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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Doch genug !

Auteur Sujet: Doch genug !  (Lu 1141 fois)

Hors ligne mythiris

  • Calligraphe
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Doch genug !
« le: 01 Octobre 2015 à 22:19:29 »
J'essaye de me rendre la philo plus agréable. Une première tentative. Que les cœurs fragiles se rassurent : le suspense est encore très soutenable  ;D


-   J’ai mixé ce texte, Madame, parce que je ne voulais pas prendre parti pour un personnage. Le lecteur arrive dans une dispute dont il ne connait pas l’origine. Il ne peut en prévoir l'issue !

Je me redressai et entonnai le chant des naturopathes :

"Philosophie, orpheline de Poésie,
Connais-tu le langage des zozos ?
Philosophie, mère des Sciences,
Te souviens-tu en Béchamp du terrain ?
Trouves-tu candide de le préférer
 au Pasteur des animalcules ? "

-   Ce récit est absurde parce que son auteur est paresseux donc pauvre. A-t-on assez jasé sur l’inégalité et l’accumulation des richesses ? Il n’y a pas matière à passion mais un constat à faire. Je suis riche et belle, d’autres sont pauvres et mouches.
-   Moche, Madame !
-   Mouche moche, moches mouches, ... C’est égal.
-   Par le grand Mamamouchi ! Ce serait égal si l’égalité existait, Madame, la mouchai-je. Si l’égalité existait, l'amochai-je,  votre sujet défrayerait  la presse. Il serait abondamment commenté. Si l’égalité intéressait, dix livres auraient paru pour critiquer le vôtre. Voit-on ailleurs des mystères si réels qu’on les touche du doigt ? Pourtant, votre essai n’a pas suscité de réaction violente, il n’a pas eu le retentissement attendu.  Certains évoquent la médiocrité du style, d’autres penchent pour une conspiration. On aurait étouffé l’affaire... Vous enorgueillissez-vous de partager avec Soljenitsyne la qualité de paranoïaque ?
Tout était bas chez moi. L’âme. Le front. Les coups.
-   On peut avoir des raisons de devenir paranoïaque, Monsieur. L'ironie et  la mystification permettent une double lecture. Ah, je voudrais tant démocratiser la littérature.
-   Démocratiser la littérature ? Mwahahaha, Madame. Et pourquoi par l’art ? La médiocrité du commun vous répugne ! Sur les fausses moustaches de la démagogie suinte la vieille littérature antidémocratique. Mwahahaha.
-   Non Monsieur, le français se nourrit de privilèges mais rêve d’égalité. Ce travail risque de le faire basculer dans une réalité qu’il ne veut pas voir.
-   J’ai pensé que mon récit ferait exception, Madame. (Je faisais profil bas. Mwahahaha)
-   La réalité est assez riche sans qu’il faille inventer des mondes imaginaires. Je n’aime pas la fiction qui pue le réel, qui menace de pourrir le réel. Umberto Eco est un habile auteur, mais ses approximations affadissent son récit. Le Da Vinci Code est grotesque aux yeux des scientifiques. Mais ce conte instille le doute chez le zététicien. Or, le  zététicien doit douter de tout, sauf de la science.

« Doch genug der verkherten theorien ! ”. Edmund Husserl ferma le livre, exaspéré. Des explications alambiquées, des jargons impossibles, un verbiage... Toutes ces philosophies extravagantes n’étaient que des mythes cachant le nom des dieux sous celui de noumènes, d’En-Soi, de Ça ou d’autre chose.  Il fallait en finir avec les doctrines hypersophistiquées. Sa Phénoménologie aurait raison de tout cela.

Elle était apparue  bien naïve au début, sa Phénoménologie, jurant ses grands dieux de ne pas se laisser emporter par la verve. La rhétorique ou les excès de l’analyse ne l'égareraient pas. Elle ne parlerait que d’expérience. La jeune Phénoménologie invitait chacun à constater la réalité.  Simplement était son leitmotiv, sa seule réponse à la spéculation métaphysique. Le réel disait-elle, ne figure pas sur les lignes du temps, les poteaux indicateurs et les cartes qui le décrivent. La conscience est toujours conscience de quelque chose.

Paradoxalement, c’est son humilité qui fondait la prétention de Phénoménologie à être la philosophie véritable. Rien de préconçu chez elle : sa méthode dépendait de son objet d’étude. Elle n’irait pas se hisser  sur les épaules de la métaphysique, oh non! Elle ne serait inféodée à aucune technique, oh non ! Elle se tiendrait en dehors des rapports de pouvoir à la lisière du monde, toute entière enchaînée à sa tâche et merveilleusement libre. Phénoménologie méritait son titre d’excellence. Elle abandonnait les autres philosophies à l’histoire de la discipline. Sa Phénoménologie, Edmund l’avait vécue avant de la décrire mais il ne parvint jamais à l’expliquer. Edmund utilisait les mots plutôt que de s’intéresser à leur sens. Il se méfiait du jargon et de l’interprétation.

Un jour, ce qui devait dériver dériva. Des philosophes voulurent appliquer Phénoménologie à cet objet particulier qu’est le mot. Heidegger s’y employa avec plus ou moins de bonheur, bientôt suivi par Ricœur, Derrida et Morin. On les accusa d’altérer la simplicité de Phénoménologie. D'enfermer l’univers dans la complexité de leur jargon. Ils rendaient la connaissance incommunicable. Au lieu de décrire la réalité, ils l’habillaient des mots qu’ils commentaient ensuite. Un discours philosophique creux allait-il s’emparer de Phénoménologie ? Fallait-il craindre ce que certains appelaient le tournant herméneutique de Phénoménologie ?

Un tournant ? Un détournement, oui ! Dans la tradition herméneutique, dès qu’il y a sens ou intention, il y a déjà orientation vers le mot. L’intention d’un mot est comme l’intention d’un auteur. Elle est toujours interprétée . Pourtant le mot, comme la science, devrait décrire et non pas expliquer. Expliquer jette  un nouveau masque sur la chose. Les choses conserveront toujours leur part de mystère, n’en ajoutons pas ! Une herméneutique de la phénoménologie distrait de l’accès immédiat aux phénomènes. Que le langage serve notre cause. Ne nous laissons pas étourdir par son éloquence.

La phénoménologie invite à retourner aux choses elles-mêmes en déjouant le biais du langage. N’en faisons pas une herméneutique. Nous n’allons pas limiter par les mots un territoire qu’Husserl voulait rendre à tous. Ce tournant herméneutique est une corruption de la démarche phénoménologique. D’ailleurs, il ne portait que sur le langage articulé. Bien sûr, l’ouïe peut trahir, mais le toucher ? La vue ? Tous nos sens coïncident pour décrire le réel.

-   Pourtant, le système nerveux peut être inhibé ou facilité.

-   Qui interrompt mon monologue ? Suis-je plusieurs à parler ? Si les sens conspirent contre moi, mon corps tout entier est complice ! Exiger du verbe qu’il exerce humblement son travail. Qu'il décrive l’action.  Ne pas le laisser penser seul, ne pas laisser la rhétorique diriger la pensée, un mot appelant l’autre suivant nos pathologies. Les associations de mots de la psychanalyse freudienne ne témoignent-elles pas de notre schizophrénie ?

Je ne peux me passer des mots pour parler des phénomènes. Ah, si je pouvais porter un regard phénoménologique sur le langage lui-même. Un tournant phénoménologique de l’herméneutique, voilà ce qu’il me faudrait. Comprendre la vie en amont du langage, à la pointe de la science. Recouper les informations sensorielles pour reconnaître la réalité  à ma portée.
Je suis dans un monde d’apparences, sans doute. Mon point de vue est faillible, mais sachant qu’il y a un risque de se tromper ou d’être trompé, ne devrais-je pas lui accorder une confiance parfaite jusqu’à preuve du contraire  ?

Husserl dit que la phénoménologie ne se trouve pas dans les livres. Je vais le prendre au mot. Ce qui doit faire l’objet d’une mise en lumière phénoménologique, c’est ce qui constitue le sens et le fondement de tout ce qui se montre.

On ne peut manipuler son univers sans se manipuler soi-même. Les scientifiques sont la figure emblématique mais aussi la caricature de l’homme moderne. Ces nouveaux chamanes ne rendent compte que de la lentille déformante qu’ils utilisent pour décrire le monde. Qui peut prétendre à l’objectivité de sa socio-culture ? Chercher dans la lorgnette le miroir qui nous renvoie l’image des acquis socio-culturels que nous reproduisons. Faire rendre gorge à la science.

J'ai compris, je ne suis pas dans la bonne rubrique.
Coin écriture ... Poésie. Ouais, peut-être poésie.



« Modifié: 08 Octobre 2015 à 06:31:27 par mythiris »

Hors ligne Chat-noir

  • Troubadour
  • Messages: 346
  • Grand marionnettiste de vos angoisses enfantines.
Re : Doch genug !
« Réponse #1 le: 04 Octobre 2015 à 11:00:48 »
Bonjour Mythiris,

J'ai apprécié ton texte, mais d'avantage pour la forme que pour le fond. C'est très bien écrit, fluide, avec quelques trouvailles et jeux de langues sympathiques. Bref, j'ai passé un bon moment...
Mais je n'ai rien compris. En fait, comme le sujet qui semble au centre de ton récit est la philosophie, j'ai l'impression qu'il me manque des références dans ce domaine pour saisir le sens tout ça qui, pour moi, ressemble beaucoup à du Ionesco. Et je l'ai lu comme du Ionesco : avec le plaisir de ne pas comprendre. Seulement, je ne sais pas si c'était ton intention. Tu as bel et bien rendu la philo plus agréable, mais pas vraiment plus compréhensible ! ^^

Quoi qu'il en soit, c'était agréable à lire et à découvrir.
Au plaisir de te relire ! :)
" Ceux qui rêvent éveillés ont conscience de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis. " - Edgar Allan Poe

Hors ligne mythiris

  • Calligraphe
  • Messages: 137
Re : Re : Doch genug !
« Réponse #2 le: 06 Octobre 2015 à 07:14:07 »
j'ai l'impression qu'il me manque des références dans ce domaine pour saisir le sens tout ça qui, pour moi, ressemble beaucoup à du Ionesco. Et je l'ai lu comme du Ionesco : avec le plaisir de ne pas comprendre.

J'ai aussi beaucoup de plaisir à lire - et à écrire - ce que je ne comprends pas. La philosophie par exemple. C'est par jeu que je prends parti pour le tournant phénoménologique de l’herméneutique (contre le tournant herméneutique de la phénoménologie). J'ai entamé par un dialogue insolite pour que le lecteur ne  s’inquiète pas de ne pas comprendre  la suite qui viendra aujourd'hui peut-être ou alors demain.

Merci pour ton retour. Je suis content que le texte t'ai plu. :)
« Modifié: 06 Octobre 2015 à 07:16:12 par mythiris »

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Re : Doch genug !
« Réponse #3 le: 06 Octobre 2015 à 07:38:03 »
Citer
J'ai apprécié ton texte, mais d'avantage pour la forme que pour le fond. C'est très bien écrit, fluide, avec quelques trouvailles et jeux de langues sympathiques. Bref, j'ai passé un bon moment...
Mais je n'ai rien compris.
C'est aussi ce que j'ai ressenti ^^

J'attends la suite pour voir où cela nous mènera :)

 


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