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Auteur Sujet: le sapin belge  (Lu 2219 fois)

Hors ligne Goémine

  • Aède
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le sapin belge
« le: 21 Novembre 2015 à 11:25:35 »
Bonjour à tous,
Moment émouvant pour moi, puisque je propose pour la première fois un texte en ligne...
J'espère vos remarques, vos conseils, vos critiques et vos encouragements.
Il s'agit d'une nouvelle, d'une vingtaine de pages, un récit de noël...




LE SAPIN BELGE.
Hiver 1964

Main dans la main, les deux gamines partirent d’un pas décidé. La petite rangée de maisons sagement assise dans le champ de neige semblait surveiller leur départ – La Forgette-  Oh !  Pas plus de quatre ou cinq masures flamandes alignées.
De loin, tel un coin planté au cœur d’un tronc, elles formaient un petit angle noir s’insérant dans le champ (de blé l’été, aujourd’hui de neige). A part cette pointe d’habitations : Rien.   La première ferme était éloignée et les plus proches voisins du village  n’en portaient que le nom, distance oblige.
La Forgette,  hameau perdu au milieu de la plaine des Flandres, comme  commère curieuse faisant  la file au marché en attendant d’être servie, lorgnait donc du bout de l’œil  les deux gamines en partance… « Mais où pouvaient-elles bien aller par cette après-midi d’hiver à travers la campagne » ?..
Derrière le givre soudé aux carreaux, elles devaient être quelques rares voisines à se poser la question. Rares certes,  mais curieuses comme des biques et attentives au moindre mouvement alentours « Tiens ? Les petites s’en vont ? C’est quelle heure déjà ? Ah c’est vrai qu’avec ce temps-là on ne sait plus comment on vit, il n’est que quatre heures » l’obscurité naissante en donnait plus et la journée semblait déjà tourner en obscure soirée.
Délaissant la vitre embuée, elles avaient du se rapprocher du poêle et se servir la dixième tasse de café  de la journée…il fait tellement froid à la fenêtre qu’il semble que le gel blanc vous entre par les yeux, et que seule la morsure du café noir pourra vous réchauffer du dedans.
« Bon ! Et puis elles vont où elles veulent les petites ! Nous autres on a le réveillon à préparer, et si on ne s’y met pas, personne ne viendra nous aider a’ct’heure ».







A petits pieds, à petits pas, les deux gamines s’éloignaient donc du hameau et de leur maison.

Elles y allaient de bon cœur et alignaient pas après pas, la trace de leur volonté dans la neige. Le  sentier semblait  à peine esquissé entre les champs. Les fossés se faisaient sournois, ouatés de neige fraiche et presque invisibles aux  imprudents. Il fallait rester au droit mitan du chemin. Les petites obéissantes occupaient le centre du ruban neigeux en se donnant la main.
La brune semblait l’ainée de quelques centimètres. Raides et noires comme gayettes *, ses mèches aigues tombaient de son bonnet de laine presque sur ses yeux. Raidis par le gel déjà, ses cheveux encadraient, au garde à vous, les joues rondes vernies de froid… « Raides comme justice ! » avait coutume de lui dire sa mère chaque matin en passant le peigne dans la tignasse charbon embroussaillée de nuit. Une bouille malicieuse d’enfant dégourdie, elle était la grande sur laquelle maman pouvait compter, la vaillante, la fortiche de la troupe.
Elle avançait de tout son cœur de sept ans, et ne voulait pas trop tarder en chemin. Elle était donc obligée de tirailler par le bras sa petite sœur qui tentait de galoper à sa hauteur , sur la pointe de ses cinq ans tout neufs.
La plus petite était née fin novembre, et ce jour de noël n’était pas bien éloigné de son anniversaire. Il lui suffisait d’y penser un peu fort en fermant les yeux, pour voir encore le gâteau illuminé et sentir l’odeur des bougies vacillantes dans le moka.

Elle avait reçu en cadeau un baigneur en celluloïd (raide comme un cierge, doux comme un cœur en caoutchouc) et espérait recevoir ce soir, dans le paquet au pied du sapin,  de quoi l’habiller décemment…..son beau petit garçon…puisqu’elle avait décidé que c’en était un.
A l’époque les poupées avaient la bonne idée de ne pas parler, ni d’exhiber leur intimité prédéfinie  et faisaient la part belle aux rêves de leur petite maman. C’était donc une poupée garçon, et il est vrai que les garçons manquaient bien à La Forgette.

Sans le savoir encore (le jeune âge a ceci de doux qu’il préserve de songer trop à l’avance à l’avenir) toute sa vie elle aurait, comme tant d’autres, à souffler sur ses années additionnées avant d’avoir droit au cadeau de noël, la buche chassant le gâteau lumineux, un présent gommant l’autre…tellement proches qu’on pouvait presque en vouloir au petit Jésus d’avoir cherché à faire des économies en rapprochant ainsi les plaisirs, ravissant  un bonheur pour l’autre, ne laissant pas au cœur le temps de profiter d’une joie avant que de lui en soumettre la seconde déjà. Et puis le restant de l’année…Rien !

*Gayettes : petits morceaux de charbon.
La petite était aussi blonde que sa sœur était brune, et comble d’ironie, offrait au vent du nord un milliard de bouclettes soyeuses échappées de la capuche. Elle montrait un minois aigu et son regard fendu, oblique, lui donnait des airs de souris effarouchée. Son parrain, très fier de sa jolie filleule avait coutume de dire qu’elle ressemblait  à Romy Schneider. Visage étroit, regard aigu, elle repoussait du museau le frimas de décembre.

Leur seul point commun, signature maternelle indélébile, était la couleur de leurs yeux : verts, grands ouverts sur le monde, mais qui semblaient pourtant hésiter entre le gris-vert et le vert-gris.

La mer du nord elle aussi, toute proche, semblait parfois retenir le vert en secret, pour mieux le laisser deviner aux nuages amoncelés au dessus de son ventre. Coquetterie de femmes du Nord (tant liquides qu’humaines) à qui le hâle n’est point parure, et qui doivent ruser avec les couleurs de l’hiver pour faire oublier leur pâleur.

La brunette tirait donc se sœur par le bras, sans ménagement ; attendant juste d’avoir tourné le coin de chemin pour la lâcher, désobéissant ainsi à la consigne maternelle de prendre soin de la petite  sans la quitter d’un pouce. Le « Oui  mamannnn » habituel n’empêchant pas Patricia de laisser la main de se sœur dès La Forgette hors de vue et de surveillance. « Et toi ! Débrouille-toi pour me suivre !! Après tout chuis pas ta mère ! »

Il ne fallait pas tarder ; d’abord il faisait froid, ensuite il était tard et la noirceur viendrait d’avance, enfin la Belgique, destination de leur périple hivernal, était encore loin, de l’autre côté du village qu’on n’apercevait même pas encore, caché au loin sous son manteau scintillant de verglas.

Alors ! Cinq ans ou pas ! Il fallait avancer.







Patricia connaissait le chemin par cœur pour le pratiquer chaque jour pour en se rendant à l’école. Chemin ponctué d’obstacles connus mais non moins inquiétants. On peut être l’ainée courageuse mais néanmoins se réserver des petites trouilles enfantines.

Il y avait d’abord la maison de l’ivrogne…il se postait parfois sur la pas de sa porte pour héler les passants dans un langage codé par l’alcool. Il n’avait pas la réputation d’être bien méchant, mais terrorisait la gamine, allez savoir pourquoi ! Il semblait représenter pour elle un danger sous entendu, comme une menace voilée.

Pour contrebalancer cette crainte il y avait le souvenir de l’énorme éclat de rire qui avait soulevé le village lors de l’accident de camion du brasseur. Dans cette commune isolée nombreuse étaient les marchands ambulants proposant leurs produits aux campagnards.
 Le brasseur faisait figure de fidèle, sa bière abreuvant quotidiennement les gosiers de tout le pays. C’est juste devant la maison du saoulard, pour ainsi dire dans son jardin, que trop lourdement chargé le valeureux fourgon avait versé, répandant sur la terre goulue des litres et des litres de boisson dorée, au grand désespoir du pauvre homme qui contemplait le désastre du seuil de sa maison. Les bras ballants, assommé par la fatalité, buvant des yeux ( faute de mieux) la mousse blanche peu à peu absorbée par le sol…les méchantes langues dirent qu’il avait eu grand mal à ne pas se jeter alors à genoux, pour laper la bière, lécher les cailloux, et arroser de ses larmes le comble de sa triste existence d’imbibé.

Passer devant cette maison représentait le premier obstacle du parcours mais pas le dernier !...

Venait ensuite le sentier des vaches. Les paisibles mammifères censés brouter tranquillement dans les pâtures, de chaque côté du chemin, avaient la fâcheuse tendance à s’échapper par la barrière mal refermée, dès que le fermier avait le dos tourné. Paralysée, la gamine restait parfois clouée des heures au milieu du chemin bouseux, des larmes plein les yeux, les doigts noués sur la poignée de son cartable. Elle considérait de loin ses ennemies cornues et ventrues qui déambulaient l’empêchant d’avancer. Incapable de faire un pas en avant, ni de rebrousser chemin, elle restait là en attendant qu’un passant bienveillant lui fasse traverser le troupeau, et, bien sur, elle se faisait punir en arrivant en retard à l’école, avec sa stupide histoire de vache échappées et dangereuses. Ce n’était pas encore la mode des vaches folles.



Sortie de cette traversée campagnarde, l’enfant arrivait enfin au village, pas mécontente de trouver l’ombre rassurante de l’église et des ruelles habitées. Il y avait là : la salle paroissiale en brique où elle allait au patronage le jeudi, le bistrot de Céleste qui répandait l’odeur âcre de la bière brune  par sa porte toujours ouverte : manière d’attirer les chalands, la friterie parfumée qui faisait mal au ventre à force de sentir bon les frites au gras de cheval et au piccalilli, et la petite épicerie, grande comme un mouchoir de poche où elle faisait parfois des courses pour sa mère en revenant de l’école.
Elle faisait chaque jour halte devant la minuscule façade, car elle ne se lassait pas de détailler la grande plaque publicitaire émaillée : Chocolat Delespaul-Havez ! Fabrique locale de cacao installée à Lille et fleuron de la région pour tous les gourmets…Pensez : c’est là que furent inventés les fameux carambars qui collèrent aux dents de plusieurs générations à la récré.
  Que de délicieuses minutes elle passa à observer pensive et amusée la représentation des huit garnements attablés tentant d’attraper à la régalade les coulures de chocolat dégoulinant. Chacun dans une posture différente et avec une moue expressive essayait de recueillir du chocolat fondu : dans un bol, dans les mains,  dans une soucoupe…la plus mal lotie n’avait droit à rien, la plus maladroite recevait la fontaine de chocolat directement sur la tête, et le gourmand avait droit à double ration !
Cette épicerie miniature s’appelait «  Le Grand Bas » et c’était là un vrai mystère…Patricia imaginait une grande chaussette... ??.. !  Et ne voyait pas pourquoi une épicerie portait un tel nom. Plus tard, elle grandi, étoffa son esprit et elle ne comprit pas pour autant.
Ensuite, il n’y avait plus qu’à traverser le village de Neuville pour parvenir en Belgique. La petite bourgade était en effet adossée à la frontière belge et chacun vaquait à ses occupations, sans se préoccuper de savoir si on était d’un côté ou de l’autre de la frontière. On se levait en France et on regardait le ciel en Belgique, on mangeait en France et on digérait en Belgique, en s’embrassait en Belgique et on se fiançait en France, c’est plus romantique.
Les enfants français, nés à califourchon sur la frontière, allaient de bon cœur à l’école en pays voisin, et apprenaient avec autant d’enthousiasme que leur roi s’appelait Baudouin, et trouvait très très belle leur reine Fabiola.
Quand on songe à tous ces braves décapités sous la révolution pour abolir la royauté, il semble qu’il y ait là une anomalie que les jacobins n’avaient pas prévue. La nature française doit être vouée aux belles histoires de princesses…en tout cas, c’est comme ça que Patricia voyait les choses.
 Dans sa classe, il y avait d’ailleurs deux «  Fabiola », une « Crystal », une « Godelaine »  Patricia trouvaient étonnamment bon gout aux belges en matière de prénoms féminins  aux relents aristocratiques et regrettait  la simplicité du sien.
La Belgique avait encore bien d’autres attraits pour les petits français et non des moindres ! Puisque c’est là qu’on trouvait à bon prix et sur toutes sortes d’étalages affriolants les meilleurs et les plus bons chocolats du monde ! Et tant pis pour Delespaul-Havez !
Sans parler du père Saint Nicolas - patron des écoliers -  qui venait dans chaque classe porter pains d’épices, Nicnac, couques et mandarines, perché sur son  petit âne gris ! Les plus petits préparaient des carottes pour le baudet, et les plus grands courraient se cacher par crainte du martinet du Père Fouettard qui connaissaient toutes leurs sottises… mais Patricia ne s’était jamais faite attraper par le méchant : soit elle était très sage, soit elle se cachait bien !
Avant la paisible frontière et ses douaniers complices, connus par leur prénom par tous les enfants, il restait une dernière épreuve à franchir : celle de la maison du bossu.
Dans une ruelle étroite qui menait direct à la frontière, habitait un pauvre bossu. Il était gentil mais personne ne le savait. Ou tout au moins les adultes le savaient et le disaient à leurs enfants, mais pas suffisamment pour que ceux-ci en soient convaincus. Les petits français  se croyaient donc obligés de passer chaque jour d’école en bande frileuse devant la maison du méchant bossu, en hurlant, se bousculant et en courant de toutes leurs petites jambes. Ils devaient bien savoir, ces petits monstres, que le méchant bossu était gentil, mais c’est tellement bon d’avoir peur de quelqu’un  quand on a 7 ans et de bonnes jambes pour détaler. Une petite frayeur n’a jamais tué personne, et c’est bien connu,  les émotions ouvrant l’appétit, on s’en allait plus joyeux et essoufflés vers les chocolats belges…Saint Léonidas patron des bossus.

Mais aujourd’hui, si le chemin et les angoisses restaient les mêmes, le but du voyage était tout différent, les neigeuse vacances de noël avaient commencé il y a quelques jours, et elles ne se rendaient pas à l’école ! Non ! Leur mère leur avait confié une mission  sérieuse. Quoi ! La course importante de ce soir de réveillon.

Glissant quelques pièces à l’intérieur du gant de laine de l’ainée, elle avait envoyé les fillettes chercher le dernier invité de la fête, le plus espéré, le plus beau, celui sans lequel rien ne se passe, l’hôte privilégié : L e sapin de noël.

Les fleuristes ne manquaient pas dans la petite ville commerçante du poste frontière et elles trouveraient là, le gardien des cadeaux, le complice des secrets, le soldat en habit vert qui veillerait au garde-à-vous sur la petite troupe enrubannée des cadeaux.

Elles passèrent le poste de douane du « risquons-tout » ( peut être nommé ainsi en souvenir des contrebandiers de tabac qui passaient jadis,  à leurs risques, la frontière pour amener de quoi pétuner en France ? ) sous le regard amical des fonctionnaires en uniforme qui battaient la semelle sur les  pavés scintillants tout en attendant l’heure de la relève et se réchauffaient déjà , rien qu’en songeant au repas de fête qui les attendaient chez eux.

Passées cette barrière fictive, elles entraient au pays chocolaté et illuminé. Tout scintillait, chaque vitrine était vibrante de lumière, la rue entière drapée dans un dentelle d’ampoules multicolores palpitait. Même les gros pavés gelés clignotaient en chœur en faisant de l’œil aux guirlandes qui en bégayaient d’émotion.
Les belges, emmitouflés et gourmands courant d’une boutique à l’autre, remplissant leurs paniers des victuailles de noël : gigot, terrine, rôti, volaille, crevettes, croquettes, petit pâté doré, bûches, cramiques, tarte à la cassonade.
Patates bouillies, chicons à l’eau et harengs-saurs attendraient le carême !
Sur le seuil de chaque magasin, un cuistot, un écailler, un charcutier ou un pâtissier en grand habit immaculé, toque de gala raide sur le crâne et torchon amidonné jeté sur le bras, alpaguaient les passants. Ils les invitaient d’un geste large et chaleureux à pénétrer dans leur maison afin d’y échanger monnaie sonnante et trébuchante contre les meilleures nourritures du royaume. Généralement roses, blonds et bien plantés, ces Mozart des casseroles avant dû se régaler avant l’heure de leurs chefs d’œuvre, tant leur blouse empesée semblait tendue sur leur ventre moelleux et rebondi : faire bombance prenait tout son sens au galbe de leur tablier !  Pour se donner courge par ce soir d’hiver qui pinçait les oreilles,  ils soufflaient sur leurs doigts, claquaient des mains pour attirer l’attention et clamaient dans la rue enluminosée, les mérites et les saveurs de leur cuisine. Ils se prenaient au jeu - pour se donner du cœur et parce que le peuple belge est bon enfant- à invectiver leur semblable à gorge déployée d’un bout à l’autre de la rue.
Le charcutier prenait le boulanger à témoin, qui lui répondait de bon cœur, jurant aux badauds que le meilleur pâté du monde sortait du four de son voisin et que celui-là seul méritait le bonheur de se marier à son pain,  chaud encore du fournil. Le commis des fruits et légumes jonglaient avec des mandarines et faisait mine parfois  d’en jeter une à  des jolies demoiselles pour attirer leur sourire. Le pâtissier offrait des noix caramélisées et des dragées pastel par poignées en chantant des cantiques. Chacun  mettait son grain de sel et de folie et les rues retentissaient de ces appels pantagruéliques. Pour ne froisser personnes, ces harangues gastronomiques étaient reprises une fois en français, une fois en flamand, sans qu’on puisse départager ce qui donnait le plus d’appétit du délicat français praliné et fondant ou du truculent flamand rôti et croustillant.
En tout cas, qu’une chose soit bien certaine : si la petite Marie était passée ce soir là au Risquons-tout, elle n’aurait pas été avec son petit bradé* tout nu, claquer des dents dans une étable !! On aurait offert fraternellement une bonne bière à Joseph pendant le travail de délivrance, et Marie serait entrée avec son ventre rond dans une échoppe et aurait eu à se réchauffer auprès du cœur des Belges en mettant son petit garçon au monde.

*dans le nord de la France, « bradé » est un petit  nom donné à un enfant chéri.

La nuit était tombée à présent sur la France et la Belgique. Les deux sœurs avaient ralenti le pas et prenaient le temps d’admirer noël. Elles le respiraient à plein poumons, s’en gavaient les yeux et les oreilles, le humaient de boutique en boutique ; jamais lécher les vitrines n’avait paru plus tentant : odeurs rôties, parfums sucrés, lumières flottantes dans l’air de fête, clameurs et carillons givrés, la neige elle-même prenait des tons pastel sous les guirlandes colorées, et il leur semblait marcher dans un tapis sucré de barbe à papa.
L’ainée dans la foule, avait repris d’autorité la main de Marianne la plus petite, et la guidait à travers les rues. Leurs gants s’accrochaient l’un à l’autre avec un bruit de feutre et d’argent : la laine râpeuse protégeant la monnaie cachée bien au chaud par maman.

Se promenant, nez en l’air et bouche bée, elles s’imprégnaient de l’ambiance dorée et n’avaient pas les yeux assez grands pour tout voir. Elles n’en oubliaient pas pour autant le but de leur course et se dirigeaient trotte-menu vers l’étal du fleuriste.  La boutique semblait avoir attirée à elle seule toute la douceur du monde. On pénétrait dans un univers préservé, odorant et tiède : petite bulle clémente posée sur les pavés transis, murmures d’eau, odeurs de mousse, de fougères et d’orchidées au cœur de l’hiver.

Bien sur, toutes les fleurs avaient trouvé là refuge contre la morsure du froid. Les frileuses parfumées s’alanguissaient dans la chaleur retrouvée, pensant bientôt voir le printemps en personne franchir le seuil pour les venir demander en mariage. En l’attendant elles se serraient, mêlant leurs espérances et leurs pétales translucides, en pot, en gerbes, en vrac et en bouquet.
Des jacinthes, empotées comme des paysannes, pleuraient leurs clochettes neigeuses sur des petits père-noël vernis, des orchidées éperdues ployaient sous le poids de leur hampe éreintée de joyaux charnus. La Hollande en majesté avait délégué toutes ses tulipes chez sa royale voisine. Les glorieuses ambassadrices, érigées sur leur longue tige d’opale poussaient leur tête corollée pour mieux voir…le houx, piqué au vif, regardait ailleurs...
Dans un bruissement soyeux on nouait des rubans, des faveurs, des velours, on revêtait de papier crissant – cristal et lumière- on cajolait dans la soie, la moire et le satin, on couchait les belles dans un lit d’or et d’argent, puis les fiancées de Mars partaient dans les bras d’un client, se croyant invitées à leur premier bal.
Bienheureuses, si toutefois   le vase d’opaline  où on planterait tantôt leurs pieds coupés, les conservent jusqu’au jour de l’an…éphémère gloire…trompeuses épousailles des  damoiselles parfumées.


A gauche en entrant dans la boutique, se tenait le bataillon des sapins, figé dans sa rigueur épineuse : les plus petits devant, enfants de la troupe en première ligne, les plus grands au fond, retranchés et meurtris comme des nobles en disgrâce. Les princes de Noël se demandaient encore comment ils avaient été faits prisonniers, espéraient en la magnanimité des vainqueurs, et rêvaient à leur forêt nordique, à leur étoile polaire, et au grand lac gelé où ils se miraient en silence hier encore.
« Qu’est ce qu’elles voulaient ces demoiselles ? Elles réfléchissent ? … pas trop longtemps ? On ferme bientôt  !! C’est que nous autres, on a aussi le réveillon à préparer à ct ‘heure… »
Le patron souriant, mais pressé de fermer boutique, s’était approché des fillettes, bouche bée devant l’armada de sapins.
«  C’est avantageux savez…à midi, ils valaient encore le triple ! »
 Il se dandinait dans sa blouse grise, et avait glissé une branche de gui derrière son oreille pour faire plus gai et pour faire  rire les clientes, il leur disait d’un air coquin qu’à la noël lui aussi avait des boules et les clientes gloussaient derrière leur gants…Patricia réfléchissait et trouvait ça un peu bête. Lui, il se frottait les mains en se demandant s’il compterait sa caisse avant ou après la dinde.

«  Alors ? On se décide ? !  Grand ou petit, je vous les fais tous au même prix ! »

Les deux sœurs avaient échangé un coup d’œil ravi et incrédule. Quoi ! On allait avoir un GRAND sapin à la maison ! Quelle chance et quelle surprise pour maman ! En plus, on ne sait jamais avec le père Noël, peut être qu’il déposait plus de cadeaux sous les gros sapins !

Patricia défît le gant de laine et récupéra les petites pièces, le cœur battant…et si le marchand changeait d’avis en voyant la menue monnaie ? Elle offrit le petit tas serré dans ses doigts et le déposa dans la large paume commerçante déjà tendue…il abaissa les yeux vers l’argent attiédi, ouvrit la bouche pour protester…la referma en lorgnant du côté d’une cliente foururrée qui venait d’entrer. Pressé de la servir il dit «  Bah !! Allez c’est noël !! Choisissez celui qui vous plait le plus ! Et ne m’oubliez pas ce soir dans vos prières au petit Jésus »  il empocha les pièces, tourna les talons et se dirigea vers la renarde cendrée «  Bon…on va tâcher de se rattraper ici…… »
Résolues à agir avant qu’il ne change d’avis- les grandes personnes sont parfois étranges- Patricia et Marianne portèrent rapidement leur choix sur un grand sapin, branchu à souhait, bien planté, droit comme un i. Sorti du rang, jeté à terre, trainé dehors, il quitta ses frères sans se retourner.


Bah ça alors ! Elles n’en revenaient pas de ce cadeau inespéré, et en sortant dans la rue, leur sourire illuminé ajouta une lumière de plus aux guirlandes.
Dehors, sur le trottoir, dans le crépuscule qui s’installait tout à son aise, les deux gamines devaient à présent s’organiser pour le transport du géant.
Résolue, Patricia attrapa une branche à pleine main et tira…elle relâcha aussi vite sa prise : un millier d’aiguilles acérées venaient de lui mordre les doigts. Elle réfléchit une seconde sous le regard d’ange attentif de la petite, puis en souriant d’un air malin, elle débusqua le gant tapi au fond de sa poche, l’enfila, et attrapa de nouveau l’arbre avec plus de prudence cette fois.

«  Ca va !! On peut y aller : tu prends cette branche-là et tu avances avec moi » le sapin glissa sur la neige et tracté par dix petits doigts optimistes, il se laissa entrainer vers la France.
La rue amusée se retournait pour regarder passer ces deux lutins encapuchonnés tirant le colosse par le pied. Ah ! Vraiment, quel joli spectacle ! Une vraie carte postale ! Il n’y a que la nuit de noël pour offrir de pareil tableau !
Les premières centaines de mètres furent pénibles : il fallu trouver le rythme, placer son pas, doser son effort. Ensuite le voyage fut plus facile, la foulée lus souple et le poids plus léger. Galvanisées par la bonne surprise qu’elles rapportaient,  autant que par la fierté de séduire les passants, elles avançaient à pas décidés et elles se sentaient invulnérables.

«  On pourrait aller jusqu’à Lille comme ça ! »

Elles rebroussaient leur précédent chemin, et auraient presque pu replacer leurs pas dans leurs empreintes encore fraiches dans la neige. Derrières elles la Belgique, les lumières, et franchi le poste de douane, elles quittèrent le Risquons-tout pour aborder Neuville.
Le village assoupi avait tiré ses volets, et il s’apprêtait comme il se doit à passer la plus belle nuit de l’année. Celle qui pose sur la terre déchirée un voile paix, un sourire de compassion, faisant des hommes égarés des frères d’amour pour l’éternité…il devait cependant y avoir une anomalie dans la belle histoire, puisqu’il fallait recommencer la paix éternelle chaque 365 jours : à croire que les hommes, de peu de bonne volonté, n’avaient pas encore tout bien compris.




A la Forgette, les hommes de bonne volonté manquaient singulièrement. Et à vrai dire…les hommes tout court manquaient à l’appel !
La voisine la plus proche devait bien être la seule à attendre son homme qui ne tarderait plus à rentrer de l’usine, puis ils partiraient réveillonner à Lille.
La vieille Julia, une bruxelloise exilée, chignonée de blanc, était veuve et devait dormir déjà. Elle vivait seule avec ses septantes cinq années de souvenirs, et trottait comme une petite souris dans sa maison du matin jusqu'à soir, astiquant ses bibelots, elle ne sortait presque plus, sauf pour balayer son seuil en pierre bleue et saluer ses voisines.
La fille de Gustave et Reine, voisine elle aussi, s’occupait de son petit garçon, en songeant à son homme retenu dans la grande maison de Loos*
Annie, la maman, attendait dans sa maison, pas plus chanceuse que ses voisines…l’homme aussi avait déserté la maison depuis quelques temps. Il avait cependant bien pris soin de lui planter successivement au ventre 5 petites filles en gage d’amour  (« 5 petits pains de Bruxelles* » comme disait Julia attendrie.) l’homme d’Annie avait filé pour de bon, les enfants grandiraient sans papa, c’est ainsi qu’on apprend à se débrouiller parait-il.
Annie faisait face ; Quoi faire d’autre ? Avec toute sa rage de vaincre et sa fierté, elle avait pris la décision une bonne fois pour toute,  de fermer la porte au nez du chagrin et des regrets. Elle se tenait au chaud à la Forgette avec ses cinq petites bonnes femmes, tentant de faire contre mauvaise fortune bon cœur, et de les élever seule et honnêtement. Elle faisait l’admiration du quartier et pouvait marcher dans les rues le front haut : ses gamines ne manquaient de rien. La petite tribu joufflue et fendue affrontait la vie avec l’innocence des enfants qui n’ont jamais eu faim. Ne de pain, ni de baisers.

Elle commençait néanmoins à se faire du souci en regardant l’horloge…il était tard, la nuit était profonde à présent et elle se demandait si elle avait bien fait d’envoyer ses deux ainées acheter ce sapin si loin …elle se résolut à attendre encore un peu avant de …..Avant de quoi ? Elle était seule !  Ses voisines aussi et elle ne pouvait pas abandonner ses trois fillettes à la maison ! le bébé d’un an gazouillait dans son parc en suçant ses doigts et en arrondissant des grosses bulles de salive lactée…celle-ci au moins …noël ou pas noël, irait tantôt se coucher, et résumait de ce fait le problème aux deux cadettes occupées pour l’heure à aligner sur la table de la cuisine les boules de noël et les guirlandes en attendant le sapin belge.


*Loos : prison en banlieue de Lille.
*Petit pain individuel, en forme d’olive, et  fendu sur toute sa longueur.
Les deux lutins luttaient toujours avec le grand sapin, et malgré leur conviction, la première fatigue ralenti leurs pas.
Elles s’offrirent le luxe d’une pause. Oh !  Pas bien longue, juste le temps de se dégourdir les mains, en remuant en l’air les petits doigts raidis, comme pour chatouiller le Bon Dieu…elles venaient de passer devant la maison du bossu sans encombre…à peine une angoissette nouée au fond de la gorge
« De toutes façons, s’il veut nous attraper, on n’aura qu’à l’assommer avec le sapin ! » avait dit Marianne-la-blonde en minaudant sous la lune
« C’est ça, c’est ça,  fais ta maline » avait rétorqué Patricia-la-brune, vexée de n’y avoir pas pensé elle-même.
Elles avaient remonté la rue principale du village, et passaient à présent devant l’église. Le gros cœur de bronze égrenât une envolée d’heures et sembla leur donner un peu de courage pour quitter tout à fait le village et les dernières maisons éclairées.
La campagne encotonnée étalait devant elles son grand drap blanc et les deux petites s’engagèrent, toujours tirant leur arbre, sur le sentier désert qui menait à la Forgette.
 A chaque petit pas la lumière et la chaleur quittaient le monde pour livrer l’étrange trio à la pénombre du paysage hivernal, juste rehaussé par l’opalescence de la neige sous la lune.

Le bonnet de laine grattait, et le souffle chaud dans la cachette du cache-nez remonté sur la bouche, semblait un gros baiser mouillé à chaque mouvement. Patricia s’arrêta, lâcha le sapin, et entreprit de capturer les mèches rebelles échappées et de remettre en place, sans douceur, bonnet et cache-nez. Ceci fait, elle leva les yeux et se sentit envahie par une sensation bizarre…une espèce de doute venait de lui traverser l’esprit à la vue du sentier qui s’enfonçait dans la nuit…elle restait figée sur place, avec l’impression étrange d’avoir commis une grosse erreur sans en deviner exactement la nature…le malaise s’intensifia quand elle jeta un coup d’œil à Marianne, pétrifiée de froid sous sa capuche qui levait pourtant vers l’ainée un regard confiant.

La crainte se précisa et Patricia réalisa qu’elle avait vraiment commis une énorme bêtise en choisissant cet arbre monstrueux, et que jamais elles n’auraient la force de le ramener à bon port en le trainant dans la neige jusqu’à la maison.




Sans plus se soucier du bonnet de travers, elle traçait mentalement le reste du chemin à parcourir et sentait à chaque seconde l’angoisse lui pincer le cœur un peu plus violemment.
Prise de panique, elle empoigna l’arbre de noël et tira de toutes ses forces avec l’énergie soudaine que donne la peur. Marianne, surprise par tant d’enthousiasme renifla et se remit elle aussi en route.

« Il faut y arriver ! Il faut y arriver… » Patricia sentit son battre son cœur affolé et repoussait les images d’épouvantes ; tout pêle-mêle s’entrechoquait dans son esprit : la nuit, le froid, le bossu, les vaches, l’ivrogne...il fallait avancer coûte que coûte ! Elles avaient franchi la moitié du trajet et ne pouvaient plus rebrousser chemin…et puis, pour aller où ?
 Non il fallait arriver à la maison avant que maman ne commence à se faire du souci. Elle maudissait ce marchand qui leur avait vendu cet affreux gros sapin piquant «  c’est sa faute ! On le dira à maman ! »

La progression se faisait plus lente : la fatigue raidissait les mollets et les doigts crispés sur le tronc rugueux ; ici personne n’avait balayé, ni tassé la neige et il fallait se frayer un petit chemin dans le sucre glace craquant de gel.

«  De toutes façons on ne peut pas se perdre, c’est toujours tout droit, on doit juste rester sur le chemin…on ne peut pas se perdre, mais on pourrait bien rester là toute la nuit, dans le noir, toutes seules…. »
Le sapin, rebelle à toute connivence, s’accrochait de toutes ses branches à la neige, s’agrippait aux pierres du chemin, il faisait exprès de devenir de plus en plus lourd… on aurait dit qu’il se vengeait…

Soudain, Marianne éclata en sanglot ; elle les retenait depuis un moment en troupeau serré au fond de sa gorge, mais là ils venaient de lui échapper et se répandaient à grand bruit dans le noir. Patricia senti son courage faiblir, elle en avait juste assez en réserve pour elle seule, alors comment le partager avec la petite ? Elle, la grande, celle sur qui maman comptait toujours. Elle avait déjà tellement de peur et de chagrin au fond de sa poitrine qu’elle ne pouvait prendre en dépôt, celui de Marianne…à coup sur, cela aurait fait éclater les digues de son cœur prêt à déborder.



      «  J’ai froid aux mains… ! Je veux rentrer !... »
      «  Eh ben on y va ! Qu’est ce que tu racontes ? On y rentre à la maison ! »
      «  Oui, mais je veux TOUT DE SUITE ! »
«  Ah…là…il faut marcher encore un peu ! Allez dépêche !»
Marianne comprenant que sa sœur ne lui serait d’aucun secours se mit à hurler et délivra le cri universel des enfants en peine : « MAMAN….. »
Ses doigts étaient bleuis et figés par le froid, et elle ne parvenait plus tout à fait à les déplier ; ses pieds, au fond de ses chaussures humides, semblaient lourds et inutiles. Rien à voir avec ses petits pieds habituels qui remuaient si bien.
Patricia retrouva son autorité d’ainée et dit à la petite :
 « Mets tes mains dans tes poches, en boule bien serrées, et avance vite en tapant les pieds le plus fort que tu peux, et arrête de  faire  ta nouille ! Avance !! »

Contente de lâcher enfin ce vilain sapin Marianne se consola de la froidure en fourrant ses poings tout au fond de ses poches et se mit à claquer ses pieds endoloris à chaque pas…
 « -  ça va pas réveiller les vaches ? »

Le petit convoi glacé se remis en route et chemina à nouveau vers la Forgette. Patricia tractait le sapin qui s’alourdissait comme à plaisir, et elle sentait bien qu’elle n’aurait pas la force de faire  le parcours en remorquant l’arbre toute seule.
Les larmes lui montèrent aux yeux…peu à peu, comme à regret. Elle aurait tellement voulu être la grande, ne pas pleurer, mais picoti-picota, les picotements taquinaient son nez et finirent par monter en petites vagues vers les yeux qui débordèrent aussitôt. Elle reniflait à présent et se sentait perdue un peu plus à chaque pas. Elle avait mal aux jambes et avait perdu un gant. Elle n’osait pas s’arrêter pourtant, de crainte de ne pas se remettre en route et de crainte aussi de briser le bel élan de Marianne-la-sauterelle qui continuait ses bonds dans la neige en claquant des pieds…au moins la petite avançait...
Elle s’efforçait maintenant de mettre un pied devant l’autre, sans songer, ni aux vaches, ni au bossu, ni à toutes ces bêtes de nuit qui rôdent peut être dans la campagne l’hiver et qui ont surement faim.
Elle sentait ses larmes dégouliner sur ses pommettes et aller se noyer de honte dans le cache-nez : Maman lui avait fait confiance, et elle n’était finalement qu’une pleurnicharde, même pas capable d’aller faire une course en Belgique et de s’occuper de sa petite sœur !
 Pour se donner du courage, elle essaya de penser à la maison, au gros poêle à charbon qui ronronne, à la buche crémeuse qui rafraichissait sur l’appui de fenêtre, et à maman qui prépare la table de noël…
Maman ! Comme elle devait se faire du souci ! Elle sentait ses picotis redoubler d’attaque et des torrents salés dévaler. Elle avait les joues gelées et le cœur assorti.
La sauterelle ne tarda pas cependant à se lasser du jeu, et la fatigue aidant, elle se remit à sangloter, ce qui eut pour effet immédiat de stopper net les larmes de l’ainée :

   « Ah non ! Ne pleure pas ! Tes larmes vont se transformer en glaçons et rester collés à tes joues ! Avance ! Avance ! On va jouer à chanter le plus fort possible »
   «  Je veux pas chanter, je veux maman »  soupira la petite entre deux hoquets
   «  Oh puis arrête ! Tu m’énerves ! Déjà que je fais tout le travail toute seule ! »

Le dépit donna un sursaut d’énergie à Patricia qui parcourut quelques mètres plus vite, pour ralentir aussitôt, trop fatiguée pour se permettre la fantaisie d’une grosse colère !

La petite l’avait rattrapée en deux bonds et elles marchèrent en silence quelques mètres côte à côte.
   « Tu vois ! On va y arriver…on avance… »
   «  Oui, mais c’est loin je trouve »
«  Eh bien dépêche toi quand même, si on arrive en retard le Père Noël sera passé et on aura rien du tout ! »
Un tel désastre laissa Marianne bouche bée : il ne manquait plus que ça ! Quelle catastrophe ! Son bébé resterait tout nu si elle n’arrivait pas à temps pour recevoir les habits commandés au Père Noel !
Vite ! Il fallait se dépêcher ; elles repartirent d’un bon pas : bon an, mal an. Patricia poussée par la rage et Marianne soutenue par l’espoir d’arriver avant le grand barbu céleste.
 Elles s’essoufflèrent cependant plus vite qu’espéré, et se contentèrent bientôt d’ajouter des pas aux autres,  ralentissant la cadence sans s’en apercevoir dans un ahurissement polaire.
Un mutisme presque superstitieux nouait leurs lèvres : elles sentaient confusément que la parole amènerait les larmes ou la peur, et elles préféraient avancer, avancer en frissons, en silence, mais avancer encore !
Marianne dominait ses sanglots, et tentait de voir plus loin que le noir : la nuit déroulait son velours sombre à l’infini, rien, aucune lueur ne venait trouer le tissu obscur, aucun accroc lumineux ne perçait la toile uniformément givrée. Elles apercevaient encore la pointe de leurs chaussures dans la neige mais guère plus loin.
La Forgette devait être encore bien trop éloignée pour les petits yeux et les petits pieds. Incapables d’évaluer la distance à parcourir encore, elles avançaient maintenant avec une résignation douloureuse suspendue aux épaules. Il ne sert à rien de se révolter quand il n’y a rien à obtenir de personne … Seuls le froid et l’effroi cheminaient avec elles sur le bord du sentier, et elles savaient qu’il n’y avait rien de bon à attendre de ces deux-là.

Soudain une forte branche du sapin s’agrippa au passage, à un piquet planté là sans doute par méchanceté, et en s’immobilisant net, il fit perdre l’équilibre à Patricia…elle cria d’abord, de surprise et de douleur, car l’écorce avait écorché sa main transie, elle lâcha prise, tomba à la renverse, et elle fini sa chute dans les grands bras griffus du sapin !

Elle hurla et se remit à pleurer, c’était trop ! Oubliant sa position d’ainée et son prestige supposé, Patricia ouvrit les vannes et se laissa sangloter de tout son cœur. ; Elle avait fini de lutter et s’octroyait le droit de verser toutes les larmes qu’elle voulait. Elle pleurait bouche grande ouverte pour mieux laisser passer les sanglots douloureux à force d’être resté coincés dans sa gorge nouée depuis trop longtemps. Ils emportaient sur leur passage tout son courage et le diluait dans la nuit, lavant de leur eau salée toute la fierté de la gamine. Elle avait mal et ne trouvait  plus la force de se rebeller contre le grand crochu vert.

Il lui restait juste assez de force pour pleurer et ça ! Elle n’allait pas s’en priver ! Elle voulait juste pleurer et pleurer encore. Les mains et les joues égratignées, les fesses gelées, elle restait assise par terre, elle abandonnait la bagarre.
Marianne-la-bouclée était restée un bon moment ahurie devant la chute de sa grande sœur. Elle contemplait le grand désastre la bouche ouverte, les yeux écarquillés : elle avait vu, de ses yeux vu Patricia se faire happer par la nuit et se faire à demi-avaler par le grand sapin…et elle la regardait à présent sangloter à cœur fendre, toujours assise dans les épines. Alors , sentant que les larmes allaient encore une fois gagner, par lassitude et aussi pour être plus prés de sa sœur, elle s’assit dans la neige, très lentement, et là, seulement, se mit à pleurer.
Leurs deux voies mêlées perçaient la-nuit-la-plus-belle-de-l’année, montaient vers les étoiles glacées et s’en allaient sans doute rejoindre tout les chagrins du monde là-haut. Et même pas de Père Noël pour les aider…
Elles restèrent ainsi un long moment, ne trouvant pas le courage de se relever et encore moins celui de se taire, à croire qu’elles préféraient leurs cris au silence.
Annie les entendit de loin et pressa encore le pas. Elle s’affolait d’entendre ainsi hurler ses petites et ne discernait rien à deux  mètres devant elle. La lampe de poche trouait juste la noirceur d’un petit œil pâle qui tressautait à chaque foulée, éparpillant des éclats de lumière à travers la nuit opaque. Elle s’essoufflait à courir comme ça dans la neige, mais découvrait en elle pourtant des sources de force et de courage inépuisables, la poussant à poursuivre son effort, à demi-récompensé déjà : à chaque enjambée elle entendait ses petites plus nettement, encore quelques pas et elle les verrait. Elle se refusait à toute hypothèse, seule lui importait l’idée de les voir, de les toucher, dans quelques minutes. La nuit, dans la campagne les bruits portent loin et il lui sembla parcourir un millier de kilomètres avant d’atteindre son but.
Les deux gamines, toujours pleurant, aperçurent en même temps le rond de lumière dorée  qui dansait dans la neige…fascinées…
Un grand espoir se leva dans leur poitrine et les réchauffa un peu…toujours affalées dans la neige et les épines, mais ravigotées par l’espérance, elles trouvèrent aussitôt la force de brailler plus fort : le cœur de leur cœur, en dernier recours était venu se loger au bord de leurs lèvres et au fond de leurs yeux. Elles n’existaient en cet instant que par leurs bouches implorant secours, que par leurs yeux écarquillés, braqués vers la lumière, source de toute chose.
Maman apparut enfin, juste derrière le petit soleil jaune qui déchira un morceau d’hiver en les frôlant.
Annie constata tout de suite que ses petites n’avaient rien, mis à part un bon coup de froid, une grosse peur et une immense fatigue…Enfin, rien donc qui effraye une maman-chef-de-tribu. Elle possédait en outre, pour les cas d’urgence, une réserve permanente au fond du cœur,  de câlins, de mots doux, de sourires consolateurs et de gestes encourageants. Assez en tout cas pour relever rapidement ses deux poussins transis et tous mouillés, et pour les pousser vers le nid.
Un câlin, un mouchoir, un bisou et en route… « Allez ! Hop ! On rentre à la maison maintenant »…tout simplement.
D’ailleurs, depuis qu’elle était arrivée, les deux sœurs avaient bien remarqué que tout s’était transformé comme par magie : il y avait de la lumière, les bêtes de nuit s’en étaient retournées à leur tanière , tout là-bas, il semblait aux gamines qu’elles avaient moins froid, et comble de surprise la sapin avait rétréci !! Il paru ridiculement petit quand maman l’empoigna à pleine main et le tracta sans effort. Les deux lutins, happés par l’énergie maternelle, suivirent à la queue-leu-leu, et le petit cortège attiédi par l’amour se remit en route vers La Forgette.



En chemin, Annie, soulagée, se remémora les folles minutes qui avaient précédé son départ, et remercia en silence, le Bon Dieu, le petit Jésus, le Père Noël, enfin bref… ! Celui qui voudrait bien accepter ses remerciements depuis là-haut, sans faire de manières ! Il devait bien y avoir quelqu'un quand même, non ?

 Elle se souvient de la mine de Julia, sa vieille voisine, quand à bout de patience et d’angoisse, elle s’était décidée à aller la réveiller.

A son âge, il y avait longtemps que Julia ne croyait plus au Père Noël, et elle se demandait qui tapait ainsi à ses volets, mais pensant qu’un miracle est toujours possible la nuit de noël elle était allée à petits pas prudents entr’ouvrir sa porte…
A défaut de cadeau, elle avait trouvé sur son seuil gelé, sa voisine affolée la suppliant de l’aider…ce n’était plus guère de son âge de sortir en pleine nuit pour aller garder trois petits enfants…mais elle avait songé aux petites et avait accepté de tout son cœur.

Elle avait enfilé son manteau sur sa robe de chambre, et donné le bras à Annie en chemin pour ne pas risquer de déraper dans la neige avec ses chaussons fourrés, elle était entrée dans la maison toute frissonnante déjà, et un peu désemparée de se trouver debout au mitan de la nuit. Annie  déjà quittait la pièce en vitesse, emmitouflée et impatiente d’affronter la nuit d’hiver à la quête de ses perdues.

Par cette nuit-là, on n’était plus à un ange gardien près, alors Julia pris faction auprès des deux petites filles et du bébé, tous trois endormis. Les guirlandes abandonnées sur la table, les boules nacrées à la lueur du poêle, l’odeur du repas mijoté, tout cela disait noël, et tout cela veillait en espoir suspendu.




Et on vit cette nuit-là, à La Forgette, le plus vieil ange du monde, en longue robe de chambre tombant sur ses pantoufles, veiller sur une crèche pas ordinaire : sans Joseph, sans sapin, mais avec trois Jésus.
« Modifié: 21 Novembre 2015 à 11:30:12 par Marygold »
comme on dit par chez moi : Un écrivain qui se livre, c'est un peu comme un canard qui se confit... soyez prudents...

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Re : le sapin belge
« Réponse #1 le: 21 Novembre 2015 à 11:34:22 »
Bonjour Goémine,

J'ai supprimé ton autre sujet "le sapin belge" : à l'avenir, évite ce genre de post d'annonce s'il te plaît. Tu peux sans problème présenter ton texte dans le même message (comme je l'ai fait en copiant/collant ta présentation au début de ton message). Merci de ta compréhension !
Oh yeah ! 8)

Hors ligne Goémine

  • Aède
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Re : le sapin belge
« Réponse #2 le: 21 Novembre 2015 à 11:40:21 »
merci de ton commentaire ( et de ton aide) Marigold...je suis toute nouvelle et pas très douée en informatique...je ferai mieux la prochaine fois
comme on dit par chez moi : Un écrivain qui se livre, c'est un peu comme un canard qui se confit... soyez prudents...

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Re : le sapin belge
« Réponse #3 le: 21 Novembre 2015 à 15:58:20 »
Je commence toujours par quelques petites corrections au fil de la lecture :

Citer
A part cette pointe d’habitations : Rien.   La première(...)
"Rien" devrait avoir une minuscule et il y a trois espaces au lieu d'un après le point.

Citer
elles avaient du se rapprocher
dû, pas du.

Citer
sa petite sœur qui tentait de galoper à sa hauteur ,
Pas d'espace avant la virgule.

Citer
et ce jour de noël
Mon intuition est que Noël prend toujours une majuscule (ça revient à d'autres moments du texte).

Citer
ravissant  un bonheur
Deux espaces entre "ravissant" et "un".

Citer
La brunette tirait donc se sœur (...) [plus loin dans le texte] de laisser la main de se sœur
sa :)

Citer
prendre soin de la petite  sans la
Encore un problème d'espace entre "petite" et "sans".

Citer
et, bien sur, elle se faisait punir en arrivant en retard à l’école, avec sa stupide histoire de vache échappées et dangereuses
bien sûr
vaches

Citer
pour tous les gourmets…Pensez
Il faut un espace après les trois points de suspension. La faute revient quelques fois.

Citer
Plus tard, elle grandi
grandit

Citer
les neigeuse vacances
neigeuses

Citer
L’ainée dans la foule, avait (...)
Soit une virgule entre trop, soit une virgule qui manque.

Citer
Patricia défît le gant
défit

Citer
la première fatigue ralenti leurs pas
ralentit

Citer
Patricia senti son courage faiblir
sentit

Citer
qu’elle ne pouvait prendre en dépôt, celui de Marianne
Virgule en trop.

Citer
et elle fini sa chute
finit

(si ça t'intéresse, tu peux modifier ton message pour corriger les fautes en cliquant sur le "Modifier" en haut à droite)


Il y a un bon sens du mot, du paysage. De l'humour. L'histoire elle-même est d'abord très simple et sert surtout de prétexte à l'envie de recréer une époque, un lieu, des personnages, d'anciennes façons, et suivre les deux enfants est idéal pour ça. Elles ont l'oeil pour s'en émerveiller.
Quand ça tourne au drame, l'inquiètude se ressent bien. La résolution est satisfaisante.

La ponctuation est assez personnelle, mais sinon je n'ai pas grand chose à redire de spécifique.
Il n'y a que peut-être le
Citer
De loin, tel un coin planté au cœur d’un tronc, elles formaient un petit angle noir s’insérant dans le champ
qui est une image bien compliquée aussi tôt dans le récit.

Hors ligne Goémine

  • Aède
  • Messages: 212
Re : le sapin belge
« Réponse #4 le: 21 Novembre 2015 à 16:52:16 »
Barnacle,
 merci de vos corrections et commentaires ! j'enrage à chaque fois que je me relis et que je vois ces fautes que j'aurai pu trouver moi-même ! quelle cruche !
j'ai corrigé tout cela grâce à vous .
comme on dit par chez moi : Un écrivain qui se livre, c'est un peu comme un canard qui se confit... soyez prudents...

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Re : le sapin belge
« Réponse #5 le: 21 Novembre 2015 à 17:55:20 »
Citer
elles formaient un petit angle noir s’insérant dans le champ (de blé l’été, aujourd’hui de neige).
elles formaient un petit angle noir s’insérant dans le champ enneigé.


Citer
La première ferme était éloignée et les plus proches voisins du village  n’en portaient que le nom, distance oblige.
Je ne comprends le concept que de porter le nom (de quoi) à cause d’une distance.

Citer
Derrière le givre soudé aux carreaux, elles devaient être quelques rares voisines à se poser la question.

Derrière le givre soudé aux carreaux, de rares voisines se posaient la question.
La structure du paragraphe qui suit m’ennuie, car « elles, les petites filles  »  est son sujet. Le mot est utilisé par la suite pour les curieuses.

Citer
Délaissant la vitre embuée, elles avaient du se rapprocher du poêle et se servir la dixième tasse de café  de la journée…
Délaissant la vitre embuée, les curieuses se rapprochaient du poêle et se servir la dixième tasse de café  de la journée…
Suppression du « elles » et formulation plus dynamique.

Citer
La brune semblait l’ainée de quelques centimètres.
Notion d’âge « ainée » et de taille « centimètres ». Comme les fillettes sont le sujet, le sembler m’est dérangeant car la formulation devrait être affirmative pour à la fois qui est l’ainée et qui est la plus grande.



Citer
La plus petite était née fin novembre, et ce jour de noël n’était pas bien éloigné de son anniversaire.
J’avais bien deviné. C’est le réveillon de Noël ce soir. Nuit qui tombe très tôt dans la journée.

Citer
Sans le savoir encore (le jeune âge a ceci de doux qu’il préserve de songer trop à l’avance à l’avenir) toute sa vie elle aurait, comme tant d’autres, à souffler sur ses années additionnées avant d’avoir droit au cadeau de noël, la buche chassant le gâteau lumineux, un présent gommant l’autre…
Malgré les relectures, je n’ai rien compris.

Citer
attendant juste d’avoir tourné le coin de chemin pour la lâcher,
Quel coin, elles se trouvent sur un chemin à travers champs.


Citer
Passer devant cette maison représentait le premier obstacle du parcours mais pas le dernier !...

Venait ensuite le sentier des vaches. Les paisibles mammifères censés brouter tranquillement dans les pâtures, de chaque côté du chemin, avaient la fâcheuse tendance à s’échapper par la barrière mal refermée, dès que le fermier avait le dos tourné. Paralysée, la gamine restait parfois clouée des heures au milieu du chemin bouseux, des larmes plein les yeux, les doigts noués sur la poignée de son cartable. Elle considérait de loin ses ennemies cornues et ventrues qui déambulaient l’empêchant d’avancer. Incapable de faire un pas en avant, ni de rebrousser chemin, elle restait là en attendant qu’un passant bienveillant lui fasse traverser le troupeau, et, bien sur, elle se faisait punir en arrivant en retard à l’école, avec sa stupide histoire de vache échappées et dangereuses. Ce n’était pas encore la mode des vaches folles.
Décalage entre les peurs de l’été dans un décor hivernal. Ce n’est pas logique.

Citer
Sortie de cette traversée campagnarde, l’enfant arrivait enfin au village, pas mécontente de trouver l’ombre rassurante de l’église et des ruelles habitées.

Ombre de l’église ? La nuit ne tombait pas ?

Citer
Chocolat Delespaul-Havez ! Fabrique locale de cacao installée à Lille et fleuron de la région pour tous les gourmets…
Artisanale à la place de locale me semble préférable. Rijsel est en France.

Citer
On se levait en France et on regardait le ciel en Belgique, on mangeait en France et on digérait en Belgique, en s’embrassait en Belgique et on se fiançait en France, c’est plus romantique.
Ici, j’ai un stresse de compréhension. Les fillettes sont belges, elles quittent leur maison sur le trajet qu’elles pratiquent tous les jours pour aller à l’école. Ici, elles habitent en France et vont en Belgique.



Citer
Les enfants français, nés à califourchon sur la frontière, allaient de bon cœur à l’école en pays voisin, et apprenaient avec autant d’enthousiasme que leur roi s’appelait Baudouin, et trouvait très très belle leur reine Fabiola.
Comme l’histoire se passent en 1964. Est-ce vrai ou inventé. C’est pour enrichir ma culture, je suis très septique à la vraisemblance.

Par la suite, je n’ai rien relevé. J’ai l’impression que l’histoire se passait en France, dès le départ. De fait, la géographie est mal positionner au début.

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Hors ligne Goémine

  • Aède
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Re : Re : le sapin belge
« Réponse #6 le: 21 Novembre 2015 à 18:24:01 »
Citer
elles formaient un petit angle noir s’insérant dans le champ (de blé l’été, aujourd’hui de neige).
elles formaient un petit angle noir s’insérant dans le champ enneigé.


Citer
La première ferme était éloignée et les plus proches voisins du village  n’en portaient que le nom, distance oblige.
Je ne comprends le concept que de porter le nom (de quoi) à cause d’une distance.
oui, c'est ce que je veux dire : d'ordinaire on dit voisins pour "les mitoyens" mais dans ce cas, ceux qu'on nomment malgré tout "voisins" sont très à distance.
Citer
Derrière le givre soudé aux carreaux, elles devaient être quelques rares voisines à se poser la question.

Derrière le givre soudé aux carreaux, de rares voisines se posaient la question.
La structure du paragraphe qui suit m’ennuie, car « elles, les petites filles  »  est son sujet. Le mot est utilisé par la suite pour les curieuses.

Citer
Délaissant la vitre embuée, elles avaient du se rapprocher du poêle et se servir la dixième tasse de café  de la journée…
Délaissant la vitre embuée, les curieuses se rapprochaient du poêle et se servir la dixième tasse de café  de la journée…
Suppression du « elles » et formulation plus dynamique.

Citer
La brune semblait l’ainée de quelques centimètres.
Notion d’âge « ainée » et de taille « centimètres ». Comme les fillettes sont le sujet, le sembler m’est dérangeant car la formulation devrait être affirmative pour à la fois qui est l’ainée et qui est la plus grande.
je voulais dire qu'au premier regard on sait qui est l'ainée.


Citer
La plus petite était née fin novembre, et ce jour de noël n’était pas bien éloigné de son anniversaire.
J’avais bien deviné. C’est le réveillon de Noël ce soir. Nuit qui tombe très tôt dans la journée.

Citer
Sans le savoir encore (le jeune âge a ceci de doux qu’il préserve de songer trop à l’avance à l’avenir) toute sa vie elle aurait, comme tant d’autres, à souffler sur ses années additionnées avant d’avoir droit au cadeau de noël, la buche chassant le gâteau lumineux, un présent gommant l’autre…
Malgré les relectures, je n’ai rien compris.
je parle là de la déception de certains enfants ( et adultes) qui sont nés à une date proche de celle de noël, et qui du coup n'ont pas d'autres périodes de fêtes dans l'année...tout est groupé : on reçoit un cadeau et tout de suite un second ...et le reste de l'année : plus rien !
Citer
attendant juste d’avoir tourné le coin de chemin pour la lâcher,
Quel coin, elles se trouvent sur un chemin à travers champs.
vous avez raison !

Citer
Passer devant cette maison représentait le premier obstacle du parcours mais pas le dernier !...

Venait ensuite le sentier des vaches. Les paisibles mammifères censés brouter tranquillement dans les pâtures, de chaque côté du chemin, avaient la fâcheuse tendance à s’échapper par la barrière mal refermée, dès que le fermier avait le dos tourné. Paralysée, la gamine restait parfois clouée des heures au milieu du chemin bouseux, des larmes plein les yeux, les doigts noués sur la poignée de son cartable. Elle considérait de loin ses ennemies cornues et ventrues qui déambulaient l’empêchant d’avancer. Incapable de faire un pas en avant, ni de rebrousser chemin, elle restait là en attendant qu’un passant bienveillant lui fasse traverser le troupeau, et, bien sur, elle se faisait punir en arrivant en retard à l’école, avec sa stupide histoire de vache échappées et dangereuses. Ce n’était pas encore la mode des vaches folles.
Décalage entre les peurs de l’été dans un décor hivernal. Ce n’est pas logique.
l'histoire se passe un soir de réveillon, mais Patricia se remémore toutes les peurs qu'elle ressent chaque jour sur ce même chemin en allant en classe.
Citer
Sortie de cette traversée campagnarde, l’enfant arrivait enfin au village, pas mécontente de trouver l’ombre rassurante de l’église et des ruelles habitées.

Ombre de l’église ? La nuit ne tombait pas ?
dans les villages, à la nuit tombée, on allume des réverbères...contraste entre la rase campagne et la "civilisation" idem sur le chemin du retour !
Citer
Chocolat Delespaul-Havez ! Fabrique locale de cacao installée à Lille et fleuron de la région pour tous les gourmets…
Artisanale à la place de locale me semble préférable. Rijsel est en France.
Rijsel ! mais c'est la traduction flamande de Lille !
Citer
On se levait en France et on regardait le ciel en Belgique, on mangeait en France et on digérait en Belgique, en s’embrassait en Belgique et on se fiançait en France, c’est plus romantique.
Ici, j’ai un stresse de compréhension. Les fillettes sont belges, elles quittent leur maison sur le trajet qu’elles pratiquent tous les jours pour aller à l’école. Ici, elles habitent en France et vont en Belgique.
non, les fillettes sont françaises, mais elles vont à l'école en Belgique, elles connaissent le chemin pour l'emprunter chaque jour de classe. mais là, se sont les vacances de noël,
je ne sais pas ce qui vous fait penser que les fillettes sont belges ? dites-moi ?

Citer
Les enfants français, nés à califourchon sur la frontière, allaient de bon cœur à l’école en pays voisin, et apprenaient avec autant d’enthousiasme que leur roi s’appelait Baudouin, et trouvait très très belle leur reine Fabiola.
Comme l’histoire se passent en 1964. Est-ce vrai ou inventé. C’est pour enrichir ma culture, je suis très septique à la vraisemblance.
c'est réel ! je suis française, née en France et habitant en France, dans la zone frontalière, et j'ai effectué une bonne partie de ma scolarité en Belgique...autobiographique donc !
Par la suite, je n’ai rien relevé. J’ai l’impression que l’histoire se passait en France, dès le départ. De fait, la géographie est mal positionner au début.
merci de vos riches commentaires ! on croit toujours que c'est limpide, et la relecture par des inconnus met en lumières ce qui peut sembler incohérent...merci du temps que vous avez passé
bien sincèrement, Goémine
comme on dit par chez moi : Un écrivain qui se livre, c'est un peu comme un canard qui se confit... soyez prudents...

Siegrid

  • Invité
Re : le sapin belge
« Réponse #7 le: 21 Novembre 2015 à 20:59:55 »
Moi, j'ai bien aimé.
Les tournures un peu complexes, et riches en vocabulaire, aident à replacer le texte à une autre époque.
C'est vrai que j'ai plus pensé à une époque d'après guerre qu'à 1964 (je n'avais pas vu la date), et que moi, Parisienne, je croyais que les vaches sortaient en hiver...
J'ai douté à Baudouin et aux tulipes ( des serres ?), mais le manque d'homme du village me paraissait si incongru !
Les gosses sont savoureuses et attendrissantes. Quelle formidable traversée pour de si petites jambes.
Par contre, je n'ai pas compris du tout l'image de la mer. Et le problème des anniversaires proches de Noël ( je suis née en décembre) est évoqué de façon trop compliquée.
Mais la description du village et des commerçants en fête est saisissante. Je croyais presque sentir les odeurs.
Enfin, en ce qui concerne la confusion du lieu de départ, je crois qu'il vient du fait que tu parles de maisons flamandes dès le début du texte. C'est un peu idiot, mais on assimile un style architectural à un pays.
Oui, moi, j'ai bien aimé.

Hors ligne Goémine

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Re : le sapin belge
« Réponse #8 le: 01 Décembre 2015 à 17:18:57 »
merci de tes commentaires et du temps que tu as consacré à la relecture de mon texte.
juste pour éclairer ton interrogation : je n'écris pas qu'il n'y a pas d'homme dans le village ( effectivement incongru ! ) mais dans le hameau de la Forgette, d'où viennent les deux petites : pas plus de 4 ou 5 masures...et là effectivement, pas d'homme !
a bientôt, et au plaisir peut être de te lire ?
Goémine
comme on dit par chez moi : Un écrivain qui se livre, c'est un peu comme un canard qui se confit... soyez prudents...

Hors ligne JigoKu Kokoro

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Re : le sapin belge
« Réponse #9 le: 15 Décembre 2015 à 11:56:26 »
Puisque tu m'y a invité, je suis venu lire cette histoire qui colle très bien avec la période actuelle. ^^

Je retrouve là ton style que j'ai apprécié et qui est employé dans Loin de l'oeil mais (et la taille du texte y est pour quelques choses je pense) l'harmonie est moins présente.

Bon je m'explique  ;D

Première partie :
Les descriptions sont toujours très riches et pleines de joli vocabulaire qui les rendent vivantes mais je pense qu'elles sont un peu "trop". Je dis ça dans le sens où cela devient un peu épuisant pour le lecteur d'enchaîner explication et description à foison sur la première moitié du texte. Je ne serais pas pour les supprimer (peut être alléger parfois) mais pour les disséminer un peu plus entre les phase d'action de l'histoire. Le rythme de lecture est une chose qui pour moi est importante. En cela j'évoque la rythmique (jeu entre vitesse de lecture : rapide en action et lente en description) que va employé le lecteur. En gros c'est comme si tu marchais et que par moment il y a beaucoup de monde. Mieux vaut donner l'impression au lecteur qu'il avance d'un bon rythme même s'il y a des ralentissement plutôt que lui imposer de gros bain de foule massif où il aura du mal à avancer pendant un bon moment.

Je reconnais c'est très imagé  mais bon c'est une vision que je conserve car plus les texte ont un rythme facile et agréable à suivre et plus le nombre de lecteur qui se laisseront tenté sera grand. Pour exemple, je n'ai moi même jamais pu digérer les monstrueuses descriptions de Balzac...
Bref cette première partie fut donc un peu complexe et massive par contre connaissant un peu ces régions, les notions de vie frontalière me parlent bien ^^.

Deuxième partie :
Une fois "mangé" la première partie, quand on arrive aux retours des petites filles, là c'est bien mieux. le rythme est plus soutenu, les description et ajouts sont léger avec parcimonie et c'est très harmonieux. Du coup on prend plaisir à suivre ces deux "petits bonnets" qui traînent leur trop gros sapin. J'ai retrouvé là beaucoup plus de ce que j'avais apprécié dans Loin de l'oeil. Pour un texte court, la fin n'en n'est pas vraiment une je trouve, on reste un peu en suspend avec cette vieille dame. Je n'attendais pas un "happy end" façon repas joyeux autour de la table mais c'est un peu abrupt comme conclusion. A moins bien sûr que n'ai pour projet de continuer. ^^


Voilà mon petit avis sur cette jolie petite  histoire   :)
Ningen soto, bakemono naka....
"L'amour et la haine sont les deux faces d'une même pièce qu'il est bien trop aisé de retourner..." - JK

 


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