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14 Août 2026 à 15:59:00
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [AT n°7 | T24] Stéréopsie

Auteur Sujet: [AT n°7 | T24] Stéréopsie  (Lu 6952 fois)

Hors ligne Miromensil

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Re : T24 - Stéréopsie
« Réponse #15 le: 12 Mars 2016 à 15:36:22 »
Coucou Mout !

Je n'ai pas fait attention à l'orthographe mais ceci m'a sauté aux yeux :

Citer
nous fit des plans pour le lendemain.
nous fîmes, non?

Je voletais au hasard sur quelques textes hors poule 1, et j'avoue avoir été happée par les premières phrases. La fin m'a arraché un petit frisson  ^^ J'ai tout aimé : le style d'écriture, la relation réel/perception mélangé au fantastique,...Ton texte risque de me rester en tête encore un moment ! Bref, très belle lecture, bonne continuation pour l'AT :)

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : T24 - Stéréopsie
« Réponse #16 le: 12 Mars 2016 à 16:52:28 »
Salut Miromensil !

Pour la phrase, le sujet est bien "elle" :
Citer
elle ne m'en laissa pas le temps, [elle] me parla tout de suite d'autre chose, [elle] nous fit des plans pour le lendemain.
Mais comme Tomoyo m'a aussi fait une remarque dessus, peut-être que la tournure est moins courante/évidente que ce que je pensais, ou trop familière.

Merci pour ta lecture hors-poule, en tout cas :) Toujours content que ça plaise.

Hors ligne barnacle

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Re : T24 - Stéréopsie
« Réponse #17 le: 15 Mars 2016 à 20:58:38 »
Pour faire le point avant la fin de la manche : j'ai corrigé/changé au fur et à mesure la plupart des choses qui m'ont été pointées du doigt. Il reste des petites choses inchangées, soit que je sois prêt à les défendre, soit que je n'ai pas trouvé d'alternative qui me plaise.
Typiquement, j'ai changé la répétition du début, mais pas la première phrase elle-même (je comprends la réticence qu'elle peut créer, mais il n'y a pas d'alternative à la hauteur qui me soit venue).
Dans tous les cas, merci tout le monde pour vos avis :) Ils étaient tous pertinents et agréables.

Hors ligne Yöda

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  • Il a une serviette ! Replions-nous !
Re : T24 - Stéréopsie
« Réponse #18 le: 17 Mars 2016 à 01:15:52 »
Bonsoir cher Mout !  ^^

Je ne sais pas trop quoi dire, à part que j'ai dévoré ton texte ! Il m'a accrochée dès la première phrase et m'a tenue captivée tout du long. C'est original, bien mené et j'ai beaucoup aimé le voir glisser tout doucement et naturellement vers le fantastique. Je trouve que ton texte dégage une simplicité et une fraîcheur étonnante pour une histoire finalement assez complexe, et ça donne quelque chose de vraiment fort.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Bonne chance pour la suite de l'AT ! (Même si je ne me fais pas trop de souci pour toi  :D)
Damn

Hors ligne Kathya

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : T24 - Stéréopsie
« Réponse #19 le: 17 Mars 2016 à 12:30:01 »
Bonjour Mout' !

Wow, j'ai beaucoup aimé ce texte. C'est fluide, c'est bien écrit, c'est touchant, c'est surprenant...  :coeur:

Bonne continuation pour la suite !  :)
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

MillaNox

  • Invité
Re : T24 - Stéréopsie
« Réponse #20 le: 17 Mars 2016 à 15:42:59 »
Salut Mout !

au fil de la lecture...
Citer
Au cours suivant je m'assis à côté d'elle, sans réfléchir.
tu étais au passé composé jusque là

Citer
   Je lui en dis trop dès la semaine suivante.
pareil

Citer
  Elle dut finalement partir pour un TD que je n'avais pas. Elle se leva et, de la voir si parfaite devant moi, je lâchai malgré moi le « Je t'aime » trop retenu. L'embarras me prit aussitôt ; mais elle ne dit rien, n'eut pas l'air surprise ; elle n'eut qu'un sourire gentil et s'éloigna tranquillement.
pareil, ou bien tu passes le début au passé simple si finalement tu préfères ? Comme toute la suite est au passé simple je ne te le signale plus, mais je pense qu'il faut choisir et harmoniser.

Citer
c'était un couple.
formulation bof, "nous étions un couple" ?

hop là, tout lu !
alors alors...
déjà sur l'écriture, passé le problème de passé composé ou passé simple à choisir, c'est fluide, prenant, avec des images par petites touches subtiles et agréables, très très chouette à lire  :coeur:
ensuite j'ai beaucoup aimé le scénario, ça m'a touchée, intriguée, vraiment émue (parce qu'on capte et qu'on a le ventre un peu noué) et puis c'est très bien ficelé !
mais c'est triiiiste  :(

bref, un coup de coeur pour moi  :coeur:

merci pour ce texte !

Milla

Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
  • Modo
  • Trou Noir d'Encre
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Re : T24 - Stéréopsie
« Réponse #21 le: 17 Mars 2016 à 15:55:24 »
Relecture... Juste pour dire en passant qu'il est vraiment chouette ce texte. (peu de chose ont été modifiées, je sais pas si c'est les modifs ou moi, mais j'ai eu une (encore) meilleure impression qu'en première lecture)
Au plaisir !
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne Chouc

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  • Chourlotte Brontë
Re : T24 - Stéréopsie
« Réponse #22 le: 17 Mars 2016 à 16:33:49 »
Mout,

Bravo pour ce texte brillant, bouleversant, si juste et tellement bien écrit.
Qui plus est, ça peut semble anecdotique mais l'exactitude du processus de vision stéréoscopique m'a réjoui  :P
Merci pour cette lecture Mout

Au plaisir ;)
Tel esprit qui croyait se pendre.

Hors ligne barnacle

  • Grand Encrier Cosmique
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Re : T24 - Stéréopsie
« Réponse #23 le: 19 Mars 2016 à 10:19:32 »
Et bien, il y a eu une petite avalanche de lectures dans le coin.
Désolé si je ne réponds pas dans le détail, mais merci Yöda, Kathya, MillaNox et ChoucrouteEstivale pour vos commentaires, et RémiDeLille pour être repassé :)

Sur la question passé composé/passé simple : j'apprécie la remarque, mais j'ai des raisons pour vouloir le garder tel quel.
Je connais la règle scolaire selon laquelle il ne faut pas mélanger les deux, mais dans ma perspective, il n'y a pas de mélange, seulement un glissement. Les premières phrases sonneraient faux (à mon oreille) au passé simple parce qu'elles s'inscrivent par rapport à l'après-coup, au présent. C'est un discours d'ouverture, l'installation de la réminiscence. Après une transition à l'imparfait (qui marche avec les deux), on plonge définitivement dans le récit (où le présent/temps de référence est le passé, d'où le passé simple) avec le premier verbe d'action pleine (je m'assis). C'est ma vision des choses, en tout cas.
D'ailleurs, j'ai réfléchi à mettre la dernière phrase au présent, entre autres parce que ça renverrait plus directement à l'intro. Mais je crois que pour le coup ça choquerait trop, là où le glissement du passé composé au passé simple était passé inaperçu jusqu'à présent.
Encore une fois, j'apprécie la critique et je la garde en tête, c'est juste que je ne suis pas vraiment convaincu dans l'immédiat.
« Modifié: 19 Mars 2016 à 10:23:54 par Mout »

MillaNox

  • Invité
Re : T24 - Stéréopsie
« Réponse #24 le: 19 Mars 2016 à 15:29:26 »
Yop yop !

alors ce qui m'embête dans cette histoire de passé composé et passé simple, c'est que le basculement m'a tiré de ma lecture,e t que sur un certains passage, c'est mélangé et du coup ça fait péter mon neurone concordance des temps  :D
Une idée comme ça (après c'est toi l'auteur, je comprends tout à fait que tu décides de laisser tel quel comme dit dans ton message précédent !) : peut-être séparée l'intro de l'entrée dans le récit d'actions par deux saut de ligne et un ptit symbole, pour faire des parties distinctes, et du coup garder le passé composé pour cette intro puis utiliser le passé simple dans le récit ? avec de nouveau un saut et une mini conclusion au passé composé comme tu disais ?

Hors ligne Spes

  • Calliopéen
  • Messages: 597
Re : T24 - Stéréopsie
« Réponse #25 le: 19 Mars 2016 à 22:21:41 »
Salut Mout !

Tout d'abord, merci pour ce texte ! J'ai commencé à commenter au fil de ma lecture, et ensuite j'ai arrêté de relever des détails de forme, parce que la tension montait et que je plongeais dans le texte  :mrgreen:
Tu trouveras les éléments que j'ai relevés ci-dessous, suivis d'un commentaire plus général :

Citer
Tout a peut-être commencé quand je suis née.
   Mais tout a basculé autour d'elle
Elle qui ? La naissance ? Le lien entre les deux phrases pose un peu problème, je trouve ^^

Citer
le stress bureaucratique
Je vois ce que tu veux dire, mais pendant un instant j'ai cru qu'elle était secrétaire ou autre ^^ La formulation n'est pas idéale, à mon avis

Citer
Elle avait la même chevelure, lui tombant
De façon générale, mieux vaut éviter les participes présent, qui donnent souvent une impression de maladresse ^^

Citer
de son visage-minois.
Peut-être choisir ?

Citer
Une semaine après, nous sortions ensemble, officiellement : nous avions eu un premier rendez-vous et un premier baiser – mes premières fois, l'envie de plus.
Oh, chouette  :mrgreen:
Par contre "mes premières fois, l'envie de plus." n'est pas très clair en première lecture, je trouve ^^

Citer
j'ignorais encore si elle avait eu des copines au lycée
En fait, ce que se demande la narratrice, c'est si sa copine s'accepte en tant que personne non hétéro, pas nécessairement si elle a déjà été en couple avec une fille, si ?

Citer
c'était tout pour moi.
   Il me fallait rester décontractée, être naturellement intéressante.

la logique était chez elle une intuition

J'étais époustouflée

J'étais terrifiée, mais la fuite n'était pas une option. Lorsque je la retrouvai deux heures plus tard, j'étais

J'étais la grande bêtasse qui essayait de l'impressionner, elle était la petite intello qui appréciait l'effort : c'était un couple.

C'était une libération. Il ne s'agissait plus de se montrer à la hauteur, mais de se faire plaisir ; d'être heureuses et curieuses ensemble.
...
Attention au verbe pauvre "être", il y en a beaucoup dans le texte et à mon sens il appauvrit un peu le style, style qui est par ailleurs plutôt propre et efficace ^^

Citer
J'étais la grande bêtasse qui essayait de l'impressionner, elle était la petite intello qui appréciait l'effort : c'était un couple.
"nous étions" ? ("nous formions")

Citer
n'eut pas l'air surprise ; elle n'eut qu'un sourire
Une répétition que tu pourrais éviter ^^

Citer
Un mois plus tard, elle me rendit la pareille simplement : un « Je t'aime aussi » lancé tandis que je m'éloignais, qui m'installa sur un nuage.
Un mois plus tard ! Ca va vite ^^ Elle a dû pas mal angoisser pendant ce mois, sauf si rien n'a changé dans le comportement de sa copine ? Peut-être le précisier (elle n'a pas de nom, d'ailleurs ? Ca lui donnerait plus de consistance, je pense ^^)

Citer
je ne voyais plus de relief à force de m'être faite savoir
Un peu maladroit, à mon avis

Citer
y ai rétréci un lampadaire et vu tous les passants curieux qui s'interrogeaient autour du réverbère nain
Ah oui, quand même  :o Quand elle parlait de la table un peu plus haut, je pensais qu'elle parlait d'une sorte d'illusion d'optique. Peut-être clarifier un peu ?

Citer
C'est pleine de palpitation que je pris
Palpitations ? Le présent fait un peu bizarre, aussi, je crois que c'est le premier que je vois

Citer
« Concentre-toi sur moi, m'intima-t-elle. Mon image, ici, maintenant. Ma petite respiration, le clignement de mes yeux, mes moindres petits mouvements. N'écoute rien d'autre. Ignore le son, n'écoute que ma voix, mes bruits. Et le reste, laisse-le fixe, derrière. Immobilisé et silencieux. Il n'y a que moi, il n'y a que... »
   Elle s'interrompit, retira ses mains des miennes. Me lança un regard stupéfait, défait – terrifié et triste. Je ne comprenais pas, je ne faisais que la regarder elle et...
   Le monde autour de nous s'était arrêté, figé en une image muette.
Il commence à y avoir beaucoup de suspense ! L'histoire est bien construite jusque-là

- - - - - -

Après lecture, eh bien... Franchement, un bon texte ! J'ai beaucoup aimé la deuxième moitié, le déroulement, tout se tient. La fin est top : on y croit, et en même temps elle surprend, et elle est originale aussi dans sa mise en oeuvre.
Concernant la première partie du texte, elle allait peut-être un peu vite (on ne sait pas grand-chose de leur relation amoureuse finalement) ; le fantastique arrive peut-être un peu brusquement aussi. Mais ça reste assez secondaire, et je reste sur une très bonne impression pour ce texte ^^

Bonne continuation !



Hors ligne barnacle

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Re : T24 - Stéréopsie
« Réponse #26 le: 20 Mars 2016 à 10:44:41 »
MillaNox, je garde ça en tête mais j'ai un peu peur de casser en voulant corriger. En fait, ce qui m'aiderait à me décider est l'impression des autres lecteurs ?

Spes, il y a des remarques très judicieuses dans ce que tu dis, y compris certaines corrections que je ferais immédiatement si je pouvais modifier le texte. Je me garde mes points de désaccords comme d'habitude ("visage-minois", le choix est de dire les deux), mais merci pour ton commentaire détaillé.

Hors ligne ZagZag

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Re : T24 - Stéréopsie
« Réponse #27 le: 20 Mars 2016 à 22:07:53 »
Salut Mout' !

Globalement j'ai bien aimé, même si l'effet un peu mélo du début du style "tout a basculé quand..." rebute un peu. Le tout mais un peu de temps à démarer et le début avant la découverte des pouvoirs est un peu longue. Mais à partir de là ça fonctionne três bien, l'idée et les mécanismes des pouvoirs sont très bien trouvés et exploités, c'est le grand atout du texte.

Bref, merci pour ce texte :)
aucun : les artichauts n'ont aucun rapport avec le Père Noël. Ce ne sont pas des cadeaux et on ne peut pas faire de Père Noël en artichaut.

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Re : T24 - Stéréopsie
« Réponse #28 le: 21 Mars 2016 à 21:51:59 »
Salut Zagreos, et merci pour ton commentaire :)
Tu as raison, le début est un peu mélo, mais le texte aussi ceci dit.
Je viens de retravailler le texte en général et entre autres l'intro, et la phrase en question disparaît. J'ai pu du coup résoudre le problème de concordance des temps en abandonnant cette articulation du texte autour du "tout a basculé".
Je ne suis pas tout à faire sûr de ce que ça donne, donc j'attends juste sagement de pouvoir modifier le texte en ligne pour avoir des avis dessus.

Hors ligne barnacle

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T24 - Stéréopsie
« Réponse #29 le: 22 Mars 2016 à 00:38:58 »
   Deux conversations décidèrent de tout, et elle en fut chaque fois le pivot.
   Son entrée dans mon monde fut discrète : une apparition vague, d'arrière-plan, le jour des inscriptions à la fac. Sa mère l'accompagnait ; elles s'affairaient à une autre table, comme tant d'autres. Ses longs cheveux roux, sa robe d'été à carreaux attirèrent peut-être le coin de mon œil ; mais j'étais trop préoccupée par la gestion de mon dossier, puis par le soulagement d'être inscrite, pour y arrêter mon regard.
   Nous étions toutes les deux en première année de philo. Je la revis au premier cours, quelques rangs devant moi dans l'amphi – Émilie. Elle avait la même chevelure, lui tombant sur le dos longue et droite sans jamais être raide ; un trait de pinceau bien appuyé, jamais hésitant malgré le vent, le mouvement, les chaises et les cols. L'opposé de ma coupe garçonne.
   Au cours suivant je m'assis à côté d'elle, sans réfléchir. De près elle était une petite chose fluette, presque une moitié de moi. Ses lunettes vertes semblaient tomber sans cesse sur son nez trop fin, glisser vers le menton de son visage-minois.
   Dix jours après, nous sortions ensemble, officiellement : nous avions eu un premier rendez-vous et un premier baiser – mes débuts, doux mais presque ravis par l'envie immédiate de plus, de tout.
   Je lui en dis trop dès la semaine suivante. Elle semblait si calme et j'étais si pressée – je me levais chaque matin, j'existais chaque jour pour la voir, l'entendre, la toucher. J'avais toujours peur d'aller trop vite, de l'effrayer – j'ignorais encore si elle avait eu des copines au lycée. Elle était venue s'asseoir auprès de moi, contre un arbre sur le campus ; elle m'avait donné un baiser, l'air de rien, avant de se poser à mes côtés et les peaux de nos mains, nos épaules sous le coton, se frôlaient sans cesse – c'était tout pour moi.
   Il me fallait rester décontractée, me montrer naturellement intéressante.
   « J'ai un mystère à te proposer, dis-je. J'ai un léger strabisme, apparemment depuis que je suis gosse. Je ne sais pas si tu as remarqué ? »
   Elle me fit signe que non.
   « Pas étonnant. Ça se voit à peine, et même moi je n'en avais pas conscience jusqu'à récemment. Mais j'ai appris il y a quelques mois de ça que ça suffit à changer la vision que j'ai du monde. Comme les images de mes deux yeux sont trop distinctes, mon cerveau en neutralise une – je n'ai pas de vision binoculaire, ça s'appelle. Je ne vois vraiment que d'un œil à la fois.
   – Il y a cette chose que tu fais, où tu sembles ne jamais regarder tout à fait en face.
   – Oui, je crois que basiquement je regarde surtout de l’œil droit, donc mon champ visuel est un peu décalé. »
   J'étais contente de moi. Je la voyais, sur ma droite justement, intéressée.
   « Mais il y a une conséquence plus profonde. Normalement le cerveau perçoit les distances en faisant une triangulation entre les deux yeux : il faut cette vision binoculaire pour calculer le relief.
   – Tu vois sans relief ?
   – Justement, non. Pas tout à fait. Je sais que théoriquement je ne perçois pas les distances ; je vois en deux dimensions, mais ça n'est pas ce que je ressens, ce que je pense faire. En partie je devine, je suppose, les distances. Je me déplace dans un espace en trois dimensions, je connais la taille des choses. Elles se chevauchent, sont éclairées par la lumière en trois dimensions, grandissent quand je me rapproche...
   – Donc tu vois en relief, mais indirectement. »
   Elle me comprenait avec aise, concevait clairement ce que j'énonçais confusément, m'épargnait l'embarras par son intelligence généreuse. J'avais constamment envie de l'embrasser.
   « Oui, sauf que je n'ai pas conscience que c'est indirect. Si un ophtalmo ne me l'avait pas dit, je ne l'aurais jamais deviné. Ce que je vois à chaque instant, je te jurerais que c'est en trois dimensions. Que je vois en relief. C'est le mystère. Si je ne perçois pas le relief, pourquoi ai-je toujours le sentiment de voir en 3D ?
   – C'est ton mystère ? C'est facile. »
   Quelqu'un de moins épris que moi se serait vexé ; je n'étais qu'admirative. Sa pensée courait beaucoup plus rapidement que la mienne, la logique fusait chez elle comme une intuition. Alors bien sûr, elle pouvait déjà expliquer :
   « La perception ne marche pas comme ça. Tu n'as pas accès à l'image directement produite par ton œil ; tu n'as accès qu'à l'image interprétée par ton cerveau. La perception nous vient toujours déjà un peu décryptée. Tu penses en 3D, donc tu interprètes en 3D, donc tu vois en 3D. »
   J'étais époustouflée : ça devait être ça. Sa réponse confirmait en moi comme une intuition profonde. Je ne pouvais que la féliciter et laisser le silence s'installer quelques temps, jusqu'à ce que le sujet change.
   Elle dut finalement partir, pour un TD que je n'avais pas. Elle se leva et, de la voir si parfaite devant moi, je lâchai malgré moi le « Je t'aime » trop retenu. La gêne me prit aussitôt ; mais elle ne dit rien, n'eut pas l'air surprise ; elle n'eut qu'un sourire gentil et s'éloigna tranquillement.
   Je restai pétrifiée, stupéfaite de cette audace idiote, sans plan de secours. Lorsque je la retrouvai deux heures plus tard, j'étais déjà prête à m'excuser platement pour avoir précipité les choses ; elle ne m'en laissa pas le temps, me parla tout de suite d'autre chose, nous fit des plans pour le lendemain.
   Le sujet fut un peu enterré. J'y repensais avec des frissons, mais elle avait sans doute raison : mieux valait laisser ça derrière, laisser les choses aller à leur rythme. J'étais la grande bêtasse qui essayait de l'impressionner, elle était la petite intello qui appréciait l'effort : c'était un couple. Un mois plus tard, elle me rendit la pareille simplement : un « Je t'aime aussi » lancé tandis que je m'éloignais, qui m'installa sur un nuage.
   Elle m'avait par ces quelques mots libérée du poids des désirs, doutes et espoirs qui m'attiraient et m'agitaient auprès d'elle. Il ne s'agissait plus de se montrer à la hauteur, mais de se faire plaisir ; d'être heureuses et curieuses ensemble. Le temps passa.
   Je repensais régulièrement à cette conversation et à sa réponse si juste. La contemplation m'avait toujours intéressée comme une source de paix, le sentiment de toucher à quelque chose de profond, puissant – c'était en partie pour ça que je m'étais inscrite en philo. Mais avec cette nouvelle information, elle devenait autre chose : il ne s'agissait plus de s'élever, mais de simplifier. Je travaillais à supprimer la couche d’interprétation.
   Cette image pure, non traduite, cette photo du monde que mon œil créait, je la sentais accessible. Il ne s'agissait que d'enlever une couche de sens après l'autre, délier le volume pensé là, défaire la connaissance de ce qui sépare un objet de l'autre. Je m'en approchais, sans jamais l'atteindre.
   Supprimer le volume me vint en fait assez rapidement ; j'y arrivai après quelques semaines, mais par ce qui me sembla le mauvais chemin : je ne voyais plus de relief à force de m'être inculquée que ma vue était plate. J'avais seulement appris à changer la part interprétative de ma perception, plutôt que de l'effacer pour de bon.
   Émilie encourageait mes efforts, mais m'avouait qu'elle les croyait vains ; que, surtout, même y réussir serait peut-être décevant. Qu'il n'y avait probablement rien à y apprendre, que je ne creuserais que vers une nouvelle illusion.
   Mais j'aimais faire ça et j'en étais curieuse ; ça me suffisait.  Puis vint ce soir où, éreintée, je m'affalai sur mon canapé-lit et regardai vers ma table, la contemplai par réflexe. Et, par cet amusement distrait que crée la fatigue, je mimai de prendre entre deux doigts l'image de la table, puis les étirai.
   L'image de la table s'élargit.
   Je me redressai. La table était bien plus grande – elle s'avançait de quelques centimètres de plus, ses pieds étaient notablement plus gros. Je ne pouvais pas rêver.
   Je sortis une règle, expérimentai avec un verre, le mesurant avant, après – il y avait bien un changement, c'était bien un pouvoir, quelque chose. Je me précipitai presque dans la rue, attrapant à peine mon manteau, dans la quête d'une nouvelle confirmation ; j'y rétrécis un lampadaire, ris quand des passants s'arrêtèrent pour observer, s'interroger autour de ce réverbère nain. Je me sentais capable de soulever le monde.
   Il fallait que je le partage – que je le partage avec elle. Je l'appelai, balbutiai une invitation à me retrouver dans un café-bistro en bas de chez moi, puis l'attendis, toujours naïvement excitée, tentée de jouer encore, de rétrécir, d'agrandir quelque chose, n'importe quoi, presque incapable de me retenir. Je me sentais sur le point d'exploser quand enfin je la vis arriver, l'air inquiète, incapable d'interpréter mon expression.
   Je lui dis tout, tout de suite ; et elle comprit tout, tout de suite, bien mieux que moi.
   « Montre-moi », me demanda-t-elle, feignant le calme. Elle me croyait déjà, je le sentais ; mais il y avait une idée plus précise qui la troublait et qu'elle gardait pour elle.
   J'étais trop excitée pour lire pleinement son expression ; la douche froide attendrait encore. Je pris l'image du menu entre mes doigts – ça m'était déjà incroyablement facile – et agrandis l'image et l'objet du même mouvement.
   « Tu peux le faire sans tes doigts.
   – Quoi ? » Elle avait parlé d'une voix neutre, énoncé une évidence qui me dépassait déjà. Je la regardais, décontenancée.
   « Je suis sûre que tu peux le faire sans tes doigts. C'est juste un geste qui t'aide. Essaye. »
   J'obéis : j'essayai. Voir l'image, puis la voir plus petite. C'était facile. Je rétrécis le menu jusqu'à la taille d'une carte à jouer – jouer, un jeu, un super-pouvoir. J'avais envie de rire, rire aux éclats tellement c'était facile, si simple et si absurde.
   Il n'y avait pas l'ombre d'un sourire sur son visage. Elle semblait ne suivre qu'une liste mentale préétablie, une fatalité après l'autre.
   « Je veux que tu fasses autre chose maintenant. »
   Elle attrapa la salière d'une main, et la cacha de l'autre.
   « Tu veux que je l'agrandisse sans la voir ? Je pense que je peux faire ça.
   – Non. Je veux que tu te la représentes absente. Tu ne la vois pas, elle n'est pas là. »
   C'était une étape au-dessus, oui. Et le sérieux avec lequel elle me la demandait imposait le respect. Je regardais ses petits doigts – pas de trace de la salière. Il n'y avait que ses mains, enserrant un peu de vide.
   Elle les ouvrit : il n'y avait pas de salière. Plus de salière. Il n'y avait jamais eu de salière ?
   Je ne comprenais toujours pas. Mais elle avait senti l'objet dans sa main et la disparition soudaine de son poids, la mesure de mon acte ; elle concentrait tous ses efforts sur cette liste logique qui lui fallait suivre avant toute réaction, toute émotion :
   « Ok, passons à l'étape suivante. »
   Mais je ne pouvais pas juste l'écouter ; j'avais perdu l'égoïsme de la vouloir heureuse comme moi, d'être excitée par mes pouvoirs – je voyais bien ses yeux s'humidifier, le gouffre qu'elle retenait.
   « Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui ne va pas ?
   – Rien. Peut-être rien. Je ne sais pas. Fais juste ce que je te demande, ok ? »
   Je pris ses mains dans les miennes par-dessus la table – quoiqu'il arrive, je serai toujours là, voulais-je dire, faire sentir – et abdiquai silencieusement, d'un hochement de tête.
   « Concentre-toi sur moi, m'intima-t-elle. Mon image, ici, maintenant. Ma petite respiration, le clignement de mes yeux, mes moindres petits mouvements. N'écoute rien d'autre. Ignore le son, n'écoute que ma voix, mes bruits. Et le reste, laisse-le fixe, derrière. Immobilisé et silencieux. Il n'y a que moi, il n'y a que... »
   Elle s'interrompit, retira ses mains des miennes. Me lança un regard stupéfait, défait – terrifié et triste. Je ne comprenais pas, je ne faisais que la regarder elle et...
   Le monde autour de nous s'était arrêté, figé en une image muette. Elle se leva, les yeux toujours sur moi – le crissement de sa chaise sur le carrelage, presque imperceptible, fut si violent contre le silence des conservations tues, des bouches fixées ouvertes, de l'humain au mouvement suspendu.
   La respiration mécanique des choses, le chuchotement du vivant : tout s'était tu dans l'à peine vrai des gestes faits statues, des liquides faits solides, du chaos de la ville devenue musée. Il n'y avait qu'elle et moi – elle qui s'était levée et me regardait au milieu du temps que j'avais figé.
   Sa réaction seule m'importait. Nous étions échouées au milieu de cette photographie du monde, et je la sentais qui s'éloignait. Je ne voulais pas lui faire peur, la faire fuir.
   « Je peux inverser ça, je suis sûre. Laisse-moi juste, rassieds-toi, et je vais...
   – Non », dit-elle simplement, pour m'arrêter. Je me tus, perdue, paniquée à l'idée de la perdre. Elle savait, cherchait simplement une dernière respiration, un dernier moment avant d'affronter l'inévitable.
   « Ça n'est pas la peine », rajouta-t-elle, s'éloignant un peu de la table pour regarder l'image que j'avais créée. Elle me tourna brièvement le dos, et je rêvai un instant que peut-être, son visage me réapparaîtrait émerveillé, enjoué – que peut-être, nous pourrions en rire et nous en amuser.
   J'en rêvais seulement. Je revis son profil inchangé ; elle s'était tournée à demi, sans me regarder vraiment, sur sa droite.
   « Ça n'est probablement pas nouveau. Tu ne t'en rends compte que maintenant, c'est tout.
   – Explique-moi. Je peux corriger ça, on peut corriger ça ensemble. »
   Alors elle se tourna entière vers moi, et je vis ses lunettes glisser un peu sur son nez sous l'effet du mouvement, comme elles le faisaient toujours.
   « Promets-moi une chose, une chose seulement. Laisse-moi être qui je suis jusqu'au bout.
   – Je ne te comprends pas, mais je te promets. Je te promets tout. Je t'aime. Explique-moi, explique-moi tout, à l'idiote que je suis. »
   Elle eut un sourire d'inconsolable et s'avança vers moi, me caressa le visage.
   « Tu n'es pas idiote. Je ne t'en veux pas. C'est juste que, tu me laisses comprendre pour toi.
   – Dis-moi, dis-moi juste. »
   Je suppliais, je pleurais à sa place.
   « Tu le sens bien, l'étendue de ce que tu fais. Ça n'est pas un pouvoir – un tel pouvoir sur le réel, c'est le réel lui-même.
   – Je ne...
   – Si, tu le sens déjà très bien. Et j'en sais l'écho. Tu ne sauras jamais s'il en a toujours été ainsi. Mais ce que tu perçois réel est le réel ; tu es ce par quoi le monde est ; tu es le monde, ou sa déesse. Et nous autres... »
   Elle me tenait la tête, me forçait doucement à la regarder dans les yeux, à l'écouter jusqu'au bout. Elle faillit détourner le regard pour contempler les personnes immobiles qui nous entouraient, mais elle reprit :
   « Et moi, je ne suis qu'une partie de ton monde. Tu m'as peut-être faite, choisie, précisément pour ça. Pour te dire ce que tu sais sans le savoir, pour être ton intuition exprimée. Et je... Je ne sais pas si je suis plus que ça. Je l'ai toujours pressenti, mais je ne peux plus l'ignorer. Je n'existe que quand tu me vois. Je comble les trous quand tu t'éloignes, quand tu clignes des yeux... Je n'existe qu'auprès de toi. »
   Sous le poids de ses mots, j'étais descendue de ma chaise et nous n'étions plus qu'agenouillées, l'une face à l'autre, visage contre visage.
   « Je suis désolée, poursuivit-elle. S'il y a un réel, il n'est que toi. Ça n'est pas moi, peut-être personne d'autre.
   – Je... »
   Elle pleurait maintenant aussi, triste pour nous deux, fatiguée d'être presque au bout de son chemin.
   « Il faut que tu te souviennes de ta promesse. Ne me change jamais.
   – Jamais.
   – J'ai une dernière chose à te demander. Il faut que je sois quelqu'un, quelqu'un d'autre que toi. Je ne peux pas vivre autrement.
   – Je promets. Tu seras toujours toi. »
   Elle sourit une dernière fois.
   « Non, tu ne comprends pas. Je veux que tu fasses un dernier test. Je ne peux pas vivre, si je n'existe que par toi. Je ne peux pas vivre, si je n'existe pas par moi-même. Il faut que quelque chose en moi soit irréductiblement mien.
   – Ne me demande pas ça.
   – Je veux que tu me tournes le dos, et fasses comme si je n'existais pas. Et si tu réussis, si tu m'effaces... Si vraiment tu as ce pouvoir sur moi, je veux que tu ne crées jamais d'autres versions de moi, ou de variations de moi. Parce qu'elles le devineront toujours, et elles ne pourront jamais vivre avec cette possibilité-là. De n'exister que par toi.
   – Mais ça ne prouvera rien. Si je le fais, ça ne prouvera rien. »
   Je plaidais désespérément ; elle s'était déjà relevée, séchait ses larmes du revers de sa manche, me dit froidement :
   « Ça prouvera tout pour moi. »
   Je me levai à mon tour, et je connaissais déjà la fin.
   « Si tu m'aimes vraiment, tu le feras. Ça n'est pas pour toi – tu m'as déjà eue moi. Tu ne m'as pas fait plus grande, ou plus plantureuse, et tant pis pour toi. Il te fallait sans doute quelqu'un qui ne t'intimide pas trop, pour oser te dire ta vérité. Si tu m'aimes vraiment, tu ne seras pas lâche une fois de plus. Tu ne seras pas égoïste une fois de plus, tu seras plus qu'une gamine à qui il faut tout apprendre, tout expliquer. »
   Elle essayait de m'énerver, de mettre toutes les chances de son côté pour que je l'efface, si je le pouvais. Mais elle avait raison ; je le sentais déjà. Je ne croyais pas à sa colère.
   Je l'aimais ; je lui tournai le dos.
   Elle n'existait pas sans moi, sans que je la voie, sans que je l'entende, sans que je la touche.
   Je me retournai ; elle n'était plus.
   J'étais, je suis le monde – seule au monde.
« Modifié: 29 Mars 2016 à 12:30:25 par Mout »

 


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