Tu la supportes encore, cette agressivité que tu tiens là, tout au creux de toi ? La boule qui brule tout le bouzin là-dedans, tu la portes encore ? Tu regardes ton ventre, ça te fait rire. Comme si on pouvait le voir de l’extérieur ; ce brasier, là. Un bézoard ardent. Des fois ça te consume de l’intérieur et tu n’y peux rien. T’as beau dire aux autres de s’écarter, tu mets des barrières comme on serre un garrot avec les dents ; dans l’urgence, violemment. « Cassez-vous! Cassez-vous tous ! » tu gueules à la tronche du monde, comme un dément. Avant, après avoir tout cassé, tu disais qu’un jour il faudra bien que tu te calmes et que tu trouves quelque choses comme un remède. Un grigri antivenimeux qui atténuerait un peu les effets de la colère dans ton bide. Puis ça n’est pas arrivé, et tu t’embrases toujours. Toujours un peu plus, même. Et quand, une fois que dans un énième élan de rage tu as tout cramé autour de toi, tu te demandes : « Tu la supportes encore, cette agressivité que tu tiens là, tout au creux de toi ? ».