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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Silly Conne [contenu franchement explicite]

Auteur Sujet: Silly Conne [contenu franchement explicite]  (Lu 1869 fois)

Hors ligne Strych9

  • Tabellion
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Silly Conne [contenu franchement explicite]
« le: 14 Septembre 2015 à 00:00:21 »
AVERTISSEMENT DE MISE EN GARDE POUR FAIRE ATTENTION :
Ce texte est susceptible de heurter la sensibilité des plus jeunes, mais aussi des prostituées, des étudiantes en philosophie, de la communauté asiatique, du corps médical (proctologues inclus), des lesbiennes, des féministes, de toute personne ayant un goût prononcé pour la finesse littéraire et les arguties, sans oublier les concombres.

Pour les anglophones : VIEWER DISCRETION IS ADVISED !


Ce second texte tranche radicalement avec ce que j'ai pu présenter dans la princesse fainéante. Ceux qui ont lu mon conte en conviendront. :D

Bonne lecture.

1

Pas de doute, c’est elle.
Son vrai nom, c’était Yvette, mais dans le métier on l’appelait Minnie à cause de ses deux gros nibards bien ronds qui faisaient penser aux oreilles du personnage de Disney.
J’ai dû la coffrer une bonne vingtaine de fois pour racolage quand je bossais à la mondaine.
À la longue, ça finit par créer des liens.
Elle avait accepté de devenir indic et en échange, je la laissais mener son business en fermant les yeux sur ses méthodes d’hameçonnage.
Je l’aimais bien.
C’est moche de la voir étalée sur le trottoir, le regard jaune et vitreux comme celui d’une morue hépatique sur l’étal d’un Portos. À la place de ses seins, deux trous laissent entrevoir ses alvéoles pulmonaires. Des lambeaux de peau brûlés pendant tout autour des cratères et dégagent une odeur de barbecue mexicain – de ceux qui vous filent la courante pendant trois jours avec obligation de payer les droits de sortie après chaque passage aux waters. Sa jupe est juste assez relevée pour entrevoir un petit pli indécent sur sa culotte soldée.
En examinant le cadavre, le légiste tente de réprimer une érection.
Je demande : « on lui a tiré dessus au fusil à pompe ?
— C’est plutôt elle qui pompait le fusil, glisse élégamment Doug, un collègue de la criminelle en ricanant.
— Ça ne ressemble pas à des impacts de balles, répond le légiste en ignorant le trait d’esprit. C’est plutôt comme si… » Il secoue la tête. « Non, c’est improbable. Je préfère attendre l’autopsie avant de m’avancer.
— Combien tu paries qu’il va la baiser dans la chambre froide », me chuchote Doug à l’oreille.
Ah, Doug ! Toujours les mains dans les poches, mais la langue bien pendue.
Inutile de parier.
Tout le monde sait pour les petits travers du toubib, mais on se garde bien de cafter.
Il vaut mieux avoir les mains propres pour jouer le sycophante et on est peu dans le service à pouvoir encore toucher un mur blanc sans laisser de trace.
Je décide d’interroger Varla, l’amie de trottoir de Minnie. Elle est un peu obèse, mais son visage poupin est plutôt potable. Sur son débardeur, elle a fait imprimer une photo de Johnny Depp, mais sa bouche disparaît entre deux bourrelets et le fait ressembler à un vieillard édenté.
« Salut Varla, sale temps pour les frangines, hein ? »
Elle plisse les yeux et met quelques instants à me reconnaître.
« Eh, McNuggets. Ça faisait une paye.
— Pourquoi tu portes pas tes binocles ? T’as peur que ça t’embellisse ?
— Ferme-la, poulet. Je suis pas d’humeur à me faire chambrer. Minnie, c’était ma pote.
— On m’a dit que t’étais témoin oculaire.
— Non, le bleu qui est venu me voir a mal compris. J’ai rien oculé du tout, mais j’ai ouï.
— Heureux de savoir que t’as joui, mais ça va pas m’aider dans mon enquête.
— Non, j’ai ouï ! J’ai entendu, quoi…
— Ah, et t’as entendu quoi ? »
Elle tire sur son haut pour cacher son nombril et, par la même occasion, redonne à Depp sa gueule de tombeur.
« Elle s’engueulait au téléphone quelques minutes avant que ça se passe et je peux te dire, Ron, qu’elle en connaissait des noms d’oiseaux.
— Tu sais qui était à l’autre bout du fil ?
— Ce serait trop facile, va falloir que tu bosses pour une fois. Mais je serais pas étonnée si c’était Terry.
— C’est qui ça, Terry ?
— Son protecteur.
— Vu la qualité du service, j’espère qu’il lui prenait pas une trop grosse commission… En parlant de grosse commission, t’aurais pas vu un client louche lui tourner autour ces jours-ci ?
— C’est quoi un client louche, Ron ? Le mec BCBG qui demande à se faire marcher sur les couilles une fois à l’abri des regards ou celui qui se pointe directement avec sa queue à la main en la secouant comme une bouteille d’Orangina ? Dans notre boulot, plus rien n’est anormal à la longue. »
Je plonge la main dans la poche intérieure de mon blouson.
« Prends ma carte et n’hésite pas à m’appeler si tu te souviens d’un détail.
— Je l’ai déjà ta carte, poulet. C’est avec elle que je fais mes rails. »

2

En rentrant chez moi, je reconnais le parfum sucré de Candy dans le vestibule.
On n’est pas vraiment ensemble, mais elle a les clés de l’appartement et peut venir quand elle veut.
Ça faisait trois mois que je n’avais plus de nouvelles.
On s’est rencontrés sur le périphérique.
Je roulais un peu vite ce jour-là et ne respectais pas les distances de sécurité. Elle était devant moi, dans sa Fiat panda vert pomme. La suite est toute simple : elle a pilé et je lui ai embouti son tas de boue.
À cette époque, elle avait les cheveux rouge vif comme Franka Potente dans Cours, Lola, cours. Je la trouvais bien roulée, mais elle avait déjà cet air de pétasse intello. C’était exactement le genre à te faire bander comme un ermite devant le cul d’une chèvre et à te laisser avec les couilles bleues pour aller à la rétrospective de Fritz Lang.
« Putain, mais t’étais obligée de freiner comme une conne !
— Et toi de me coller au cul, connard ! »
Voilà peu ou prou la teneur de notre premier échange.
Pour payer ses études de philosophie, il lui arrive de s’exhiber via webcam sur des sites libertins.
En passant devant la porte de ma chambre, je l’entends ordonner : « lèche le sol, sale chien ! »
Que des gens puissent payer pour se faire traiter comme des merdes, ça m’a toujours sidéré. Ils devraient entrer dans la police, ils seraient servis.
Je vais dans la cuisine et ouvre le frigo.
Il est presque vide.
Je prends la seule denrée qui semble à peu près comestible : un concombre. Sa texture est étrange, mes doigts restent collés dessus et il dégage une drôle d’odeur.
« Ah, ben t’es là », fait Candy derrière moi.
Elle a enfilé une de mes chemises bien trop grandes pour elle. On a déjà vingt ans d’écart, mais habillée comme ça, on dirait vraiment une môme.
« Tu sais, Candy, les gens normaux font des salades avec ça…
— Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Je lui mets le concombre sous le nez.
« Ouais, bon, ok. Mais c’est un client qui voulait que…
— Pas avec la bouffe, merde ! En plus, tu remets ça au frigo l’air de rien. L’hygiène, tu connais ?
— Tu parles, il est toujours dégueulasse ton frigidaire. Y a au moins dix ans de recherche pour l’Institut Pasteur là-dedans ! C’est quand la dernière fois que tu l’as lavé ?
— Ne retourne pas la situation ! »
Elle se mord érotiquement les lèvres.
« Hum, c’est toi que j’ai envie de retourner. »

3

Après l’amour, je lui propose d’aller casser la graine à l’extérieur. Elle choisit un petit restaurant chinois à l’angle de la rue : le Pékin Bleuté.
La salle est éclairée avec des lampions traditionnels et des dragons sont dessinés sur les murs – si même les Chinois se caricaturent maintenant…
La clientèle est presque exclusivement asiatique et nous dévisage comme si elle n’avait jamais vu d’Occidentaux.
Un serveur vient à notre rencontre et se penche en avant en guise de salutation. Il a les yeux tellement bridés que, pendant un court instant, je me demande s’ils ne sont pas carrément fermés.
« Vous être bonsoir à Pékin Bleuté. Moi appeler Ping et suivez ma personne pour table. »
Je lâche à Candy : « c’est l’inventeur de google traduction ? »
Elle rit discrètement.
On nous installe à l’écart des autres clients.
Je ne sais pas si on doit le prendre comme un privilège ou une mise au ban.
Ping nous apporte le menu.
Candy opte rapidement pour un plat de nouilles sautées.
Pour ma part, le choix est plus indécis.
« Prends comme moi, c’est super bon, me conseille-t-elle.
— J’ai déjà sauté une nouille tout à l’heure, ça me suffit.
— Toujours aussi classe… »
Un rictus se dessine à la commissure de mes lèvres.
« Eh, tu l’as vu notre petit serveur faire ses allers et retours ?
— Ouais, et ?
— Quand il vient, c’est Ping. Quand il repart, c’est Pong.
— C’est pas un peu raciste comme vanne en plus de ne pas être drôle ? Tu feras moins le malin quand il te couchera avec un mawashi-geri.
— Parce que c’est pas raciste de penser que tous les Chinois font du karaté ? De toute façon, on peut plus rien dire dans ce pays. Y a une sorte de paranoïa collective. On en vient presque à avoir peur de l’ouvrir. C’est peut-être ça qu’ils veulent au pouvoir en imposant leur politiquement correct ; créer un climat d’autocensure pour que le peuple en arrive, finalement, à fermer sa gueule sur tous les sujets. Tiens, l’autre jour j’étais avec Doug dans un café. Je me présente au comptoir et je commande un Petit Noir, sauf que j’avais pas vu le sénégalais à côté de moi. Tout le monde m’a foudroyé du regard comme si j’étais du Ku Klux Klan. C’est pas un peu con, ça ? Je vais te dire ce que je crois. Je pense que toutes ces associations qui montent au créneau au moindre vent un peu trop incommodant pour leurs narines délicates le font pour justifier leurs subventions. C’est leur façon de montrer qu’elles servent à quelque chose, même si c’est pas le cas. Et je te parle même pas des féministes !
— Ah non ! Pas touche aux féministes.
— Entre celles qui n’ont pour seul argument que leurs nibards et celles qui se réjouissent d’avoir fait abroger une loi de Mathusalem sur l’interdiction du port du pantalon, elle est bien défendue la condition féminine !
— C’est symbolique.
— Ouais, ben je suis pas sensible aux symboles.
— Normal, t’es un flic. On peut pas t’en vouloir de penser avec ton petit esprit étriqué de flic.
— Ouais, t’as raison. Faut bien être un putain de philosophe pour trouver un sens aux actions de ces nanas-là. »
Candy se renfrogne.
« Bon allez, on change de sujet. Tu étais où pendant ces trois mois ? »
Plutôt que de détendre l’atmosphère, ma question semble entretenir le malaise.
« J’avais rencontré quelqu’un.
— Ah, cool…
— Ça te fait rien ?
— Qu’est-ce que tu veux que ça me foute ? C’est pas comme si t’étais ma femme.
— Pourquoi tu trembles ?
— Je dois être en hypoglycémie.
— T’as plutôt l’air énervé. »
Elle sourit avec malice.
« Commence pas à t’imaginer des trucs dans ta tête d’intello. Je suis pas énervé, ok ? Bon, il attend le Nouvel An chinois pour venir prendre les commandes, le chinetoque ?
— Tu vois que t’es énervé !
— Non, mais ça va pas tarder si tu insistes à me dire que je lui suis ! »
Elle baisse les yeux.
« C’était nul avec lui, si tu veux savoir.
— Je m’en fous. »
Ping revient vers nous.
« Vous avoir choisi ?
— Oui, ce sera un plat de nouilles sautées pour la demoiselle et pour moi… »
Je tourne les pages sans arriver à trouver un plat qui me fasse envie.
« Vous avez du riz ?
— Ici être restaurant chinois, monsieur. »

4

En pleine nuit, le téléphone sonne.
Candy a voulu que je la ramène chez elle et je me réveille seul, dans mon petit lit minable avec pour seule consolation l’odeur musquée de nos ébats sur les draps délavés.
Je me dis qu’en ignorant l’appel, la personne va bien finir par se lasser et me laisser terminer ma nuit. Mais j’ai affaire à quelqu’un de coriace.
Après un bon quart d’heure, je me décide enfin à répondre.
« McNuggets ? »
Je reconnais immédiatement la voix d’Olly Raydor, ma supérieure. On la chambre souvent en lui demandant si « Ray dort au lit » bien qu’elle soit lesbienne.
« Tiens, Olly. Je pensais à vous justement.
— Alors j’espère ne pas vous interrompre en pleine branlette.
— Non, je coulais un bronze.
— Ce qu’il est drôle » Elle éloigne le combiné et répète « il est drôle, hein ? » avant de me prendre : « ramenez votre cul merdeux. On a un autre cadavre sur les bras.

5

En arrivant dans la chambre de la victime, je suis stupéfié par les projections de sang. Il y en a partout, du sol au plafond. Des giclures de toutes les formes et de toutes les tailles dégouttent des murs.
Le cadavre de la jeune femme est à plat ventre sur le lit.
Elle tient encore son téléphone à la main.
Un trou béant dans son dos laisse entrevoir les motifs floraux de la couverture au travers. Le légiste est à califourchon sur elle pour effectuer des prélèvements et en profite pour se frotter discrètement contre ses fesses.
« C’est plus ce que c’était les menstruations », dis-je.
La plaisanterie fait rire grassement les collègues, mais pas Olly qui entre dans la pièce au même moment. Elle porte son habituel tailleur à épaulettes démesurées qui lui donne l’air d’une joueuse de football américain.
« Vous n’avez de respect pour rien, McNuggets.
— J’essaie de détendre l’atmosphère, boss. Je sais pas pour vous, mais voir ça à trois heures du matin alors que je dormais pépère y a encore vingt minutes, ça me retourne l’estomac.
— Je confirme, prenez une pastille de menthe. Vous avez une haleine à décoller le papier peint. »
Je place ma paume devant ma bouche et souffle.
Elle n’a pas tort.
« Farmer, reprend-elle en s’adressant au légiste, quelles sont vos premières constatations ?
— Les lésions sont assez similaires à celles que j’ai pu observer sur le corps de Minnie hier matin. Ça confirme ce que je pensais.
— À savoir ?
— Leurs seins explosent de l’intérieur. »
Tout le monde tombe des nues.
« Comment est-ce possible ?
— Aucune idée, mais les blessures ne laissent aucun doute. On peut constater à l’œil nu des dommages propres à une déflagration interne. Dans les blessures avec du gros calibre, les chairs éclatent vers l’intérieur. Ici, comme vous pouvez le constater, la plaie ressemble plutôt à la bordure d’un chapeau en raphia tressé. » Il lève des yeux rêveurs sur le plafond éclaboussé. « Ça me rappelle mes vacances en Provence. »
Je me tourne vers Olly avec un sourire au coin des lèvres.
« Vous devriez faire gaffe, boss. Avec ce que vous avez dans le soutif, vous avez de quoi faire sauter toute la ville.
— McNuggets, avec ce que vous avez dans le slibard, je ne pense pas que vous soyez en mesure de sauter quoi que ce soit.
— Vous avez la mémoire courte.
— Pas autant que vos attributs. Bon, trêve de plaisanteries et au boulot ! Et bon sang, Farmer, arrêtez de vous frotter au cul de la victime ! »

6

Après enquête, il s’est avéré que les victimes portaient toutes les deux des prothèses mammaires et qu’elles s’étaient adressées au même praticien pour procéder à leur pose. J’ai donc abandonné la piste du souteneur et ai naturellement sollicité un entretien avec le docteur Belmiche. En discutant avec ses collègues, j’ai appris qu’on le surnommait « le Saint des seins » dans la profession et que de nombreuses personnalités – notamment de la télé-réalité – étaient passées sous son bistouri.
Il me reçoit dans son bureau avec un peu de retard ; la parfaite attitude du suspect qui veut se donner l’air serein.
« Asseyez-vous, je vous en prie. Vous voulez quelque chose ? Un café, peut-être ?
— Vous avez du jus d’orange ?
— Bien sûr.
— Alors un jus de goyave. »
Le docteur appuie sur le bouton de l’interphone.
« Ma petite Sandy, apportez un jus de goyave pour monsieur… comment déjà ?
— Inspecteur McNuggets.
— Pour l’inspecteur McNuggets. Ah oui, et mettez une ombrelle. Je suis sûr qu’il appréciera. »
Il se balance sur son fauteuil en affichant un sourire narquois.
« Comment trouvez-vous ma clinique, inspecteur ?
— Bien trop blanche pour ce que vous y faites.
— Vous désapprouvez l’usage de la chirurgie esthétique ?
— Vous êtes chirurgien ? Je vous croyais boucher.
— Qu’est-ce que vous insinuez ? J’ai toujours fait remarquablement mon travail et aucun de mes patients n’a jamais eu à se plaindre.
— Les morts n’en ont plus vraiment les moyens.
— Je n’apprécie pas beaucoup le ton que vous employez. J’ai accepté de vous recevoir par égard envers la police, mais je n’ai pas de temps à perdre.
— Yvette Lafarge et Lisa Pelletier, ça vous évoque quelque chose ?
— Bien sûr. Ce sont les deux femmes retrouvées atrocement mutilées. Je crois avoir lu ça dans le journal.
— C’était aussi deux de vos patientes, docteur. »
Il fait une moue dubitative.
« Oui, peut-être. Et alors ? Vous ne voulez quand même pas que je me souvienne du nom de toutes les personnes que je fais passer sur le billard.
— Pourtant, vous n’avez aucun mal à vous souvenir de deux noms lus dans le journal. Personnellement, quand un nom ne m’évoque rien de particulier, je l’oublie presque immédiatement.
— Qu’est-ce que ça prouve ? »
La secrétaire entre avec mon verre de goyave.
Je dévisage le docteur pour déceler dans ses traits le moindre signe de défaillance.
Elle dépose le gobelet sur le bureau et ressort sans un mot.
« Maintenant que je vous ai rafraîchi la mémoire, vous pourrez certainement m’en dire plus au sujet des deux victimes.
— Lisa Pelletier avait une hypertrophie des petites lèvres de la vulve, si c’est ce qui vous intéresse. Elle m’a demandé de corriger ce défaut en même temps que la pose des prothèses. Voilà pourquoi je me souviens d’elle. J’ai retiré tellement de peau qu’Ed Gein aurait pu s’en faire un manteau.
— Vous vous intéressez aux tueurs en série ? »
Il tape du poing sur la table.
« Assez ! J’en ai assez de ces allégations ! Si je ne suis pas en état d’arrestation, je veux que vous sortiez de mon bureau immédiatement ! Je suis un chirurgien émérite et je n’ai absolument rien à me reprocher ! On a dû vous parler de moi comme du Saint des seins, mais je fais pas que ça, oh non ! On vient me voir pour des tas d’autres choses aussi ! Les gens ont confiance en moi, vous entendez ? Confiance ! Vous savez combien de transsexuels j’ai opérés ? Hein ? Vous le savez ? Vous pensez que ces gens-là viendraient confier leur nouvelle identité à un maniaque ?
— Je ne suis pas là pour savoir qui se fait couper les roustons ou rallonger le chibre, Belmiche ! Vous l’avez dit, vous êtes un chirurgien de renom et je suppose que vos honoraires en témoignent. Alors, expliquez-moi comment une frangine et une modeste ouvrière ont pu s’offrir un séjour dans votre clinique ! »
Touché.
Le docteur blêmit et s’affale dans son fauteuil.
« Je savais que ça me retomberait dessus », puis se parlant à lui-même : « t’es vraiment trop con, Robert.
— Passe à table, toubib. Tu verras que ça ira mieux après. »
Il sort un mouchoir de sa poche et s’éponge le front.
« Vous savez, inspecteur, ma clinique ne se porte pas si bien que ça. Quand je l’ai achetée, le bâtiment était délabré. Je l’ai eu pour une bouchée de pain, mais j’ai dû contracter des crédits pour la rénover. Je me disais que c’était un mal pour un bien et que je rentrerais rapidement dans mes frais quand elle serait opérationnelle. Au début, tout marchait comme sur des roulettes. Je me suis gavé. Ah, ça oui ! Mais plutôt que de me servir de l’argent récolté pour rembourser mes dettes, je passais mon temps libre au casino avec… des escorts girls. C’est pathétique, vous ne trouvez pas ?
— Continuez.
— Je dilapidais mon argent de la plus frivole des manières en me disant que j’aurais bien le temps de les rembourser, ces dettes. Malheureusement, mon affaire a commencé à péricliter après le scandale des prothèses PIP. J’ai alors eu l’idée de créer un forfait à bas prix pour attirer les clients de modeste condition. Il fallait à tout prix que j’élargisse ma clientèle. Bien sûr, les implants étaient de moins bonne qualité que ceux que je posais à mes clients fortunés. C’est justement ce qui justifiait le bas prix. Je me suis fourni auprès de la société CUNY, en Chine. On m’avait prévenu que leurs prothèses étaient dangereuses ; que personne ne savait vraiment ce qu’ils mettaient dedans. Mais je n’ai rien voulu savoir. Quand on vous vend un lot de cent pour le prix d’une baguette, c’est une aubaine en apparence. Le premier patient à qui j’ai installé ces implants était un chippendale. Il voulait des fesses plus bombées pour émoustiller ses clientes. Un mois plus tard, le colosse avait le cul tout noir : nécrose tissulaire. J’ai dû lui retirer les prothèses et le pauvre bougre porte maintenant un postérieur en plastique, un peu comme ceux qu’on trouve dans les magasins de farces et attrapes. J’aurais dû m’arrêter là, je le sais. Mais l’appât du gain était trop grand. Parfois, tout se passait sans accroc. Les patients étaient contents du résultat et ils n’ont, à ma connaissance, dû essuyer aucun problème de santé par la suite. Je jouais à la roulette russe avec mes clients et même si j’en éprouvais des remords, les caisses de la clinique n’avaient jamais été aussi pleines. Puis, il y a eu Yvette et Lisa. Je crois les avoir opérées dans la même journée. CUNY venait de m’envoyer un nouveau modèle d’implant. Quelques semaines après la pose, toutes les deux ont commencé à se plaindre d’une sensation de chaleur dans la poitrine. Je les ai rassurés en leur disant que ça allait passer et que c’était tout à fait normal ; je mentais. Comprenez-moi, si ça se trouve j’allais leur retirer pour rien et la réputation de ma clinique allait en pâtir.
— Qui vous a mis en relation avec CUNY ?
— Un serveur du Pékin Bleuté, Ping. C’est un restaurant à l’angle de…
— Je connais. »
Je bois mon jus de goyave d’une traite et glisse l’ombrelle dans mon veston.

ÉPILOGUE

Autant dire que Belmiche va payer pour tout le monde. La société CUNY n’étant pas directement implantée sur le territoire, il est quasiment impossible de la faire traduire en justice. Quant à Ping Win, le serveur du Pékin Bleuté, rien ne permet de le mettre en examen. Il n’a servi que d’intermédiaire entre CUNY et Belmiche et il n’était même pas au courant que les prothèses étaient dangereuses. En tout cas, ce serait sa ligne de défense.
Farmer a découvert que le gel contenu dans les implants réagissait aux ondes émises par les téléphones portables. Toutes les personnes ayant subi une intervention dans la clinique de Belmiche ont été priées de venir se soumettre à un examen médical approfondi.
La presse a fait ses choux gras avec cette affaire et moi, j’y ai gagné mon insigne de capitaine.
En ce moment, on traque un tueur en série. Ce malade étrangle ses victimes avec un tentacule de poulpe avant de leur enfoncer une photo de Patrick Hernandez dans la gorge. D’après les psychiatres, il chercherait par ce geste à se venger de l’abandon de sa mère toxicomane et zoophile. Un autre collège d’experts pense au contraire que le problème viendrait du père qui, lui, serait alcoolique et membre d’une association de majorettes. Enfin, vous connaissez les psys…
Je vous raconterai peut-être cette histoire, un de ces quatre. Pour le moment, j’ai des témoins à interroger. Un tuyau anonyme m’a rencardé sur un certain Billy Rubin, un poissonnier cirrhotique qui joue au jenga avec des bâtonnets de poisson pané en écoutant « born to be alive » à tout berzingue.
Peut-être le début d’une piste…
« Modifié: 14 Septembre 2015 à 00:04:59 par Strych9 »

Hors ligne Kerena

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 675
  • Schrödinger cat
    • Dans les nuages
Re : Silly Conne [contenu franchement explicite]
« Réponse #1 le: 14 Septembre 2015 à 00:51:59 »
Héhé, bonne lecture rafraîchissante.  :mrgreen:

Je m'attendais à du vulgaire pour du vulgaire, mais globalement, tout a un but dans ce texte. (sauf le légiste nécrophile, qui pour le coup n'apporte rien  :/ )

En fait, je n'ai pas grand chose à dire, sinon que j'ai bien rigolé. Oh, c'est pas un texte novateur, non, mais il remplit bien son rôle. Par exemple, ben les vannes que les personnages se balancent, la plupart je ne les avais pas lues ni entendues, donc derrière y'a quand même un travail.

Merci aussi pour la référence au Lotus Bleu (enfin, moi je le prends comme une référence).

Donc oui, "explicite", clairement, mais pas trash pour autant, ni vulgaire.

Merci pour ce texte !
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


Hors ligne Strych9

  • Tabellion
  • Messages: 31
Re : Silly Conne [contenu franchement explicite]
« Réponse #2 le: 14 Septembre 2015 à 08:51:26 »
Merci pour ton retour, Kerena.

Disons que j'essaie toujours de ne pas être vulgaire inutilement et de mettre la grossièreté au service de la vanne. :D

Je suis heureux que tu goûtes mon humour. ^^




Hors ligne Chouc

  • Palimpseste Astral
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  • Chourlotte Brontë
Re : Silly Conne [contenu franchement explicite]
« Réponse #3 le: 14 Septembre 2015 à 14:17:41 »
J'ai eu l'impression de regarder une vieille épisode d'une série policière dont le nom m'échappe, mais en mieux.  :P
L'épilogue m'a tué de rire, merci !
Tel esprit qui croyait se pendre.

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Re : Silly Conne [contenu franchement explicite]
« Réponse #4 le: 14 Septembre 2015 à 18:12:51 »
Re,

C'était marrant, bonne ambiance, humour glauque. Bref en gros, j'ai bien aimé. Mais j'ai des réserves concernant quelques moments clés de l'histoire. Par exemple, en admettant que ce genre de produits soient si facilement commercialisables (mais c'est une histoire, rien n'interdit de forcer un peu la réalité hein, ce n'est absolument pas ce qui me dérange), je me demande comment les experts ont su que c'était précisément ce chirurgien qui avait réalisé ces implants ; il devait pas rester grand chose je veux dire. Encore une fois oui, on peut jouer le jeu, mais bon en tant que lecteur cette facilité inexpliquée m'a gênée. Et pareil pour les aveux, un véritable jeu d'enfant. Si au moins ça avait été cohérent en plus d'être facile, j'aurais pu comprendre, mais là, clairement, je n'arrive plus à jouer le jeu. J'avoue que c'est assez subjectif tout ça, mais voilà perso c'est le genre de petits détails qui me font tiquer.
Puis encore une autre remarque ultra-personnelle : j'aime bien quand il y a une impression qui reste après la lecture, un message, une morale, quelque chose ; or ici, nous avons une histoire qui se consomme instantanément, qu'on lit pour le simple plaisir. Ton autre texte, celui de la princesse, m'a laissé une impression plus durable.
Mais je tiens à préciser que, même si tu as pu croire le contraire au vu de mes remarques, j'ai pris beaucoup de plaisir à te lire ! Tu as un style qui ne laisse pas facilement indifférent, et j'ai très envie de lire d'autres textes de toi, même si j'y retrouve ce qui m'a dérangé ici.

Bye !
« Modifié: 14 Septembre 2015 à 18:15:24 par extasy »

Hors ligne Strych9

  • Tabellion
  • Messages: 31
Re : Re : Silly Conne [contenu franchement explicite]
« Réponse #5 le: 14 Septembre 2015 à 21:08:20 »
Merci Choucroute. :)

Pour te répondre extasy, je trouve la fin bien trop précipitée, mais je n’avais pas le choix. J’ai écrit cette nouvelle pour participer à un concours et le règlement imposait une limite stricte de 5000 mots. Au milieu de l’entretien entre McNuggets et Belmiche, j’avais déjà dépassé mon quota. J’ai dû passer à la trappe un pan entier (Candy se lançait dans une tirade philosophique en faisant une analogie entre les difficultés qu’a McNuggets à manger avec des baguettes et les vicissitudes de l’existence :D) pour pouvoir caser les aveux.

Sans cette limite très contraignante, crois bien que j’aurais pris le temps d’expliquer comment les experts ont réussi à remonter jusqu’à Belmiche. Je suis très tatillon en règle générale. J’aime que tous les éléments collent parfaitement et désamorcer toutes les interrogations que le lecteur pourrait avoir.

Pour finir, cette nouvelle n’a pas pour vocation de délivrer un quelconque message. Je l’ai écrite pour le seul et unique plaisir de débiter des obscénités et décrocher aussi quelques sourires. ^^

Demain, je mettrai un autre texte en ligne. Si tu aimes qu’il y ait une moralité, tu y trouveras certainement ton compte. 

Merci pour ton retour, quoi qu'il en soit. :)
« Modifié: 14 Septembre 2015 à 21:11:22 par Strych9 »

 


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