Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

01 Mai 2026 à 21:08:00
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Ce désastre

Auteur Sujet: Ce désastre  (Lu 3888 fois)

Hors ligne Mémoire

  • Calliopéen
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Ce désastre
« le: 13 Juin 2015 à 16:44:33 »
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


-Ce désastre-
Qu’allais-je faire de toi?

Tu étais seule, sale, abandonnée dans ces décombres sur la plage. Un soleil de plomb tapait sur ton petit crâne alors que tu traînais tes pieds dans le sable rempli de gravats. Tu ne m’avais pas entendu, je t’avais effrayée. En me voyant avec mon uniforme et mon M16, deux fois plus grand que toi et couvert de sable, tu t’étais figée, tu m’avais regardé t’approcher. Je me souviens de tes iris noirs, habités par une douleur sourde et par une flamme que je ne connaissais que chez des gens beaucoup plus âgés.

Nous étions seuls sur cette plage brûlante, ce paysage détruit qui contrastait avec le ciel bleu et sans nuages. Je m’étais penché, croyant ainsi que tu aurais moins peur, mais tu ne bougeais pas. Je m’étais approché jusqu’à prendre ta main, pure et minuscule dans la mienne tachée de sang.

Tu m’avais regardé, toute calme, comme si le désastre dans lequel tu te trouvais n’avait aucune influence sur toi. J’avais contemplé pendant quelques secondes tes longs cheveux noirs et emmêlés, tes joues maigres et éraflées. Tu m’avais pointé un tas de débris parmi tant d’autres, et en m'approchant, j’avais pu voir le cadavre d’une femme vêtue d’une robe qui avait été blanche avant d’être criblée de balles, la laissant poisseuse de sang et de poussière. Les mouches tournoyaient autour de sa tête et les vers grouillaient dans ses orbites. J’avais compris ce qu’était cette femme pour toi et la nausée était revenue me tirailler comme si souvent depuis le début de la guerre.

Je m’étais accroupi et j’avais tendu les bras. Tu m’avais regardé sans bouger, alors je t’avais prise et je t’avais soulevée pour t’emmener avec moi. Tu avais crié, tu m’avais roué de coups de toutes tes forces avec tes petits poings d’enfant, tu avais appelé ta mère qui gisait avec la robe, dans le sable, dans les ruines de ce qui avait dû être ta maison. Je ne t’avais pas lâché, moi, le grand monstre, il ne m’avait fallu presque aucun effort pour te garder contre moi.

Mon cœur, cependant, avait volé en morceaux. Aucun enfant ne devrait rester des jours, affamé et déshydraté, près des décombres de sa maison et du cadavre décomposé de sa mère en bordure d’un champ de bataille. Aucun.

Tu t’étais mise à pleurer même si je te chuchotais des mensonges réconfortants. Ce n’était pas vrai, que tout allait bien. Tes larmes s’étaient rapidement taries et tu avais serré tes petits poings sur mon uniforme encrassé, me laissant te porter sur des centaines de mètres avant que je ne rejoigne le reste de ma troupe.

Tes yeux noirs avaient suivi du regard le panorama de désolation qui s’étendait autour de nous. Bercée par mes pas qui escaladaient les montagnes de débris en tentant de t’éviter la vue des cadavres, tu savais que tu t’éloignais lentement de la plage où tu avais vécu jusqu'à aujourd'hui, et ce probablement à jamais.

Je t’avais déposée près de moi dans le camion qui nous avait conduits à la base. Dévastée, la région demeurait dangereuse et notre silence alors que nous étions aux aguets t’avait effrayée. J’avais voulu te prendre la main, mais tu m’avais repoussé. Tu en voulais au monstre qui t’avait arrachée de ton désastreux petit bout de plage.

Pourtant, lorsque je t’avais aidée à descendre du camion, tu m’avais laissé te prendre par la taille. Je t’avais emmenée jusqu’au docteur, qui t’avait examinée et tenté de te parler un peu. Tu étais restée muette, assise sur la table d’examen, tes pieds balançant dans le vide alors que ton regard toujours aussi noir le fixait sans bouger. Malgré moi, je t’avais ensuite emmenée dans un camp de réfugiés où j’avais voulu te confier à une femme. Elle m’avait paru gentille et attentionnée, et malgré la misère, elle avait accepté de te prendre.

Mais encore une fois, tu avais crié. Tu étais par terre, et tu avais refusé de me lâcher. Tu avais hurlé en t’accrochant à mon uniforme sale, te pendant à ma ceinture. Mon cœur s’était brisé une nouvelle fois en détachant tes petits doigts serrés sur le cuir. La femme avait semblé mal à l’aise, et j’avais cédé. Je n’avais pas eu le courage de t’abandonner et je m’étais agenouillé. J'avais glissé mes doigts sales dans tes cheveux sombres pour te serrer contre moi, ta crise s’effaçant aussi subitement qu’elle était apparue.

EDIT: Commentaires de Loïc et Marquise.
EDIT 2: Commentaire d'algache.
« Modifié: 16 Juin 2015 à 22:49:41 par Mémoire »

Hors ligne Loïc

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Re : Ce désastre
« Réponse #1 le: 13 Juin 2015 à 17:08:32 »
Hey !

Citer
tu m’avais regardé t’approcher.

Le t' est-il nécessaire ?

Citer
comme si souvent depuis le début de cette guerre.

Je pense que tu peux mettre "la", ce sera aussi compréhensible et plus fluide.

Citer
tu avais appelé ta mère qui gisait avec la robe dans le sable dans les ruines de ce qui avait dû être ta maison.

D'un côté j'aime l'effet que ça fait, de l'autre je me dis qu'il faudrait quand même une virgule.

Citer
tu savais que tu t’éloignais lentement de la plage de ton existence,

Bof

Citer
qui nous avait conduit à la base.

conduits

Citer
que ton regard toujours aussi noir le fixant sans bouger

fixait

Citer
Je n’avais pas eu le courage de t’abandonner et je m’étais agenouillé, glissant mes doigts sales dans tes cheveux sombres pour te serrer contre moi, ta crise s’effaçant aussi subitement qu’elle était apparue.

Un peu trop de participes présents. Proposition : mettre un point à moi et passer s'effacer au passé simple ?

C'est beau ! Très belle narration, pleine de douceur et de tristesse. Bien mieux réussi que Ulf, j'ai trouvé.

La suite !
"We think you're dumb and we hate you too"
Alestorm

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
Arundhati Roy

Hors ligne Olibrius

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Re : Ce désastre
« Réponse #2 le: 13 Juin 2015 à 18:58:50 »
Bonjour !

Un magnifique texte que tu nous livres là !

Au début c'est un peu flou, mais ça va très bien avec le contexte, et on comprend quand même rapidement ce qui se passe.

Rien de particulier à dire, sinon merci !

Au plaisir  :D

Hors ligne La Marquise de Carabas

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Re : Ce désastre
« Réponse #3 le: 13 Juin 2015 à 19:05:58 »
Salut Mem  ;)

J'ai noté deux choses :

Le coup des vers qui mangent les orbites du cadavre me dérange un peu à cause de la distance qu'on imagine. Elle indique un tas de ruines parmi d'autres, on peut certes apercevoir le cadavre à quelques distances de là, mais pas forcement de tels détails... si l'idée est que ça fait un moment qu'elle est là, et  que sa mère est morte depuis un bon moment, il peut peut être dire quelque chose comme " j'imaginais que les vers étaient déjà à l'ouvrage " ou encore " "sa décomposition était déjà avancée ".

et puis cette petite phrase :

Citer
que ton regard toujours aussi noir le fixant sans bouger .

je crois que fixant ne fonctionne pas.

Sinon tu as un sacré point de départ là, j'ai hâte de lire la suite ! ^^

Hors ligne Mémoire

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Re : Ce désastre
« Réponse #4 le: 14 Juin 2015 à 01:35:39 »
Ouah, merci pour vos commentaires!

Loïc:
1. Le "t" n'est pas nécessaire mais il ajoute un petit quelque chose de plus précis, je trouve  ^^
2. Pas faux.
3. Ouf! En relisant, j'ai eu du mal à me comprendre, c'est vrai que ce n'est pas clair  :o
4. Je sais que la formulation est nulle, c'est juste que la petite elle a passé l'entièreté de sa vie là. Je devrais trouver quelque chose qui sonne mieux.
5. Je corrige les deux erreurs et les participes présents.
6. Merci beaucoup! En même temps, faire mieux que Ulf, ça m'a pas l'air si complexe  :huhu:

Olibrius:
1. Tant mieux alors si on comprend ce qui se passe après un petit moment de flou. J'ai des images si précises en tête que cela devient difficile de les décrire.
2. Merci d'être passé, j'apprécie!

Marquise:
1. Le coup des vers: En effet, moi dans ma tête notre bonhomme il fait un zoom sur le cadavre >< Je verrai à arranger ça, il va probablement s'approcher pour voir.
2. Oui, le coup du participe présent, je la fais tout le temps celle-là. Merci d'avoir relevé!
3. Merci pour ton commentaire, ça fait plaisir à lire! Je verrai comment je le ferai tourner.

Hors ligne Mémoire

  • Calliopéen
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  • Bébé mammouth laineux
Re : Ce désastre
« Réponse #5 le: 14 Juin 2015 à 23:56:42 »
Je double-poste pour la suite  ;)
Merci encore pour vos commentaires et n'hésitez pas à m'aider pour améliorer mon texte!

-Suite-
Je me souviens vaguement de t’avoir prise dans mes bras de nouveau. Cette fois, tu t’étais accrochée à mon cou comme pour être sûre que je ne tenterais plus de partir sans toi. J’étais rentré avec toi dans la baraque, et j’avais réussi à dénicher un lit de camp de surplus. Je t’avais installée à côté de ma propre couchette sous le regard réprobateur de mon supérieur.

Il m’avait sommé de m’expliquer, et avait abandonné ses reproches en te voyant collée derrière ma cuisse, tes grands yeux noirs remplis de la crainte qu’il ne me force à t’abandonner. Il m’avait accordé en soupirant une liasse de papiers administratifs, m’avertissant que les procédures seraient longues et que cela m’obligerait à rester en service plus longtemps que prévu.

Je n’en avais cure. Brusquement, je m’étais aperçu que tu comptais plus que l’armée à mes yeux. Tu comptais plus que mon devoir en lequel j’avais si longtemps cru. Cela m’avait fait l’effet d’une douche froide, et je t’avais contemplée avec hésitation derrière moi, triturant un pan de mon pantalon.

Je m’étais ressaisi, m’infligeant une claque mentale moralisatrice. Tu avais besoin de moi.

Les procédures d’adoption avaient duré huit mois interminables. J’avais fait de mon mieux pour t’enseigner le français entre mes heures d’entraînement et les missions qui faisaient partie de mon devoir. Un caporal de la baraque voisine avait accepté de veiller sur toi pendant mes absences, et j’avais eu toute la misère du monde à te le faire accepter. Tu voulais me suivre, t’agrippant à mon uniforme de tes petits doigts fragiles.

Pourtant, au début, lorsque j’étais présent, tu ne voulais pas t’asseoir près de moi sur mon lit lorsque je tentais de t’apprendre ma langue. Tu restais sur le tien, en face de moi, tes bras croisés sur tes genoux. Tu te balançais gentiment, mais tes yeux noirs restaient fixés sur mes lèvres qui exagéraient la prononciation de mots simples. Tu n’avais qu’un très léger accent et tu apprenais si rapidement que j’en étais souvent bouche bée.

J’avais été si content lorsque j’avais enfin reçu la confirmation de ton adoption. J’avais dû passer par des questionnaires sans fin, par des entrevues au téléphone dont la ligne coupait sans cesse dans cette zone dangereuse. Il avait été étonnant qu’il fonctionne.

Mon supérieur avait été surpris que ma demande aboutisse si rapidement. Il m’avait prévenu que les militaires et leur instabilité chronique n’étaient pas particulièrement aimés des services d’adoption, surtout lorsqu’ils étaient célibataires. Je me souviens de mon impatience et de mon excitation. Je n’en pouvais plus d’attendre un papier qui n’arrivait pas même si je savais pertinemment que cela pouvait prendre trois ans.

Je me souviens d’être entré, euphorique, dans la baraque avec la fameuse enveloppe. Assise sur ton lit, tu n’avais presque pas réagi lorsque je t’avais annoncé la nouvelle. Tu t’étais contenté de me fixer, muette, battant une fois des paupières. Mon cœur s’était alors cruellement serré.

-

Nous étions partis trois semaines plus tard après une demi-tonne de papiers administratifs supplémentaires. Collée contre le hublot, tes genoux ramenés contre toi, tu avais regardé ton pays dévasté s’éloigner jusqu’à ce qu’il disparaisse sous les nuages.

Comme tu ne ressemblais pas au décor… Cet avion moderne, bruyant, contrastait en tout point avec ton petit être silencieux. La seule chose que je puisse me rappeler de notre atterrissage est ta main qui s’était serrée autour de mon pouce. Une crispation subtile, où je pouvais te rassurer sans même m’en rendre compte. J’avais compris durant les huit derniers mois que malgré ton jeune âge, tu ne souhaitais pas montrer toutes tes émotions.

Tu t’étais rapidement habituée au confort de mon petit appartement au milieu de la base militaire. Je n’ai jamais su si tu avais déjà eu une chambre pour toi seule. Je n’ai jamais su si tu avais une famille nombreuse. Chaque fois que la question m’était venue en tête, tu venais de t’endormir paisiblement dans ton lit, roulée en boule dans les couvertures. Je t’avais toujours laissée te reposer, n’osant pas te sortir de ta quiétude.

En août, deux mois après ton arrivée, je t’avais emmenée à l’école pour la première fois. C’était un établissement pour enfants de militaires. On avait certes remarqué ta peau ambrée, différente de la mienne, et tes yeux si noirs. Pendant l’été, j’avais pris soin de t’emmener acheter des vêtements. J’avais aménagé ta chambre en fonction des goûts que tu acceptais de me révéler.

J’avais eu peur pour toi. J’avais eu peur que tu ne sois submergée par tes camarades de classe, eux qui avaient vécu leur existence entière dans un pays en paix, suivis de près par leurs parents. J’avais craint que tu ne sois dépassée par ton nouvel environnement. Aucun enfant de ton âge n’avait vu sa mère en décomposition.

Tu n’avais que sept ans. Tu ne savais pas encore lire. Tu avais un accent, et tu ne comprenais pas toujours lorsque nous parlions trop vite. Tu n’avais même pas eu un an pour apprendre le français. J’avais peur qu’on se moque de ta différence alors que tu avais tant souffert. Je savais que tu ne montrais jamais tes peurs et que tu ne me laisserais jamais apercevoir tes moments de faiblesse.

La première journée, ton enseignante m’avait téléphoné. Elle m’avait expliqué que malgré ton apparent intérêt, il te serait difficile de suivre les cours. Les autres pouvaient lire, ils écrivaient difficilement. Toi, tu ne savais même pas tenir un crayon. Cependant, elle m’avait promis que les intervenants feraient de leur mieux pour que tu sois intégrée à la classe.

Tu m’étais revenue exténuée. Tu ne me l’avais pas dit, mais tu tombais de fatigue. Je ne t’avais pas parlé du coup de ma conversation avec ton enseignante. Je m’étais contenté de m’informer de ta journée. Tu n’avais pas vraiment répondu en délaissant tes souliers qui te faisaient mal aux pieds. Tu n’en avais pas encore l’habitude à cette époque.

J’avais pris pour acquis que ta vie ici, même si elle te sauvait de la misère de ton pays, serait difficile.

En moins d’un mois, tu m’avais prouvé le contraire. L’enseignante m’avait téléphoné de nouveau pour me dire qu’il n’y avait plus de problème. Tu t’étais parfaitement intégrée à ta classe et tu jouais au ballon avec tes petits camarades. Tu avais appris à lire à une vitesse fulgurante et tu comptais très bien. Tu comprenais rapidement, et pendant quelques semaines, je t’avais vu irradier de joie et oublier un peu ton passé dévasté.

J’avais eu ma leçon. Tu étais brillante et tu ne te laisserais jamais abattre. Même si tu avais perdu ta mère, même si tu ne vivais qu’avec un lieutenant qui t’avait retrouvée dans des ruines.

Tu ne parlais jamais beaucoup. Ce n’était pas parce que tu ne le pouvais pas, mais davantage parce que tu ne ressentais pas le besoin d’exprimer tes émotions et tes pensées sur chaque chose qui te croisait dans ce monde. J’avais appris à respecter ce silence parfois inquiétant pour une jeune fille de ton âge. Tu ne demandais jamais rien. Tu avais refusé la plupart des jouets que je t’avais offerts. J’oubliais parfois que tu n’étais pas comme les autres enfants.

Mais dans la vie de tous les jours, je pouvais t’apprendre à faire du vélo. Je me souviens de ces moments passés sur le terrain vague derrière l’appartement, à jouer au ballon jusqu’à ce qu’il fasse noir. Je me souviens de ton premier spectacle d’école, du premier anniversaire auquel tu avais été invitée, en novembre. Je me rappelle de ta réaction apeurée devant la neige. C’était la première fois que je te voyais ouvrir la porte et reculer comme si des serpents se tenaient devant.

EDIT: Corrections sur le rythme, + corrections de Marquise jusqu'à Loïc! Ajout de la première partie de la suite.
« Modifié: 16 Juin 2015 à 23:07:31 par Mémoire »

Hors ligne La Marquise de Carabas

  • Prophète
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    • Domaine de la Marquise
Re : Ce désastre
« Réponse #6 le: 15 Juin 2015 à 06:47:58 »
Coucou Mémoire !

Eh bien ça s'installe entre nos deux personnages, et ton style est toujours aussi installé dans la pudeur et l'effleurement des sentiments, ce que je trouve très fort chez toi.

Deux petites remarques :

Citer
"Aucun enfant là n’avait vu sa mère en décomposition."

Je pense que cela fonctionne dans ton appréciation de la langue, mais ça sonne mal pour nos autres de la métropole... Je pense que l'on dirait plutôt " Aucun de ces enfants " " Aucun enfant d'ici " ou encore " Aucun des enfants qui étaient là ".

Et la seconde remarque est plus une remarque de fond. On a saisi qui la ramenait d'un autre pays, pas vraiment lequel ( moyen orient, asie, on ne sait pas trop et ce n'est pas grave ), par contre directement, cette demoiselle trouvée sur un plage, qui ne connaissait sans doute que sa langue natale, arrive à communiquer dans la langue du Lieutenant ( Français, Anglais, Américain, on se serait guère ). Et quelques jours plus tard, se retrouve même dans une classe de maternelle.

Je trouve que ça va un peu vite. Qu'en penses tu ?

Belle journée à toi !

Hors ligne Yöda

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 719
  • Il a une serviette ! Replions-nous !
Re : Ce désastre
« Réponse #7 le: 15 Juin 2015 à 13:35:06 »
 :'( C'est beau et triste !

Comme La Marquise de Carabas, je me suis posé la question de la barrière de la langue entre les deux personnages. C'est vrai que l'évolution est un peu rapide dans la deuxième partie, notamment l'adoption. Dans ma tête les adoptions ça se passe jamais aussi vite et aussi facilement, même si le personnage remplit des tas de papiers  :mrgreen:

Mais c'est bien la seule remarque que j'ai à faire. C'est vraiment bien écrit et on ressent vraiment l'amour et l'attachement qu'a le soldat pour la petite fille.
Je suis pressée de voir ce qu'il va advenir d'eux, et comment leur relation va évoluer !

Merci !  ^^
Damn

Hors ligne xoux

  • Tabellion
  • Messages: 53
Re : Ce désastre
« Réponse #8 le: 15 Juin 2015 à 16:38:14 »
bonjour,
je découvre ta plume avec intérêt. j'ai bien aimé la première partie, je trouve que ton choix de point de vue apporte une intensité au récit, par contre j'ai moins accroché par la suite. Je trouve que ça va trop vite, et par rapport au début où l'on met une page entière sur une scène, là j'ai l'impression que tu fais défiler des mois, des années en quelques lignes... du coup ça perd en crédibilité et en intensité également! enfin pour moi  ;)
au plaisir de te relire

Hors ligne Ambriel

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 497
Re : Ce désastre
« Réponse #9 le: 15 Juin 2015 à 21:27:05 »
Salut !

J'ai bien aimé également ton texte, c'est touchant et bien décrit.
Comme disent les autres, peut-être que tout va un peu vite, au niveau de la crédibilité de l'insertion de la gamine, mais il suffit de passer des jours en semaines et des semaines en mois et ça ira comme sur des roulettes !

J'ai pas spécialement relevé de truc, je repasserai peut-être faire une seconde lecture (de toute façon je viendrai sans doute lire la suite ^^)
Et s'ils prenaient ta mère comme otage ou ton frère,
Dit un père béret basque à un jeune blouson d'cuir
Et si c'était ton fils qu'était couché par terre,
Le nez dans sa misère,
Répond l'jeune pour finir

- Renaud, les charognards -

Hors ligne algache

  • Aède
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  • La dose fait le poison
Re : Ce désastre
« Réponse #10 le: 15 Juin 2015 à 21:45:36 »
Salut Mémoire!

Je découvre les deux premières parties de ton texte en même temps.

J'ai beaucoup apprécié la première partie, avec ton style très fluide, qui exprime beaucoup de délicatesse dans un contexte sombre. Comme tu as une écriture visuelle, j'ai relevé quelques éléments qui ont un peu dérangé ma visualisation:

Nous étions seuls sur cette plage brûlante, ce paysage d’horreur
Je chipote d'emblée, mais comme ton texte suggère très bien le décor sans être explicite, j'ai trouvé cette expression de paysage d'horreur somme toute inutile, comme si tu voulais bien nous mettre le nez dans le désastre, alors que dans le reste du texte, tu nous le fais voir de manière plus subtile.

Les mouches tournoyaient autour de sa tête et les vers grouillaient dans ses orbites.
Comme la Marquise, je crois, j'ai aussi tiqué sur le réalisme extrême de ce passage.

tu avais serré tes petits poings sur mon uniforme boueux
Encore un détail, mais au début, tu écris que le narrateur est couvert de sable, et maintenant il a un uniforme boueux. Bon, l'un n'empêche pas forcément l'autre, mais j'ai un peu de peine à visualiser le soldat en même temps boueux et couvert de sable...

Tu en voulais au monstre qui t’avait arraché de ton désastreux petit bout de plage.
...qui t'avait arrachée...

Donc voilà, jusque là, très bien. Ensuite vient la deuxième partie et, hélas, comme xoux et Yöda, je suis complètement sorti de ton récit parce qu'il devient tellement précipité qu'il perd toute crédibilité.

Je ne veux pas comparer ce qui n'est pas comparable, mais j'ai eu le grand bonheur d'adopter il y a cinq ans une petite fille qui, hasard des choses, ressemble d'ailleurs beaucoup à la petite fille de ton récit (elle a 7 sept ans, yeux noirs, peau ambrée, longs cheveux noirs). Bien sûr, chaque histoire d'adoption est différente, mais je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de cas qui se passent comme tu le décris...

Il est bien clair que tu es dans le domaine du texte de fiction et que tu présentes les choses comme tu les ressens, mais pour le lecteur, il est peut-être un peu difficile de passer de la première partie joliment rythmée, ni trop rapide, ni trop lente, puis de se trouver précipité dans la seconde, que je trouve vraiment trop précipitée.

Je ne sais pas si ce commentaire te sera utile, mais il n'en reste pas moins que ta plume est très jolie, avec une belle sensibilité!

Hors ligne Mémoire

  • Calliopéen
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  • Bébé mammouth laineux
Re : Ce désastre
« Réponse #11 le: 16 Juin 2015 à 00:12:24 »
Plein de commentaires!  :o

En général :
1. Je ferai attention au rythme. C'est le problème quand on est trop absorbé, on ne se rend pas compte que ça gâche tout  |-| Je risque d'insérer un "intermède" entre les deux parties et changer la dernière de façon... drastique. En me relisant de nouveau après vos commentaires, c'est vrai que c'est assez nul.

Marquise :
1. Je veux signifier "Aucun enfant dans cette école". Mais peut-être que ta formulation est meilleure. Je verrai au travail de la seconde partie.
2. Encore un truc qui reste dans mes pensées. Dans ma tête, c'était au Liban ou pas loin, où le français reste une langue importante. J'y réfléchirai, c'est vrai que c'est flou et ça m'avait aussi traversé l'esprit en l'écrivant.
3. Merci encore pour ton commentaire judicieux!

Yöda :
1. Ah ouais, beau et triste? Eh beh... contente que ça te plaise  :-[
2. Je ferai attention aux papiers. Me faire faire une carte de bus a été plus long qu'une adoption internationale là  :D
3. Ton commentaire est efficace et ça me fait plaisir de voir que tu aimes!

xoux :
1. Merci de me lire ;)
2. Entièrement raison. Je revois ça.

Ambriel :
1. Je risque d'allonger plus que d'un simple changement de mots!
2. Cool que tu aimes. En plus pour les descriptions, j'ai toujours le don de faire ça lourd et plat  :relou:

algache :
1. C'est précis! Mais je me rends compte que ce n'est pas faux et que ça tombe un peu comme une note d'évidence inutile.
2. Que veux-tu dire par le réalisme extrême? Ça te dégoûte ou c'est juste non-nécessaire? Car Marquise, elle parlait de l'éloignement du soldat du tas de débris (parce qu'à cette époque si lointaine qu'était hier, il ne s'en approchait pas).
3. Boueux est le mauvais mot. Sale ou poussiéreux aurait été plus juste. Je corrige de ce pas.
4. Ah bah oui une coquille :o Je ne l'avais même pas remarquée. À force de changer entre la fillette et le soldat, je me perds dans les participes passés. Ça va probablement être mon erreur la plus courante.
5. Quel hasard. Non mais sincèrement  :-[ Félicitations (en retard) pour ta fille. Et comme dit plus tôt, le mauvais rythme de cette partie va changer, après cinq qui le remarquent ça va faire  :D

Hors ligne Spes

  • Calliopéen
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Re : Ce désastre
« Réponse #12 le: 16 Juin 2015 à 01:48:33 »
Coucou Mémoire,

J'ai lu la première partie de ton texte, qui m'a happée alors que je passais par là. Je n'ai pas ressenti le besoin de relever des problèmes de tournures ou autre à la lecture, ce qui est bon signe. Ta plume me semble fluide, et sert bien le texte.
Concernant l'histoire, c'est simple, mais j'aime beaucoup. J'ai envie d'en savoir plus, et... soit, je lis la deuxième partie aussi  :mrgreen:

Deuxième partie donc :

Citer
Je me souviens vaguement de t’avoir prise dans mes bras de nouveau. Cette fois, tu t’étais accrochée à mon cou comme pour être sûre que je ne tenterais plus de partir sans toi. Je me souviens avoir pris l’avion
Répétition ^^

La deuxième partie me semble peut-être un peu plus maladroite que la première. Sur le fond, l'adoption au sens administratif du terme me parait effectuée rapidement. J'ai du mal à imaginer que ce soit aussi facile et rapide, même si les papiers à remplir étaient nombreux.
Ca m'étonne aussi qu'on l'envoie aussi rapidement à l'école, sans temps de repos.

La dernière partie est assez touchante, et triste. J'aimerais en savoir plus, mieux connaître cet enfant. Je pense que j''aimerais que le texte suive l'enfant de plus près, le ton étant très "distancié" d'une certaine façon (le narrateur livre peu d'informations, et le temps semble s'écouler très vite).

Bref, une chouette lecture ! Au plaisir de te lire encore  :)


Hors ligne Loïc

  • Vortex Intertextuel
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  • Prout
Re : Ce désastre
« Réponse #13 le: 16 Juin 2015 à 10:20:04 »
La suite :

Citer
comme pour être sûre que je ne tenterais

tenterai ?

Citer
La seule chose que je peux me rappeler de notre atterrissage est ta main

atterrissage, c'est ?
La main de la petite peut difficilement se serrer autour de celle du narrateur. Toute la phrase est à revoir je pense.

Citer
J’avais compris que malgré ton jeune âge, tu n’aimais pas être surprotégée.

Tu peux peut-être alléger/simplifier ? Avec moins de relatives, etc.

Citer
Je t’avais toujours laissée te reposer

Laissé.
Tu pourrais pas tout passer au passé composé ? Je suis même pas sûr de ce que je dis, mais les plus que parfaits sont lourds à la longue pour tout un texte.

Citer
J’avais immédiatement remarqué ta curiosité et ta vivacité d’esprit.
Bof

Citer
J’avais eu peur que tu ne sois submergée par tes camarades de classe, eux qui avaient vécu leur existence entière dans un pays libre de tout problèm

Très bof

Citer
Je ne t’avais pas parlé de ce que l’enseignante m’avait partagé.

M'avait partagé, non.

Citer
Mais dans la vie de tous les jours, je pouvais t’apprendre à faire du vélo. Je me souviens de ces moments passés sur le terrain vague derrière l’appartement, à jouer au ballon jusqu’à ce qu’il fasse noir. Je me souviens de ton premier spectacle d’école, du premier anniversaire auquel tu avais été invitée, en novembre. Je me rappelle de ta réaction apeurée devant la neige. C’était la première fois que je te voyais ouvrir la porte et reculer comme si des serpents se tenaient devant.

:coeur:

C'est très, très beau. La narration est vraiment maîtrisée, il n'y a vraiment que les plus que parfait sur la longueur auquel je ne crois pas trop. C'est lourd.
Merci, et vivement la suite :)
"We think you're dumb and we hate you too"
Alestorm

"Les Grandes Histoires sont celles que l'on a déjà entendues et que l'on n'aspire qu'à réentendre.
Celles dans lesquelles on peut entrer à tout moment et s'installer à son aise."
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Re : Ce désastre
« Réponse #14 le: 16 Juin 2015 à 18:52:47 »
Merci Spes et Loïc!

Spes:
1. Je ferai attention à la répétition. Et prendre l'avion, je trouve ça moche comme expression même si y'a pas grand-chose qui existe de mieux  :-¬?
2. Le ton distancé, alias mon ton normal. J'ai toujours beaucoup de misère à mettre un peu d'émotions dans mon texte. Je verrai comment je peux arranger ça pour décrire un peu mieux la petite.

Loïc:
1. Hum. Dans ce cas, je crois que les deux sont possibles. Ce n'est pas comme si le narrateur avait la ferme intention de l'abandonner, c'est juste s'il avait peut-être envisagé de considérer l'option :mrgreen:
2. C'est la faute de la préposition. Je change!
3. Quelles relatives? Ça me semble pourtant très clair.
4. Je proteste sur l'accord du participe passé. C'est la petite qu'on laisse se reposer.
5. Hors de question pour le passé composé. Notre bonhomme il parle au plus-que-parfait.
6. Je suis d'accord pour le premier bof, pour le deuxième par contre, je proteste encore. Il faut bien dire les choses d'une façon!
7. Comment tu dirais ça? Ce que l'enseignante m'avait dit? C'est probablement une expression très commune chez moi.
8. Il a aimé le dernier paragraphe wouhou! Contente que ça te plaise! Je pense aussi que c'est le bout de la deuxième partie que j'aime le plus  ^^ Malheureusement pour toi, ça risque de changer pas mal, surtout à cause de l'immense problème de rythme.

Je corrige bientôt!

 


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