Le défi est de Rain, et vous pourrez aller le voir dans la section des Défis.
Je l'ai écrite en une soirée, alors que j'avais un peu le cafard. Ça se voit.
_________________________________________________________________
Tourne, tourne la manivelle de la petite boîte à musique.
Je me souviens, c’était un cadeau de papa, avant qu’il ne parte de la maison. Au début, maman l’aimait bien, mais au fil du temps et, je ne le compris que plus tard, des pensions alimentaires en retard, elle commença à crier et à pleurer quand la petite mélodie résonnait dans l’appartement. J’avais 6 ans, et je ne comprenais pas.
Je grandis, voyant mon père une semaine pendant les vacances, et quel fut le choc d’apprendre qu’il allait se remarier avec une autre dame, une jeune femme brune, au teint foncé et aux sourires radieux. Je venais de fêter mes 9 ans.
A la maison, ça n’allait pas très bien : maman revenait souvent avec un homme, le soir. Ils restaient ensemble parfois une semaine, jamais plus et puis l’homme repartait, laissant maman en pleurs. Et pour échapper au désespoir, elle se noyait dans l’alcool. Lorsqu’elle était ivre, il suffisait que je croise son regard pour qu’elle se mette à hurler. Dans ce cas-là, j’allais m’enfermer dans ma chambre et j’actionnais la boîte à musique, mais cachée sous ma couette, pour étouffer le bruit, sinon, maman entrait en furie et me frappait aussi fort qu’elle le pouvait. Mes 13 ans passèrent sans fête d’anniversaire.
J’étais entrée au lycée, j’en étais très fière. Je suis sûre que maman aussi, mais elle n’arrivait plus à parler correctement, dans l’état d’ivresse où elle était. Je travaillais comme serveuse dans un café pour subvenir à nos besoins, puisque maman avait perdu son boulot. Je n’avais pas d’amies, tout le monde savait que ma mère était une ivrogne. 16 ans.
A 19 ans, je décrochai une place dans une fac, et j’obtins une bourse d’études. Ma mère avait été placée dans un centre de désintoxication. Je ne voyais plus mon père depuis qu’il avait déménagé sans laisser d’adresse. Je m’enfonçai dans les études pour ne pas penser au présent, et seule la petite mélodie de mon enfance arrivait à faire se tarir mes larmes.
Je décrochai mon premier vrai emploi à 22 ans, comme aide dans une bibliothèque. Ce n’était pas très bien payé, les horaires étaient contraignants, mais j’aimais les salles couvertes de livres, le toucher des douces pages sous mes doigts, l’odeur du savoir. J’étais relativement heureuse, mais au fond de moi, le monde était terne, triste.
25 ans : j’avais perdu mon poste car je n’avais pas répondu aux avances d’un supérieur. J’allais m’installer chez une tante éloignée, qui, je le savais bien, éprouvait seulement de la pitié pour moi. Je faisais les petites annonces pour espérer améliorer ma situation. Chaque jour était plus douloureux que le précédent et la boîte à musique était devenu mon seul lien avec le monde réel.
Pour mes 28 ans, rien, le néant. Ma mère s’était enfuie du centre et avait été écrasée par un poids lourd. Ma tante menaçait de me mettre dehors. La boîte à musique s’était cassée, tout bêtement, en tombant sur le carrelage. La vie devint insupportable. Un soir, tard, alors que tout le monde dormait, j’allai dans la salle de bain, verrouillait la porte et fis glisser une lame sur mon poignet. Encore et encore. Je tombai.
Dans ma tête ; la musique résonnait …