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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Ma Rousse

Auteur Sujet: Ma Rousse  (Lu 1019 fois)

Hors ligne Vykk3rs

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Ma Rousse
« le: 30 Juin 2015 à 21:04:42 »
Ma Rousse a les yeux couleurs de ciel.

Pas de ce ciel de carte postale qu'on vend au premier touriste en quête de "Oh" et de "Ah", non. Elle offre le bleu verdoyant des pays slaves chargés d'histoires et de nuages, de ces peuplades qui ont vus, qui ont connus, et qui encore de nos jours se taisent et endurent dans l'indifférence du monde. Elle ne parle pas beaucoup, ma Rousse, mais elle regarde, avec l'intensité de ces chats aux iris brillants. Elle observe le monde de ses yeux en amande, et je sens d'interminables discours dans l'once de ses silences.

Ma Rousse n'est pas très grande -ce qui la rend plus mignonne encore je trouve- mais en elle sourd une force qui mettrait à terre le plus colossal Titan que folie d'homme ai rêvé. Elle déambule souvent dans la rue ou dans l'appartement, trottinant avec ses petits pieds de souris, comme une fillette se rendant à l'école insouciante et légère. Son passage ne soulève pas de poussière au sol, car elle est plus aérienne que le vent. Et plus fragile aussi. Oh si seulement vous saviez comme j'ai craint de nombreuses fois de la briser lors de nos embrassades, vous comprendriez combien ce petit corps diaphane exige la plus extrême douceur à son contact. Sa peau couleur de porcelaine est si froide quand vient la nuit, alors que le plus subtil rayon de soleil vient l'empourprer en petites taches colorées, marquant son retour à la vie et semblant me rendre mon souffle.

Parfois, certains soirs, alors que nous sommes assis sur le divan, elle pose sa tête sur mes genoux et je lui raconte des histoires. Je prends une voix calme et apaisante, évitant de gronder trop fort, vieux cabot grisonnant que je suis, et tandis que ma Rousse laisse filer le temps, de soupirs ténus en inspirations profondes, je pose ma main sur ses cheveux de feu et caresse doucement sa nuque blanche. Alors, dans son demi-sommeil, elle serre les poings et  tressaille légèrement, semblant me raconter une bataille qu'elle seule peut percevoir. Et je la regarde chastement, amoureux comme jamais, ayant perdu l'histoire depuis le chapitre quinze, ou seize, allez savoir. Quand elle se réveille, il semble n’être passé qu'une minute, et la nuit si vilaine n'aura fait qu'avancer l'horloge de quelques heures sans nous prévenir, farceuse. Elle ouvre ses yeux, et me regarde, me demandant l'heure, et je la lui dis comme si ce n’était pas grave. Elle semble gênée d’avoir sollicitée tout ce temps, mais c'est ma Rousse, et avec elle l'aiguille file comme file l'étoile filante en été. Et je me perds dans ces moments-secondes, ces éternités ponctuelles ou le monde s'évanouit dans l'instant de nos nous-deux.

De temps à autres un homme vient se placer entre nous, mais il disparaît bien vite. Il vient mordre sa chair comme un mauvais goûteur, caresser de ses mains cornées la douceur de ses seins, et planter sa masculinité comme un conquistador sensible au ravage, croyant bien faire.
Le sot, il ne comprend pas. Ils ne comprennent jamais.
Délaissant la subtilité de l'amour à l'apparat du sexe, ils croient lire son corps, et -trop pressés dans leur découverte- ne saisissent pas les subtiles interlignes qui font le caractère de ma Rousse. Ces en-tête maniérés qui la font cocasse, ses passions paragraphées, dévorantes, qui se cachent derrière un self-control tout en bonnes manières et en féminité. Car ma Rousse a du style et de la retenue, peut être trop parfois. Tantôt elle me reprochait mes cotés d'homme insouciant, tantôt je la voyais sourciller contre des choses qui m’apparaissaient bien trop futiles. Mais ce qui a de l'importance pour elle doit en avoir pour moi, alors dans ces moments, je la regardais, et faisais silence.

Bien sûr tout n'est pas toujours rose, et parfois les tempêtes de nos caractères viennent se heurter face aux aléas de la vie. Je défie quiconque de venir s'interposer dans nos querelles. Aussitôt spectateur qu'il s'en trouverait gêné, comprenant que dans le dialogue fort et verbal se cacherait un amour tu et vivace, tel un pacte secret des âmes.

Ainsi donc est ma Rousse, mon secret bien gardé au creux de mes souvenirs, mon étoile du Nord veillant dans la nuit, pensivement accoudée à la fenêtre d’un été parfois trop mûr. Vaillante et sensible, courageuse et si frêle, je descends la voir certains soirs alors que les étoiles sont basses et que la nuit d’automne m’est propice. Alors je la trouve là, à me parler, photographie vieillissante posée sur cette table basse que je trouvais naguère trop laide pour notre chez-nous. Parfois une larme vient couler, aussi surprenante que le sourire qui vient alors que je caresse d’un souffle sa peau de nacre. Et, allongé à ses cotés sur ce divan qui naguère connut tant de nous, je la regarde partir vers ce lieu ou je ne peux plus la rejoindre, frontière onirique entre les vivants et ceux qui furent.

Voila trois ans ce soir que je suis parti.

 Je t’aime toujours, ma Rousse.

Dors en paix.
« Modifié: 30 Juin 2015 à 22:00:47 par Vykk3rs »

Hors ligne Edma

  • Aède
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Re : Ma Rousse
« Réponse #1 le: 30 Juin 2015 à 23:30:19 »
Ton texte...est magnifique. Je ne sais pas si c'est fictif ou non, mais en tout cas, c'est un des plus bels hommages que j'ai jamais lu.
Pas de fautes, un style fluide, un vocabulaire magique, je n'ai pas les mots pour te dire à quel point je suis émue.

Au fur et à mesure des lignes, je me suis attachée à la Rousse. L'imaginant marcher vers son école, la voyant sur un canapé, tu nous as vraiment posté quelque chose de magique.

Elle mérite de dormir en paix.

Au plaisir de te relire !

Hors ligne Vykk3rs

  • Scribe
  • Messages: 63
Re : Ma Rousse
« Réponse #2 le: 01 Juillet 2015 à 01:04:28 »
Merci pour ces éloges Edma, cela me va droit au coeur !
J'ai voulu tenter une description de personnage sur un fond romantique, avec un twist propre à la nouvelle en fin de texte.
Le texte brouille volontairement les pistes afin que chacun comprenne l'histoire dans le sens ou il le souhaite. En résulte peut-être un chaos dans la concordance des temps qui perturbera sûrement les plus pointilleux, j'en ai conscience et travaille d'ors et déjà sur une mouture mieux articulée.

Eveil

  • Invité
Re : Ma Rousse
« Réponse #3 le: 03 Juillet 2015 à 20:13:18 »
Je suis mitigé, il y a une certaine douceur dans le phrasé, il coule et c'est agréable, les deux premiers paragraphes sont assez inspirés, mais je regrette la propreté et le manque de lâcher prise.  ;) Il faudrait du sang, parce que le palpitant il en est plein, et là on a du sirop framboise.  :-¬? Je trouve pas que le twist soit très pertinent, déjà parce qu'il est facile, et puis parce que pour être efficace il aurait fallu en mettre plus, faire plus long, plus incisif. Fin je dis les choses comme je les ressens et ça m'a pas emporté...

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Et je la regarde chastement, amoureux comme jamais
oh bin ça doit être ennuyant  :D

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Bien sûr tout n'est pas toujours rose
fuyons ! un lieu commun !  :mrgreen: tu parles bien de tempête après mais ça ne reste qu'un mot...

des petites fautes (pour celles que j'ai remarquées): qui ont vu, connu, ait rêvé, où le monde, où je ne peux plus, sollicité, voilà


a+

Hors ligne Vykk3rs

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Re : Ma Rousse
« Réponse #4 le: 03 Juillet 2015 à 21:32:30 »
Merci pour ton commentaire.. incisif !   :-[

Le manque de lâcher prise, dans un texte qui se veut de par son personnage "chaste et amoureux" ? Ici, on parle d'un amour spirituel plus que d'un amour physique, un amour cérébral en quelque sorte.
J'avoue a la relecture avoir constaté un pêché de fainéantise de ma part pour le twist. Mea culpa, je retravaillerais ca tantôt.

Pour ce qui est du lieu commun, j'avoue hésiter entre me cacher dans une souricière pour ne pas voir l'énormité de la chose, ou tenter une vaine défense balbutiante a base de "Mais.. en fait.. tu vois.. parce que.."

Bon, ou est la souricière ?  :mrgreen:

 


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