Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Machine

Auteur Sujet: Machine  (Lu 1042 fois)

Hors ligne Baroquer

  • Tabellion
  • Messages: 27
  • Memento mori
Machine
« le: 06 Août 2015 à 17:38:23 »
Salut à tous, voici le premier texte que j'ai finis, maintenant révisé. Il s'agit d’événement parallèle à ceux décrits dans "Une simple journée" que j'ai déjà publié voici le lien vers le post sur le forum : http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,17820.0.html
Cet autre texte éclaire un peu plus les éléments de l'histoire, et se déroule dans un esprit différent :)

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Tout comme les muscles de mon visage, se libèrent de leur tension, quand fatigué je m’effondre sur un lit ; ma machine sort de son utérus mécanique, s’effondre sur l’eau, s’engouffre pour un instant puis émerge. Un dessin fait de bois et de métaux imparfaitement façonnés. Ils n’ont eu de chance que de tomber dans les mains de mortels, qui a chaque coup de marteau, faisait transparaître leurs pensées, leurs soucis du moment ; des instantanés indéchiffrables aux bruit assourdissant.
Elle flotte, l’eau ne semble point s’aventurer à traverser sa peau, soigneusement couverte d’un vernis que j’ai moi-même conçu. «  L’expérience » dis-je « c’est cela qui nous évitera des accidents inutiles. Si peur on a d’une chose, qu’on la provoque donc mais a moindre échelle ». Ma machine est un pas vers la libération des véhicules maritime, d’un tyran qui sévit autour du globe, sa trajectoire n’est sujette à aucune négociation ; il s’affirme, il décide. On pense les voiles pour l’amadouer, mais ce que je projette est une liberté absolue.
En observant la nature, on y voit toute sorte de mécanismes utiles. L’homme réplique la nature modestement, mais en transcendant le sujet observé, en cherchant son essence ; on ne copie plus mais on comprend, on réplique un concept. Dans ce monde, toute sorte d’objets se déplace d’eux même, sans se résigner à une force extérieure, il semble emmagasiner leur énergie et l’utiliser pour se mouvoir avec une diversité troublante, ma machine fera de même.
Au port, une foule s’amasse curieuse elle épie du regard mon chef-d’œuvre. La mer est calme, doucement glisse sous la coque en petite vagues qui crépitent d’un son infime. L’odeur des algues enivrante, comme un hypnotique ballet d’ombres ; on en reconnait les silhouettes, mais pas le propre des personnages. Mes techniciens s’affairent aux derniers réglages, le charbon est chargé, coupé en fines lamelles condensées. Il brûlera, pour léguer sa précieuse motivation aux particules de vapeur. Comme des intermédiaires ; une matière après l’autre, une pièce après l’autre se légueront leurs énergie, leurs moment, pour enfin brasser cette eau et se faire un chemin.
J’accède à la machine par un câble, je ne me suis, par soucis de poids, pas concentré sur l’aspect confortable de l’organisme. Il doit fonctionner, même sans esthétique. Le charbon commence à brûler comme prévu, un réservoir d’eau sera quasi perpétuellement rempli par de l’eau de mer ; et avec le temps on s’attendra, à ce que cette dernière proteste contre notre innovation, en y laissant son sel. Deux techniciens resterons à bord, car pour le moment on visera une petite promenade d’une centaine de mètres, avant de revenir à notre port, sous l’acclamation du publique admiratif devant notre accomplissement. Bien que je sois la tête pensante, mes techniciens ont fait que ça soit possible, ils ont traduit mes mots.
La mécanique est belle et assourdissante, les petites vagues qui crépitaient jusque-là tout près du corps, s’enflamment, se déforment en chevelures blanches et en reliefs. Mais ça ne bouge pas, car l’inertie première est difficile à battre ; alors une poignée d’hommes nous poussent, nous communiquent leurs énergie. Graduellement, s’entame enfin ce blasphème des vents. On avance de plus en plus rapidement, alors que je tiens sous ma main plusieurs leviers, j’opéré ainsi des gouvernails ; la pression de la vapeur ; alors que le taux de charbon que les flammes avaleront, est manuellement défini par l’un des deux techniciens.
J’entends un raffut, alors qu’on s’éloigne du lieu de naissance, la foule est émerveillé, car nul part ailleurs ni jamais cela n’a été vu. Des mots, des phrases et des hurlements comme tant de bras qui nous poussent encore de l’inertie de l’inaccomplis vers cette réalité. Les techniciens sont excités, mais je ne le suis pas autant. L’odeur des algues me donne plus de joie, que cette accomplissement qui était prévu ; dans mon esprit, c’est comme si, il s’était déjà déroulé et que là était la corvée de le vivre concrètement, une obligation que la nature nous impose. La machine est légèrement imposante en taille, elle coupe sans voile l’eau, qui se referme derrière elle ; tel un enfant qui passerait son doigt pour voir ce que ça ferait.
On est déjà à une bonne centaine de mètres du port, la foule ne s’entend plus, mais elle y est toujours. De petits points sombres, sur une ligne horizontale claire, celle-ci interrompue par de majestueux voiliers. Plus haut, la forêt semble s’être mis debout sur ses orteils, au-dessus de cette montagne fatiguée, étalée d’un bout à l’autre de l’île. Alors qu’on me déclare que le but est atteint, que nous devrions rentrer, je m’y refuse. C’est trop peu, et nous avions assez de charbon et d’inertie pour plus de chemin. Il y a une petite île à quelques kilomètres, presque vierge de toute présence humaine, là où les grands voiliers ne trouvent aucun intérêt, alors que les petits pécheurs ne puissent pas accéder. Je décide de mettre le cap vers cette tâche sur l’horizon, malgré les réticences de mon équipage. Mais ils respectent mon raisonnement, assez pour ne pas y voir une folie.
Tous les paramètres sont stables, comme un œuf que je fais danser parfois dans un bol, il s’obstine à revenir au fond, vers son état de repos. La machine progresse, mes techniciens se relayent pour surveiller ses entrailles ; et moi cheveux au vent, je vois la mer venir vers nous, la tâche s’agrandir. Les remous, je les ignore ; trop de temps passé en mer à aliéner des créatures marines, m’a appris à ne pas tenir compte de ses agitations. C’est calme pourtant, mais nous sommes tellement rapides, qu’on crée nos propres soucis. Personne ne nous voit, on est seul, pendant ces instants. C’est alors que de magnifiques formes, comme sculptées par l’effort des eaux, commencent à nager à nos coté. Elles ondulent de bas en haut, avec une tension se devinant sous leur peau, et frisent la surface de l’eau, pour plonger en l’air quelques fois. 
J’appelle, tout en étant euphorique, mon équipage à venir admirer ça avec moi. C’est ce qu’on fera, on les regarde, on consomme ses images avec des yeux affamés. Il s’agit de quatre dauphins à bec, de belles créatures. Je prends soin de les dessiner sur un carnet d’esquisses, toujours présent sur moi. On s’oublie un instant à les regarder, eux aussi nous regardent. Peut-être même, avec une curiosité pareille à la nôtre. La petite île, n’est qu’à une centaine de métré. Je souris enfin depuis mon réveil, puisque j’ai en cachette, chargé quelques vivres. Elles nous suffiront pour une nuit, qu’on passera, avec les réticences de mes techniciens, sur ce bout de terre isolé.
On a gagné trop de vitesse, j’ordonne alors qu’on rabaisse le taux de charbon. Alors que je diminue la pression de la vapeur, ceci se faisant en altérant l’étranglement de quelques conduits. Tout à coup, je ressens une secousse et je perds de vue les dauphins. Le temps est ralenti, je vois quelques-uns de mes cheveux, vaciller devant moi alors que je me retourne ; plus je me retourne, plus mes yeux se fermaient, éblouis par un halo jaune rougeâtre, tellement beau et tacheté d’un noir profond, qui fleurissait derrière moi. Il fait chaud, et une seconde s’est passé depuis la secousse, je me sens poussé par ce halo, rejeté. Le son paisible du bois qui se résigne à casser, les cris désordonnés d’un humain. Sombre est ce ciel à cette instant. Contraint, sur mon dos, des douleurs se plaignent à moi, m’alarme, me conjure de faire quelque chose ; mais il s’agit de secondes, là où on a plus l’impression d’être spectateur, qu’acteur de nous-mêmes.
Un magnifique halo meurtrier me fait face. Je pense à ce que je devrais penser, mes hommes sont mort peut-être, cela est sûr pour l’un d’eux. Je devrais peut être ressentir quelque chose pour eux, mais personne n’est là pour me juger. Du sel au fond d’un réservoir, était la révolte à laquelle je m’attendais, mais pas un monstre, qui devant moi maintenant ne cesse de s’engraisser. Le feu gagne la machine, le haut n’est pas vernissé. A mesure que la portion où je suis s’incline devant le monstre, je commence à glisser, appelé à une étreinte finale. J’essaie tant bien que mal de m’accrocher, le bois brûle, le métal qui ne brûle pas est trop chaud, mais je m’accroche.
Mon carnet de dessin brûlera ! Mes esquisses de ses dauphins curieux ! Il s’agissait peut-être, d’une espèce non encore décrite, et par mon invention récente, je serais assez riche de notoriété pour que mon observation soit considérée. Ma machine ! Son exploit sera perdu ! J’ai laissé des plans dans ma cabane, quelqu’un s’y intéressera surement. Mais à présent, elle sera associée à un drame, non pas…non pas à ce qu’elle vaut vraiment.
Le temps reflux à nouveau, je glisse vers une tige s’enracinant dans le feu. Fière, elle ne se penche qu’à une dizaine de mètres en altitude ; où un peu de vent là dissipe. Je pourrais m’échapper, m’accrocher, mais la fumée reste trop dense. L’absence de vent, que je chérissais, je là maudis. Je respire cette noirceur, d’abord en colère puis calme, je ferme les yeux. Ma vision sombre devant une opaque et laiteuse substance, mes poumons emplis d’une fumée, qui me berce vers la mort. Ce feu était ma décision, la nature ne fait que réagir, suivre ses lois, elle ne s’intéresse pas aux intentions. Aux mêmes causes les mêmes conséquences.
Aujourd’hui, était le meilleur jour de ma vie, et aujourd’hui je vais mourir. Je ne me demande pas ce que ça sera après, je ne me demande pas comment ils seront, ces deux pauvres hommes, qui étaient supposé être des héros aujourd’hui. Que fait donc la foule maintenant ? Ce gamin, qui a failli tomber en nous poussant ? Ces bras fait de leurs sons, où est ce qu’ils feindront enfin ? Quelque part sur cette mer, la propre énergie, qui a fait couler sueur sur un front, se disperse entre des molécules, en plus en plus d’anarchie. Quelque part sur cette mer, seront nos restes. Est-il raisonnable de penser qu’on traversera la chaîne alimentaire ? Et qu’ainsi d’un corps de chair et d’os, nous deviendrions, ne serait-ce qu’en partie, ce qui fera tendre le muscle d’une belle forme. Dans ce cas, en partie, nous serions beauté.

« Modifié: 06 Août 2015 à 17:44:47 par Baroquer »

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Re : Machine
« Réponse #1 le: 07 Août 2015 à 22:47:40 »
Ouais ouais j'accroche c'est bien écrit, avec quelques maladresses, et puis des fois je me suis égaré, mais en même temps je suis fatigué. Et comme je te l'ai déjà dit ailleurs, tu pars sur une très bonne base, et je pense que tu feras ton petit bonhomme de chemin si tu continues sur cette lancée :)
Pardonne-moi de n'être pas plus précis, mais j'avoue que j'ai eu une journée assez épuisante, et puis je viens de bosser sur ton autre texte, et je me sens trop fatigué pour rentrer dans les détails, à tel point que j'ai zappé certains passages.
Désolé, mais bravo Baroquer, et bonne continuation !
Ps : je recommande à tous ceux qui lisent ce commentaire d'aller jeter un coup d’œil à l'Invité d'un instant ; vraiment, tout ça est de très bonne augure à mon humble avis.
Bonne soirée !

Hors ligne Baroquer

  • Tabellion
  • Messages: 27
  • Memento mori
Re : Machine
« Réponse #2 le: 07 Août 2015 à 23:15:52 »
Bonsoir extasy, c'est le tout premier texte que j'ai fait. Depuis, mon passage ici m'a beaucoup enrichi ainsi que mes lectures, qui sont plus fréquentes à présent.
Merci beaucoup pour ces mots encourageant et la recommandation, je travaille déjà sur une autre histoire :)

A plus !

 


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