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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Cinquante-six pas

Auteur Sujet: Cinquante-six pas  (Lu 1379 fois)

Hors ligne Baroquer

  • Tabellion
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Cinquante-six pas
« le: 05 Août 2015 à 16:38:33 »
Voici un autre texte que je viens de finir, j’espère avoir progressé  ^^

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Un arbre, dernier de sa lignée, survit à son espèce. Son tronc rugueux, dont le relief plaint des années de vents et de pluie ; porte au ciel des bras qui tâtent les nuages. Il se tient courageusement et conte, dans l’éther, les ères dont il a témoigné. Mais son langage, fait de stries claires et sombre, est incompréhensible. Cet arbre, se trouve à quelques minutes de marche du village. Et tous les jours, un jeune homme lui rend visite.
Assis sur une pierre, silencieux, il contemple ce triste paysage. Le bâton qu'il brigue dans sa main, s'enfonce légèrement dans une terre nacrée ; alors qu'il se tient à une distance et sans aucune raison claire, il veille à ce que ça soit ainsi. Il regarde les formes à sa surface, essaie de les imaginer naître : une rayure faite, quand un oiseau s'y est posait ; les branches tordues par le vent. Malgré sa complexité, l'arbre est pour lui une empreinte centenaire, continuellement façonnée par les orages et les insectes.
Des minutes passent, puis des heures ; il reste, mais cligne des yeux parfois. Alors qu'un ciel nuageux fait dominer le gris, sur un paysage déjà pauvre en couleur ; le soir se réveille, et il retourne à son village. Là, où il a tâche d'accomplir ses devoirs de berger. Le lendemain, il y reviendra, avec la même contemplation. Quand cet arbre mourra, nul ne lui succédera, il ne fait point de fleurs ni de fruits. Il s'essouffle. Le jeune homme est à son chevet, mais n'ose pas lui tenir la main. Nul ne sait ce qu'il lui voue, respect ou amour. Peut-être verrait-il en lui un semblable, car le village est désert et nul n'est là. Nul n'est présent, pour juger de l'emploi de son temps ; une mère, l'aurait blâmé pour une si grande négligence. Il est là, et n'a aucun compte à rendre.
Sans se sentir las, il regarde l'arbre patiemment, et compte le nombre si réduit de feuilles. Il ne peut en dénombrer d'autres ailleurs, car aucune autre plante n'est autour de lui ; ni autour de son village. Le chemin qu'il traverse chaque jour, en est exempt aussi. Les bêtes qu'il entretient creusent ardemment la terre, pour se nourrir de racines ; elles en sont maigres et n'ont pas la force de s'éloigner. Une après l'autre, il s'en nourrit ; en donnant priorité à celles qui meurent d'elle-même. Les cadavres ne pourrissent pas, aucune mouche n'y vient bien que conviée.
Entre ses deux mains sales, il tient un os ; et autour de ce dernier, de minces fibres de chair s’enlacent. Au toucher, elles confèrent au berger l’unique tiédeur de ses journées. La chaleur d’une main qu’il serre, lui manquerait, si seulement il pouvait s’en souvenir. Mais l’arbre est là pour lui, il l’accompagne tel un ami dans cette vie, qui reste à ses yeux encore précieuse.

Le soir, un feu crépite, devant la fatigue d’un jeune homme qui garde espoir. Ce bout de soleil semble survivre à tout, il répond à des incantations apparaissant à différents endroits. Il illumine, réchauffe et donne goût à la viande ; sans demander autre retour que celui d’exister. Tel prisonnier d’un monde parallèle, on le délivre quelques fois ; en frottant quelques bouts de bois sec.

Une fois la sonate du feu finie, elle laisse place à un silence effrayant ; aucun oiseau, aucune bête ne trouble l’air nocturne. Dans ce monde où nulle chose ne semble bouger, il entend son cœur battre, ses organes se tordre d’un manque de nourriture. Les chèvres ne sont plus, rien n’est plus, quand il ferme les yeux. Mais en les ouvrants, le dôme noir de la nuit est percé, fracturé et laisse passer à travers ces interstices, des lumières qu’on appelait étoiles.

Le berger sans troupeau pense, mais ne sait guère s’il est capable de parole. Le souvenir d’une telle chose est perdu, tout comme son identité, son humanité. Pour lui, la vie n’est autre que ce qu’il voit tous les jours. Des jours qui se suivent depuis un horizon passé, qu’il ne peut pas remonter. Il a survécu pourtant, et il survit toujours dans cette vie absurde ; qui ne durera que le temps, d’un battement d’aile d’un ange.

Il ignore son origine, et pourtant continue à vivre. Peut-on vraiment vivre, sans avoir pu naître ? Vit-il alors vraiment ? Les anges et les dieux, les mythes et les mots ; son esprit en est pauvre. Chaque jour, il se lève, s’occupe des chèvres, récupère du bois mort et s’en va visiter son arbre. Il répéta cela un nombre inconnu de fois. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de chèvres, donc nul besoin de s’en occuper, ni d’apporter du bois pour s’en nourrir. Il se réveille sous un poids invisible, inspire profondément puis se met sur pied.

Un pas succède à l’autre, cinquante-six pas, mais il n’est pas encore arrivé. Le berger se traîne par terre sur le reste du chemin, laissant une belle ligne, tel un coup de pinceau ; il ne la verra peut-être jamais. Se hissant sur la pierre, son bâton s’enfonce plus profondément que d’habitude, dans une terre qui l’étreint. Il arrive à s’asseoir, observe l’arbre et remarque, qu’il a perdu quelques feuilles. Les nuages s’ouvrent, laissent passer un filet de rayons qui caresse ses sens. Cette lumière se reflète sur la rosée, qui s’agrippe en grappes à ses cheveux, mais il ne la boit pas ; il ne veut plus.

Lui et cet arbre sont, d’après ce qu’il sait, les dernières vies qui restent. Le seul sang qui circule ; la seule sève qui s’écoule. Il contemple avec la même curiosité, les signes du temps sur l’arbre. Verrais-t-il peut être là, un rare lien vers un passé dont il ne connaît rien ; et ne connaîtra jamais. Alors qu’une couche limpide s’étale sur sa vision, il se sent de plus en plus faible et asséché. Comme dans un acte final, il descend de la pierre et se traîne vers son ami. Une poussée après l’autre, cinquante-six poussées, il est arrivé ; touche une écorce si vieille, et entre ses lignes, aperçoit une inscription. C’est alors qu’il se voit enfant, tournoyant autour de ce même arbre, accompagné d’une autre ombre dont il ne distingue que difficilement les traits. Ébahi, ses yeux s’ouvrent plus amplement que jamais, mais se referment aussitôt. Le jeune homme se met sur le dos, sous l’arbre, il voit des branches découper le ciel, des feuilles s’enflammer de verdure.

Comptant ces flammes vertes une dernière fois, certaines manquent. Il refait le compte, et ne fait que fixer cet arbre, jusqu’à ce que ça en devienne son monde ; sombrant dans une douce folie. Mais là, parmi les bras tâtant les nuages, une menue robe rosâtre s’ouvre ; puis une autre, et une autre encore. L’arbre fleurit, ainsi qu’un sourire sur le visage accablé du berger ; il y aura donc une vie après eux. Allongé par terre, près de son ami, il chérit ce jour comme son plus beau. Joyeux, son cœur s’arrêta de battre.






Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
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Re : Cinquante-six pas
« Réponse #1 le: 05 Août 2015 à 22:36:30 »
Salut Baroquer !

Tiens, déjà :

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dont le relief plaint des années de vents et de pluie ; porte au ciel des bras qui tâtent les nuages.
J'ai pas compris "plaint"  :D. Puis le point-virgule ici, ça me semble inapproprié, je recommanderais une simple virgule  ;)

Citer
Cet arbre, se trouve à quelques minutes de marche du village.
Virgule inutile à mon avis

Citer
Le bâton qu'il brigue dans sa main
Je pensais que briguer, ça voulait dire un truc du genre faire des efforts pour essayer d'obtenir un truc  :\?

Citer
alors qu'il se tient à une distance et sans aucune raison claire
alors qu'il se tient à distance ?

Citer
quand un oiseau s'y est posait
posé

Citer
Malgré sa complexité, l'arbre est pour lui une empreinte centenaire
Pourquoi malgré ? Le complexe et l'ancien seraient en règle général forcément antagonistes ?

Citer
Alors qu'un ciel nuageux fait dominer le gris, sur un paysage déjà pauvre en couleur ; le soir se réveille, et il retourne à son village
Le point-virgule m'intrigue encore une fois  ;D

Citer
Peut-être verrait-il en lui un semblable
voit-il

Citer
des lumières qu’on appelait étoiles.
Pourquoi l'imparfait ?

Citer
Il a survécu pourtant, et il survit toujours dans cette vie absurde ; qui ne durera que le temps, d’un battement d’aile d’un ange.
La virgule après "temps" me dérange. Puis le battement d'aile d'un ange, j'ai l'impression, personnellement, d'avoir lu ça des millions de fois. Et en plus, tes autres figures de style avaient un lien plus profond avec ton texte, alors que celle-là, bof on dirait qu'elle se tape l'incruste  :mrgreen:

Citer
Il a survécu pourtant, et il survit toujours dans cette vie absurde ; qui ne durera que le temps, d’un battement d’aile d’un ange.

J'aurais très personnellement viré la dernière question, car je trouve qu'elle est trop évidente et du coup plutôt maladroite

Citer
Il répéta cela un nombre inconnu de fois
J'aurais mis le passé composé

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Il arrive à s’asseoir, observe l’arbre et remarque, qu’il a perdu quelques feuilles
La deuxième virgule, je pense que tu peux sans risque la virer  :P

Citer
Verrais-t-il peut être là, un rare lien vers un passé dont il ne connaît rien
Euhh je n'ai aucune idée du temps sous lequel tu conjugues le verbe voir  :mrgreen:

Citer
Joyeux, son cœur s’arrêta de battre.
s'arrête ?

Hop, fini ! Bon, comme tu l'as remarqué, la plupart des remarques sont liées à la ponctuation. Sinon, c'est presque un sans faute, et je pense pas me tromper en disant que ouais, tu t'es effectivement bien mieux débrouillé avec ce deuxième texte. Puis la ponctuation, je suis pas non plus un expert, donc faudrait s'assurer que je te fais les bonnes remarques. Puis j'imagine que d'autres que moi verront quelques lourdeurs dans certaines expressions, mais moi j'en ai pas vraiment relevé. Ceci étant dit, voici maintenant mon avis personnel sur le texte :

Il est super. J'ai vraiment kiffé. J'aurais voulu te faire un relevé des passages qui m'ont le plus marqué, mais j'y ai pas pensé comme un con.
La dernière phrase m'a donné la chair de poule. Puis il y avait les flammes vertes, et le feu qui surgit d'un monde parallèle, et quelques autres passages qui m'ont plu.
Bref, du bon boulot à mon avis.

A la prochaine :)

Hors ligne Baroquer

  • Tabellion
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Re : Cinquante-six pas
« Réponse #2 le: 05 Août 2015 à 22:54:22 »
Citer
J'ai pas compris "plaint"  :D.
J'avoue qu'ici, "se plaint" aurait été plus approprié  :-[

Citer
Virgule inutile à mon avis
Je suis d'accord.

Citer
alors qu'il se tient à distance ?
J'avais "à une distance de sécurité en tete.

Citer
La virgule après "temps" me dérange. Puis le battement d'aile d'un ange, j'ai l'impression, personnellement, d'avoir lu ça des millions de fois. Et en plus, tes autres figures de style avaient un lien plus profond avec ton texte, alors que celle-là, bof on dirait qu'elle se tape l'incruste  :mrgreen:
En fait, j'ai tendance à voir la virgule comme quelque chose qui est à ma disposition pour diriger le rythme. Je me suis, bien que rarement, permis d'incruster des virgules là ou j'ai "aimé" qu'on s'arrete.
Pour les battements d'ailes, je savais pas que c'était si répandu  :-\ et puis ça a une certaine continuité avec le paragraphe suivant : "les anges et les dieux..."

Je suis vraiment très heureux qu'il t'es plu ce texte :) et marqué par moment! C'est la meilleure des récompenses pour moi. Aussi je suis ravi d'avoir progressé je ferais encore mieux la prochaine fois ;)

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
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Re : Cinquante-six pas
« Réponse #3 le: 05 Août 2015 à 22:57:43 »
Ouaip, après ça reste ton texte, mets autant de virgules que tu le souhaites  ^^

Pour l'ange, je précise : j'ai "l'impression" d'avoir déjà entendu "ce genre" de truc, "personnellement" ; bref rien de décisif  ;)

A plus pour un prochain texte  :)

Hors ligne Baroquer

  • Tabellion
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  • Memento mori
Re : Cinquante-six pas
« Réponse #4 le: 05 Août 2015 à 23:11:14 »
Merci extasy :) ça me m'encourage vraiment à continuer.

à bientôt.

 


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