Comme le dit Camille, j'ai tout dit.
Ce court texte écrit d'une traite exprime ma pensée du jour. Je ne sais que penser de cet extrait d'élucubration. Je viens vers vous, faussement humble, demander vos avis et critiques qui seront acceptées sans modération.
Bises,
Dispagnac
Tout dit
Qu’est-ce qui n‘a pas encore été dit ? Depuis les premières traces d’écrits, des récits de guerre aux philosophes grecs en passant par les Orientaux ? Qu’est-ce qui n’a pas été évoqué dans la perpétuelle roue de la vie des hommes qui pensent ? L’esprit humain, la philosophie, l’amour, la famille, les relations humaines, la politique, l’argent… Ce besoin compulsif de penser aux actes, de les réfléchir, de les prévoir, d’agir en conséquence. Imiter ce qui a marché quelquefois, qui fait règle, qui fait autorité. Suivre le troupeau, imiter la pensée acceptée du moment. S’y fondre socialement pour être absorbé, en sécurité. Mais rester à l’affût ! Une nouvelle idée ? Une autre manière de voir les choses ? Qui sait, peut-être serai-je celui qui réussira à en tirer le plus de profit ? Car ce qui fait loi dans tout cela est moins la recherche du partage social que celle du contentement de soi, qui, présumons-le, fera le bonheur de tous. Mais enfin, le moi, l’être qui vit et pense, qui croit réfléchir, celui qui se veut original pour être unique dans un saladier de fruits identiques… Qui est-il sauf un égoïste absolu ? C’est là la pensée unique qui prévaut à tout acte de l’humain. Tout altruisme cache une satisfaction de l’égo. L’exercice d’équilibriste qui consiste à faire croire le contraire à l’alter en voulant y croire soi-même n’est qu’illusion. C’est vertigineux ! L’expression même des sentiments n’échappe pas à la règle. Le fantasme religieux du don de soi n’est bâti que sur la récompense à venir. L’état de plénitude du bouddhiste occidental est un fantasme plus intense encore. Acceptons que Bouddha ait réellement existé. Qu’a-t-il fait une fois son chemin spirituel terminé ? Il en a parlé aux autres, a offert son enseignement sous un arbre ! Pourquoi ? Par altruisme ? Pour partager ce sentiment de plénitude totale ? Pourquoi ? S’il avait été si rempli, apaisé de cette plénitude, pourquoi vouloir la diffuser ? Par amour ? De qui ? Uniquement des autres ? Nul ne pourra taire cette constante incontournable de l’amour de soi. C’est un moteur de base, le socle sans lequel rien n’est possible. Pas d’amour de soi, pas de possibilité de don aux autres. Alors… ?
Freud et le moi, le surmoi, le ça. Lacan et sa volonté de jouir et faire jouir. Dans cet ordre précis : jouir et faire jouir. Contrition catholique, ascèse protestante, récompense islamique, unicité juive…
Oui, mais pourquoi ? Pour qui ? Pour le je, les pensées entre nos yeux, notre notion d’importance toute particulière, notre pseudo différence, démarcation sociale cachée sous le poids de l’acceptation de ceux que l’on aime, de ceux dont on veut être respecté.
Bla-bla-bla.
Tout dit.
Même dans les arts. Quelle autre expression que celle d’un message que l’on veut transmettre à l’autre ? Ne fut-ce qu’une trace que l’on espère visible ? Une interprétation que l’on oriente ou bien que l’on garde jalousement pour se gargariser des élucubrations des observateurs qui cherchent, parfois même avec malice, à décoder. Mais les intentions de l’artiste, dissimulées sous des pensées élaborées, tordues, conventionnelles ou non, historiques, influences assumées ou feintes ; ne sont que la satisfaction d’être vu, entendu, lu, reconnu ! Satisfaction de soi. Tout est là. Moi, moi et re-moi. C’est bien de le reconnaître. La notion même d’altruisme n’a aucun sens d’un point de vue ethnologique. Le chef, celui qui a la responsabilité du bien-être commun, en est le parfait exemple visible. Pour le mieux, il n’a pas d’intention moins forte que celle de se trouver sous le regard admiratif ou envié ; c’est encore mieux si c’est envié ; de la masse mise sous sa responsabilité. Machiavel, que l’on prononce du bout des lèvres, expose de la manière la plus honnête cette clarification de la gouvernance. Mettre à plat tous les artifices du bien commun, du sacrifice de soi, du don désintéressé aux autres, pour se concentrer sur les moyens d’assouvir le contentement de soi dans le regard, le respect et même la crainte des admirateurs ou des soumis.
Que reste-t-il à dire alors ? Pas grand-chose. Aller contre tout, contre tous ? Anarchistes, suspicieux paranoïaques du grand complot américain, russe, chinois, juif, capitaliste, de « l’autorité », des extra terrestres…
Ou bien se retrouver seul. Ne faire que les choses pour soi. Limites. Les humains solitaires se détériorent, s’usent plus vite, s’éteignent, tendent à la folie.
Tout a déjà été dit. Que dire de plus ? Ne reste finalement que la vanité. Et ce n’est pas moi qui me soustrairai à cette règle fondamentale : je veux que l’on m’aime ! Je veux aimer ce que je fais, dégagé de toute responsabilité empathique si je suis un sociopathe. Mais c’est la satisfaction d’assouvir ce besoin de plaisir dans l’amour de faire ou de recevoir qui persiste. Moi dans le regard des autres, moi seul avec mes désirs, mais moi avant tout à la fin.
Pourquoi posséder ? Pourquoi et pour qui se lever le matin ? Se faire beau, plaire ou ne pas plaire ? Se dire que l’on se fout du regard des autres, que ceux qui nous aiment, nous aiment pour ce que nous sommes et qu’il est vain de vouloir se contraindre à plaire. Vanité et mensonge. Nous existons dans le regard de l’autre. Nous ne pouvons nous suffire à nous même. Nous sommes la somme des actions qui satisfont nos désirs. Toujours pour soi. En premier.
Alors, quand on a réfléchi cinq minutes à ça, on essaie un peu de fermer sa g…, on cesse d’agiter ses neurones et on apprécie la vision simple de sommets enneigés, allongé dans un pré au cœur de l’été.