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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Jour de marché

Auteur Sujet: Jour de marché  (Lu 819 fois)

Hors ligne Véronika

  • Plumelette
  • Messages: 14
Jour de marché
« le: 02 Décembre 2015 à 15:18:34 »
Je m'essaie à l'écriture de nouvelles. En voici un exemple qui j'espère suscitera quelques commentaires qui me donneront des indices pour m'orienter.Jour de marché

S'il vous plaît. S'il vous plaît !
Elle ne voit pas. S'il vous plaît ! Elle ne voit rien, elle est débordée.   
Ce n'est pas grave, nous ne sommes pas pressés.
Anne et Patrice, comme à leur habitude, gouttaient la note de ce jour
nouveau, célébraient les senteurs de ce matin lumineux, attablés au café du coin. Un puissant brouhaha, manifestation souriante des élans de vie réunis, s'élevait au dessus de la scène, informait les cieux accueillants des secrets contenus dans l'écrin des cœurs battants.
Bonjour monsieur, bonjour madame. Que désirez-vous ? La serveuse interpellait le couple, attentif à l'air ambiant.
Deux cafés s'il vous plaît.
La jeune femme, encombrée d'un plateau que soutenait sa main droite,
s'en retournait, se frayant difficilement un chemin entre les chaises agglutinées dans un espace restreint.Une tension palpable courbait ses épaules, figeait son corps obéissant.
Tu te rends compte, Patrice, des heures durant, elle sert les clients, dans cet état de crispation. Ça me fait peine. Tiens, regarde, il y a Philippe.
Ils hélaient leur ami, échangeaient quelques gestes à distance. Ce dernier, pressé comme un citron, mimait son désir de revenir plus tard, à grand renfort de signes saccadés.
Chronos semblait régner en maître et poursuivre, vorace, les flâneurs
égarés. Où couraient tout ces gens ? Qu'est-ce qui était si important pour justifier ce tourment permanent ?
      Un poison redoutable s'incrustait, silencieux, invisible dans les organismes consentants. Il colonisait les corps dénigrés, abandonnés à la dictature du faire. Tant de buts convoités, tant de préoccupations existentielles déformaient les visages, asséchaient la source de l'inspiration créative qui se plaît à irriguer les veines et à célébrer l'instant présent.
      Un poison redoutable volait les élans de vie, voilait les regards éloquents. De marbre, apeurés, désorientés, fatigués, les yeux ne pouvaient renier les paysages intimes qu'ils côtoyaient. Pétillants parfois, ils éclairaient l'espace environnant de lueurs réjouissantes.
      La mauvaise humeur jouait, gagnante, avec la fraîcheur des cœurs qui telle la rosée matinale, renouvelle l'ancien. L'indifférence des personnes alentours, le manque d'intérêt manifesté envers les petits riens, doux murmures de la matière attentive, fragmentaient l'univers en mille et une parties distinctes, isolaient les cellules d'un même corps, contraintes de ne plus reconnaître leur semblable.
      La hâte durcissait les tissus, saccadait les mouvements, brutalisait la beauté, délicats parfums aux effluves volatiles.
      Un questionnement douloureux, lancinant, s'insinuait dans le silence des cellules en souffrance.
      Anne, égarée dans un monde qu'elle ne reconnaissait plus, sentait impuissante, ses ailes s'étioler.
      Et pourtant !
      La serveuse revenait, son plateau lourdement chargé de cafés et de sodas. La proximité du but à atteindre renforçait l'intensité de sa concentration, à tel point que celui qui l'observait en avait le souffle coupé.
Voilà pour vous. Elle déposait sur la table, les cafés bien serrés, dont la mousse ambrée, excitait les papilles.
Merci. Votre travail n'est pas de tout repos.
Surprise, la jeune femme levait ses beaux yeux verts vers le couple attablé.
Manifestement, ce genre de réflexions n'était pas courant. L'espace d'un instant, son visage s'éclairait comme réanimé par l’intérêt que lui portaient deux étrangers.
Le lundi, c'est la panique. Je ne sais plus où donner de la tête. Avec le soleil, il y a un monde fou. Les gens sont impatients d'être servi et cela me stresse. D'autant plus que nous ne sommes que deux à assurer cette tâche.
Ses prunelles, semblables à ceux d'un animal effrayé, trahissaient une
détresse existentielle, réclamaient, impuissants un secours improbable.
      An nom de quel dieu, les habitants de nos riches contrées, se laissaient voler leur bonheur ? Asservi sous le joug de la fonctionnalité, ils oubliaient leur grâce.
      Quelques touches musicales, quelques onomatopées rythmées résonnaient, inattendues, dans l'espace environnant. Anne, sereine, scandait des notes graves qui rappelaient les chants que nos aïeux entonnaient autrefois lors des travaux des champs. Effluves d'antan, parfums oubliés, encore bien vivants pourtant, dans notre mémoire paresseuse. Souvenirs éloquents, pour interpeller, peut-être, nos esprits confus, en quête de sens. Quoi qu'il en soit, des sourires complices échangés redonnaient, pour un instant, ses lettres de noblesse à l'individu déshonoré.

Hors ligne SoDeb

  • Aède
  • Messages: 155
    • Maman de plume
Re : Jour de marché
« Réponse #1 le: 02 Décembre 2015 à 22:01:25 »
Mes remarques au fil de la lecture.

Déjà, le fait de ne pas marquer les paroles (soit par des guillemets, soit par un tiret) j'avoue que c'est inconfortable pour moi en temps que lectrice, parce qu'au lieu de me laisser aller à voir les images, plutôt qu'à me laisser porter par les mots, je dois décoder rapidement si c'est le narrateur ou un personnage qui parle. Bref ça me perturbe.
Ensuite tes retours à la ligne inopinés, de même que l'absence de ponctuation pour les dialogues, c'est perturbant.

Citer
Elle déposait sur la table, les cafés bien serrés, dont la mousse ambrée, excitait les papilles.
Je n'aurais mis aucune virgule, ou alors juste celle qui suit "serrés".
Sinon elle est jolie cette phrase.

Citer
Surprise, la jeune femme levait ses beaux yeux verts vers le couple attablé.
Pourquoi l'imparfait ici ? Moi j'aurais mis au passé simple, de même que le verbe précédent "déposait".
Peut être faudrait-il que tu revois tes temps dans ce texte.

Citer
D'autant plus que nous ne sommes que deux à assurer cette tâche.
C'est pas très naturel comme réponse, surtout la partie "assurer cette tâche", je pense que le langage est trop châtié pour une phrase dite à l'oral dans un échange très informel.

Citer
Ses prunelles, semblables à ceux d'un animal effrayé, trahissaient une
détresse existentielle, réclamaient, impuissants un secours improbable.
une virgule après impuissants

Citer
quelques touches musicales, quelques onomatopées rythmées résonnaient, inattendues, dans l'espace environnant.
Encore ce problème de temps, il y en a beaucoup dans le texte, mais celui là me choque plus que les autres --> résonnèrent

J'ai l'impression d'avoir saisi une partie de ce que tu voulais faire passer, mais je reste sur ma faim (et sur ma fin).
Ton texte est terminé ?
Mon blog, c'est un blog.
Avec des articles, format classique. Avec des fictions courtes. Avec des images que j'ai - dans une écrasante majorité - créées de mes petites mains.
C'est Maman de Plume. Fictions et réalités d'une maman du XXIème siècle.

https://mamandeplume.wordpress.com

Hors ligne Véronika

  • Plumelette
  • Messages: 14
Re : Jour de marché
« Réponse #2 le: 03 Décembre 2015 à 21:00:47 »
Merci d'avoir pris le temps de me lire et de me répondre.
J'ai constaté après avoir posté ce texte que les guillemets avaient disparu et que le texte n'était plus disposé comme initialement. J'ai fait un copier-coller et à vrai dire je ne suis pas douée...à revoir pour la prochaine fois.
Je prends note de tes remarques. Le temps choisi est le temps de la narration; je vais relire mon texte avec un autre regard...
Je suis sensible à ce que tu me dis concernant la ponctuation. Ce qui me chagrine plus, c'est ton sentiment que le texte n'est pas terminé. Je me situe en tant qu'observatrice, ne cherche pas à compter une histoire mais davantage à susciter une réflexion de la part du lecteur...peut-être n'est-ce pas évident?
A bientôt pour échanger et, ou découvrir tes écrits
Véronika

Hors ligne SoDeb

  • Aède
  • Messages: 155
    • Maman de plume
Re : Jour de marché
« Réponse #3 le: 03 Décembre 2015 à 22:51:56 »
J'ai relu en diagonale, je comprends ce que tu as voulu faire passer, cette espèce de critique de la vie pressée, cet éloge de la contemplation. Il y a un souffle de vie dans ce que tu écris.
Mais à mon sens, et ca n'engage que moi, il manque une chute. Ca pourrait n'être qu'une phrase, mais il me manque une clôture, c'est une sensation difficile à exprimer.
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