Réveiller la pensée intuitive
Quelques heures après les massacres qui ont secoué Paris ce 13 Novembre, planent sur le pays et alentours un immense nuage de souffrance, des questions sans réponses qui tétanisent les élans vitaux.
La barbarie qui se déchaîne s'incruste directement dans les organismes démunis. Sous l'effet de la surprise, les êtres sont instantanément touchés par l'horreur sans avoir pu se protéger au préalable. Il s'en suit un état de stupeur qui renvoie aux interrogations fondamentales du sens de la vie.
Comment réagir ?
Comment se positionner pour ne pas sombrer dans le défaitisme, pour ne pas fermer la porte de son logis ?
Est-il possible de garder des yeux innocents confronté à la violence la plus crue ?
L'humain, ébranlé dans ses profondeurs, cherche désespérément une issue.
Fuir à tout prix le gouffre creusé par l'inacceptable en s'immergeant dans les flots de palabres qui diluent l'essentiel, en s'engageant à corps perdu dans les mouvements solidaires qui favorisent l'oubli des plaies existentielles, en condamnant systématiquement, brutalement les faits avant même d'essayer de les comprendre est un chemin attirant.
Oser, solitaire, réintégrer l'espace de silence qui demeure en soi et qui, à coup sûr, dévoile des contrées ignorées, oubliées requiert une pointe de folie. La pensée intuitive naît dans le secret des cœurs apaisés. Sur le terrain de la réalité telle qu'elle est, la pensée intuitive invente une forme qui cherche un chemin vers le visible. Elle inspire le verbe, libère le geste opportun. Elle est issue d'un processus énergétique, en aucun cas d'une prouesse du mental. Une subtile alchimie nourrit par les ailes de l'intention, assemble, organise les différents constituants de l'être disponible et comme le forgeron, maître du feu, révèle la beauté du métal transformé, donne naissance à une œuvre renouvelée.
Les guerres ne s'installent-elles pas sur l'ensemble de nos compromissions, sur les conflits qui couvent, telles des braises ardentes, dans l'ombre de nos antres préservés ?
La paix ne s'inspire t-elle pas de la somme des insurrections personnelles qui réfute le mensonge ?
Le système marchand crée la confusion. Il fonctionnalise l'homme, fragmente cette entité en parties bien distinctes et isolées les unes des autres.
Le capitalisme travestit la pensée intuitive en la coupant de sa source.
L'homme n'est plus en phase avec le réel mais avec un environnement basé sur l'ultra-consommation. Il perd le goût de lui-même, sa force spontanée et s'automatise en quête de biens matériels. Il lui faut protéger ses acquis.
Cet état de fait justifie le renforcement de l'appareil de sécurité : caméras de surveillance généralisées, contrôles aux frontières... Ces mesures sont accompagnées d'un discours qui se veut toujours plus nationaliste.
Chacun de nous est considéré comme un malfrat en puissance.
Les bases de la démocratie vacillent.
La quête de liberté devient un concept vide de sens.
La civilisation mercantile engendre la peur, puissant carburant qui alimente des rouages corrompus. Elle asservit l'être humain qui se retrouve, peu à peu, vidé de sa substance vitale et créative.
Conscient, le citoyen engagé ne craint plus de se laisser déranger en accueillant la sagesse infinie qui l'habite et de remettre en cause le poids des certitudes sclérosantes.
Le monde est face à un défi majeur qui nécessite l’énergie de chacun.
Alors, peut-être, la communauté des humains retrouvera t-elle sa dignité et la capacité d'aimer.