[C'est la nuit, en forêt. La pleine lune brille et la brume forme un tapis sur le sol.]
Un personnage sombre et mystérieux entre en scène, vêtu d'une cape noir qui lui cache le visage.
- Allons, allons. Ils vont arriver, ils sont en route, il faut être prêt. Nous n'allons pas accueillir n'importe qui, non ; nous allons accueillir de glorieux personnages. Il ne faut pas tout rater. Allons, où est-ce déjà ? Ah, là, dans ma poche. Une belle petit fiole que nous avons là, oui ; surtout au vu de ce qu'il y a à l'intérieur. Cette sale sorcière en a des bonnes. « Vous êtes le meilleur de votre profession, je m'en remets à vous, et je veux des résultats ! » Elle n'avait qu'à s'occuper de ses affaires elle-même...
[L'homme se tourne vers ceux qui l'observent.]
- Et vous, oui, vous ! C'est vous qui en serez responsables ! Je vais verser le contenu de cette fiole dans deux verres, mais c'est vous qui déciderez, oui, vous !
[L'homme s'enroule dans sa cape, fait demi-tour et quitte la scène avec un grand rire de méchant]
Melisande Sharizai : Œuvre : Trilogie Kushiel, de Jacqueline Carey
Description :
Melisande Sharizai est membre d’une vieille famille du Kushet, duché occidental de Terre d’Ange. Son lignage remonte jusqu’à Kushiel — le dieu de la douleur et des châtiments, auquel est aussi liée Phèdre. Melisande devient l’ennemie de Phèdre, même si une étrange relation les unit, faite d’attirance et de dégoût.
Melisande est une très belle femme, même selon les canons d’Angelins. Comploteuse, elle a pour projet de devenir calife à la place du calife, ou en l’occurrence simplement reine de Terre d’Ange. Pour cela, elle n’hésite pas à s’associer aux ennemis de son pays.
Extraits :
Je sentis une main se poser sur ma nuque.
— Phèdre.
Je reconnus sa voix ; un frisson de feu glacé descendit le long de ma colonne vertébrale. Je levai les yeux vers le visage de Melisande Sharizai qui me souriait.
— Pourquoi es-tu seule ? demanda-t-elle. Tu ne dédaignes pas mon hospitalité tout de même ?
Je me relevai bien vite, lissant le tissu de ma robe.
— Non, ma dame.
— Bien ! (Elle se tenait devant moi, si proche que je sentais la chaleur de son corps. Dans l’obscurité, je ne distinguai pas le bleu de ses yeux, mais je voyais le mouvement langoureux de ses cils.) Sais-tu ce que l’on dit dans le Kusheth au sujet des servants de Kushiel qui commettent un péché ? (Du bout de son index, elle me caressait la lèvre inférieure. Je secouai la tête, totalement fascinée de la sentir si près.) On dit qu’ils refusent toute possibilité de se repentir qu’on pourrait leur offrir, uniquement pour l’amour de leur maitre. (De la même main, elle me dénoua les cheveux pour les laisser cascader sur mes épaules.) Je crois que j’ai trouvé le cadeau parfait à offrir au prince Baudoin cette nuit, dit-elle d’un ton tranquille en glissant ses doigts dans mes boucles. Toi.
Resserrant son étreinte d’une main ferme, elle attira mon corps contre le sien pour m’embrasser.
Lorsqu’elle s’éloigna de moi, je haletais désespérément. Mes jambes ne me portaient plus et je tombai assise sur la margelle. Tout mon corps vibrait de ce soudain contact avec le sien. Elle m’avait mordu les lèves ; du bout de la langue, j’explorai la marque, me demandant si elle avait fait couler le sang. Melisande rit ; son rire coulait comme une source sous la lumière de la lune.
(…)
— Messire, Melisande Shahrizai est votre amie. Avez-vous si peu confiance en elle, au point de penser qu’elle pourrait me trahir ?
Et dire qu’un jour j’ai posé pareille question.
Il se pencha en avant, posa le coude sur un genou, puis son menton au creux de sa main. Les lueurs de la lampe montraient les fils d’argents dans ses cheveux auburn.
— Melisande joue un jeu subtil et j’en ignore la nature. S’il arrivait que nos intérêts particuliers se croisent un jour, je ne compterais pas sur notre amitié pour me protéger. Melisande sait trop bien jusqu’où je serai capable d’aller pour… (Il se reprit et se tut, agitant doucement la tête.) Peu importe. En tout cas, Phèdre, entends-moi bien lorsque je te recommande la discrétion.
— A-t-elle été votre maîtresse ?
Parfois, lorsque quelqu’un refuse de céder du terrain sur un front, il se montre moins déterminé ailleurs. Delaunay m’avait appris cela un jour ; j’utilisai cette stratégie sur lui.
— Il y a bien longtemps, répondit-il avec un sourire. (Cela n’avait guère dû compter alors, s’il en parlait maintenant avec autant de légèreté.) Nous nous entendons sur bien des points, mais pas sur celui-ci ; à moins que nous soyons trop bien assortis. En amour, si aucun des deux ne cède un peu, cela n’est pas agréable aux yeux de Naamah. (Delaunay haussa les épaules et se remit debout.) Quoi qu’il en soit, je crois qu’aucun d’entre nous n’a laissé beaucoup de regrets à l’autre, ajouta-t-il.
Fiche par Loïc
Solal :Œuvre :Belle du Seigneur, d'Albert Cohen.
Description :Solal est un jeune homme insupportable. Il est beau, cynique et manipulateur. Il est plein de vie et de jeunesse. Il réussit sa vie professionnelle, et pas qu’à moitié puisqu’il est sous-secrétaire général à la Société des Nations. Quant à ses amours, c’est un peu l’objet du roman. Il passe d’un Don Juan sûr de lui à un amoureux passionné et dominateur. Sa belle, c’est Ariane. Exalté, vif, insatisfait, il déteste voir les femmes soupeser ses avantages physiques, "sa viande", il veut être aimé pour son esprit.
Extrait :Et pourtant il n'y a rien de plus grand que le saint mariage, alliance de deux humains unis non pas par la passion qui est rut et manège de bêtes et toujours éphémère, mais par la tendresse, reflet de Dieu. Oui alliance de deux malheureux promis à la maladie et à la mort, qui veulent la douceur de vieillir ensemble et deviennent le seul parent l'un de l'autre.
[...]
En vérité, en vérité, je vous le dis l'épouse qui presse le furoncle du mari pour en faire tendrement sortir le pus, c'est autrement plus grave et plus beau que les coups de reins et sauts de carpe de la Karénine.
Fiche par Zacharielle
Les anthropopithèques :Oeuvre : L'homme qui savait la langue des serpents, d'Andrus Kivirähk.
Description :Pirre et Raak sont les deux derniers représentant de leur race en Estonie. Ils sont un brin conservateurs de l'ancien temps (surtout au moment ou le pays est en voie d'évangélisation par les chevaliers teutons), très proches de la nature, les autres habitants de la forêt les considères comme des sauvages. Leurs corps entièrement velus et leur refus de porter des vêtements, doublé de leur élevage de poux géantes domestiques aidant. Mais ils forment un couple absolument adorable,gentils et compréhensif en toute occasion, ils sont très vieux et n'ayant jamais pu avoir d'enfant, il considère leur poux le plus gros (de la taille d'un chien) comme leur enfant. Tel poux tels maitres, lui aussi est affectueux, et Leemet aime aider le vieux couple à promener leur poux toutes les semaines, ou simplement discuter avec eux qui ont une grande connaissance du monde (sauf pour la nourriture, peu ragoutante...).
Extrait : Mais ce qui m'attirait le plus, ces derniers temps, c'étaient les anthropopithèques, à cause des poux.
C'étaient leurs animaux favoris. Ils en élevaient. Comme ils n'avaient pas eu d'enfants, ils reportaient sur eux toute leur attention et leur tendresse. [...] Certains étaient des poux ordinaires, tout gris, mais d'autres étaient de la taille d'une grenouille : Pirre et Rääk les avaient obtenus grâce à une alimentation spéciale et à leurs dons d'éleveurs. Parfois ils les prenaient sur leurs genoux et les caressaient de leurs mains velues."
***
Il y avait encore Pirre et Rääk, les anthropopithèques, sauf qu’ils ne vivaient plus dans leur vieille caverne : Ils avaient déménagé en haut d’un arbre. Dans leur soif d’antiquité, ils en étaient arrivés à un point où même habiter dans une grotte leur semblait d’une absurde modernité. Ils voulaient remonter le temps autant que possible, car ils croyaient que toute vérité est ancestrale ; ils tenaient l’ensemble de l’évolution de l’humanité depuis l’aube des temps pour un long dérapage qui la menait tout droit au marécage.
Fiche par Ben G
Armand Reynal de Maupertuis :Œuvre : De cape et de crocs, d'Alain Ayroles
Description :Armand est un renard ; oui, mais c'est avant tout un gentilhomme. Il a le goût de l'aventure et ne résiste jamais à l'appel de la bataille, dans lesquelles il se jette avec enthousiasme – on peut alors l'entendre rugir le vieux cri de guerre de sa famille, « Maupertuis ose et rit ! ». Alors le jour où il trouve un coffret – et dans ce coffret un écrin, dans l'écrin une bouteille, et dans la bouteille... une carte – Armand n'hésite pas à se lancer sur les mers et sur les routes en compagnie de son vieux frère d'armes Don Lope l'andalou.
Mais si les duels au fleuret le passionnent, il en va de même pour les duels de rimes : c'est un poète qui n'hésite pas à déclamer alors même qui est en plein milieu d'un assaut – qu'il soit guerrier ou amoureux ! Car la belle Séléné habite son cœur, et gare à celui qui se mettrait en travers de leur amour. Il aurait alors à tâter de sa lame – et de ses vers.
Cela lui vaut parfois quelques moqueries de la part de Don Lope, mais au fond ce n'est qu'une gentille manière de montrer leur amitié profonde. Et il n'est jamais trop tard pour se réconcilier autour d'une bonne poularde cuite à la façon Maupertuis.
Extrait :Alors qu'Armand et Don Lope sont prisonniers d'une galère, une attaque de corsaires maures constitue l'occasion idéale de lancer une mutinerie. Don Lope et Armand se jettent dans la bataille.
DON LOPE : ¡Carne y sangre !
ARMAND : Maupertuis ose et rit !
DON LOPE : « Maupertuis ose et rit ? » C'est grotesque.
ARMAND : Cette devise, Monsieur, glapie par ma famille depuis Azincourt n'a rien de grotesque. A moi, Capitán Mendoza ! Serez-vous aussi courageux face à un renard armé que devant un lapin sans défense ?
MENDOZA : Sais-tu à qui tu as affaire, pitoyable venaison ?
ARMAND : Si fait, Monsieur...
« Au soudard sans vertu qui s'en va recherchant
L'ombre des oriflammes et celle des tyrans.
Loup cruel pour l'agneau, chien soumis pour ses maîtres
Qui ne connaît de loi que la force du reître. »
Je ne vous aime pas et vous êtes laid.
Fiche de Rain