Dewen, j'ai répondu à ton défi :
Abbigails, tant que j'y suis (je double-post, désolée
), je te défie d'écrire une nouvelle avec ou sans chute qui nous raconte l'histoire d'un chasseur psychopathe (je copie exta
) dans un monde de Fantasy. Il devra y avoir un chat qui parle et ta nouvelle devra contenir le mot "cramoisi" (j'aime ce mot
) !
En espérant que ça te plaira,
Bonne lecture !
***
La Reine m’a demandé de tuer sa belle-fille. Apparemment, elle serait vexée que la petite soit la plus belle du Royaume. Elle veut que je fasse le sale boulot. Ça me va. Depuis le temps que je pense à sauter le pas. J’ai hâte d’enfoncer mon poignard profondément dans sa gorge, jusqu’à son cœur. En sentir l’accélération, l’adrénaline puis enfin, le dernier battement.
En même temps, je dois avouer que cette petite est vraiment jolie : le teint blanc comme la neige, les lèvres rouges comme le sang (qui s’écoulera, cramoisi, le long de ma lame) et les cheveux noirs comme le bois d’ébène. J’en ferai mon quatre heures : un foie et des poumons cuits à point, peut-être rosés pour garder un peu de ce délectable élixir que doit être le sang d’une jeune enfant. Je ne puis attendre plus longtemps. Je suis tout excité à cette idée.
J’entre dans sa chambre sans frapper. Je la trouve allongée sur sa méridienne, les jambes contre le mur de sa chambre, la tête dans le vide, regardant par la fenêtre. Elle s’occupe comme elle peut, parle aux murs et aux portraits qui l’entourent, attendant, en compagnie de son chat, que les heures entre deux leçons passent tranquillement.
- Blanche, mon enfant, la Reine désire que vous appreniez à chasser.
- Oh. Mais je n’ai aucune envie de tuer un animal.
- Il faut que vous puissiez subvenir au besoin du Royaume, Mademoiselle. C'est la tradition que vous appreniez.
- Comme si sa Majesté avait déjà tué un animal pour autre chose que le plaisir qu’elle tire du malheur des autres. Vieille folle. Je ne veux pas tuer.
- Mais si BN ! Tu verras, une fois que ce sera fait, tu y prendras goût. Suivre ton instinct primitif. Laisser tes sens te guider. Te battre pour survivre. Traquer ta proie. Observer, comprendre, sentir, attaquer. Trouver la force en toi de prendre une vie pour la tienne. L’adrénaline ! Il n’y a rien de mieux ! A part passer du temps avec toi bien sûr.
- Ecoutez donc votre chat, princesse et venez avec moi. Rien ne sert de mettre Sa Majesté en colère.
- Tu promets que je vais aimer, Socrate ?
- Promis BN. Et si ce n’est pas le cas, tu n’as qu’à rentrer. Je serai là. Je me blottirai sur tes genoux et ensemble, on regardera le Monde. On demandera au Bonhomme de pain d’épices de nous montrer les montagnes perdues. Tu sais, tes préférées. Vas maintenant, je pars à la recherche d’une souris moi aussi.
- D’accord Socrate. Je vais le faire pour toi. Pour que tu sois fier de moi et qu’on puisse partager ta passion. Hannibal, je suis prête quand vous le voulez.
- Alors, mettons-nous en route, Mademoiselle. Il faut qu’on soit rentrés pour le dîner.
Cette gamine est vraiment facile à convaincre. Ce n'est même plus drôle. Et ce chat ! Il se croit utile. Depuis quand les gens normaux poussent leurs amis à tuer ? En même temps, tant mieux pour moi, ça n’en sera que plus facile. Et je ne puis rien assurer en matière d’amitié. Les gens me sont tellement indifférents.
Puis, dans l’écurie, je monte sur mon cheval et regarde la petite. Elle se débat tant bien que mal pour monter sur son étalon. Elle est encore jeune et fragile. Si facile à convaincre, tromper, manipuler. A modeler. Elle peut être passionnante. Un peu comme un animal de compagnie dont on se lasse vite. Un âne. Qu’il faut tuer pour ne pas s’endetter. Si facile à abandonner, à détruire.
Son cheval à beau la connaître depuis des années et faire de son mieux pour qu’elle monte sans difficultés, elle est trop faible. Il tente de la rassurer en lui décrivant le animaux qu’il entend mieux qu’elle. Elle se fatigue vite. Ca n’en sera que plus facile pour moi. Un vrai plaisir.
Arrivés à l’orée de la forêt, nous descendons de nos montures et leur demandons de nous attendre là. Je guide la princesse à travers les arbres sur plusieurs centaines de mètres. Une fois que je suis sûr que son cheval ne nous entendra plus, je m’arrête.
- Bien, la première chose à savoir, c’est qu’il faut être à l’affut de tout : un mouvement, un bruissement de feuillages, une inflexion de l’air, un pépiement d’oiseau. Tout. Fermez les yeux. Oubliez tout ce qui interfère avec la nature : vos soucis, votre ennui, votre chat, ma présence, la mort de votre mère.
Quand je dis ça, je la vois se crisper comme un cerf qui entend le chasseur et se demande vers où s’enfuir. C’est l’instant que je préfère. La peur s’immisce en eux. Il n’y a rien de plus beau qu’un animal conscient qu’il va mourir. Je m’approche d’elle, pose mes mains de chaque côté de son ventre. Je sens sa respiration s’arrêter puis reprendre doucement. Elle a peur.
- Détendez-vous très chère. Inspirez longuement, retenez quelques instants votre souffle et expirez en prenant votre temps. Sentez ce qu’il y a autour de vous. Ecoutez. Soyez attentive à votre environnement. La chasse, c’est la vie.
Elle suit mes conseils et se laisse aller peu à peu. Ses muscles se contractent lorsque l’on entend, sur notre droite, un peu plus loin sur le chemin, un lapin effrayé par le silence.
- C’est bien. Laissez votre instinct vous guider.
Je la lâche, recule de quelques pas et l’observe. Elle serait douée pour la chasse. Calme, fluette, discrète. Les animaux n’ont pas peur d’elle, au contraire. Je sens la forêt toute entière frémir autour de nous. Ma forêt. Je suis le maître de ces lieux et ce lapin ne l’a pas oublié, lui, au moins. Les autres le paieront de leur vie dès que j’en aurais le temps. La Reine n’en sera que plus ravie.
Je vois Blanche Neige se laisser transporter par ce qui l’entoure. Elle respire maintenant au rythme du vent, de la forêt. Elle serait douée mais elle n’a aucun instinct. Elle vit avec son environnement. C’est là, la clef pour chasser. Il faut accepter d’aller contre la nature elle-même. Tous ses muscles sont détendus. Sa respiration est faible, presque inaudible. Je me plais à l’observer comme ce sacré chat le disait. Je la connais et sais parfaitement comment cette enfant fonctionne. Elle va tenter de se protéger, de protéger ce qu’elle aime mais n’en aura pas la force. Dernière étape : sentir. Ce que le Chat n’a pas dit, c’est qu’il s’agit de sentir le bon moment pour attaquer.
- Et après ? chuchote-t-elle pour me pas briser la douceur de cet instant. Cette petite chieuse m’a sorti de ma rêverie et a ruiné tout mon travail. Je vais devoir tout recommencer. Vivement qu’elle soit dans mon assiette.
- Après, rappelez-vous de ce que Socrate a dit.
- La proie. Traquer puis observer.
- Voilà.
Elle marche, les yeux fermés. Cette enfant à un don de vue occulte ou je ne suis pas chasseur. Personne ne marche dans une forêt pour la première fois les yeux fermés sans même approcher un quelconque danger ! Ça va être un rien plus compliqué de la tuer mais ça n’en sera que plus plaisant. Elle s’arrête dans une petite clairière. Je fais de même quelques pas derrière elle.
- Il y a un cerf à quelques mètres sur notre gauche. Mais je ne peux pas l’approcher plus pour l’observer. Comment dois-je procéder ?
- Ecoutez. Observez avec tous vos sens, pas seulement votre vue.
Cette gamine est réellement douée. M’en débarrasser, c’est aussi protéger ma place à la cour. Si elle y prenait goût, ils n’auraient plus besoin de moi pour chasser. Je l’observe de nouveau. Sa respiration retrouve son rythme en symbiose avec le vent. Je la regarde avec tellement d’attention que je vois son pouls dans son cou. Il bat de plus en plus calmement lui aussi. De nouveau, ses muscles se détendent et son corps se balance presque, en harmonie avec les arbres de la forêt. Elle ne fait qu’un avec la nature.
Jamais je n’aurais cru voir ça. Cette petite princesse qui ne voulait pas tuer, il y a quelques heures à peine, est en bonne voie pour devenir une réelle menace pour moi. Je ne suis que plus heureux d’assouvir le bon plaisir de notre psychopathe de Reine.
J’attends maintenant patiemment le moment pour attaquer. Je n’ai jamais pu observer ma proie d’aussi près. Elle bouge vers la sienne. Maintenant. Je me lance sur elle. Mon poignard est déjà dans ma main. Je le serre du plus fort que je le peux et le dirige droit sur sa poitrine. Elle ne se laisse pas faire et attrape mon poignet. Elle résiste mieux que je ne le pensais. Elle tient à la vie la garce !
- Mais qu’est-ce qu’il te prend Hannibal ?
- Deuxième leçon, savoir ce que l’on risque en chassant : nous ne sommes pas les seuls prédateurs !
- Mais tu es fou ! J’ai compris maintenant. Lâche-moi !
- Non, vous devez être capable de vous défendre. C’est la sélection naturelle.
***
Sa force est bien plus importante que je ne le pensais. Je repousse sa main. Un cerf approche, intrigué. Je ne peux pas me laisser faire devant un animal ! Je mets toutes mes forces dans ce combat pour la vie. J’attrape le poignard qui était tombé entre nous, lève le bras et enfonce la lame dans sa poitrine. Au plus profond de son cœur. Je sens son sang ne faire qu’un tour, les pulsations de ce muscle vital s’accélérer sous le choc d’adrénaline. Il enserre ma lame et le relâche quelques instants de plus. De moins en moins fort dans un dernier espoir. Puis se détend. Tout son corps suit. Il ne reste plus un souffle de vie dans cet être de chair. Le premier que j’ai tué. Ça m’a plu. Sentir le pouvoir que j’ai sur une existence, prendre une vie. C’est un réel bonheur et je ne sais si je serai capable de ne pas recommencer. Le Chat avait raison, tuer est un plaisir, un instinct primitif.
***
- Ce satané chasseur doit avoir fini sa mission depuis bien longtemps. La nuit tombe, mon ignoble belle-fille doit être morte à présent. Alors, miroir, miroir joli, qui est la plus belle au pays ?
- Ma Reine, vous êtes incontestablement la plus belle en ces lieux. Mais, par-delà les monts d'airain, auprès des gentils petits nains, Blanche-Neige est mille fois plus belle.