Je remonte le courant, j'empoigne encore la vie. La tigresse ne vieillit pas.
Oui, effectivement, je ne me souviens pas de la première version avec exactitude, mais je peux citer cette phrase en exemple :
J'empoigne encore la vie...Elle a un quelque chose d'héroïque en contraste total avec le reste, comme si le geste chirurgical devenait un art grandiose, faisant renaître le phénix de ses cendres, tel un dieu inarrêtable...
Soudainement, tu donnes un nouveau sens à ce texte : il s'agit d'un texte sur l'héroïsme du chirurgien (attention, je suis excessif pour te montrer la voie, pour mimer l'élargissement du propos).
On oublie un instant le jeu entre vulgarité et retenue, on pense simplement au geste médical, comme s'il était soudainement devenu un art à part entière.
"Alors ton texte est en fait un texte sur l'art en général" pourrait penser un lecteur plein d'imagination.
J'empoigne encore la vie ; œuvre infinie qui se déroule devant mes yeux, j'ai accompli l'impossible ! J'ai su vaincre le temps...Et hop ! Tu repars d'un seul coup dans un même geste :
Ah, qu’il a le port triste en tête de cortège, l’hallux qui valgise suivi du drapeau blanc. C’est fini, patiente éviscérée. Avant l’opération, après bien des vingt ans, tu pars les pieds devant. La tigresse ne vieillit pas, elle meurt. Ton sourire élastique avait glissé sur terre, je le garde pour mon book.C'est toute la force de l'ambiguïté : une fois que l'idée principale et sa structure sont mises en place, on ajoute un nouveau sens au texte, comme pour élargir le propos.
Oui, c'est important de mettre en place des codes, comme tu le fais très bien, mais il va falloir parfois leur tordre le cou.

Il s'agit bien de jouer sur la polysémie, mais aussi sur tout un tas de repères que tu avais établis dans le texte et que tu vas soudainement faire disparaître...
Que brûle la Sainte-barbe n'est pas assez inattendu, ça reprend trop les mêmes repères.
Il faut sortir soudainement du contexte, puis y revenir comme cela, comme pour lui donner plus de sens encore.