C'était il y a si longtemps, début des années 70, je n'étais pas bien vieille mais je bossais déjà. Une usine de fabrication de vêtements de pluie, on appelait ça des cirés. De toutes couleurs c'était la mode. Nous fabriquions aussi des capes pour les facteurs à vélo, de grandes capes qui couvraient l'homme et la machine ainsi que sa sacoche. J'avais embauché ici en attendant de trouver mieux, mais sans diplome ce n'était pas gagné d'avance. Il fallait bosser et gagner sa vie, on trouvait du boulot à l'époque, parce qu'on acceptait tout ce que l'on nous proposait.
Le patron nous annonça un matin que l'usine fermait, impossible ! le carnet de commande était plein ! Pourquoi mettre 110 personnes à la porte ? Nous avons manifesté dans les rues de Bordeaux, des femmes qui revendiquent c'était rare. Nous avons compris le pourquoi de cette fermeture non prévue : la délocalisation, je devrais dire la dénationalisation, notre entreprise avait trouvé refuge en Algérie, là où la main-d'oeuvre était moins chère. Le goût âcre de la trahison de notre belle France nous a toutes submergées. Les savoir faire Français, essaimés à tous azimuths... pourquoi ? Pour le fric....