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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le récit d'Haroun

Auteur Sujet: Le récit d'Haroun  (Lu 11233 fois)

Hors ligne Milora

  • Trou Noir d'Encre
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Le récit d'Haroun
« le: 25 Mars 2009 à 17:12:36 »
   Je dois avouer que je suis un peu nerveuse. Il y a des mois que je n'ai rien posté de neuf. Et presque un an que je n'ai rien posté de neuf hors du cadre d'un défi. Et en plus, je ne sais vraiment pas quoi penser de cette nouvelle.
   J'ai essayé de faire différent - j'aime essayer de voir si j'arrive à varier, parce que j'ai souvent l'impression d'écrire toujours la même chose. Différent par rapport à mes habitudes, hein, rien de révolutionnaire pour la littérature ^ ^.
   Je ne sais pas si c'est déjà-vu mille fois, si c'est incompréhensible, si c'est trop long, ennuyeux à lire... Bref, je vous le livre, n'hésitez pas à être sévères, comme toujours !
J'espère que la mise en page va ; elle est tout à fait classique, mais le forum m'a supprimé tous les tirets de dialogue lors du copier-coller...  :-\

C'est une nouvelle de 10 pages Word. Un peu SF. Je vais la poster par petits bouts, mais j'ai du mal à la couper ; je l'avais pensée pour être lue d'une traite... jusqu'à ce que je m'aperçoive que j'étais déjà à 10 pages, lol. Donc, si vous voulez vous faire une idée, il vaut peut-être mieux attendre au moins la fin du secon post...

Bref bref bref. J'arrête de blablater. Voici le récit d'Haroun :

_______________

Envoi 1

Le récit d’Haroun



- C’est intéressant, songea Guido.
- Je ne comprends pas, osa Léna.
   Elle hésita sur la façon de formuler sa pensée. Cet exposé lui semblait déstabilisant, elle n’arrivait pas à se représenter ce que voulait dire Haroun. Il réfléchit un instant pour lui-même, puis décida que le mieux était de leur répéter son récit. Ses idées avaient mis du temps à germer. Il ne pouvait pas exiger des autres qu’ils saisissent dès la première tentative. Il se remémora les mots qu’il avait inventés, et les transmit :
- « Sofia et Gaëtan marchaient depuis longtemps. Leurs corps étaient moulus et fatigués. Autour d’eux, la plaine s’étendait à l’infini, et au-dessus, le ciel était d’un gris changeant… »
- Attends, coupa Léna.
   Haroun s’interrompit à contrecœur. Une vague d’agacement montait en lui ; il tenta de la faire refluer. Il commençait à regretter de leur avoir livré ses réflexions. Trop nouveau, tout cela était trop nouveau. Ils n’allaient pas l’accepter. Léna poursuivit sa pensée :
- Ce n’est pas clair du tout.
   Elle semblait réellement désireuse de comprendre, mais ce n’était pas le cas des autres. Christopher profita de cette brèche pour intervenir, et même s’il s’y attendait, Haroun en fut agacé. C’était étonnant qu’il n’ait rien objecté auparavant, lui qui se piquait de critique d’Art et de grands principes esthétiques.
- Tu comprends, Haroun – commença en effet Christopher, condescendant – le problème vient des mots que tu emploies. L’innovation peut constituer la base d’une exigence formelle intéressante. Mais il faut toujours laisser une entrée. Ici, tu mélanges des termes cohérents et des inventions de ta part. Comment espères-tu être compréhensible ?
   Haroun ravala son indignation face à ces paroles délibérément blessantes. Une exigence formelle intéressante ! Le côté pédant de Christopher ne l’avait jamais autant exaspéré. Qu’il n’essaie même pas de chercher où il voulait en venir l’attristait plus qu’il ne l’aurait souhaité. Tout ce qu’il demandait, c’était le bénéfice du doute, un esprit ouvert, quelqu’un qui ne le jugerait pas arbitrairement.
- Prenons cette première phrase, continua Christopher tandis qu’Haroun tentait de retenir sa frustration. Tu poses les deux protagonistes, tu optes pour un début in medias res avec l’indication temporelle. Bien. Et puis apparaît, sans la moindre explication, ce « marchaient » dont tu sembles faire un verbe.
- Il l’explique plus loin, intervint Tarik. C’est une action en rapport avec le « corps ».
- C’est cela que je ne comprends pas, plaça Léna. Qu’est-ce que c’est ?
   Reconnaissant, Haroun s’empressa de s’appuyer sur ses deux seuls compagnons favorables :
- Dans le monde où se passe mon histoire, indiqua-t-il, les personnages ont des pouvoirs, un peu magiques. Ils côtoient une chose, un monde, qui n’a pas d’esprit…
- Comment peut-on n’avoir pas d’esprit ! fit Christopher, plein de mépris.
- …et c’est par ce « corps » qu’ils le perçoivent, termina Haroun en l’ignorant délibérément.
- C’est trop abstrait, se lamenta Léna.
- C’est surtout absurde ! trancha Christopher. Cette dichotomie essentielle entre les protagonistes et un Autre sans pensée est bien trop philosophique pour prétendre en tirer une narration construite !
- Allons, allons, c’est intéressant, tempéra à nouveau Guido, pour mettre fin à cette controverse qui troublait sa tranquillité.
   Haroun fut tenté de suivre son conseil implicite et de renoncer. Personne ne lui avait réellement prêté attention. C’était prévisible, cependant il tenait tant à ces nouvelles idées, ses chères petites inventions, qu’il était porté par un enthousiasme aveugle ; il avait fallu qu’il les communique, elles devaient être connues. C’était si limpide, une fois qu’on les avait apprivoisées ! Leur refus l’exaspéra soudain. Les traités de Philosophie et les histoires conventionnelles pouvaient bien rester le fleuron de l’art, il s’en moquait ! Il ne cherchait pas la célébrité. Il avait passé tellement de temps à retenir ses pensées pour les travailler, les compléter, les assembler, qu’il se refusait à abandonner tout espoir de les rendre enfin publiques. Il ne demandait pas qu’on adule son récit. Mais il fallait qu’on les connaisse, elles.
    Il fit en sorte que son malaise reste en lui, et s’appliqua à conférer le plus grand calme aux pensées qu’il transmit aux autres :
- Pardonne-moi, Christopher, mais ce n’est pas si absurde. C’est seulement différent. Considérez notre réalité. Ce que nous appelons notre univers, ce n’est rien d’autre que la somme de tous les individus qui le composent. Nous constituons notre univers. Mais nous n’envoyons pas aux autres la totalité de nos pensées : je peux adresser celle-ci à Léna, cette autre à Guido, cette troisième à nous tous…
- Hé ! ronchonna Rose, qui ne s’était pas jointe au débat. Laissez-moi penser tranquille et ne m’envoyez pas vos idées embrouillées !
   Tout le monde échangea une pensée amusée. Haroun profita de cette détente temporaire pour reprendre son argumentation en terrain plus propice :
- Il a donc autre chose que nous-mêmes, expliquais-je. Et nous ne le percevons qu’avec notre esprit. Maintenant, imaginez que vous disposiez d’autres perceptions. Que vous distinguiez des limites à ce qui vous entoure ; qu’à l’intérieur de ces limites, ce que j’ai appelé les « objets » soient définis par des caractéristiques, auxquelles j’ai donné les noms de « couleur », de « texture », etc.
   Il y eut un vide-de-pensées parmi les participants à la discussion. Soit il avait piqué leur curiosité, soit il venait de perdre l’intégralité de son public. Il n’allait pas tarder à le savoir. L'attente se fit longue.
   Il se mit à craindre une nouvelle offensive de Christopher. Pourquoi était-il si anxieux? Il devait employer son énergie à se retenir de sonder les pensées des autres. Cela ne se faisait pas. Pourvu qu'il les ait convaincus de lui laisser une chance... Il n’aurait su déterminer à partir de quel moment son univers d'invention avait commencé à le hanter. Ni pourquoi. Mais cela n’avait pas d’importance. C’était ainsi. Il ne pouvait pas l’ignorer. Il fallait que les autres comprennent.
   Il s’évertua à garder lui aussi le vide-de-pensées malgré son agitation. Jamais il n’avait été si confus. Il se remémora l'histoire de Gaëtan et Sofia du début à la fin, pour être prêt à la  transmettre sans erreur si on le lui demandait.
   Puis il reçut une phrase, adressée à lui seul. C’était Léna :
- Je crois que je commence à comprendre.
   A ces mots, l’enthousiasme l’enflamma de nouveau. Il n’avait peut-être pas échoué à communiquer sa passion, il pouvait continuer, rien que pour Léna s’il le fallait, mais il pourrait enfin extraire de lui toutes ces idées étranges qui se mélangeaient depuis des mois ! Il avait parfois l’impression qu’elles allaient l’avaler, s’emparer de lui et le vider de son essence pour se l’approprier. Cela lui faisait presque un peu peur.
   Il se trouva plus nerveux que jamais. Allons, un esprit ordonné est un esprit en bonne santé ! Il avait besoin de toutes ses facultés, s’il voulait aller au bout de ses découvertes... Il reprit sa harangue, porté par ses propres phrases :
- En fait, ce n’est qu’une question de vocabulaire ! s’emporta-t-il malgré ses efforts. Une fois qu’on a saisi, tout devient clair ! Tout devient cohérent ! Ça pourrait presque être vrai !
« Modifié: 13 Avril 2009 à 12:01:29 par Milora »
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Matt

  • Calame Supersonique
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Re : Le récit d'Haroun
« Réponse #1 le: 26 Mars 2009 à 17:35:05 »

Citer
Il réfléchit un instant pour lui-même

Je pense que t'es pas obligé de dire "pour lui même".

Citer
Et puis apparaît, sans la moindre explication, ce « marchaient » dont tu sembles faire un verbe.

J'ai pas bien compris la fin de la phrase. C'est une image, c'est quoi ?

----------------

Sinon pour le texte je le trouve plutôt bien. C'est assez confus mais il y a des petits éléments qui forcent à retenir l'attention au lecteur. Donc pour le moment j'attends la suite. Et aussi, juste au niveau des personnages, je trouve qu'ils ne sont pas assez mis en avant de la scène mais bon voilà, c'est moi !  ;)
Les Oeuvres d'Art ont quelque chose d'infiniment solitaire, et rien n'est aussi peu capable de les atteindre que la critique.

Seul l'amour peut les saisir, les tenir, et peut être équitable envers elles.

Rainer Maria Rilke

Hors ligne Milora

  • Trou Noir d'Encre
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  • Championne de fautes de frappe
Re : Le récit d'Haroun
« Réponse #2 le: 26 Mars 2009 à 17:41:04 »
Pour tes deux remarques qui font bizarre, c'est fait exprès... Théoriquement, on comprend par la suite...

Pour les personnages... Je voulais donner l'impression d'un dialogue un eu confus, d'une masse de personnages pas très claire à identifier. Au début.
Enfin, vu la profusion de lecteurs, mon début ne doit pas être très entraînant, lol.

Merci d'avoir lu, en tous cas ! :) J'attends un peu voir si y a d'autres courageux, et puis je mettrai la suite
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Kailiana

  • Palimpseste Astral
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Re : Le récit d'Haroun
« Réponse #3 le: 26 Mars 2009 à 19:43:18 »
Citer
lui qui se piquait de critique d’Art et de grands principes esthétiques.
critiqueS ?
Citer
aveugle; il
manque un espace je crois
Citer
Et nous ne le percevons qu’avec notre esprit. Maintenant, imaginez que vous disposiez d’autres perceptions.
ça fait bizarre le passage de "nous" à "vous" je trouve
Citer
Il devait employer son énergie à se retenir de sonder les pensées des autres.
Ca je comprends pas. Pas la capacité de pouvoir sonder les pensées des autres, mais pourquoi il doit s'en empêcher ; pourquoi il ne "doit aps" le faire. Mais si c'est expliqué plus tard, pas de problème  ^^


La suiteeeeeeeeeeeeeeuh ?

Pour l'instant j'aime beaucoup. Je trouve le tout très... vivant, le dialogue fait très vrai, et j'aime bien l'idée. C'est juste que je crois déjà avoir compris beaucoup de choses donc je ne sais pas si tu vas en dévoiler encore plus ou... bref j'attends la suite  :mrgreen:

Si tu veux savoir ce que j'ai compris pour l'instant :
C'est un monde de "pensées" : en fait les perso n'ont aucune... sensation. En fait dans leur monde, tout est esprit. Du coup, ils ne peuvent pas "marcher" (ils n'ont pas de corps, si ?), c'est d'ailleurs pour ça que Haroun se "remémore" son histoire : il ne peut pas "l'écrire"
Et donc Haroun a inventé une "histoire" (j'ai l'impression que les histoires et "traités de philosophie", bref ce qui est notre art "littéraire" chez nous a une place importante dans ce monde, même si pour l'instant t'en dis pas beaucoup), donc, Haroun a inventé une histoire qui se passe dans un monde "comme le notre, "normal""  :mrgreen: Où les perso peuvent marcher. Mais du coup les autres personnages (Christopher...) ne comprennent pas du tout les idées d'Haroun. Ils n'arrivent pas à envisager un monde qui 'nest pas que esprit.

C'est ça ?  :noange:


Maintenant que j'ai commenté, tu veux bien poster la suite, dis ? Sinon je vais te menacer pour que tu me l'envoies, alors ne tarde pas trop si tu ne veux pas que je t'étrangle  :noange:
Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
Mark Twain

La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.
Einstein

Hors ligne Milora

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Re : Le récit d'Haroun
« Réponse #4 le: 26 Mars 2009 à 20:03:36 »
Oui, c'est ça, tu as compris ! :) Je suis contente alors : ce n'est pas incompréhensible ! Youpi ! Et puis tu as compris sans deviner la suite, apparemment, donc ouf ! :)

Pour les remarques ponctuelles : ben avant, j'avais tout mis à nous (troisième remarque), mais ça faisait bizarre, je lisais 'vous' à chaque fois. Mais si tu dis que là, ça fait bizarre aussi, je remettrai comme avant !

Et pour la dernière remarque, c'est que ce doit pas être clair. Cette phrase n'a pas grande importance, c'était juste un peu comme s'il se retenait de poser une question, mais j'ai voulu le compliquer un peu pour faire folklore local, lol. Je mettrai un truc plus simple.

Et puis je suis contente aussi pour le côté vivant, parce que dans la première version, ernya qui avait bien voulu lire l'avait trouvé très froid, alros je l'ai remanié pour essayer d'y rajouer un peu de vie. Je suis contente que ça ait fonctionné ! :) C'est pas un petit peu longuet, n'empêche, les considérations d'Haroun sur son stress ? ^^

Je mettai la suite... demain... ?
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Matt

  • Calame Supersonique
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Re : Le récit d'Haroun
« Réponse #5 le: 26 Mars 2009 à 20:44:33 »

Citer
C'est pas un petit peu longuet, n'empêche, les considérations d'Haroun sur son stress ?

Trop pas, ça passe très bien dans ton texte.
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Re : Le récit d'Haroun
« Réponse #6 le: 26 Mars 2009 à 22:02:13 »
Rah c'est bête j'étais motivée pour le lire mais dans l'intro tu dit que tu l'as coupé... J'attendrai donc que tu mettes la fin avant de me lancer ;)
Et en attendant, je retourne à Loya  ^^
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Re : Le récit d'Haroun
« Réponse #7 le: 27 Mars 2009 à 06:23:53 »
je suis très troublé par ce texte
c'est étrange, l'émotion du personnage principal est perceptible, vivante, émouvante, on entre rapidement dans sa peau, on accepte son mal être son désir de communiquer
c'est du vécu sans doute ou du moins très bien imaginé
par contre l'enveloppe me gêne un peu, elle est parfois confuse et épaisse, elle génère une certaine frustration.
peut être que ce sentiment aide à créer l'ambiance générale.
Je suis trop ému pour bien analyser mes sentiments
Et très frustré de ne pas avoir de suite
en tout cas belle et troublante sensibilité
je répondrai plus tard sur la forme, je ne puis aujourd'hui
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Hors ligne Kailiana

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Re : Le récit d'Haroun
« Réponse #8 le: 27 Mars 2009 à 17:35:34 »
Citer
Et pour la dernière remarque, c'est que ce doit pas être clair. Cette phrase n'a pas grande importance, c'était juste un peu comme s'il se retenait de poser une question, mais j'ai voulu le compliquer un peu pour faire folklore local, lol. Je mettrai un truc plus simple.
C'était bien ce que j'avais cru comprendre, mais :
- la formulation n'est pas très belle
- je ne comprends décidément pas pourquoi il ne pourrait pas "poser une question", pourquoi il devrait se retenir, à l'endroit où est la phrase.

Citer
C'est pas un petit peu longuet, n'empêche, les considérations d'Haroun sur son stress ?
Je n'ai pas trouvé.
Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
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Re : Le récit d'Haroun
« Réponse #9 le: 27 Mars 2009 à 19:42:05 »
Cam, je suis désolée que mon texte t'ait troublé ! lol
Non, je ne pense pas que ce soit du vécu... sauf pour un esprit retors sorti de khâgne qui voudrait voir en Christopher la figure d'un lecteur hostile, dans le cadre d'une amorce de mise en abîme... mdr. Non non.
En tous cas, pour l'ambiance floue, ça c'était voulu. Je voulais donner l'impression d'un monde qui serait comme une sorte de brouhaha perpétuel, où quelques voix se distinguent parfois (un peu comme le Collectif Borg... ok, j'arrête avec Star Trek lol). Bref, une impression de flou, où on ne sait pas trop bien identifier les acteurs du dialogue, du moins au début.
Enfin, au lieu d'épiloguer, je vous mets la suite, en espérant que vous aimiez toujours !  :-[

___________________

Envoi 2

- Réfrène tes ardeurs, lui envoya Guido avec amusement. Ta fougue chamboule mes idées-personnelles.
- Je trouve cela trop complexe pour susciter l’intérêt, communiqua Christopher au groupe entier, même à ceux qui n’écoutaient pas – ce qui lui valut une nouvelle remarque de Rose.
   Mais pourquoi refusaient-ils de comprendre ? L’agitation d’Haroun était telle qu’il ne parvenait pas à rassembler les mots appropriés. C’était comme si une vérité les narguait, là, au sein de leur groupe, sans que personne ne remarque sa présence parmi eux. Et lui-même n’arrivait pas à la reconnaître dans le flot de pensées qui s’échangeaient.
   L’intervention de Tarik fit disparaître cette curieuse intuition. Lui, qui transmettait peu d’ordinaire, semblait décidé à pousser l’examen de cette affaire le plus loin possible. Percevoir ses paroles stabilisa le tourbillon des pensées d’Haroun. 
- « La plaine », c’est donc un objet, raisonna Tarik avec sa lenteur réfléchie habituelle. Le « ciel » aussi, et « gris » c’est un qualificatif. Mais je ne saisis pas « moulus ».
- C’est comme « fatigués », mais cela, ils le ressentent dans leur corps, expliqua précipitamment Haroun.
   Un nouveau vide-de-pensées lui répondit. Il eut peine à s'empêcher de relancer la conversation. Le verdict était proche, c’était évident. Il pouvait percevoir les autres méditer. L’ambiance était dense des réflexions inaccessibles des autres. Sauf de Guido, qui ne s’était joint à cette présentation de récit que pour tromper son ennui.
- Tu as inventé ça tout seul ? reprit soudain Léna.
   Haroun fut étonné que cela ne lui soit pas adressé personnellement. Léna saisissait toujours l’occasion de lui transmettre en privé. Elle devait considérer ce point comme particulièrement digne d’attention. Pourtant, en général, l’origine d’une histoire n’intéressait personne. Même les Pensées Artistiques abstraites, informes et sans paroles, ne suscitaient pas de telles interrogations. Et pourtant, à son humble avis, un mode d’emploi détaillé n’aurait pas été de trop – enfin, ce n’était pas ce qu'en pensaient Christopher et les autres amateurs d’art.
- Je n’avais jamais communiqué à propos de cela auparavant, répondit-il à Léna et au groupe, surpris du calme qui s’instaurait en lui au fur et à mesure que la conversation se détachait de l’exposé de ses idées en tant que telles.
- Mais tout vient-il de toi ? insista-t-elle.
   Pour qui le prenait-elle ? Elle, son soutien depuis le début, toujours agréable et dévouée, le soupçonner de plagiat ? Et en public ! C’était vexant. C’était douloureux. Il lui en voulut plus que de raison. Il aurait dû écouter Guido. Cette affaire ne le mènerait à rien de positif.
- Oui, envoya-t-il rageusement à tous, avec la plus grande dignité. Oui, tout vient de moi ! Au début, je prenais cela pour des idées-rêves, incontrôlées. Ces espèces d’idées nettes mais indéfinissables, vous savez, le genre de choses qui vous viennent à l’esprit lorsque vous vous reposez. Et puis je me suis penché sur ces mots que l’on emploie sans y réfléchir, sur ces comparaisons qui n’ont pas de sens. « En être tout remué », par exemple. Il y a d’autres façons de transmettre son désappointement, mais « remué » n’apparaît dans aucune autre expression. Alors je me suis mis à inventer ce à quoi ces paroles pourraient faire référence. Et si « remué » s’appliquait à un mouvement du corps ? Et si…
   Haroun s’interrompit, saisi. Léna venait de lui envoyer une pensée subjuguée. Une pensée informulée. Brute. C’était un acte très personnel. C’était livrer directement une part d’elle-même, lui donner accès à sa personnalité sans la barrière isolante des mots. Il s’était mépris sur ses intentions. Profondément ému, il ne sut terminer sa phrase.
- Tu as dû passer une éternité à mettre au point cette théorie, fit remarquer Tarik, le ramenant à la réalité.
- Pas tant que ça, reconnut-il sans parvenir à écarter ses pensées de Léna. A vrai dire, je travaillais un peu comme en terrain connu, comme si je suivais le fil d’une idée oubliée.
- Un souvenir ? proposa Tarik.
   Haroun ne sut que répondre. Tarik et Léna avaient décidément des avis bien étranges. Comment un univers imaginaire pourrait-il être un souvenir ?
   Sur ce, Christopher quitta la conversation sans saluer, ne lui accordant pas plus d’importance qu’à une broutille sans intérêt. Depuis un moment, Guido ne prêtait qu’une attention pour le moins limitée. Son public s’était désagrégé. Mais en fin de compte, il se trouvait plus satisfait de s’exprimer devant eux deux que devant tous les autres réunis, s’ils devaient lui être hostiles. Peu importait qu’ils ne soient que trois à connaître ses idées. Les communiquer était déjà les faire exister. Jusque là, il avait eu l’impression de lutter contre une barrière mentale obstinément fermée.
- Haroun…
   Léna se ravisa et renvoya son idée à Tarik et Guido également.
- Haroun, reprit-elle sur ce mode. As-tu essayé de percevoir ton « corps » ?
- Mon corps ? répéta-t-il sans comprendre. Comment pourrais-je…
- Si tu en avais un, persévéra-t-elle, comment t’y prendrais-tu pour l’activer ?
   L’intérêt de Tarik lui parvenait aussi, bien qu’il n’eût certainement pas conscience d'être en train de transmettre. Pour ses deux interlocuteurs, ce dialogue semblait revêtir une importance à peine imaginable. Plus encore que pour lui. Subitement, l’étrange orientation que prenaient les choses eut quelque chose de presque inquiétant, face à tant de sérieux.
- Je suppose que j’enverrais un ordre à mes membres, répondit cependant Haroun, méfiant.
- Les parties de ton « corps », c’est ça ? voulut confirmer Tarik.
- Oui.
- Fais-le, ordonna Léna.
   Haroun fut tenté de lui envoyer une pensée stupéfaite informulée, car les mots lui manquaient pour décrire sa surprise. Mais il se ravisa. Il avait peur de la vexer par un acte si intime.
- Tu veux dire…
- Fais-le. Essaie ! C’est toi qui as mis au point ces hypothèses, personne mieux que toi n’est familier de la question.
   Il garda le vide-de-pensées un instant. Cette demande était folle. Il ne possédait pas de corps, personne n’en possédait. Malgré son obsession, Sofia et Gaëtan n’étaient que le fruit de son imagination. Essayer de leur ressembler, c’était comme un coup d’épée dans l’eau. Autre expression qu’il n’avait jamais comprise.
- Tu as peur ? demanda Léna.
   Peur ! Il n’y avait aucune arrière-pensée de défi dans ses mots, mais Haroun se sentit stupidement piqué. Non, il n’avait pas peur. Et il n’aurait, à aucun prix, voulu la décevoir.
- Pas du tout. Je vais essayer.
   Il se concentra. C’était stupide ; mais elle ne le lui aurait pas demandé sans avoir quelque chose à l’esprit. Un aspect de la question qui lui aurait échappé. Un test sur son courage. Qu’en savait-il ? L’intérêt de Léna et Tarik n’avait fait que s’amplifier. Alors il se concentra.
   D’abord sur l’idée de ce corps qu’il avait inventé, sur les étranges perceptions de ses idées-rêves, sur ces pensées vagues qui ne renvoyaient à rien de réel, ces songes qui avaient été à l’origine de tout, avec leur impression floue d’immobilité, de stabilité, ce sentiment d’extériorité, et les étranges caractéristiques nouvelles et grisantes qu’il avait peine à se représenter à présent...
   Rien ne se passa. Évidemment que rien ne se passait ! C’était absurde. Christopher avait raison. Heureusement qu’il n’était plus connecté à eux pour se moquer de sa naïveté. Haroun se demanda si les deux autres n’étaient pas en train de se jouer de lui.
« Modifié: 13 Avril 2009 à 12:06:31 par Milora »
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Zacharielle

  • Comète Versifiante
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    • au bord du littéral
Re : Le récit d'Haroun
« Réponse #10 le: 28 Mars 2009 à 08:33:42 »
Eh bien  :o ça te réussit drôlement ce changement de ton ! C'est vraiment passionnant, touffu même, avec toutes les réflexions d'Haroun qui enserrent les dialogues. Tu nous englobes en quelque sorte au milieu des "penseurs", c'est très fort. Rien à redire, une narration limpide, une idée forte... continue  :coeur:

Hors ligne Matt

  • Calame Supersonique
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Re : Le récit d'Haroun
« Réponse #11 le: 28 Mars 2009 à 14:32:00 »

Citer
Percevoir ses paroles stabilisa le tourbillon de des pensées d’Haroun.

Petit lapsus ou oubli, un "de" en trop en tout cas.

Citer
- C’est comme « fatigués », mais cela, ils le ressentent dans leur corps, expliqua précipitamment Haroun.

Je commence un peu mieux à cerner le texte, toutes ces pensées... mais là je comprends pas bien l'arrivée de ce "comme fatigués"

Citer
- Pas tant que ça, reconnut-il sans parvenir à écarter ses penser de Léna

Je sais qu'en poésie souvent on écrit "penser" à la place de "pensée" mais là je trouve qu'il n'a pas sa place dans ce texte. Mais bon c'est rien, c'est correct !

 La souite !!!  ;)
Les Oeuvres d'Art ont quelque chose d'infiniment solitaire, et rien n'est aussi peu capable de les atteindre que la critique.

Seul l'amour peut les saisir, les tenir, et peut être équitable envers elles.

Rainer Maria Rilke

Hors ligne Kailiana

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  • Lial' | Calamar placide
Re : Le récit d'Haroun
« Réponse #12 le: 28 Mars 2009 à 18:06:09 »
Citer
Percevoir ses paroles stabilisa le tourbillon de des pensées d’Haroun. 
de en trop
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Christopher avait raison. Heureusement qu’il n’était plus connecté à eux pour se moquer de sa naïveté. Il se demanda si les deux autres n’étaient pas en train de se jouer de lui.
le premier "il" renvoie à Christopher, alors que le second renvoie à Haroun ? Si c'est bien ça, ça fait bizarre


La suite ?
(oui, j'ai rien de négatif à dire, "désolée"  :-[)
Ca me plait toujours, le début m'accrochait un tout petit peu moins (sans doute car il fallait que je me replonge dans le texte) mais ensuite très bien, tu distilles les informations/réflexions juste comme il faut.
Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
Mark Twain

La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.
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Re : Le récit d'Haroun
« Réponse #13 le: 28 Mars 2009 à 18:28:08 »
Kailiana --> Le début de ce passage ou le début tout court ? A part ça, je suis contente que ça aille, parce que j'ai vraiment eu du mal à rédiger tout ça. Au début, j'avais banni toute référence à notre réalité à nous, mais c'était vraiment trop aride comme résultat, alors je me suis autorisé les expressions imagées et les sens figurés. Mais même comme ça, pas évident ! Essayez d'écrire un dialogue sans les verbes dire et voir ! Surtout pour moi, qui ai tendance à toujorus récrire en détail les réactions physiologiques des personnages sursauts, gorges nouées et autres facilités banales, lol)

Leblanc-Matthieu --> Merci d'avoir relevé mes fautes ! (oui, penser n'est pas une tentative poétique, c'est juste une faute de frappe...). Par contre, j'avoue que je ne saisis pas ce que tu ne comprends pas dans "comme 'fatigués'"...  :-[

Zach --> Merci  :o Je suis très touchée...  :-[

Donc, heu, j'attends un peu pour mettre la suite ? (deux extraits le même jour, ça fait peut-être un peu trop... :S)
« Modifié: 28 Mars 2009 à 18:31:08 par Milora »
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Kailiana

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Re : Le récit d'Haroun
« Réponse #14 le: 28 Mars 2009 à 18:36:34 »
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Le début de ce passage ou le début tout court ?
début du passage.

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Essayez d'écrire un dialogue sans les verbes dire et voir ! Surtout pour moi, qui ai tendance à toujorus récrire en détail les réactions physiologiques des personnages sursauts, gorges nouées et autres facilités banales, lol)
Oui, j'ai remarqué >< Et moi aussi j'ai tendance à beaucoup utiliser les mouvements lors des dialogues, je trouve qu'au final tu t'en tires très bien.

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Donc, heu, j'attends un peu pour mettre la suite ? (deux extraits le même jour, ça fait peut-être un peu trop... :S)
Tu peux attendre un peu pour voir si d'autres lecteurs vont arriver, mais la suite demain sans faute  :P
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