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28 janvier 2023 à 02:22:45
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [Recueil II] Azure

Auteur Sujet: [Recueil II] Azure  (Lu 6842 fois)

Hors ligne Rain

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[Recueil II] Azure
« le: 27 janvier 2009 à 23:25:26 »
Bon, autant vous prévenir, c'est pas du haut vol. Probablement beaucoup de tournures maladroites. La fin est peut être assez abrupte. En tout cas, ce qui est sûr c'est que je le retravaillerai à tête reposée.

Le défi de Vera était : un texte dans lequel le personnage principal n'aime pas la pluie. Ca donne ça. La fin surtout est écrite à la va-vite. Vos commentaires me seront assez utiles pour l'améliorer.

Bref. Le texte.

EDIT : j'ai apporté deux trois modifs, mais y'a encore quelques répétitions un peu lourdes. Je reprendrai tous ça dans la soirée.

V3 RELUE, APPROUVEE ET BONNE A PUBLIER

_________________________

Azure



« On revient, ma chérie. A tout de suite. »

Maman et Papa étaient partis depuis un moment, à présent, sur ces dernières paroles. Azure, assise dans un coin sombre, n’avait pas quitté la sortie des yeux. Un coup de tonnerre retentit, et la petite fille sursauta. Elle avait peur de l’orage. Au bout d’un moment, la pluie commença à tomber, et la petite fille se recroquevilla, la tête entre les genoux. Au loin, de temps en temps, elle entendait le grondement sourd d’un effondrement.
Tout près de l’enfant, un morceau de plafond tomba, puis explosa en mille morceaux de verre, laissant l’averse pénétrer le bâtiment. Azure sursauta de nouveau, plus violemment, et quelques sanglots la secouèrent. Elle détestait la foudre, bien sûr, mais pas autant que la pluie. Fourbe et vicieuse, elle pouvait se glisser dans les moindres recoins. Elle vous brûlait la peau et vous gelait les os, détruisait tout sur son passage. Quand il pleuvait, on n’était jamais vraiment à l’abri.
Elle resta repliée sur elle-même longtemps après que la pluie se fut arrêtée. Lorsqu’elle releva la tête, il faisait légèrement plus clair. Elle regarda autour d’elle, constata les dégâts que l’eau avait faits. Ici et là, dans les murs de verre, des trous étaient apparus. Le mobilier austère de la pièce était en miettes. Azure se releva et s’approcha du seuil de la Tour. Ses parents n’étaient toujours pas revenus. Elle les attendit un long moment. Le jour tomba, la nuit s’éleva, s’étira, se retira enfin, laissant place à la lueur grise et morne de l'aube. Alors, la petite fille sortit.

« Il faut changer d’endroit souvent, avait dit Maman. Quand une personne comme nous arrive dans une Tour, le lierre qui la protège s’en va, et la pluie peut la détruire. Alors tu dois partir, et trouver un abri où le lierre pousse encore. »

Tout autour d’Azure, à perte de vue, des Tours de verre. Certaines, rares, encore debout. La plupart effondrées ou couchées sur le sol. Mais nulle trace de lierre. Alors, au hasard, Azure se mit en route, hagarde. Rapidement, la faim et la soif se firent sentir. Maman et Papa étaient partis chercher de quoi manger, mais ils n’étaient pas revenus. Sans doute surpris par la pluie. Elle ne les reverrait peut-être jamais. Ses yeux s’embuèrent, quelques larmes roulèrent sur ses joues. Mais elle ne ralentit pas.
Elle sortit sa gourde et but les dernières gouttes qu’il lui restait. Ses pieds nus la brûlaient – il y avait encore un peu d’eau de pluie, par endroits. Elle marcha ainsi une heure durant. Elle tremblait de peur à l’idée que l’averse ne reprenne. Enfin, elle aperçut, plus loin, un bâtiment couvert de verdure. Elle pressa le pas, commença à courir. Trébucha. Elle resta un moment à plat ventre. Par chance, c’était une surface sèche. Elle roula sur le dos,  tenta de se relever, mais ses jambes ne voulaient plus bouger. Elle retomba, exténuée, et observa le ciel.
Il était gris. Comme toujours. Foncé par endroits, presque noir ; ailleurs, il rappelait la neige. Parfois, on entrevoyait le soleil, petit disque de lumière pâle. Maman avait dit une fois que le ciel était bleu, avant. D’un bleu profond, où trônait le soleil, majestueux, qu’on ne pouvait pas regarder en face. C’était pour cette raison qu’Azure s’appelait ainsi. La petite fille ferma les yeux, plongeant un instant dans ses pensées, oubliant pour un temps la faim et la soif, la pluie et le chagrin. Elle s’assoupit.
Un petit bruit la réveilla. Encore à moitié endormie, elle ne put l’identifier, mais un second, plus proche, lui permit de savoir ce qu’il se passait. Ploc. La pluie revenait. Elle n’était qu’à quelques mètres de la Tour, elle y arriverait avant le gros du déluge. Elle ouvrit les yeux, juste à temps pour voir la goutte tomber, trop tard pour l’éviter.
Elle hurla.
Haletante, une main sur son œil droit, elle parvint péniblement à se relever elle se dirigea vers la Tour, et entra.
Derrière elle, l’averse reprit de plus belle. Elle avança de trois pas avant de s’écrouler. Elle sombra dans l’inconscience.
*   *   *
« Oh ! Petite. Te revoici parmi les vivants. »

Azure venait d’ouvrir les yeux. La première chose qu’elle ressentit fut la douleur atroce, qui brouillait ses pensées. La seconde fut que quelque chose n’allait pas. Elle passa en revue chaque partie de son corps. Finalement, elle trouva l’origine de son malaise et de la souffrance : son œil droit. Elle y porta la main, et rencontra du tissu.

« Ah, oui. C’était pas joli à voir. J’ai nettoyé l’œil comme j’ai pu, mais j’ai bien peur que tu ne voies plus jamais avec. »

Elle regarda l’homme qui lui parlait. Il avait les cheveux blancs et courts, et une barbe, blanche également. Son visage était marqué par des rides et couvert de cicatrices. D’anciennes brûlures et des plus récentes. Azure n’avait connu que peu de personnes en dehors de ses parents, et parmi elles, Papi, le gentil Papi qui n’était jamais rentré. L’homme ressemblait à Papi. Un voyageur, sûrement, comme elle, Maman, Papa et les autres gens qu’elle avait rencontrés au fil du temps. Maman disait qu’avant, quand elle était petite et que les Tours étaient encore debout, il y avait beaucoup, beaucoup de gens. Mais quand la pluie était arrivée, la plupart étaient morts, seuls les plus chanceux avaient survécu. Maman avait expliqué très tôt ce que « être mort » signifiait.
Puis elle se souvint que Maman et Papa ne reviendraient plus. Elle sanglota bruyamment tandis que le Papi murmurait quelques mots sur un ton apaisant. Lorsqu’elle se fut calmée, il lui proposa de quoi boire et manger. Azure parcourut du regard la pièce où ils se trouvaient. Complètement vide, mis à part un tas de bois qui servirait sans doute à allumer un feu. Puis elle s’aperçut que le lierre était toujours là, n’avait pas bougé. Elle remarqua alors seulement que la pluie continuait de tomber. Mue par un vieux réflexe, la petite fille alla se réfugier dans les bras du vieil homme en tremblant.

« Tu sais, la pluie n’était pas comme ça, avant. Autrefois, ce n’était que de l’eau, qui tombait du ciel. Certains même l’attendaient impatiemment. Mais la folie des hommes a détruit progressivement la terre, et invoqué la fureur du ciel, son amant. C’est pour ça que seuls les hommes, ainsi que leurs créations, la craignent. Les animaux et les plantes n’en ont pas peur. La pluie ne les atteint pas comme nous. »

Une Tour, non loin, s’écroula, et Azure s’agrippa de plus belle au vieil homme.

« Bon. Je vais te raconter une petite histoire, d’accord ? C’était il n’y a pas si longtemps. Un homme et sa petite fille voyageaient de concert, de Tour en Tour, lorsqu’une averse les surprit. L’homme, en deux enjambées, put rejoindre la Tour suivante, mais sa petite fille, qui courait moins vite, n’eut pas cette chance. Elle ne passa jamais le seuil de la Tour de verre, et l’homme s’abandonna au chagrin. Deux jours durant, il ne bougea pas, pas plus qu’il ne cessa de pleurer. Le lierre, qui s’était un peu habitué à sa présence, était revenu et le prit en pitié. Dans un langage bien à lui, il s’enquit du chagrin de l’homme, qui expliqua qu’il ne verrait plus jamais sa petite fille à cause de la pluie. Emu, le lierre décida de l’aider, à une condition : une partie de lui-même accompagnerait l’homme, jugerait sa valeur et son cœur. L’homme ne devait pas commettre l’erreur de ses semblables, à savoir devenir orgueilleux et ambitieux. En échange, le lierre indiqua à l’homme le chemin de la Forêt. La Forêt est une étendue de plantes immenses que l’on appelle arbres, un lieu où la pluie n’atteint jamais le sol. Le lierre ne voulait pas que l’homme souffrît encore de la pluie. »

Dehors, l’averse avait cessé. Azure ne tremblait plus. Dans les bras du vieil homme, il faisait chaud. Elle était bien…

*   *   *

Azure s’éveilla au bruit des rires. Ce n’était pas des gros rires bienveillants, gentiment moqueurs, comme ceux de Papa. Ceux-là avaient quelque chose de… méchant. Lorsqu’elle ouvrit l’œil, elle vit le vieil homme debout, devant elle. Il lui tournait le dos. Derrière lui, d’autres gens. Plus jeunes. Plus nombreux. Qui riaient tous. Azure n’aimait pas la lueur dans leurs yeux. Les jeunes se calmèrent un peu.

« Bon, le vieux, dit l’un, tu nous as bien fait marrer. On te fera pas trop souffrir. Maintenant, aboule la bouffe et la gamine. On lui veut pas de mal. On va juste… s’amuser un peu avec elle. Pas vrai les gars ? »

Les autres s’esclaffèrent. Azure commençait à avoir peur. Elle recula, jusqu’à heurter le mur.

« Hé, regardez, elle s’est réveillée. Approche, petite, on te fera rien.
- En effet, dit le vieil homme. Vous ne la toucherez même pas.
- Le vieux, tes tentatives d’héroïsme commencent à nous gonfler. On est trois, t’es tout seul. Tu comptes faire quoi, au juste ?
- Vous ne devriez pas sous-estimer vos aînés, jeunes gens.
- Hein ? Pour qui il se prend ? Venez, les gars. On va lui montrer… »

Le vieil homme se fit rapidement encercler, et tous les jeunes se jetèrent sur lui. Azure tourna le dos à la scène, se recroquevilla. Elle voulait partir loin d’ici. Elle voulait voir la Forêt dont parlait le vieil homme. Elle voulait ne plus avoir peur de la pluie. Elle voulait que les rires s’arrêtent. Elle voulait ne plus avoir mal à l’œil. Elle voulait revoir Papa et Maman. Elle voulait…
Elle sentit une piqûre sur son bras. Elle leva les yeux. Le lierre l’avait écorchée. Une goutte de sang perla, se déposa sur la plante. Pendant quelques instants, Azure n’entendit plus rien, Pas même les rires atroces. Puis une voix grondante et puissante, douce et frêle, résonna.

Le pacte est scellé. Tu rejoindras la Forêt, tu n’auras plus peur de la pluie, et ces rires cesseront. Ton œil verra de nouveau et tes parents te souriront à nouveau lorsque tu t’endormiras. En échange, tu deviendras ma voix. Ton œil mort sera mien. Tu seras une enfant de la terre et tu répareras les méfaits de tes ancêtres. Je ne te quitterai plus. Je suis le lierre et la fougère, la fleur est l’arbre. Tu es Azure.  Le pacte est scellé.

Puis la voix se tut. Azure sentit quelque chose qui s’enroulait autour de ses jambes, remontait, gagnait le ventre puis le torse, s’étendait aux bras, aux poignets, aux mains, courait jusqu’à son œil droit, sous son bandage. Le lierre la recouvrait. Prise de peur, Azure essaya de l’arracher, en vain. Elle prit conscience que les rires, derrière elle, se rapprochaient. Paniquée, Azure gagna un coin de la pièce et se recroquevilla, ferma l’œil. Des larmes d’effroi ruisselèrent sur ses joues.
Mais les rires se turent. Azure venait de se lever et de retirer son bandage. Elle ne savait pas ce qu’elle faisait. Elle ne se contrôlait plus. Elle n’était qu’une spectatrice prisonnière de son propre corps. Au fond de son esprit, elle sentit la voix du lierre qui s’agitait. Qui l’enveloppait. Même ici, dans l’intimité de son âme.
 Par l’œil d’Azure, le lierre regarda les jeunes, et ce qu’ils y lurent ne leur plut pas. Ils reculèrent ; il avança. Dehors, lentement, goutte à goutte, la pluie reprenait son concert. L’un des jeunes reprit ses esprits.

« Ha ! Pour qui elle se prend, la môme ? »

Et les autres se réveillèrent. Ils entourèrent Azure comme ils avaient entouré le vieil homme. Elle se contenta de les regarder, mais cela ne suffisait plus. Alors, elle tendit les deux mains vers deux des imprudents. Deux lianes de lierre en jaillirent, s’enroulèrent autour des gorges des malheureux. Il y eut un craquement sonore, et ils s’écroulèrent. Le dernier se figea, puis, lorsque Azure reporta son étrange regard sur lui, s’enfuit en courant. Vers l’extérieur. Sous la pluie. Un hurlement parvint aux oreilles de la petite fille. Qui s’écroula.
Des sanglots étouffés emplirent la salle tandis que la petite fille, tremblante, se repliait sur elle-même.

« Maman… » appelait-elle dans un long murmure saccadé…
*   *   *

Elle émergea de sa torpeur au beau milieu de la nuit. Elle ne voyait toujours pas de l’œil droit, mais elle n’avait plus mal. Et surtout, elle venait de revoir le visage de Maman, qui souriait en lui disant d’avancer.
Elle releva la tête. Désorientée, elle observa les alentours, aperçut soudain le vieil homme. Elle se leva et s’approcha de lui. Il était étendu au milieu de la pièce. Lorsqu’elle s’agenouilla près de lui, il ne respirait plus. Ses yeux fixaient le plafond de verre, comme s’ils espéraient apercevoir une silhouette familière dans le ciel. Elle ressentait du chagrin pour lui, pour elle, pour ses parents. Mais elle ne pleurait plus. Papa, Maman, même le Papi, ils étaient morts en essayant de la protéger. Pour lui permettre de vivre. Elle venait de comprendre cela, aidée par une intuition nouvelle. Pour eux, elle survivrait.

« Il faut changer souvent d’endroit… »

Ecoutant la voix de Maman, Azure se leva, chuchota un dernier adieu au Papi, et sortit. L’averse n’avait pas cessé ; mais au lieu des brûlures qu’elle aurait dû ressentir, la petite fille ne rencontra que de froides caresses. La pluie n’était plus son ennemie. Elle reprit son voyage, vers la Forêt, en compagnie du lierre qui la veillait et la guidait.
« Modifié: 16 mars 2011 à 11:18:21 par Rain »
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Hors ligne ernya

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Re : [Défi] Azure
« Réponse #1 le: 28 janvier 2009 à 00:02:31 »

j'aime :)
l'histoire, l'écriture qui est à certains moments très belle, très poétique
c'est toujours cette ambiance de conte, mais de conte pas vraiment pour enfants avec des noirceurs
et puis je sais pas.... il y a quelque chose, de la douceur, des sensations, il y a surtout cette atmosphère de la pluie
bref, vraiment, beau texte

bon, tu permets tout de même que je pinaille un peu, hein? :noange:


Elle détestait la foudre, mais la pluie, c’était le pire.
j'aime pas trop "pire", je trouvais le texte très poétique juste avant et même si c'est ce qu'elle pense, je sais pas, j'aime pas :mrgreen:

Azure se releva et s’approcha de la sortie.

idem pour "sortie"
ça fait un peu trop, "je cherche la porte exit" xD

Alors tu dois bouger,
pareil pour "bouger"

Lorsqu’elle se fut calmée, il lui proposa à boire et à manger.
là, j'aime pas trop la phrase pour le côté banal qu'elle énonce

Azure parcouru du regard la pièce où ils se trouvaient.
parcouruT

lorsqu’une averse les surpris.
surpriT

voilààààà
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Hors ligne Rain

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Re : [Défi] Azure
« Réponse #2 le: 28 janvier 2009 à 12:39:14 »
Alors :


bon, tu permets tout de même que je pinaille un peu, hein? :noange:

Bien sûr, c'est pour ça que je poste mon texte ici ^^



Elle détestait la foudre, mais la pluie, c’était le pire.
j'aime pas trop "pire", je trouvais le texte très poétique juste avant et même si c'est ce qu'elle pense, je sais pas, j'aime pas :mrgreen:

Là, j'arrive pas à trouver de quoi le remplacer... je chercherai plus tard.


Azure se releva et s’approcha de la sortie.

idem pour "sortie"
ça fait un peu trop, "je cherche la porte exit" xD

"du seuil de la Tour" c'est mieux ?


Alors tu dois bouger,
pareil pour "bouger"

"partir" ?


Lorsqu’elle se fut calmée, il lui proposa à boire et à manger.
là, j'aime pas trop la phrase pour le côté banal qu'elle énonce

C'a beau être banal, je suppose qu'il est vital de manger... Comme elle n'a pas de nourriture avec elle, le vieux étant intelligent, il doit la savoir affamée. D'où la proposition. Mais je verrai si je trouve autre chose.
EDIT : bon, j'ai mis "il lui proposa de quoi boire et manger." Ca revient au même, mais la phrase est un poil moins lourde, déjà.


Azure parcouru du regard la pièce où ils se trouvaient.
parcouruT

 :-[

lorsqu’une averse les surpris.
surpriT

 :-[ :-[

voilààààà


Merci ^^
L'aspect conte, je dois t'avouer que ce n'est pas vraiment un effet recherché. C'est juste comme ça que c'est venu.

Bref, merci beaucoup, ça me fait plaisir ^^
« Modifié: 28 janvier 2009 à 12:42:44 par Rain »
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Re : [Défi] Azure
« Réponse #3 le: 28 janvier 2009 à 16:05:14 »
oui, "seuil de la Tour", c'est bien mieux
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Re : [Défi] Azure
« Réponse #4 le: 28 janvier 2009 à 16:21:27 »
J'aime bien aussi.

J'ai lu tout en écoutant la musique de Pluie, du cd de la Horde, et j'ai apprécie. J'ai eu l'impression que le son de la pluie dans le texte faisait écho à celui de la musique, et il me semblait tout à fait réel. L'histoire de la pluie devenue brulante et fourbe à cause des mauvaises actions a l'air d'un scénario à la Miyazaki. C'est très chouette et sympa à lire.

Hors ligne Rain

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Re : [Défi] Azure
« Réponse #5 le: 28 janvier 2009 à 16:32:23 »
Merci Plume ^^
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Verasoie

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Re : [Défi] Azure
« Réponse #6 le: 29 janvier 2009 à 08:17:51 »
Citer
mais ses jambes ne voulait plus bouger.
Ne voulaient
Citer
Elle se contenta de les regarda
Regarder ^^

Défi relevé ! D'ailleurs je suis impressionnée par ce que tu en as tiré :o y'a tout un monde, toute une histoire dans ton texte... Je trouve pas spécialement que la fin soit arrivée brutalement, pour ma part. Bref, j'ai bien aimé^^

Hors ligne Rain

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Re : [Défi] Azure
« Réponse #7 le: 29 janvier 2009 à 11:17:41 »
Fautes corrigées ^^

Faut dire que j'ai eu un excellant sujet pour m'inspirer ^^
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Hors ligne Gros Lo

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Re : [Défi] Azure
« Réponse #8 le: 31 janvier 2009 à 16:03:12 »


Je suis dus avis des autres (je laisse comme ça, mais c'est aberrant. Dus avis...)

J'apprécie beaucoup ce talent de conteur et de créateur de mondes crédibles, cette histoire de pluie, de tours de verre et de lierre, c'est simple mais poétique.

Pour le reste, c'est très fluide, juste relevé ça :

Citer
Elle resta un moment à plat ventre. Par chance, c’était une surface sèche.

je sais pas si la 2ème phrase est utile... en tout cas elle est lourde j'trouve.

Voilà, t'as bien magnifié le défi ! c'est un beau texte à part entière, pour moi.


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Hors ligne Rain

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Re : [Défi] Azure
« Réponse #9 le: 31 janvier 2009 à 16:09:42 »
Dus avis ?  :D

Ah oui, c'est vrai que c'est lourd. Mais si je précise pas, je vois d'ici les réactions "pourquoi elle est pas complètement brûlée ? Elle devrait être morte ! y'a encore de l'eau par terre !". Donc bon, j'vais trouver autre chose, hein. Mais je préfère préciser.

Merci pour le compliment ^^
Perdu

Hors ligne Rain

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Re : [Défi] Azure
« Réponse #10 le: 21 avril 2009 à 21:02:04 »
Je préfère posté en V2, parce que du coup, suite à certaines remarques, j'ai modifié toute la dernière partie avec les jeunes. Donc je suis ouvert aux critiques, parce que du coup, je suis un peu mitigé quant à cette nouvelle version.

Qu'en dites vous ?

EDIT : Quelques corrections mineures ont été faites.

Azure


« Je reviens, ma chérie. A tout de suite. »

Maman était partie depuis un moment, à présent. Azure, assise dans un coin sombre, son manteau serré autour d’elle, n’avait pas quitté la sortie des yeux. Un coup de tonnerre retentit, et la petite fille sursauta. Elle avait peur de l’orage. Au bout d’un moment, la pluie commença à tomber, et elle se recroquevilla, la tête entre les genoux. Au loin, elle entendait parfois le grondement sourd d’un effondrement.
Tout près de l’enfant, un morceau de plafond tomba, puis explosa en mille morceaux de verre, laissant l’averse pénétrer le bâtiment. Azure sursauta de nouveau, plus violemment, et quelques sanglots la secouèrent. Elle détestait la foudre, bien sûr, mais pas autant que la pluie. Fourbe et vicieuse, elle pouvait se glisser dans les moindres recoins. Elle vous brûlait la peau et vous gelait les os, détruisait tout sur son passage. Quand il pleuvait, on n’était jamais vraiment à l’abri.
Elle resta repliée sur elle-même longtemps après que la pluie se fut arrêtée. Lorsqu’elle releva la tête, il faisait plus clair. Une lumière vive et crue perçait les murs meurtris de la Tour, tranchant avec la clarté diffuse qui baignait habituellement l'abri. Le mobilier austère de la pièce était en miettes, ravagé par l'averse qui venait de tomber. Quelques flaques d'eau s'étaient formées, troublées seulement par les gouttes qui tombaient une à une sur le sol. Azure se releva et s’approcha prudemment du seuil de l'immeuble. Pendant un long moment, elle parcourut du regard la désolation qui s’étendait devant elle. Partout où elle posait les yeux, ce n’était que poussière d’un bleu scintillant qui recouvrait tantôt d’une fine couche rues et bâtiments, et tantôt les ensevelissait.
 Un moment, elle espéra voir Maman revenir en courant, à bout de souffle, pour éviter la prochaine averse. Mais elle n’arrivait pas. La petite fille s’assit là, sur le pas de la porte, et attendit. Le jour tomba, la nuit s’éleva, s’étira, se retira enfin, laissant place à la lueur grise et morne de l'aube.

« Il faut souvent changer d’abri, avait dit une fois Maman. Le lierre protège tout ce que les gens ont abandonné. Mais quand on s'installe dans un bâtiment couvert de plantes, elles meurent et se dessèchent au bout de quelques heures. Alors, la pluie peut s'attaquer à la Tour, et tu dois changer d'abri.
- Pourquoi le lierre s'en va ? Ça arrive à chaque fois ?
- A chaque fois, avait répondu Maman. Il faut faire avec. On n’a pas trop le choix. »
Elle avait fait une pause, puis elle avait pris Azure dans ses bras.
« D’ailleurs, si un jour je ne suis plus là et que le lierre est mort, tu devras partir sans moi. Tu me le promets ?
- Non ! Papa est pas rentré, et si tu t'en vas aussi, je serai toute seule. J'ai pas envie de rester sans toi. »
Un  peu surprise d’abord, Maman avait souri devant l’air déterminé de sa fille, lui avait frotté la tête et n’avait rien dit de plus.

*   *   *

La petite fille se réveilla en sursaut. Elle chercha Maman du regard, ne la trouva pas. Quelques larmes roulèrent sur ses joues, puis elle fit ce qu’elle avait à faire, ce qu’elle avait refusé de promettre.
Azure se releva. Au hasard, elle se mit en route, hagarde
Elle déambula un moment dans les rues défoncées, au milieu de souvenirs des temps passés. Ici, une voiture sans ses roues, là un panneau enveloppé de lierre. Tout autour, à perte de vue, des Tours de verre. Certaines, rares, encore debout. La plupart effondrées ou couchées sur le sol. Mais nulle touche de vert sur aucune d’elle. Il n'y avait sur les murs que la crasse bleutée de la poussière et les blessures sombres que laissait la pluie. La fillette n'essayait même pas de rentrer dans les immeubles, elle savait déjà ce qu'elle y trouverait. Les mêmes vestiges inutiles que dans l'abri qu'elle venait de quitter, des cadavres de meubles qui avaient pour tout cercueil une verrière salie, une lumière glauque et le silence.
Rapidement, la faim et la soif se firent sentir. Maman était partie chercher de quoi manger, mais elle n’était pas revenue. Sans doute surprise par la pluie. Elle ne la reverrait peut-être jamais. Ses yeux s’embuèrent à nouveau, mais elle ne ralentit pas. Elle sortit sa gourde et but les dernières gouttes. Ses pieds la brûlaient – la poussière meurtrissait la peau nue. Elle marcha ainsi une heure durant. La fillette tremblait de peur à l’idée que l’averse ne reprenne. Enfin, elle aperçut, plus loin, un bâtiment couvert de verdure. Elle pressa le pas, commença à courir. Trébucha. Elle resta un moment à plat ventre, sur une surface heureusement sèche, puis roula sur le dos, tenta de se relever, mais ses jambes ne voulaient plus bouger. L’enfant retomba, exténuée, et observa le ciel.
Il était gris. Comme toujours. Foncé par endroits, presque noir ; ailleurs, il rappelait la neige. Parfois, on entrevoyait le soleil, petit disque de lumière pâle qui peinait à traverser les nuages. Maman avait dit une fois que le ciel était bleu, avant. D’un bleu profond, toujours changeant, où trônait un soleil majestueux qu’on ne pouvait pas regarder en face. Maman avait admiré ce ciel, et regrettait de ne plus pouvoir le contempler. C'était la raison pour laquelle Azure s'appelait ainsi : sa mère lui disait souvent qu'elle était son nouveau ciel bleu. La petite fille ferma les yeux, plongeant un instant dans ses pensées, oubliant pour un temps la faim et la soif, la pluie et le chagrin. Elle s’assoupit.
Un petit bruit la réveilla. Encore à moitié endormie, elle ne put l’identifier, mais un second, plus proche, lui permit de savoir ce qu’il se passait. Ploc. La pluie revenait. La fillette n’était qu’à quelques mètres de la Tour et l’atteindrait avant le gros du déluge. Elle ouvrit les yeux, juste à temps pour voir la goutte tomber, trop tard pour l’éviter.
Azure hurla.
Haletante, une main sur son œil droit, elle parvint péniblement à se relever, se dirigea vers la Tour, et entra.
Derrière elle, l’averse reprit de plus belle. La jeune fille avança de trois pas avant de s’écrouler, et de sombrer dans l’inconscience.

*   *   *

« Oh ! Petite. Te revoici parmi les vivants. »
Azure venait d’ouvrir les yeux. La première chose qu’elle ressentit fut la douleur atroce qui brouillait ses pensées. La seconde fut que quelque chose n’allait pas. Son oeil. Elle y porta la main, et rencontra du tissu.
« Ah, oui. C’était pas joli à voir. J’ai nettoyé l’œil comme j’ai pu, mais il est possible que tu ne voies plus jamais avec. »
La phrase s’insinua lentement dans son esprit, et la petite fille commença à paniquer. Elle tenta vainement de retirer le bandage, ne parvint qu’à se griffer le visage jusqu’à ce que l'homme qui avait parlé vienne l’arrêter.
« Oh là, du calme, c’est loin d’être sûr, hein, je ne suis pas médecin, non plus. »
Elle le regarda. Il avait les cheveux courts et la barbe blanche. Son visage était marqué par des rides et couvert de cicatrices – d’anciennes brûlures et d'autres plus récentes. Azure n’avait connu que peu de personnes en dehors de ses parents, et parmi elles, Papi, le gentil Papi qui n’était jamais rentré. L’homme ressemblait à Papi. Un voyageur, sûrement, comme elle, Maman, Papa et les autres gens qu’elle avait rencontrés au fil du temps. Maman disait qu’avant, quand elle était petite et que les Tours étaient encore debout, il y avait beaucoup, beaucoup de gens. Mais quand la pluie était arrivée, la plupart étaient morts, seuls les plus chanceux avaient survécu. Maman avait expliqué très tôt ce que « être mort » signifiait.
Elle se souvint alors que Maman ne reviendrait plus non plus, comme Papi et comme Papa. Elle sanglota bruyamment tandis que le Papi murmurait quelques mots sur un ton apaisant.

Lorsqu’elle se fut calmée, il lui proposa de quoi boire et manger. Azure parcourut du regard la pièce où ils se trouvaient. Complètement vide, mis à part un tas de bois qui servirait sans doute à allumer un feu. Puis elle s’aperçut que le lierre était toujours là, n’avait pas bougé. Elle remarqua alors seulement que la pluie continuait de tomber. Mue par un réflexe naturel, la petite fille alla se réfugier dans les bras du vieil homme en tremblant.
« Tu sais, la pluie n’était pas comme ça, avant. Autrefois, ce n’était que de l’eau qui tombait du ciel. Certains même l’attendaient impatiemment. Elle faisait pousser les récoltes qui nous permettaient de survivre, elle nous fournissait l'eau dont nous avions besoin. On a pas mal écrit à son sujet – poèmes, chansons, plein de choses. Et puis un jour les hommes en ont trop fait. Progressivement ils ont tué la terre et le ciel s’est mis en colère. Les pluies acides, c’est un peu sa vengeance. C’est pour ça que seuls les hommes, ainsi que leurs créations, la craignent. Tu sais, ajouta-t-il en voyant qu’elle ne réagissait pas, dans les vieilles mythologies, on raconte que le ciel est l'amant de la terre. Ça ne m'étonne pas qu'il ne puisse pardonner à ceux qui l'ont blessée. Mais dis-toi que ça fait longtemps que ça dure, et qu'un jour, sa rancœur passera. Elle passe toujours.»
Une Tour, non loin, s’écroula, et Azure s’agrippa de plus belle au vieil homme.
« Bon. Je vais te raconter une petite histoire, d’accord ? Oh, ça s’est passé il n’y a pas si longtemps. Un homme et sa petite fille voyageaient de concert, de Tour en Tour - comme toi et tes parents, petite. Seulement, une averse les surprit en cours de route. Ils avaient la chance d'être près d'une tour couverte de plantes, et décidèrent de la rejoindre. En trois enjambées, l'homme parvint à rejoindre le bâtiment : il était sauf. Mais lorsqu'il se retourna, il ne vit nulle part sa petite fille. Il l'attendit des heures et des heures, des jours durant, bien longtemps après que le lierre se soit retiré - bien plus longtemps que jamais aucun homme ne l'avait osé. A chaque nouvelle journée de pluie, il se protégeait comme il le pouvait, et parvenait à survivre, malgré l'état de plus en plus déplorable de la tour. Il ne voulait tout simplement pas quitter ce lieu où il avait perdu sa seule famille. Timidement, au bout de quelques temps, le lierre revint, intrigué par sa présence. Dans un langage bien à lui, il s'enquit de son chagrin. L'homme lui répondit que la pluie lui avait pris sa petite fille, et qu'il ne la verrait plus jamais. Ému, le lierre décida de l'aider, à une condition : l'homme devait accepter de servir d'hôte au lierre, pour qu'il juge ses actions. Et en échange, si l'homme ne devenait pas aussi orgueilleux et irrespectueux que ses ancêtres, il s'engageait à lui indiquer comment rejoindre la forêt, où les arbres le protègeraient de la pluie.
Tu sais ce que c’est, un arbre ? »

Mais l’enfant ne répondit pas. Dehors, l’averse avait cessé. La petite ne tremblait plus. Dans les bras du vieil homme, il faisait chaud. Elle était bien…

*   *   *

Azure s’éveilla au bruit des grondements. Ce n’était pas le grondement de l’orage, le puissant roulement de tonnerre qui faisait trembler la terre. Ceux-là annonçaient un autre genre de désastre. Il résonnait en eux une faim insatiable. L’enfant ouvrit les yeux, leva son regard vers les formes imposantes qui se tenaient près de l’entrée.
Elles étaient trois. Trois sombres silhouettes au museau allongé, aux oreilles en pointe, à la tête entièrement de métal, de même que leurs énormes pattes antérieures qui se terminaient par de monstrueuses griffes. Les créatures étaient grandes et élancées, debout sur leur pattes arrières. Leurs yeux jaunes n'avaient rien de vivant. Ils brillaient dans l’obscurité.
Maman lui avait déjà parlé de ces êtres. Elle les appelait « cyborgs ». Nés de la science des hommes, autrefois voués à la guerre, ils résultaient du croisement hybride d’un loup et d’un ours avec une machine – bien qu’Azure ne sache pas ce qu’était un loup ni même un ours. Depuis l’arrivée de la pluie, ils n’avaient plus aucun but, et la folie les avait pris.
Azure voulut hurler, mais sa voix s’était envolée. Elle voulut s’enfuir, mais ses jambes étaient de plomb. Elle voulut fermer les yeux, mais ses paupières restaient obstinément ouvertes. Et elle vit les cyborgs s’avancer vers elle, un pas après l’autre.
Un claquement métallique résonna dans l’air. La fillette reprit un peu ses esprits, suffisamment pour s’apercevoir que le vieil homme tentait de repousser les monstres à l’aide d’un bâton. Il se plaça entre l’enfant et les créatures, mais se fit rapidement encercler. Azure tourna le dos à la scène, se recroquevilla. Elle voulait partir loin d’ici, voir la Forêt dont parlait le Papi, ne plus avoir peur de la pluie. Ne plus avoir mal à l’œil. Elle voulait revoir Papa et Maman. Elle voulait…
La petite fille sentit une piqûre sur son bras. Elle leva les yeux. Le lierre l’avait écorchée. Une goutte de sang perla, se déposa sur la plante. Pendant quelques instants, Azure n’entendit plus rien. Puis une voix grondante et puissante, douce et frêle, résonna dans sa tête.


Le pacte est scellé. Tu rejoindras la Forêt, tu n’auras plus peur de la pluie. Ton œil ne te fera plus souffrir, et tes parents veilleront sur toi depuis tes rêves et ton sommeil. En échange, tu deviendras ma voix. Ton œil mort sera mien. Tu seras une enfant de la terre et tu soigneras les blessures qui la saignent. Je ne te quitterai plus. Je suis le lierre et la fougère, la fleur et l’arbre. Tu es Azure. Le pacte est scellé.


La voix se tut. Azure sentit quelque chose qui s’enroulait autour de ses jambes, remontait, gagnait le ventre puis le torse, s’étendait aux bras, aux poignets, aux mains, courait jusqu’à son œil droit, sous son bandage. Le lierre la recouvrait. Prise de peur, la fillette essaya de l’arracher, en vain. Elle prit conscience que les grondements, derrière elle, se rapprochaient. Paniquée, l’enfant serra son manteau de plus belle, s’enfonça dans sa capuche, ferma l’œil. Des larmes d’effroi ruisselèrent sur ses joues.
Mais les grognements se turent. Azure venait de se lever et de retirer son bandage. Elle ne savait pas ce qu’elle faisait. Elle ne se contrôlait plus. Elle n’était qu’une spectatrice prisonnière de son propre corps. Au fond de son esprit, elle sentit la voix du lierre qui s’agitait. Qui l’enveloppait. Même ici, dans l’intimité de son âme.
 Par l’œil de la petite fille, le lierre scruta les monstres. Ce qu’ils lurent dans ce regard les mit mal à l'aise. Ils reculèrent ; le lierre avança. Dehors, lentement, goutte à goutte, la pluie reprenait son concert. L’un des êtres reprit ses esprits. Il rugit longuement, d’un hurlement sauvage autrefois adressé à la lune. Et les autres se réveillèrent. Ils entourèrent Azure comme ils avaient entouré le vieillard. Elle se contenta de les observer, mais cela ne suffisait plus. Alors, elle tendit une main vers la créature la plus proche. Des lianes en jaillirent, s’enroulèrent autour de sa gorge. Il y eut un craquement sonore, et la bête s’écroula.
La fillette possédée tourna son étrange regard vers le monstre suivant. Hébété, celui-ci recula de quelques pas avant de s’enfuir en courant. La pluie tombait toujours, dehors ; son cri, étrangement aigu, vrilla les tympans d'Azure. Le dernier cyborg se figea tandis que le lierre portait sur lui son attention.
« Quel est ton nom ? »
L’étrange voix du lierre mêlée à celle fluette d’Azure résonna longtemps dans la Tour. La créature aux yeux jaunes tremblait, à présent. Elle ouvrit la gueule, et répondit.
« Vah-ti-na. »
Elle avait craché ces sons comme si elle n’avait plus l’habitude d’en prononcer. Et sans doute était-ce le cas.
« Vahtina, reprit le lierre comme s’il savourait son emprise sur la créature. Aujourd'hui te sera confiée une tâche. Celle pour laquelle les hommes vous ont conçus, toi et ton peuple, et que vous avez perdue et oubliée à l'arrivée de la pluie. Je veux que tu me protèges de tes semblables. »
L’hybride regarda son compagnon mort, puis inclina la tête de côté, à la manière des loups. Puis comme le lierre attendait, il acquiesça lentement.
Azure sentit le lierre desserrer son étreinte sur son esprit. Elle fit un pas en arrière, nullement rassurée par ce qui venait de se passer, et s’écroula. Bientôt, des sanglots étouffés emplirent la salle tandis que la petite fille, tremblante, se repliait sur elle-même.

« Maman… » appelait-elle dans un long murmure saccadé…

Le monstre s’approcha et s’assit lourdement près d’elle, sans un mot. La fillette, épuisée, ne tarda pas à se rendormir.

*   *   *

Elle émergea de sa torpeur au beau milieu de la nuit. Elle ne voyait toujours pas de l’œil droit, mais elle n’avait plus mal. Et surtout, elle venait de revoir le visage de Maman, qui souriait en lui disant d’avancer.
Elle releva la tête. Désorientée, elle observa les alentours, et son regard tomba sur Vahtina qui l’observait. Elle eut un mouvement de recul et l’étudia un moment avec méfiance. Il était trois fois plus grand et plus large qu’elle, mais ne semblait pas hostile. L’enfant s’approcha à pas lents, toujours sur ses gardes, tourna autour de lui. Elle risqua sa main vers sa fourrure rouge sombre, qu’elle trouva douce et chaude. Comme il ne réagissait pas, elle se colla bientôt tout entière contre son dos. Puis elle refit le tour, tendit les mains vers son museau de métal, froid au toucher. La fillette se demanda un moment ce que cela faisait d’avoir une tête et des mains en acier.
« Dis, est-ce que tu peux sentir le vent sur ton visage ? » ne put-elle s’empêcher de demander. Elle aimait par dessus tout la brise du matin qui chassait les dernières gouttes de pluie. Vahtina ne répondit pas. Elle le serra dans ses bras un moment, toute peur envolée. Finalement, elle s’écarta et détourna son regard pour finir d’observer les lieux.
Azure aperçut soudain le vieil homme. Elle se leva et s’approcha de lui. Il était étendu au milieu de la pièce et ne respirait plus. Ses yeux fixaient le plafond de verre, comme s’ils espéraient apercevoir une silhouette familière dans le ciel. Elle ressentait du chagrin pour lui, pour elle-même, pour ses parents. Mais elle ne pleurait plus. Papa, Maman, même le Papi, ils étaient tous morts en essayant de la protéger. Elle se leva et se retourna vers Vahtina.
« Tu m’apprendrais à survivre seule ? »
Le cyborg grogna un assentiment.
« Maman m’a dit une fois… qu’il fallait souvent changer d’abri. On devrait partir. »
Elle se dirigea vers la porte. Elle s’arrêta un instant, regarda la pluie qui tombait. Elle tendit sa main, et ne ressentit nulle brûlure, nulle morsure, rien que la fraîcheur de quelques gouttes d’eau. Azure sentit le lierre qui remuait contre elle. Même lui la protégeait. Lorsqu’elle donna la main à Vahtina, il grimpa le long de la patte en métal et le couvrit de même.
Alors, main dans la patte, liés par le lierre, Azure et Vahtina reprirent leur route.
« Modifié: 12 mai 2014 à 01:33:38 par Rain »
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Re : [Défi] Azure
« Réponse #11 le: 21 juin 2009 à 22:52:44 »
C'est vraiment un bon/beau texte. J'aime beaucoup ce petit conte, on est rapidement pris dans l'histoire et c'est bien écrit.
Là où c'est peut-être un peu moins bien écrit ça serait le début. En tout cas, moi, je sens vraiment une différence au niveau de l'écriture entre le début et après où c'est beaucoup plus fluide, mieux écrit.

je vais essayer rapidement de te montrer ce qui m'a gêné, pour que ça ne reste pas abstrait, lol

Maman et Papa étaient partis depuis un moment, à présent, sur ces dernières paroles.
un peu haché ou long/lourd
je pense que tu pourrais enlever "sur ces dernières paroles" parce qu'on comprend que c'étaient leurs dernières paroles

Au loin, de temps en temps, elle entendait le grondement sourd d’un effondrement.
niveau sonorités il y a un peu trop de son en "en" (en plus après il y a "enfant")

« Il faut changer d’endroit souvent, avait dit Maman.
rien à faire, cette phrase me gêne, j'aime pas le "souvent"
soit il manque une virgule, soit il manque quelque chose


« Modifié: 21 juin 2009 à 23:00:37 par ernya »
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
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Hors ligne Rain

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Re : [Défi] Azure
« Réponse #12 le: 21 juin 2009 à 23:02:03 »
 :-[ Merci !

Je vais voir ce que je peux faire, pour cette phrase.
Pour le souvent, hum... Si je dis "Il faut souvent changer d'endroits ?" Un peu moins lourd.
Enfin bref, je vais essayer de revoir le début. Mais pas ce soir. Demain, ou en fin de semaine.

Merci beaucoup pour le commentaire ^^

Alors : Au final, j'ai donc enlevé ce que tu m'a dit d'enlever pour la première phrase, c'est vrai que c'est mieux sans.

"Au loin, de temps en temps, elle entendait le grondement sourd d’un effondrement." ==> "Au loin, elle entendait parfois le grondement sourd d’un effondrement." ?

"« Il faut changer d’endroit souvent, avait dit Maman." ==> "Il faut changer souvent d'abri." J'ai d'ailleurs changé la fin aussi, pour éviter la répétition d'abri, ça donne : "« Il faut souvent changer d’abri, avait dit Maman. Quand une personne comme nous arrive dans une Tour, le lierre qui la protège s’en va, et la pluie peut la détruire. Alors tu dois partir, et trouver un bâtiment où le lierre pousse encore. »" ?

Voilà, encore merci ^^
« Modifié: 22 juin 2009 à 21:55:31 par Rain »
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Hors ligne Zacharielle

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Re : [Défi] Azure
« Réponse #13 le: 08 septembre 2010 à 23:15:37 »
Oh, je l'avais raté ! Heureusement qu'il a été cité pour le recueil !
C'est en effet un très beau conte, avec sa musicalité propre, une espèce de... euh, langueur ? qu'on retrouve assez souvent dans tes textes mais qui a pris ici une ampleur assez épatante. J'ai lu que la deuxième version, où je n'ai rien de précis à relever, la narration est super fluide et l'ambiance résonne bien (oui c'est très français ce que je dis). Pour une réponse à un défi, c'est un magnifique travail ! Bravo.

Oui, c'est débile et ça va casser tout mais : pourquoi est-ce que le nom Azure me fait penser à un dragon ? un animal ? plutôt qu'à un être humain ? Pendant un moment je me suis demandé si elle était pas une pauvre bête perdue. Mais en fait ça importe assez peu. Bon !!

Hors ligne Kathya

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Re : [Défi] Azure
« Réponse #14 le: 09 septembre 2010 à 13:25:12 »
Zach' m'a précédée, je n'ai même pas eu à sortir ma pelle  !  :D

Vu le défi je ne m'attendais pas du tout à ça. L'ambiance est vraiment intéressante, même si à partir du moment où on sait le problème avec la pluie, ça m'a rappelé l'univers de Nausicaa avec une "riposte" tacite de la nature contre les pollutions humaines. Dommage, dès qu'apparaît le lierre, il en dit trop d'un coup donc la fin apparaît un peu trop convenue.

Merci pour cette agréable lecture. ^^
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

 


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