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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [Défi] Les ailes rouges

Auteur Sujet: [Défi] Les ailes rouges  (Lu 4067 fois)

Verasoie

  • Invité
[Défi] Les ailes rouges
« le: 17 mars 2009 à 11:55:25 »
Ça fait longtemps que j'avais envie de poster ^^
Le défi m'a été lancé par Loredan, qui me demandait d'écrire un texte de fantasy. Bah, sois heureux, tu m'a donné beaucoup de fil à retordre XD Décidément, c'est trop dur, mdr. J'ai l'impression d'avoir écrit quelque chose qui est "un peu" fantasy et pas "totalement", mais, bon, en tous les cas c'en est plus proche que des autres genres donc ça devrait le faire :P
Concernant le texte, c'est assez long et il y a pas mal de scènes que j'aimais bien et que j'aurais pas eu l'occasion d'écrire sans le défi, donc c'est cool. Enfin voilà, j'attends de voir ce que vous en pensez.

***



Un frisson derrière la résille d’argent. Je jette un œil aux plantes sombres entrelacées, et repère le bourgeon sur le point d’éclore. Reposant délicatement le pilon et le mortier que je maniais, j’approche mon visage de la grille finement forgée. Le spectacle des éclosions m’a toujours fasciné, envoûté.
Au bout d’une tige couverte d’épines, des feuilles composent une masse vert sombre, de la taille d’un poing fermé. Une à une, je les regarde tomber sur le sol de terre humide. Elles découvrent petit à petit la pellicule translucide qui renferme la « fleur » : un être inanimé, minuscule, avec une apparence de femme nue ; leur peau est molle, tendre, et leurs cheveux la caressent en ondulant. Dans ma tête, je les appelle Morgelines. La membrane brunit, semble se dessécher, puis craquelle. Le corps de la morgeline en glisse doucement, tombe sur le sol avec la lenteur surnaturelle d’une plume. Le moindre souffle peut les briser. J’ai retenu le mien.
Jamais leurs yeux ne se sont ouverts. Elles tombent, flottent plutôt vers la terre, puis s’y enfoncent imperceptiblement. De leur dos éclosent deux ailes éclatantes, dans un tintement cristallin que l’on n’entend que si on y fait vraiment attention. Celle-ci les a rouges. Elle n’a pas quitté la position fœtale du bourgeon, et ses mains sont jointes sous sa joue comme si elle dormait. Puis, très vite, sa peau commence à brunir, s’affaisse en terre, se fond dans le sol. Je me redresse et regarde autour de moi, à l’affût du bruit des pas de mon maître. Mais en ce début d’après-midi, je sais qu’il n’entrera pas dans l’atelier. Alors je me baisse encore, laisse mon visage frôler la résille argentée, mes cheveux s’y agripper. A ce moment de l’éclosion, les morgelines émettent une vapeur étrange que j’ai un jour respirée par hasard. J’ai cru m’endormir, puis rêver de mon passé, de souvenirs enfouis. Timidement, je sens l’odeur caractéristique de la serre. Herbe, humidité. Ainsi que quelque chose de plus âcre. J’inspire avidement.

C’est l’odeur de mousse et de terre de la clairière où nous nous sommes arrêtés. L’odeur de la nuit tombée depuis peu, dans laquelle les arbres libèrent les fragrances accumulées au soleil, bois, sève, résine. L’odeur musquée de la nuque de Loïse qui  rit et peste, ne veut pas s’allonger sur la mousse humide, s’est couchée sur moi et enfonce son coude dans mon ventre, mais sans le voir. J’écarte son bras et la fais taire, pauvre folle, petite nymphe ; elle se laisse glisser au sol, sur le flanc, me regarde. Je passe mon bras autour de ses épaules et une main dans ses cheveux de saule pleureur, la sens s’endormir, alanguie. Je ferme les yeux et c’est comme si quelques secondes s’écoulaient ; mais le froid et la rosée nous recouvrent, le soleil tente de nous atteindre à travers le feuillage. Il y a trois silhouettes à l’orée de la clairière, puis trois secousses près de mon ventre.  J’ai l’impression d’être encore prisonnier d’une brume glacée quand je vois les courbes du dos fin de Loïse, et l’empennage de flèches qui y sont fichées. Une fronde tournoie. Les flèches rouge vif. Une pierre frappe ma tempe.

Je m’écarte vivement de la fine grille à laquelle quelques uns de mes cheveux restent accrochés. Mes yeux sont embués et douloureux ; les vapeurs délétères des morgelines ont toujours cet effet. Mais cette fois, je me sens au bord des larmes. Je ne pensais pas revivre un souvenir douloureux. Je passe ma main à travers une ouverture spécialement aménagée dans la résille pour récupérer les ailes vermillon. De la fleur, la terre s’est déjà nourrie.
C’est probablement la couleur des ailes qui m’a rappelé celle des flèches, pensé-je. J’avais rencontré Loïse en explorant le sous-bois à la recherche de plantes aux vertus curatives. J’avais l’habitude de ces expéditions dans ma contrée natale, où il m’arrivait de rester plusieurs semaines exilé en forêt ; cette fois, je me trouvais dans une région inconnue où m’avait emmené la charrette d’un marchand. La plupart de la flore était identique à celle de mes forêts, sauf d’étranges plantes aux bourgeons gros comme des œufs. Nous n’avons d’abord fait que nous guetter de derrière souches et troncs, tandis que nos routes, différentes, semblaient se recroiser par hasard plusieurs fois dans la journée. Puis nous nous sommes rapprochés imperceptiblement, jusqu’à dormir dans la même clairière, une nuit. Elle s’était mise à rire, à parler, d’abord seule, et je l’avais rejointe ; nous avons bavardé jusqu’au lever du jour. C’est ce moment que j’aurais préféré revivre, comme je l’ai fait plusieurs fois. Pas sa mort. Sauf…
La pensée qui m’effleure est douloureuse. J’aurais aimé me souvenir du moment où j’ai été assommé par cette pierre, du moment où j’ai sombré dans l’inconscience. Alors, peut-être, je pourrais comprendre la mort de Loïse, le sens des flèches empennées de rouge et de ces archers inconnus. Mais je n’ai retrouvé connaissance que plusieurs jours plus tard, dans la serre de cet apothicaire que j’appelle mon maître. Je n’avais pas perdu beaucoup de sang, mais l’expédition m’avait épuisé, et il m’expliqua que je n’avais cessé de dormir depuis qu’on m’avait trouvé dans la clairière, seul et évanoui. Il me nourrit, me loge, m’offre de travailler avec ces plantes qui me fascinent, de voir l’éclosion de leurs bourgeons jour après jour. Je retournerai dans ma terre natale, un jour, mais personne ne m’y attend, et j’ai le sentiment d’avoir un devoir envers ces morgelines. Je rêve la nuit de leurs corps fragiles tombant en terre.

Reprenant le mortier et le pilon, je continue de broyer les ailes que j’ai recueillies plus tôt - les bleues et les vertes. De moindre qualité que les ailes rouges, elles servent essentiellement à préparer des remèdes pour le peuple du village, toujours blessé, malade. Les ailes rouges sont extrêmement précieuses ; on peut en faire une décoction qui stimule l’esprit et décuple le savoir de celui qui la boit. Mal dosée, elle se transforme en poison mortel, ou fait perdre la raison.
L’atelier est un amoncellement d’objets que je ne me lasse jamais d’observer, pendant les longues heures que je passe à broyer les ailes en poudre très fine. Sur les dizaines d’étagères se côtoient diverses fioles de verre. Les plus basses sont étiquetées, et contiennent les plantes les plus communes, nécessaires à la préparation des potions ordinaires. Plus loin du sol se trouvent les fioles vieillies dont le verre est devenu opaque, et seul mon maître connaît le pouvoir de ce qu’elles renferment. Une moitié de la pièce est occupée par la culture des plantes qui donnent les morgelines, des sortes de ronces grimpantes qui détruisent petit à petit le mur auquel elles s’agrippent, séparées du reste de l’atelier par la résille forgée. A gauche de la porte sont clouées des mues de serpents, et au dessus du chambranle a été fixé un papillon mort aux ailes d’un noir de jais.
La poignée tourne, les gonds gémissent. L’apothicaire entre, parcourt du regard ses étagères, referme la porte. Je réponds à son mouvement de menton interrogateur : « Il y en a une qui a éclot. Ailes rouges. » Les yeux vitreux se posent sur la paire que j’ai laissée sur le plan de travail. Il la prend dans ses mains maigres, la tourne, l’examine, saisit une boîte en bois en haut d’une étagère et l’y dépose délicatement. « C’est bien ». Appliqué, je continue à piler méticuleusement les ailes bleues et vertes, attendant qu’il ajoute quelque chose. « Tu peux aller te promener, si tu veux. J’ai pas besoin de toi cet après midi ». La permission que j’espérais depuis quelques jours déjà. Docile, je repose le mortier et enfile ma veste. À peine ai-je quitté ma place qu’elle est de nouveau occupée par l’apothicaire, qui pioche une pincée de la poudre, éprouve sa finesse. Il semble satisfait et en renverse un peu dans une timbale de terre cuite. Je le regarde prendre un œuf subtilisé la veille au nid d’une mésange, le casser au dessus du gobelet. La coquille est envoyée dans un autre bol en bois sculpté, et je sais que j’aurai bientôt l’occasion de piler les morceaux blancs veinés de bleu. Enfin, alors que je boucle les attaches de ma veste, il ajoute un peu de vin au mélange et me tend la timbale. « Tu donneras ça à Lime en passant. Et prends ton temps, dehors. À force de respirer ici les poudres et les vapeurs, sans sortir, tu risquerais de devenir comme lui. » J’acquiesce et je sors, perplexe. Je suis pourtant sûr qu’il ne m’a pas surpris en train de m’enivrer du parfum délétère d’une morgeline. Ce qu’il a dit n’est probablement qu’un hasard.

La chambre ou la cellule de Lime se trouve dans le couloir qui relie l’atelier aux maisons mitoyennes. On m’a vaguement expliqué qu’ainsi, il se trouvait isolé de ceux qui habitaient ici, et que personne n’était importuné par ses gémissements et ses délires. Après un coup d’œil par l’embrasure pour vérifier qu’il dort sur sa paillasse, j’entre, la timbale à la main. Je ne peux pas m’empêcher, en refermant la porte derrière moi, de regarder le bois profondément marqué par des traces de griffures, ni de noter que de nouvelles se sont gravées depuis la dernière fois que je suis venu. Lime sert piteusement entre ses bras maigres une couverture roulée en boule. Il m’entend entrer, se redresse un peu. Ses yeux habitués à la pénombre sont agrandis, me scrutent, me reconnaissent. Un pauvre sourire asymétrique dévoile ses incisives, et l’une de ses canines qui est cassée. Je lui tends la potion et m’assois à côté de lui, sur la paillasse. Même s’il m’a longtemps effrayé, j’ai fini par me sentir attiré par son apparence de détresse et de folie. Pendant qu’il boit, je repousse de son visage une mèche de cheveux fins, abîmés. Enhardi, il commence à parler. J’écoute sans en chercher le sens les maladroites tirades qui sortent de son esprit malade, les longues phrases rapides aux mots entrechoqués, qui pensent parler des plantes, des venins et du rôle d’apprenti apothicaire qu’il occupait avant. Puis la potion fait son effet et, marmottant toujours, il se rallonge sur la paillasse, détend ses bras, respire tranquillement. Je déplie la couverture qu’il tenait enlacée pour la déposer sur lui, replace une mèche de cheveux derrière son oreille et quitte la chambre.
J’ai essayé de savoir ce qui était arrivé à Lime, quand, après quelques jours ici, j’ai commencé à devoir lui apporter remèdes et repas. L’apothicaire m’expliqua qu’il avait eu un accident avec l’une des fioles opaques sur l’étagère, une solution extraite à base des ailes rouges recueillies sur les morgelines, qui l’avait rendu fou. Depuis, il parlait beaucoup pour tenter d’expliquer des choses dont on ne comprenait pas le sens, il se mettait parfois à gémir ou à crier, menaçait ceux qui lui apportaient à manger. Mais étrangement, il s’était immédiatement habitué à moi. Il me murmure parfois que nous sommes semblables tous les deux, et même si je n’en ai jamais compris un mot, j’ai plusieurs fois essayé de trouver le sens de ses soliloques.

Je sors de la masure et respire l’air frais de l’après midi de printemps. Même s’il est agréable, j’ai l’impression qu’il lui manque le parfum suave des plantes de l’atelier ; je me dirige donc vers la forêt. Une bande de terre battue sur laquelle passent les charrettes des marchands m’entraîne hors du village ; quand je m’en trouve éloigné d’une portée de flèche, je quitte la route pour entrer dans le sous-bois. La pente est assez raide, mais elle m’a emmené un jour à un site de grands rochers couverts de mousse, surplombant une falaise. Je me souviens que des plantes aux gros bourgeons y poussaient. L’effort m’épuise pourtant, plus rapidement que la dernière fois, et je n’arrive pas à me défaire de la pensée d’un bourgeon en train d’éclore, morgeline, morgeline, morgeline. Ma tête tourne et je trébuche. Essoufflé, je reste à genoux pour reprendre mes esprits. Je suis habitué à escalader des pentes plus raides que celles-ci, que je m’effondre ainsi est étrange. C’est probablement dû à la fatigue, pensé-je. Mon regard se pose, à ma droite, sur d’étranges ronces dans un taillis de troncs renversés par un orage. Je suis sûr que ce sont des morgelines ; je me relève précipitamment et me dirige vers les arbres plus serrés. Je dévie de ma trajectoire mais je sais qu’il me suffit de redescendre pour atteindre la route.
La forêt n’est pas vraiment silencieuse, j’entends un oiseau chanter au loin, le vent souffler dans les arbres, et les feuilles mortes craquer sous mon pied. Mais le taillis a quelque chose d’oppressant. J’en comprends la raison au moment où un bourgeon vert, à hauteur de mon épaule sur la ronce grimpante, frissonne. La plante est sur le point d’éclore.

Je ne peux détacher mon regard des feuilles tombant une à une pour découvrir la pellicule translucide. Je dessine en pensée les formes de la morgeline recroquevillée, j’imagine sans l’avoir jamais touchée la texture molle et lisse de sa peau, de son corps sans os. Je retiens mon souffle pour ne pas la briser au moment où elle glissera du bourgeon vers le sol. Mais la membrane translucide ne brunit pas. Un temps passe, puis un autre, j’expire lentement. Elle reste, diaphane, collée à la peau de sa fleur. Cela n’est jamais arrivé à l’atelier. Peut-être que l’éclosion est menacée, que je dois la faciliter grâce à une technique que l’apothicaire n’a pas eu le temps de m’enseigner ? J’approche mes doigts pour toucher le bourgeon quand le corps frissonne à son tour. Imperceptiblement. J’ai pu me tromper. Mais les bras s’écartent comme ceux d’une jeune fille qui s’étire, les doigts fins percent la membrane qu’achèvent de déchirer les ailes, déployées dans un tintement cristallin. La morgeline aux ailes bleues flotte vers le sol, mais elle est debout, et s’agrippe à une branche couverte d’épines, à la hauteur de mon coude. Elle me regarde. Leurs yeux, pour la première fois. Tandis qu’elle tend les bras vers moi, j’avance ma main, fasciné. Je m’arrête, pétrifié, au contact froid d’une lame contre ma gorge.
Un sifflement contre mon oreille. « Si ta bague est d’argent, recule. Tout de suite. » J’ose à peine respirer de peur que ma peau ne s’enfonce d’elle-même contre la dague affûtée. Je lève lentement les mains, sens l’étreinte de l’inconnue me relâcher et recule de deux pas, avant de me retourner.
Elle a le bras tendu, et tient toujours sa lame à la main, pointée vers moi. C’est une jeune fille plus petite que moi, svelte et agile, aux cheveux de saule. La ressemblance avec Loïse est frappante.
De la pointe de son arme, elle désigne ma main. « Enlève-la, s’il te plaît. Mais garde-la sur toi, surtout, ne la jette pas par terre ». Je suis surpris par son ton, elle n’est ni apeurée, ni menaçante, mais tout à fait calme. Si ce n’était cette inquiétante vigilance au fond de ses yeux. Docile, je retire ma chevalière d’argent et la range dans une poche intérieure de ma veste. La jeune fille, aussitôt, glisse sa dague dans un fourreau à sa taille. Il ne semble pas fait de cuir, mais je ne saurais déterminer sa matière, tout comme celle de ses vêtements. Ceux de Loïse aussi avaient cet aspect végétal.
Ses étranges cheveux m’effleurent quand elle me dépasse pour recueillir dans sa main la morgeline agrippée aux ronces. J’en avais oublié la stupeur ressentie un instant plus tôt. La fleur ouvrait ses yeux,  bougeait, et maintenant elle s’asseyait sur l’épaule d’une nymphe qui lui ressemblait en tout points. J’ai l’impression que mon estomac est devenu de plomb, ma gorge est sèche et douloureuse, mes yeux commencent à me faire mal. Il faut que je retourne à l’atelier. Sans en avoir vraiment conscience, je commence à me détourner et à entamer la descente du sol couvert de feuilles mortes. Je trébuche sur un tronc abattu, l’enjambe. Je dois courir. Une main se pose sur mon poignet gauche, la fille parle, il faut que je parte ; presque inconscient, je brandis ma chevalière, elle me lâche. Je me détourne tout à fait et dévale la pente, laisse les branches griffues strier mes joues de marques rouges.

Il y a un sol de pierre froid sous ma nuque, et le contact de doigts glacés sur mon front. Dans la semi-pénombre, je reconnais les yeux déments de Lime. J’ai mal à la tête et au ventre. J’aimerais sombrer de nouveau dans l’inconscience, mais à peine formé-je cette pensée que je m’éveille tout à fait. Je m’assois. Je tremble. Lime frotte distraitement mon épaule comme pour me réchauffer, et approche de mes lèvres une timbale semblable à celle que je lui apporte chaque jour. Aussitôt, je suis plié en deux par un violent haut-le-cœur. Il semblait s’y attendre, trempe son doigt dans le liquide épais, le pose sur mes lèvres. Je suçote la potion. Le chaos dans mon corps semble s’atténuer, disparaît tout à fait au troisième passage de ma langue sur la phalange du fou. Ma main cherche le gobelet, le trouve, je bois. Lime cesse de frotter mon épaule et m’aide à m’assoir sur sa paillasse. Bien que je ne tremble plus, je me sens désorienté, perdu. La pensée que je suis devenu comme lui ne m’effraie même pas, elle me semble même amusante tant elle est ridicule. De nouveau, je me sens moi-même.
« Qu’est-ce que c’était ? ». Je pose souvent des questions à Lime, mais juste pour écouter les intonations de sa voix s’enchaîner sur des phrases dont je ne comprends pas le sens. Cette fois, trois simples mots, « les ailes rouges », et tout me revient en tête avec une sensation de vertige. La mise en garde de l’apothicaire, mais trop tard. J’ai respiré trop longtemps les vapeurs délétères et je suis devenu comme toi, Lime. Il a son sourire asymétrique, et, comme s’il lisait dans mes pensées, commence à parler, je pourrai sortir parce que je ne suis pas fou, je suis simplement ici pour ne déranger personne parce que je criais et j’appelais quelqu’un, mais qui ne viendra pas parce que j’ai dit qu’elle était morte. Les paroles de Lime me bercent sans m‘atteindre. Je m’endors sur son épaule.

Le pilon, le mortier, et la fine poudre des coquilles d’œuf, très blanche, un peu de bleu. J’ai fait de nombreux rêves sans queue ni tête. Je me suis réveillé et rendormi sous le regard de Lime comme il l’a fait souvent sous le mien. Quand le jour a commencé à filtrer par les fentes de la porte, je me suis mis à penser, tandis qu’il laissait sa main traverser les rayons de lumière poussiéreuse. Parfois je lui posais une question. Ce qu’il répondait me semblait de plus en plus limpide. J’aurais pu croire que je devenais fou comme lui, mais la vérité est qu’il avait toujours été totalement lucide et que j’ouvrais enfin les yeux.
Nous avons percé le secret du sang des morgelines.
Un bourgeon frissonne. Sans quitter la table, je regarde l’éclosion. L’argent dont est composé la résille tue les nymphes avant même leur naissance. Leur corps se décompose immédiatement et nourrit la terre qui en engendre d’autres de leur espèce. C’est la solution qu’a trouvée l’apothicaire pour briser leur cycle naturel, éclosion, perte des ailes, maturation, puis mort. Seules les ailes lui sont utiles. Celles qui tombent naturellement du dos des nymphes au bout de quelques mois sont abîmées et difficiles à trouver. Mieux valait les endormir et les leur voler.
Je m’approche pour saisir les ailes bleues. Ma main tremble légèrement. En déposant la paire au milieu d’autres qui attendent d’être pilées, je saisis sur l’étagère supérieure la fiole d’aspect le plus vieux. C’est Lime qui m’a dit ce qu’elle contenait. Je verse une seule goutte du liquide rouge foncé sur mon doigt, le suce et les tremblements cessent. Je range précautionneusement le flacon.
Cela fait déjà trois semaines que je suis sorti de la cellule et que je cache tout à l’apothicaire. Je ne puis mesurer combien il en sait, mais il ne faut surtout pas qu’il aie conscience de ce que je fais. Il n’utilise presque jamais cette fiole, mais moi, je dois m’en servir chaque jour. Je suis pris de tremblements de plus en plus souvent. Quand son niveau baissera, je prendrai une dague d’argent, j’irai à la rencontre d’une nymphe et je la tuerai. C’est de leur sang que je dois m’abreuver en permanence. Le liquide que je bois quotidiennement pour éviter mes crises est probablement le sang de Loïse.
Les ailes bleues et les vertes pour les remèdes et les potions apaisantes, les ailes rouges pour stimuler l’esprit, le sang pour ceux qui sont passés de l’autre côté et que le poison commence à ronger. Le sang des nymphes porte leur savoir. Lime, l’apprenti apothicaire, respirait aussi les vapeurs de mort de l’atelier sans en comprendre le sens, mais quand est arrivé le corps de Loïse, et un étranger évanoui, il n’a pu s’empêcher de goûter au sang qu’il devait recueillir dans la fiole. Lui n’a pas pu supporter la vérité. Ce n’est pas le sang qui l’a rendu fou, mais la culpabilité et l’obscurité constante de la cellule.
Je ne deviendrai pas comme lui. Je ne retournerai pas dans ma contrée natale. J’apprendrai le métier d’apothicaire jusqu’à ce que le maître succombe et que je reprenne sa boutique sans héritier. Je porterai les potions à Lime pour apaiser son manque et rendre sa détention plus douce, mais je ne peux le laisser sortir et révéler aux villageois sur quelle trahison repose leur médecine.

Un frisson. Dans leur cocon délétère meurent les morgelines.

Hors ligne Gros Lo

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Re : [Défi] Les ailes rouges
« Réponse #1 le: 17 mars 2009 à 17:41:24 »


Défi relevé ^^ je pense que c'est ce qu'on appelle de la "low-fantasy" non ?

en tout cas, même si je n'aime pas trop ce genre de créatures (des fées, grosso modo, non ?), j'aime bien ce qui se dégage du texte (qui s'émancipe très vite du cadre joueur et spontané du Défi). J'ai pas été passionné en fait, mais c'est une bonne nouvelle. Disons que, peut-être que je l'ai lu un peu vite, mais j'ai trouvé le fil conducteur un peu... distendu par moments, ou je le perdais de temps à autres. Je pourrais pas schématiser l'intrigue, si tu me le demandais.

En tout cas il y a de bonnes idées que tu as pris le temps de bien creuser, et ça c'est cool. Pour le reste, je le relirai une autre fois, peut-être que je comprendrai mieux !
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Hors ligne Kailiana

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Re : [Défi] Les ailes rouges
« Réponse #2 le: 19 mars 2009 à 22:07:13 »
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et je l’avais rejointe ; nous avons bavardé
avions ?
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je pourrais comprendre la mort de Loïse
pourrais-je ? je trouve que ça va mieux avec ton style, mais c'est du pure chipotage
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Les plus basses sont étiquetées, et contiennent
j'aurais pas mis de virgule, mais ça passe
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La chambre ou la cellule de Lime se trouve dans le couloir
j'avais d'abord lu "la chambre où la cellule de Lime se trouve, alors que c'était pas vraiment ça  :-¬? Je trouve l'expression "la chambre ou la cellule de Lime" moins bien que le reste de ce que tu écris (mais là encore c'est du chipotage.... juste parce que le reste est trop bien écrit xD)
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Lime sert piteusement entre ses bras maigres une couverture roulée en boule. Il m’entend entrer, se redresse un peu.
sauf que le narrateur a vérifié juste avant que Lime dormait  ??? ou alors j'ai pas compris ?
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comme il l’a fait souvent sous le mien.
souvent fait ? (changement d'ordre)



Je suis trop fan ! (et jalouse)
J'adore.
Bon je vais essayer de faire plus construit...
J'ai lu très lentement, en lisant vraiment tout, c'était pas une lecture "rapide". Mais avec ton style (et tous les textes que j'ai lu de toi je trouve), ça s'impose, c'est... naturel de lire comme ça, je trouve. Enfin bref. C'est bien écrit mais je vais éviter d'en rajouter une couche : on a compris que tu écrivais bien  :mrgreen:
Niveau idée, j'adore, vraiment ! Je trouve l'idée des morgelines vraiment magnifique. Et j'adore la phrase finale. Le titre n'est pas mal non plus. Et...
Enfin voila, j'adore. Pour l'instant j'ai du mal à dire autre chose ><

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mais j'ai trouvé le fil conducteur un peu... distendu par moments, ou je le perdais de temps à autres
Ah ? Ca m'a pas donné du tout cette impression, au contraire. J'ai eu l'impression que c'était très construit, que tout se déroulait "naturellement". J'étais peut-être "trop" prise dans l'histoire.
D'ailleurs, je me dis que ça mériterait presque d'être transformé en novella. Enfin je sais pas. Mais j'adore vraiment l'idée, et je voyais vraiment trop les morgelines éclorent devant moi (j'adore le mot "morgeline" au passage) et je sentais la forêt, et... bref.

J'aime.
Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
Mark Twain

La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.
Einstein

Verasoie

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Re : [Défi] Les ailes rouges
« Réponse #3 le: 19 mars 2009 à 23:33:24 »
Loredan :  Ok pour "low fantasy", je connaissais pas ^^. Pour ma part j'ai toujours adoré les fées, ondines et autres nixes (arf, mon côté midinette qui ressort). Par rapport aux autres je l'ai vraiment écrit en plusieurs fois avec de longues pauses entre et des changements d'avis sur la suite, c'est peut être pour ça l'impression de l'intrigue distendue...? Merci en tout cas ^^

Kailiana :
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pourrais-je ? je trouve que ça va mieux avec ton style, mais c'est du pure chipotage
Je crois que je vais carrément essayer de trouver autre chose parce que ma phrase me paraît un peu kitsch xD
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j'avais d'abord lu "la chambre où la cellule de Lime se trouve, alors que c'était pas vraiment ça  :-¬?
Pareil, je vais chercher quelque chose pour remplacer ^^
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sauf que le narrateur a vérifié juste avant que Lime dormait  ??? ou alors j'ai pas compris ?
Si, oui... je l'ai noté en relisant, en plus, mais j'ai oublié de corriger. Je vais mettre qu'il vérifie juste qu'il est allongé, je pense.
Ok pour souvent fait, je corrigerai ^^

Je suis super contente et surprise que tu aies aimé :O Enfin du coup moi non plus je sais pas quoi dire pour te répondre mais xD, merci en tout cas, ça me fait plaisir :3
Morgeline, c'est le nom d'une fleur (mais qui n'a rien à voir (une petite fleur orange)). Comme on la désigne par un autre nom (mouron des champs, je crois) je me suis permise :3

Hors ligne Jezy

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Re : [Défi] Les ailes rouges
« Réponse #4 le: 21 mars 2009 à 13:46:35 »
Aller, je continue ma boulimie de lecture ^^

J'adore ce texte !
Pour un défi, il est sacrément bien écrit ! On ne saurait pas dire que ce n'est pas ton domaine habituel !
Le seul passage qu'y m'a fait un peu bizarre, c'est quand le perso principal explique comment il a rencontré Loïse. Juste après la réminiscence de sa mort, les explications, le racontage aussi classique et aussi survolé semble vraiment... en décalage.
Mais c'est vraiment le seul passage du texte qui m'a fait sortir de ce monde, le reste du temps j'étais plongée dedans jusqu'aux cheveux, je voyais chaque décor, chaque détail, je pouvais presque sentir l'odeur de terre dans la serre !
J'ai bien aimé aussi quand on apprend a quoi servent les ailes, les détails que tu donnes sans que ce soit lourd. L'importance du dosage, c'est une phrase toute bête mais je sais que moi je n'aurai jamais pensé à la mettre,, je n'y aurai même pas pensé. Et pourtant, ce petit détail qu'on apprend permet de s'enfoncer encore plus dans le récit.

Bravo !!
« Vous êtes mon café émotionnel ! » Meeting 2016

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Hors ligne ernya

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Re : [Défi] Les ailes rouges
« Réponse #5 le: 28 juin 2010 à 17:56:50 »
Ça fait des mois que j’avais dit que je lirai et commenterai ce texte, donc hop, aujourd’hui je m’y mets.


 
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Je jette un œil aux plantes sombres entrelacées, et repère le bourgeon sur le point d’éclore.
Pourquoi cette virgule ?

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Reposant délicatement le pilon et le mortier que je maniais, j’approche mon visage de la grille finement forgée. Le spectacle des éclosions m’a toujours fasciné, envoûté.
Je trouve que ça fait un peu trop description de tous mes faits et gestes et que tu pourrais dynamiser un peu plus ce début
Genre le « que je maniais » est-il véritablement utile ?

Citer
Le corps de la morgeline en glisse doucement, tombe sur le sol avec la lenteur surnaturelle d’une plume.
Bof pour « lenteur surnaturelle » (en plus je pige pas à quoi ça peut correspondre)

Citer
L’odeur de la nuit tombée depuis peu, dans laquelle les arbres libèrent les fragrances accumulées au soleil, bois, sève, résine.
Bof pour « fragrance », peut-être un peu trop technique
Je trouve que la phrase rendrait mieux comme ça « L’odeur de la nuit tombée (…) bois, sève, résine » ou avec article, je sais pas, mais concise quoi.

Citer
L’odeur musquée de la nuque de Loïse qui  rit et peste, ne veut pas s’allonger sur la mousse humide, s’est couchée sur moi et enfonce son coude dans mon ventre, mais sans le voir.
C’est étrange comme formulation, le sujet c’est « l’odeur » ?

Citer
Je m’écarte vivement de la fine grille à laquelle quelques uns
Quelques-uns

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, et au dessus du chambranle a été fixé un papillon mort aux ailes d’un noir de jais.
Au-dessus

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« Il y en a une qui a éclot. Ailes rouges. »
éclos

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Ce qu’il a dit n’est probablement qu’un hasard.
Un peu lourd j’trouve comme formulation


Je rejoins un peu Lo’ sur le côté distendu, je suis pas sûre d’avoir tout tout bien saisi, faudrait que je relise plus doucement la fin.
Sinon c’est du pur Verasoie, XD. Je trouve que le début rame un peu, que les phrases sont un peu lourdes ou que ça fait un peu exposé de botanique mais après le rythme passe mieux et les personnages sont comme toujours intrigants et attachants (je sais pas si j’aimerais vivre avec tes personnages mais les rencontrer ça oui, tu ne peux en ressortir que transfiguré, sincèrement j’admire ta capacité à créer de tels personnages, sérieux c’est ouf).
Voilà j’ai bien aimé, pas autant que d’autres, mais c’est peut-être parce que c’est un peu long, je sais pas.
« Modifié: 28 juin 2010 à 17:58:28 par ernya »
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

Verasoie

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Re : [Défi] Les ailes rouges
« Réponse #6 le: 04 juillet 2010 à 23:09:33 »
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Pourquoi cette virgule ?

Pour respirer ?  :mrgreen: (Je la trouve un peu longue d'haleine, sans virgule...)

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Je trouve que ça fait un peu trop description de tous mes faits et gestes et que tu pourrais dynamiser un peu plus ce début
Genre le « que je maniais » est-il véritablement utile ?

(Décidément on ne se refait pas)
Tu as raison, je l'enlèverai !

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Bof pour « lenteur surnaturelle » (en plus je pige pas à quoi ça peut correspondre)

C'est vrai que c'est moche, faut que je trouve mieux. Je voulais dire qu'il tombait très lentement, et que c'était étonnant vu que ça avait l'air plus lourd.

Citer
C’est étrange comme formulation, le sujet c’est « l’odeur » ?

Non, c'est Loïse pour la suite de la phrase


Bon, je recorrigerai si un jour je récupère un ordi xD. En tout cas merci de m'avoir déterrée (huhu). J'adore quand vous dites "c'est vu Verasoie" XD. Bref. Fin de l'égocentrisme : c'est cool que mes personnages en général te plaisent, c'est souvent de persos que partent les textes que j'écris, donc c'est gratifiant. Voilà !

Hors ligne Kathya

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Re : [Défi] Les ailes rouges
« Réponse #7 le: 22 juillet 2010 à 21:20:56 »
Je vois pas où est le défi, en fait, car pour moi c'est autant de la fantasy que l'aigle de sang.

En tout cas, bravo, car je trouve ce texte très réussi. L'ambiance est prenante, l'intrigue bien menée, le narrateur attachant...

Y a juste un truc qui me chiffonne, j'ai eu du mal à comprendre pourquoi, de l'instant où il comprend qu'il doit s'abreuver d'une goutte de sang, qui au passage est celui de Loïse, il n'éprouve plus aucune peine vis-à-vis de sa mort. Car dans le reste du texte, il apparaît pas insensible, et la mort de Loïse est quand même sa référence typique en terme de mauvais souvenir. Le revirement du "il faut bien qu'on sauve les gens, je vais tuer des morgelines et des nymphes." est un petit peu rapide à mon goût. ::)

J'ai vraiment bien aimé.  :coeur:
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

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Re : [Défi] Les ailes rouges
« Réponse #8 le: 24 juillet 2010 à 19:47:34 »
Tiens, je n'avais pas encore lu ce texte ! Effectivement, il ne ressemble pas à une réponse à un défi dans le sens où il est fort sérieux  :mrgreen: Enfin dans le sens positif du terme quoi, sérieux dans le sens je relève le défi et il sera à la hauteur de mes autres textes. C'est du pur toi. Les personnages, les plantes, les odeurs, l'atmosphère. La lenteur de la narration qui oblige à prendre son temps pour lire. C'est agréable.
Bref, pas très original par rapport à ce que tu produis d'habitude (mais c'est pas un mal), même en t'essayant à un autre genre. J'ai aussi trouvé l'avancement de l'intrigue inégal, des fois on perd un peu le fil. Mais dans l'ensemble c'est plutôt bien. Pas mon texte préféré de toi (je suis pas fana des fées et autres bestioles des forêts).
Est-ce que pilonner des ailes est une revanche envers les méchantes libellules ?

Verasoie

  • Invité
Re : [Défi] Les ailes rouges
« Réponse #9 le: 28 juillet 2010 à 22:14:47 »
Réponse tardive !

Kathya :

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Je vois pas où est le défi, en fait, car pour moi c'est autant de la fantasy que l'aigle de sang.

Il me l'avait lancé à peu près quand j'ai commencé à écrire l'aigle de sang, je crois. Enfin à ce moment c'était un défi :mrgreen: d'ailleurs j'avais hésité à poster l'aigle de sang en tant que ce défi, mais finalement, comme j'avais eu cette idée des ailes, j'ai voulu essayer, voilà pour la petite histoire.

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Y a juste un truc qui me chiffonne, j'ai eu du mal à comprendre pourquoi, de l'instant où il comprend qu'il doit s'abreuver d'une goutte de sang, qui au passage est celui de Loïse, il n'éprouve plus aucune peine vis-à-vis de sa mort.

Mh, je me souviens pas bien, je crois qu'il était tellement accro aux ailes que le besoin passait avant le souvenir de Loïse... J'vais relire parce que j'ai un gros trou de mémoire de ce texte, mdr.

Donc, je viens de relire, et en fait je voulais, non pas qu'il "passe de l'autre côté", mais que tout ce qu'il fait (laisser pourrir Lime, boire le sang etc) l'écoeure, cependant il continue par dépendance, parce qu'il n'a pas le choix. Et effectivement en relisant avec sa lecture en tête, je comprends que tu l'aies saisi en ce sens, faudrait que je fasse attention à ça si je le retravaille. En tout cas la fin que je voulais était pas vraiment un revirement de situation, donc, mais le fait que le personnage soit coincé entre ce qu'il devrait, voudrait faire, et ce qu'il ne peut s'empêcher de faire physiquement.

Citer
Le revirement du "il faut bien qu'on sauve les gens, je vais tuer des morgelines et des nymphes."

Voilà, en ce cas c'était plus "Je continue parce que c'est le seul moyen que j'ai de ne pas devenir fou", mais, comme dit, c'est vrai que ta compréhension du texte vient probablement plus facilement, vu comme j'ai écrit la fin, en fait.

En tout cas contente que tu aies aimé le reste ! ^ ^

Zach :

Merci ! ^ ^

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Est-ce que pilonner des ailes est une revanche envers les méchantes libellules ?

OUI

Hors ligne Zenaïs

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Re : [Défi] Les ailes rouges
« Réponse #10 le: 29 juillet 2010 à 13:33:04 »
Hmmm ce texte n'a pas l'air tout neuf, mais tant pis, ça ne l'empêche pas d'être commenté ^^

^
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Elles découvrent petit à petit la pellicule translucide qui renferme la « fleur » : un être inanimé, minuscule, avec une apparence de femme nue ; leur peau est molle, tendre, et leurs cheveux la caressent en ondulant.

Je ne comprends pas pourquoi "leur peau", alors que juste avant tu parle d'"un être". Enfin si, je comprends que tu veux décrire les morgelines en général, mais dans le cas de cette phrase il me semble qu'il faudrait mainteir le singuler, du coup (sa peau, ses cheveux). Ou alors modifier le début de la phrase.

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Dans ma tête, je les appelle Morgelines
Deux choses pour cette phrase. D'abord, je n'aime pas trop le "dans ma tête", qui fait très superflu à mon goût. Et ensuite, pourquoi y'a t'il une majuscule à "Morgelines" à cet endroit, et jamais pour les autres occurences ?

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L’odeur musquée de la nuque de Loïse qui  rit et peste, ne veut pas s’allonger sur la mousse humide, s’est couchée sur moi et enfonce son coude dans mon ventre, mais sans le voir
Cette phrase me paraît un peu chargée en virgules. On dirait que tu as voulu caser trop d'éléments dans une même phrase, alors qu'à mon avis ça ne serait pas plus mal en deux phrases., avec un ou deux "elle" en plus, parce que ça fait beaucoup d'actions rattachées à un seul "qui".

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J’écarte son bras et la fais taire, pauvre folle, petite nymphe ; elle se laisse glisser au sol, sur le flanc, me regarde.
Même remarque : trop de virgules, ça fait une phrase trop hachée qui coupe la lecture.

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ses cheveux de saule pleureur
Pas compris... ses cheveux sont fait de saule pleureur ? Ou alors c'est juste qu'ils tombent de tous côtés comme le feuillage d'un saule pleureur ?

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Elle s’était mise à rire, à parler, d’abord seule, et je l’avais rejointe ; nous avons bavardé jusqu’au lever du jour
Un problème de concordance des temps, les premiers verbes avant le point-virgule sont au plus-que-parfait, et le dernier, "avons", à l'imparfait. Je dirais que le plus-que-parfait ne se justifie pas vu que ton récit est écrit au présent, donc pour un retour en arrière un imparfait ou un passé composé suffisent : "s'est mise à rire", "je l'ai rejointe".

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A gauche de la porte sont clouées des mues de serpents, et au dessus du chambranle a été fixé un papillon mort aux ailes d’un noir de jais.
Charmant XD

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La chambre ou la cellule de Lime
Alors, chambre ou cellule ? A mon avis, il faut choisir.

Citer
une solution extraite à base des ailes rouges
"extraite" et "à base de", ça ne veut pas dire un peu la même chose ? Je trouve ça très bizarre de mettre les deux.

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Mais étrangement, il s’était immédiatement habitué à moi.
Même remarque que précédemment pour le plus-que-parfait. Je penche plus pour un "il s'est immédiatement habitué"

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Elle me regarde. Leurs yeux, pour la première fois.
Encore un "leur" après un "elle". J'imagine que tu veux dire que c'est la première fois que le narrateur voit les yeux des morgelines, d'où le leurs, mais ici il ne voit au final que les yeux de l'une d'entre elle, donc le "leurs" ne cadre pas.

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La fleur ouvrait ses yeux,  bougeait, et maintenant elle s’asseyait sur l’épaule d’une nymphe qui lui ressemblait en tout points
Pourquoi ce passage au passé ?

J'ai beaucoup apprécié la lecture de ce texte, que j'ai trouvée... apaisante. Le problème, c'est qu'elle est peut-être un peu trop apaisante : du coup, on a du mal à ressentir les émotions du narrateur, son appréhension. Le recit est très bien mené et les descriptions sont efficaces, on se laisse aisément porter par l'histoire. Mais j'ai eu plus de mal avec la fin. Il me semble qu'elle est trop vague, et du coup on a du mal à comprendre le raisonnement du narrateur. J'ai l'impression que la fin est un peu précipitée par rapport au rythme plutôt doux du récit.

Cela dit, très belle écriture !

Verasoie

  • Invité
Re : [Défi] Les ailes rouges
« Réponse #11 le: 30 juillet 2010 à 12:38:57 »
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Je ne comprends pas pourquoi "leur peau", alors que juste avant tu parle d'"un être". Enfin si, je comprends que tu veux décrire les morgelines en général, mais dans le cas de cette phrase il me semble qu'il faudrait mainteir le singuler, du coup (sa peau, ses cheveux). Ou alors modifier le début de la phrase.

Je vois ce que tu veux dire, tu crois que ça passerait mieux si je faisais deux phrases ?

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Deux choses pour cette phrase. D'abord, je n'aime pas trop le "dans ma tête", qui fait très superflu à mon goût. Et ensuite, pourquoi y'a t'il une majuscule à "Morgelines" à cet endroit, et jamais pour les autres occurences ?

Très juste pour la majuscule, je l'enlèverai. J'essaierai de trouver mieux que "dans ma tête", sinon

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Cette phrase me paraît un peu chargée en virgules. On dirait que tu as voulu caser trop d'éléments dans une même phrase, alors qu'à mon avis ça ne serait pas plus mal en deux phrases., avec un ou deux "elle" en plus, parce que ça fait beaucoup d'actions rattachées à un seul "qui".

Oui, ce passage a déplu à pas mal de monde, je voulais donner un rythme haché pour le couper du reste du texte (vu que c'est une sorte de vision), j'ai pensé à mettre de l'italique, aussi...

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Pas compris... ses cheveux sont fait de saule pleureur ? Ou alors c'est juste qu'ils tombent de tous côtés comme le feuillage d'un saule pleureur ?

Un peu des deux : plutôt pour le côté "tombent de partout", mais elle est aussi relativement... végétale, donc je voulais laisser l'ambiguïté ^ ^

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Un problème de concordance des temps, les premiers verbes avant le point-virgule sont au plus-que-parfait, et le dernier, "avons", à l'imparfait. Je dirais que le plus-que-parfait ne se justifie pas vu que ton récit est écrit au présent, donc pour un retour en arrière un imparfait ou un passé composé suffisent : "s'est mise à rire", "je l'ai rejointe".

C'est vrai, je regarderai si je le réécris (en relisant j'ai pas du tout aimé la façon dont j'avais raconté cet épisode de la rencontre, là, d'ailleurs xD).

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Alors, chambre ou cellule ? A mon avis, il faut choisir.

Mh, j'aimais bien laisser les deux, c'est à la fois sa chambre et sa cellule, finalement...

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"extraite" et "à base de", ça ne veut pas dire un peu la même chose ? Je trouve ça très bizarre de mettre les deux.

Très juste, à modifier


Merci d'avoir lu, et ça me fait plaisir que tu le trouves bien écrit. Effectivement la fin pêche un peu, par rapport à ce que tu en dis et à la façon dont Kathya l'avait lue. Il faudrait que je prenne le temps de le réécrire parce qu'il y a aussi des trucs qui m'ont hérissée quand je l'ai relu. Du coup, oui, tout commentaire est utile même sur les vieux : D voilà !

Hors ligne Ambriel

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Re : [Défi] Les ailes rouges
« Réponse #12 le: 30 juillet 2010 à 13:49:45 »
Wah, j'ai beaucoup aimé !  :coeur: Contrairement à d'autres, j'aime bien (pas toujours mais là oui) les fées et autres nymphes. C'est très bien écrit, très agréable à lire très joli... Voilà, j'ai pris mon temps pour lire alors que je le lorgnais depuis longtemps, découragée par sa longueur, et je ne susi pas déçue d'avoir finalement lu !! Bravo, et c'est vrai qu'on ne dirait pas tellement un défi ^^
Mais les copains suivaient le sapin le coeur serré
En rigolant, pour faire semblant de ne pas pleurer
Et dans nos cœurs pauvre joueur d'accordéon
Il fait ma foi beaucoup moins froid qu'au Panthéon

- Georges Brassens -

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Re : [Défi] Les ailes rouges
« Réponse #13 le: 26 octobre 2010 à 21:04:27 »
Mais... mais... mais...  mais je l'avais pas lu celui-là ! Je croyais. Je le confondais avec celui des côtes arrachées, à cause du titre ^ ^

Citer
Lime sert piteusement entre ses bras maigres une couverture
serre

Citer
l’après midi de printemps
après-midi

Citer
il ne faut surtout pas qu’il aie conscience
ait


Je suis mitigée : pendant les trois premiers quarts, comme c'est bien écrit (c'est du Verasoie), j'étais emportée, fascinée par le récit. Mais la fin... Bon, l'idée de boire le sang, déjà, ça fait assez cliché. Mais en plus, la fin est amenée commeça, paf ! Je vous ai montré ce qui se passait, et maintenant, je vais expliquer, parce que bon, on est à la fin (j'exagère, hein, mais c'est l'effet général que ça a produit chez moi). Et j'ai pas trop compris le lien entre tuer les morgelines et tuer les nymphes...
Bref, l'idée est pas mal, bien qu'un peu déjà vue, mais je trouve la fin assez mal amenée, j'avoue  :-[ ça va trop vite, par rapport au rythme lent du début, et c'est pas très bien raccroché.
Désolée !  :-[

Ceci dit, c'est toujours aussi bien écrit, aussi envoûtant sur la forme, et tout...

Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Verasoie

  • Invité
Re : [Défi] Les ailes rouges
« Réponse #14 le: 26 octobre 2010 à 21:09:18 »
"celui des côtes arrachées" MDR.  :mrgreen:

Pas de souci Mil ! Comme dit, je devrais retravailler la fin (elle laisse entendre une autre interpretation que ce que je veux vraiment dire, et elle fait un peu wiki aussi xD).

Citer
Et j'ai pas trop compris le lien entre tuer les morgelines et tuer les nymphes...

Les nymphes sont les morgelines a l'age adulte ^ ^

Merci d'avoir lu !

Et merci d'avoir remonte, bibi !

 


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