Je serais curieux d'avoir des avis sur ce texte qui n'a pas vocation à être poursuivi en soi. Il a servi de bases à la création de deux pages d'un test
manga amateur. Chacun avait son rôle, j'écrivais une scène et y donnant un maximum "d'impression" et le dessinateur devait s'en inspirer pour la transcrire sous format dessin. Nous étions trois à l'époque. Un auteur, un dessinateur et
character designer, une réalisatrice de
nemu (brouillon qui définis les grandes lignes des dessins et la structure des cases) chargé des ombres. Cet essai avait pour but de nous caler dans le travail sur le futur projet.
Du coup voici ce dernier qui dormait dans un dossier de mon PC :

Malgré les volets fermés, malgré les rideaux, il était impossible de ne pas se voir que le jour était levé. La lumière s'entêtait à franchir chaque interstice, chaque opportunité pour s'inviter dans sa chambre alors que cette dernière n’était pas la bienvenue.
Dieu qu'elle détestait ce moment. Cette pénombre matinale, ce jour qui commence, ce matin qui revenait sans cesse. Il n'y avait que la nuit pour elle. Le calme et le silence de la nuit, loin de tout et de tous. Allongée dans son lit, le regard perdu, elle fixe le plafond. Son esprit erre dans son dégoût du matin. Elle se tourne sur le côté entraînant avec elle le drap et le remontant un peu plus haut. Un geste machinal mais il y a bien longtemps que son lit n'est plus un lieu de réconfort pour elle.
Elle regarde sa table de nuit bon marché et ces yeux se portent vers son réveil. Le rouge lumineux et artificiel des chiffres devrait trancher dans la pénombre mais le réveil est comme sa propriétaire fatigué.
Oui, il est encore tôt. Oui, on est un jour de week-end. Comme d'habitude son esprit lui a refusé ce dont à quoi des tas de gens avaient droit, un sommeil plus long et réparateur. Au moins aujourd'hui elle n'aurait pas besoin de se mêler à cette foule si pressée, à ces gens qui semblaient si coordonnés avec le monde alors qu'elle se sentait toujours en décalage. Tous les jours, aller dans ce monde extérieur et froid. Tous les jours, offrir ce sourire vide, ce regard faux-fuyant. Elle en avait assez de tout ça mais que faire. Sa vie sociale, son engouement étaient perdus depuis longtemps quelques part dans ses souvenirs lointains.
Elle hésite encore un moment puis se décide à se lever. A quoi bon traîner dans ce lit et dans ces draps de toute manière, il était partit. Cette pensée l'arrête alors qu'elle vient de se redresser. Elle regarde alors la chemise qu'elle porte, celle qui l'accompagne presque toutes les nuits. Cette chemise, sa chemise, à lui...
Elle caresse machinalement le tissu et un léger sourire amer se dessine sur sa bouche. S'approchant du bord du lit, elle fait descendre ses jambes le long du bord. Lorsque son pied touche le sol, il y rencontre cette moquette de mauvaise qualité qu'il lui avait tant promis de changer. Il lui avait fait tellement de promesses, à la limite de l’overdose. Un océan de paroles qu'il ne pourrait finalement pas tenir. Elle sent une fois de plus son cœur lui faire mal. Son visage se fige, redevient neutre. Sa souffrance n'est plus qu'à l’intérieur désormais. Une douleur qui mange son envie de vivre, son envie d'exister. Tout ça n'a plus aucun goût pour elle. Tout est parti avec lui.
Elle se redresse sur ses jambes et avance machinalement vers la porte. Alors qu'elle passe à côté du pied du lit sa main saisit presque instinctivement son peignoir. Ses bras effectuent ces gestes pour l'enfiler mais son esprit lui ne pense qu’à lui, son image, son sourire, sa peau.
Lui, tout était toujours avec lui. Pourquoi ne pouvait-elle plus s'empêcher d'y penser ? Pourquoi refusait-il de devenir un souvenir ? Et Pourquoi portait-elle encore sa chemise ?
Le pas lourd et dénué d'envie, elle entre dans la salle de bains. La violence de la lumière du néon, le froid de la faïence, l'agression de l'air sur sa peau, autant d'information que son corps lui transmet dans l'espoir de ramener sa conscience ailleurs que dans sa douleur. Puis elle ouvre le robinet et l'eau se mit à ruisseler le long de sa peau. Alors que la chaleur commence à pénétrer ses muscles si las, de l'eau fait aussi son apparition dans un autre endroit. Elle fait d'abord briller ses yeux puis commence à s'écouler lentement sur ses joues. D'abord c’est en silence que sa détresse s'exprime puis sa bouche s'ouvre et dans le brouhaha de la douche une phrase murmurée sort en douceur et va se perdre dans le vide :
- Tu me manques... Reviens...