l’ampoule infernale, était bien trop sombre, et effrayant. Les sons que je produisais suffisaient à peine à entacher cette lourde chape de noirceur qui entourait la pièce. Mon souffle s’accéléra. Si je restais plus longtemps, j’allais vraiment péter les plombs. Pourtant, la seule issue que je voyais se profiler devant mes yeux exténués, c’était la feuille, le stylo. Ecrire ce qu’ils voulaient que j’écrive. Ecrire ce qui allait briser ma vie.

Mon esprit renâcla face à cette pensée. Hors de question ! Ils n’allaient quand même pas me garder ici éternellement, si ?
Je croisai les bras, de peur que mes mains échappent à mon contrôle, se saisissent de l’arme à l’encre rouge et ne la posent résolument sur le papier avant de la faire danser au rythme du miroitement liquide des lettres de feu.

Je ne devais pas y songer. Ils finiraient bien par me faire sortir. Mais pour aller où ? Ils n’allaient certainement pas me libérer, loin de là. Et puis, ils m’avaient prévenu. Ils avaient de quoi me faire tomber, même si je n’écrivais pas. Sinon, ils n’auraient pas pris le risque de m’amener ici. Ils le savaient, je n’aurais rien dit, sous aucun prétexte. J’étais forte, plus forte que ça. Et ils le savaient. Cela aurait été plus qu’inconscient d’exécuter ce plan. Ils avaient donc, sûrement, l’assurance dont ils m’avaient parlé, au cas où je refuse de coopérer. Alors…coopérer, c’était sans doute ma meilleure chance d’alléger un peu ce qui allait inévitablement s’en suivre. Hésitante, ma main s’avança lentement vers la bombe qui allait me faire exploser.

Une minute ! Et si c’était un piège ? Si, avec leur esprit tordu, ils savaient que j’aurai parlé sous la menace de documents plus que compromettants, ils auraient pu inventer ces papiers. Un joli coup de poker, non ?

 Mais c’était tout de même risqué, comme bluff. J’étais de plus en plus incertaine. Avaient-ils, ou non, quelque chose contre moi ?
Le silence se fit plus lourd, comme s’il écoutait mes pensées. Je frissonnai une nouvelle fois. Je devais sortir d’ici. Mais aucune autre échappatoire ne me tendait ses bras salvateurs et réconfortants. J’étais seule. Désespérément seule. Livrée à moi-même dans cet endroit impitoyable.

Je n’en pouvais plus. Vraiment. Alors, dans un excès de faiblesse – ou de force, je ne sais – je fis ce qu’on me demandait de faire, ce pour quoi j’étais là. D’une main tremblante, je saisis timidement le stylo, qui, telle la langue ardente de Cerbère, me fis l’impression d’une brûlure. Je luttai pour ne pas le jeter sur le sol. Allez ! Je devais le faire !

Avant qu’il ne soit trop tard, j’apposai la mine sur la feuille, et écrit. La Vérité. Juste…la Vérité. L’encre rouge bava. On aurait dit du sang.

« Je m’appelle Irène Adelaski, j’ai 32 ans et je reconnais être coupable du crime duquel on m’accuse. Le 3 mars 2011, j’avoue m’être servi de la clé que je possédais pour pénétrer dans la maison de mon frère, Josh Adelaski, et de son fils unique, Damon Adelaski, pendant qu’ils dormaient. Je reconnais les avoir étranglé et ainsi avoir mis fin à leurs jours, puis être partie, afin de demeurer seule héritière des biens de notre mère décédée deux mois plu tôt.
Ici et maintenant, j’avoue être pleinement et entièrement coupable de ce double-homicide, avec préméditation, duquel on m’accuse.
Irène Adelaski, le 31 mars 2014, à 13h00, au commissariat de Nice »[/i]

Je lâchai brusquement le stylo qui alla s’échouer à terre d’un son mat. Je repoussai la feuille, comme pour nier entièrement ce qui venait de se passer. Ce que je venais de faire.

La porte s’ouvrit dans un bruit mortifère. L’homme ramassa la feuille, la lut, puis fit signe d’un air satisfait à deux autres hommes qui s’approchèrent. Leurs insignes luisaient dangereusement.

-   Parfait ! s’écria l’homme, on a enfin de quoi vous inculper pour un bon moment !
"Je sais bien que tu es morte, mais je crois qu'il y a dans tout être humain quelque chose qui ne peut pas disparaitre."
"Parfois, on demande à notre corps de parler à notre place de nos douleurs, des histoires qu'on cache en soi."
Ava Dellaira, Love letters to the Dead

Hors ligne Cambrien

  • Aède
  • Messages: 175
Re : Prisonnière
« Réponse #1 le: 20 Mars 2016 à 17:41:06 »
Citer




 Constituée uniquement de la table et la chaise sur laquelle j’étais assise

Une pièce constituée d'une table et d'une chaise? Tu devrais plutôt écrire "sommairement meublée d'une table et d'une chaise".

Une voix effacée et macabre transperça la vitre :
 Assez maladroite cette phrase.


 La feuille resterait pure.

La feuille resterait vierge me semble plus approprié.

 Une dizaine de revolvers se braquèrent dans ma direction

 Les revolvers ne sont plus guère en dotation. On parle plus volontiers de pistolets de nos jours mais cela reste possible.Une dizaine est un peu exagéré

 J’étais dans leur quartier général

Influence des séries Américaines?

 c’était à prévoir qu’ils seraient lourdement armés !

En ce cas, où sont les armes collectives?


-   Parfait ! s’écria l’homme, on a enfin de quoi vous inculper pour un bon moment !
On ne parle plus d'inculpation mais de mise en examen. Cette réforme avait été décidée suite au procès de Grenoble en 1992. Voir à cet effet l'affaire Céline Jourdan.

Le texte est assez bien mené si on excepte les quelques remarques précédentes auxquelles se rajoute une petite coquille à la quatorzième ligne "de e qu'ils".
C'est carré, le texte insiste classiquement sur les états d'âme du personnage central . Les manigances de policiers ne sont pas forcément très bien exposées, le tout manquant un peu de clarté, mais pour un texte de ce format ce n'est pas bien gênant d'autant plus que l'intérêt du récit se situe ailleurs.


Hors ligne Cambrien

  • Aède
  • Messages: 175
Re : Prisonnière
« Réponse #2 le: 20 Mars 2016 à 17:43:06 »
Désolé pour la confusion du commentaire. Je ne suis pas encore bien familiarisé avec la fonction "quote".

Hors ligne Spes

  • Calliopéen
  • Messages: 597
Re : Prisonnière
« Réponse #3 le: 21 Mars 2016 à 14:44:41 »
Coucou Elisedu18 !

Concernant la forme, ton texte est bien écrit, je trouve. Je vais toutefois souligner un point qui m'a gênée : les verbes faibles ("être" surtout, et un certain nom de verbes "faire" aussi), qui appauvrissent le style, et dont tu pourrais, j'en suis sûre, arriver à te débarrasser ^^ J'en ai relevés plusieurs ci-dessous.
Concernant le fond, c'est un texte qui a du potentiel, je trouve. Il est cohérent en tout cas, et la chute logique tout en gardant une certaine surprise pour le lecteur.
Une remarque : ça parait curieux que quand elle sorte, les policiers braquent leurs armes sur elle (elle n'est pas armée, donc..).

Bon courage pour la suite !
Ci-dessous mes remarques, qui n'engagent que moi, et qui, je l'espère, pourront t'aider à améliorer ce texte mais aussi ton style pour tous tes textes à venir ^^

Note : les remarques sont faites au fil de ma lecture, ce qui explique que je pose parfois des questions sur des éléments qui s'expliquent après ; ça te donne des points de repère sur le ressenti du lecteur. ^^

Citer
. A première vue
Je te conseille de mettre un accent sur le A majuscule ^^ (moi aussi j'oublie souvent, comme il n'est pas sur le clavier) (Pareil pour les E majuscule)

Citer
A première vue, il était à l’encre liquide. Pas génial pour écrire, mais bon. Je n’avais pas tellement le choix. La page était vierge de toute inscription, pure.
Attention aux répétitions de verbe faible (être), qui appauvrissent un peu le style ^^

Citer
Elle conservait son intimité.
Pourquoi parles-tu d'intimité ? Le mot ne me semble pas complètement adapté

Citer
elle arborait fièrement un blanc laiteux qui donnait presque envie de vomir
Le sentiment est violent et il arrive brutalement. Est-il important pour l'histoire ? Si oui, je te conseille de faire monter le dégoût plus progressivement dans le début de ton texte.

Citer
La porte, à ma droite, était verrouillée. Elle était toujours verrouillée. Une vieille ampoule usée grésillait au plafond. Grrii, grrii. Dieu que c’était oppressant. Ce bruit sinistre me faisait frissonner. Il faisait frissonner toutes les personnes comme moi, ou presque. C’était certainement souhaité.
Attention aux verbes faibles (être, faire) ; même quand la répétition est voulue, il vaut mieux répéter un verbe plus riche ^^

Citer
Une voix effacée et macabre transperça la vitre :
Transpercer est-il le verbe le plus adapté ?

Citer
C’était peut-être le cas, d’ailleurs. Après tout, j’étais en Enfer. Il était exclu de s’en servir.
Répétitions de verbe être ^^
Ah, les choses commencent à s'expliquer ! Par contre, je ne m'y attendais pas du tout ^^ Peut-être donner quelques détails au début, qui laissent soupçonner (sans le dire) qu'on est dans un tel lieu ?

Citer
pas un seule mot
seul

Citer
elles allaient détruire ma vie
N'est-elle pas morte, si elle est en enfer ?

Citer
Une dizaine de revolvers se braquèrent dans ma direction, dans un silence de mort.
En enfer ? Et l'homme n'a pas pu l'empêcher de sortir ?

Citer
Que
Citer
j’étais
stupide !
Citer
J’étais
dans leur quartier général,
Citer
c’était
à prévoir
Pour les verbes être de localisation, tu peux utiliser par exemple 'se trouver' ou tout autre verbe d'action 'je me déplaçais', 'j'essayais de m'enfuir de',...
Concernant les expressions, il faut les remplacer au cas par cas ^^

Citer
Je ne me débattis pas, c’était inutile
Pour éviter le verbe être ici, tu pourrais opter pour : 'ça ne servait/servirait à rien', 'ça ne rimait rien', 'ça ne conduirait nulle part', 'j'échouerais',.. etc.

Citer
Et puis, ils m’avaient prévenu.
prévenue ?

Citer
Alors…coopérer, c’était sans doute ma meilleure chance
Ici, par exemple, tu peux remplacer ", c'était" par : "restait", "demeurait", "me semblait", "me paraissait", "semblait [sans doute]", ... etc.
Je n'ai pas relevé tous les verbes être ; je te conseille de les traquer pour en remplacer le maximum ^^

Citer
ils savaient que j’aurai parlé
aurais

Citer
me fis l’impression
fit

Citer
j’apposai la mine sur la feuille, et écrit.
écris ? ("j'écris")

« Modifié: 21 Mars 2016 à 14:46:15 par Spes »

 


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