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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Aveugles et cruels

Auteur Sujet: Aveugles et cruels  (Lu 1307 fois)

Hors ligne Mésange

  • Tabellion
  • Messages: 45
  • Une plume légère enfante les maux les plus lourds
Aveugles et cruels
« le: 08 Août 2015 à 03:52:00 »
 Ça n'a jamais réussi entre nous. C'est à moi bien plus qu'à toi d'en encourir le blâme. T'aimer convenablement m'est si difficile... Je n'y parviens pas. Je ne saurais t'en expliquer les raisons, elles me sont autant étrangères qu'à toi.  Il y a maintenant longtemps qu'on se connait. On a essayé d'être amis, mais ça a été bien éphémère. Il y a ce truc, ce quelque chose qui fonctionne de travers. Entre nous c'est comme une montre dont l'aiguille tourne à l'envers. Intriguant de tout ton être, tu es surtout étrange. Trop pour moi. Si ton air de guerrier joue en ta faveur, il est aussi ta faiblesse. Tu n'es pas celui que tu prétends être. Par peur du vide qui se tapit dans tes ténèbres, tu te caches derrière un masque que tu as créé de toute pièces. Protégé derrière lui, tu n'es plus qu'un rôle absurde, une idée plus qu'un homme. À force de vouloir être unique, tu finis par évincer celui que tu es véritablement.
 Pourtant qui suis-je donc pour te blâmer, moi qui comme tant d'autres, ne peux plus retirer le loup de mon visage à force de l'avoir trop porté ? J'aurais pu essayer d'entrevoir ton âme, apprendre à percer ta carapace. Mais j'ai été lâche et indigne de ta confiance. J'avais la drôle d'impression que ça n'en valait pas la peine, que cette amitié n'en serait jamais une. Sans chercher à trop y réfléchir, poussée par mon instinct, j'ai préféré prendre la fuite. J'ai mis une distance entre nous. Si tu étais toujours dans ma vie, c'était sans vraiment y être. Pendant de longues années, on ne fit que s'éviter, se croiser sans partager notre route.

 Puis vint un temps où je tombai dans l'errance. Sans amour, sans foyer, sans la moindre estime de ma valeur. J'avais tout quitté, pris mon envol croyant frôler les nuages; et je m'étais écrasée, toute fracassée, le cul dans la boue. La douleur plein la tête, j'apprenais que mon Éden n'était pas, et n'avait jamais été. Si mon bonheur m'attendait dans un endroit qui jamais ne verrais le jour, alors quelle raison de continuer me restait-il? J'avais réalisé un rêve pour comprendre qu'il n'en était pas vraiment un, qu'il n'était rien qu' une pâle copie de lui-même ; le songe n'existait plus, il devenait défi, et moi j'étais convaincue d'être trop faible pour cette aventure là. Je regardais ma sale tronche dans le miroir, ce putain de reflet qui me dégoûtait et qui me faisait profondément mal. Cette image d'une femme qui n'était pas belle, punie sans avoir fait assez de mal pour le mériter. Jetée en pâture à ce triste monde, dans lequel le rôle d'une jeune fille semblait se résumer à être aimée tendrement, mais où personne ne voulait se réduire à aimer quelqu'un de mon espèce. Étais-je condamnée, captive de l'injustice aveugle des hommes ? Serais-je livrée à moi-même jusqu'à ne plus pouvoir supporter la solitude?
 
 Tu es revenu quand même. A 9000 kilomètres de moi, tu n'avais plus rien à perdre. Alors comme dans une bouteille à la mer, tu m'as fait parvenir le message de la dernière chance. Il comportait trois mots ; Trois tout petits mots, qui pourtant, disaient tout. « Tu me manques ». N'est-ce pas étrange, quand on y pense, que quelques lettres puissent, à elles seules, contenir de quoi changer tout un monde ? En les lisant, tout autour de moi devint ridiculement confus. Nous n'étions plus les enfants que nous avions été, qui avaient joué ensemble à l'aube de leur vie.  Alors que te restait-il donc de mon bref passage ? Avais-je encore de la valeur à tes yeux ? Sans rien comprendre, naïve que j'étais, j'ai accepté ton amitié, sans même me douter de ce qu'elle dissimulait . Tu n'as d'ailleurs guère tardé à dévoiler le désir qui brûlait en toi, ce depuis des années, teintée de doute et de tendresse.
 Quatre ans durant, chacun de son côté, on avait mûri : on s'épanouissait tel des bourgeons près à éclore, à mille lieues l'un de l'autre. J'ignorais qu'en secret, un petit brin d'herbe cultivait mon image, qu'il guettait de son champs de fleurs sauvages. Tes confessions m'ont dérouté, flatté, intrigué. Moi je n'osais rêver d'un amour si pur et inconditionnel, et toi tu le portais à mon égard. Tu as su me révéler la beauté qui dormait en moi et que je croyais morte depuis une éternité. J'ai aimé tes mots doux, tes promesses et tes déclarations déguisées. Ils ont chassés la vermine de mes pensées, ils m'ont rappelé que comme pour tout le monde, il y avait quelqu'un, là, dehors, près à m'aimer.

 Et pourtant. Ça ne pouvait pas continuer. Tu devenais trop présent et trop impatient de me revoir. Tu réclamais de plus en plus alors que je commençais tout juste à comprendre que je ne voulais rien te donner. Moi je ne t'avais jamais rien promis, mais toi tu commençais à l'oublier à force d'y croire.
 Alors, violemment, je t'ai jeté la vérité à la figure : je ne pourrais jamais être ton amour, ni même ton amie. Si j'avais écouté la douceur en moi, j'imagine qu'elle m'aurait empêché de briser tes espérances d'un coup d'honnêteté tranchante. Le sacrifice était néanmoins nécessaire. Ce que je ressentais à ton égard, cependant, n'était en rien facile à entendre. Je m'étais laissée bercée par tes paroles, sans te les rendre en retour. Quelle égoïste j'étais! Moi j'avais pris ton amour comme on prendrait une drogue, parce qu'il me rendait le sourire et qu'il me donnait ce que j'avais besoin d'entendre. Je me suis servi de toi ; je me suis appuyée sur ton épaule comme sur une canne pour aller mieux, sans penser à tes espoirs que je maltraitais inutilement. Parce que j'avais besoin de ces paroles que personne ne m'avait jamais dites, et que toi, tu avais tenu à me confier. Parce que personne ne m'a aimé autant que tu m'as aimée.

 J'aurais voulu te restituer la chaleur dont tu m'as fait don. J'aurais voulu te faire le bien que tu m'as fait ; combler ce vide qui te torturait, et qui te tourmente encore aujourd'hui. J'aurais voulu que tu sois celui que je cherche. Mais mon cœur n'obéis  à rien d'autre qu'à ses propres règles, où l'amour ne répond pas au mérite. Rien ne peut le changer. Je ne réussis pas à sentir ma poitrine battre plus fort pour toi ; je n'arrive pas à avoir envie de croiser le chemin de tes yeux, ni à me prendre d'affection pour tes défauts. Je ne parviens  pas à te trouver beau. Toi qui avais cru à ta chance en te livrant à moi, tu es tombé de haut. Du jour au lendemain, encore une fois, petit homme triste et blessé, je t'envoyais valser.  « Qu'ai-je fais de mal? » se lamentait la voix dans ta tête. Tu n'y es pour rien je crois. Tu n'es simplement pas lui. Tu n'es pas celui vers qui vont mes pensées, celui à qui je pense quand mon lit est baigné de la lumière du petit matin. Tu n'es pas l'être qui me malmène sans même s'en rendre compte, et pour qui il m'est trop difficile d'éprouver du ressentiment. Tu n'es pas l'homme que j'effleure sans oser l'embrasser. Tu n'es pas celui que j'aime.   
 La vie est parfois cruelle, tu ne penses pas ? Elle se rit de nous, pauvres pantins, accrochés de force à ses fils malins. Toi asservi  par mon regard, moi captivé par le sien, j'ignore de qui son cœur est prisonnier. Comme toi, amoureusement et sans haine, j'attends. J'espère qu'un soir, fatigué de te languir, tu te lasseras et reprendras la route ; j'espère que tu trouveras la force que je n'ai pas encore su puiser, pour tourner la page et fermer le livre à jamais.

 Peut-être que demain, quand le temps aura passé et éteint ton cœur brûlant, je te retrouverai. On pourra se balader ensemble dans les rues de Rome, aller ensemble boire un café, profiter du soleil en se racontant les années perdues. On trinquera à nos conneries d'avant, à nos souffrances révolues et aux sourires qui les réchauffent. On rira de la vie, courte et tordue, cruelle, mais belle surtout. On aura enterré la hache de ta passion avec celle de la guerre, et nous serons en paix, enfin libres de recommencer ; Ton amour sera mort, et de ses cendres, peut-être, notre amitié verra le jour.
« Modifié: 08 Août 2015 à 18:58:08 par Mésange »
La connerie humaine n'a d'égal que le manque de neurones des principaux concernés.

Hors ligne voile59

  • Troubadour
  • Messages: 339
Re : Aveugles et cruels
« Réponse #1 le: 08 Août 2015 à 15:46:18 »
bonjour

Je l'ai déjà dit, je n'aime pas voir un texte sans commentaire même négatif. Je suis désolé mais ce texte: non.
Le style est lourd. Tu en fait trop, souvent.
 Je trouve que tu loupes de belles images.

Ça n'a jamais réussi entre nous. C'est un peu de ta faute ; mais c'est aussi beaucoup de la mienne.
Je trouve ça bateau et sans originalité.

 
J'avais tout quitté, j'avais pris mon envol, croyant frôler les nuages, et je m'étais écrasée, toute fracassée, le cul dans la boue. La douleur plein la tête, j'apprenais que mon Éden n'était pas, et n'avait jamais été.
Par exemple, je trouve ce passage mal construit. du coup tu rates une image forte (en rouge) j'aurai écrit:
J'avais tout quitté, j'avais pris mon envol. Croyant frôler les nuages, je m'étais écrasée, fracassée. Le cul dans la boue, la douleur plein la tête. J'apprenais que mon Éden n'était pas.

Tu n'es simplement pas lui. Tu n'es pas celui vers qui vont mes pensées, celui à qui je pense quand mon lit est baigné de la lumière du petit matin. Tu n'es pas l'être qui me malmène sans même s'en rendre compte, et pour qui il m'est trop difficile d'éprouver du ressentiment. Tu n'es pas l'homme que j'effleure sans oser l'embrasser. Tu n'es pas celui que j'aime.
Ca par contre :coeur:

Tu as compris que mon analyse n'a rien de technique.
C'est juste mon ressenti.
« Modifié: 08 Août 2015 à 15:54:44 par voile59 »
Avant de juger l'indien, Chausse ses mocassins

Charlotte Ely

  • Invité
Re : Aveugles et cruels
« Réponse #2 le: 08 Août 2015 à 18:10:06 »
Ce texte est très beau, non pas parce qu'il est bien écrit, formulé, tourné - même s'il est tout ça - mais parce qu'il me parle. Il me parle de choses que je connais, d'émotions et de sentiments ressentis. Ce texte me touche parce que je connais cette façon qu'on les choses d'évoluer, pas toujours dans le.meilleur sens, le reste n'a aucune importance. Je ressens également une certaine..pudeur de l'instant. Pas un étalage de sentiments qui ferait de ce texte quelque chose d'indigeste, seulement une simplicité qui me rapproche du narrateur et qui me touche beaucoup.
Chapeau bas, mademoiselle.

Hors ligne max70

  • Plumelette
  • Messages: 16
Re : Aveugles et cruels
« Réponse #3 le: 08 Août 2015 à 18:54:33 »
Je vais commencer par apporter une petite correction il me semble :

"Alors, violemment, je t'ai jeté la vérité à la figure : je ne pourrais jamais être ton amour, ni même ton amie."

Sinon, c'est un texte qui me parle aussi ; je trouve qu'il résume bien certaines situation amoureuse, malheureusement pour les personnes concernées.

 


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