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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Pas de racine dans l'océan [tout petit peu explicite le temps de 2 phrases...]

Auteur Sujet: Pas de racine dans l'océan [tout petit peu explicite le temps de 2 phrases...]  (Lu 2721 fois)

Hors ligne algache

  • Aède
  • Messages: 154
  • La dose fait le poison
L'AT suivant, consistant à écrire une histoire sur la base d'une ou plusieurs photos prises dans le sud des Etats-Unis, m'a inspiré le texte ci-dessous. J'y ai vu l'occasion d'explorer un thème qui me titille depuis un certain temps: les récits avec une touche de bilinguisme. Ca se veut léger et un peu cheesy... comme une série américaine!  :)

Pas de racine dans l'océan
Nico caressa le volant de la Ford Mustang du bout des doigts. Le contact du cuir artificiel était apaisant. Il observa la silhouette chromée du cheval lancé au galop et interpréta dans l’emblème de la marque américaine un symbole auquel il pouvait s’identifier.

Son regard se posa sur la montre qu’il portait au poignet. Sept heures. L’horloge de la Mustang indiquait treize heures. Il fronça les sourcils. Était-il sept heures du soir ou du matin en France ?

Il sortit de la voiture. Plus encore que le décalage horaire, la différence de température lui donnait un léger vertige. La veille, il déambulait au centre de Paris par zéro degré. Aujourd’hui, il se trouvait sur un parking de Floride bordé de palmiers, dans une chaleur presque estivale. Il prit une profonde inspiration, comme pour s’imprégner de l’odeur iodée de l’océan.

Il traversa le parking jusqu’au Corner Cafe, aux slogans pleins de points d’exclamation (Good food ! Good times ! You can’t beat the Corner’s meat !) Sitôt entré, il se trouva plongé dans l’univers de ces restaurants trop climatisés qui, aux Etats-Unis, semblent occuper chaque coin de rue. Le décor était convenu : une rangée de tables rectangulaires le long des baies vitrées, séparées par des banquettes en vinyle rouge, aux sièges dodus invitant à s’y vautrer le temps d’un repas ; le bar en zinc et ses tabourets aux pieds rutilants, recouverts d’un coussin rond de même couleur que les banquettes ; le sol couvert de grandes catelles noires et blanches évoquant un échiquier.

Nico avait l’impression d’entrer dans une série américaine. Tout dans le restaurant lui était familier, mais par écran interposé. La scène exprimait la banalité d’un décor de fiction, pourtant l’expérience de cette réalité lui apparaissait délicieusement exotique. Dans les séries, beaucoup de situations extraordinaires débutent au sein de diners très ordinaires.

Pour l’instant, Nico préférait rester en retrait, ne promouvoir son rôle de spectateur qu’à celui de simple figurant. Il s’approcha d’une table inoccupée et s’assit sur la banquette écarlate. La lumière de la lampe en surplomb faisait briller le tissu laqué comme une pomme d’amour dans la vitrine d’un confiseur.

(Image 1)
 
Une serveuse vêtue d’une mini-jupe noire et d’un t-shirt de même couleur, estampillé de l’emblème du Corner Cafe, s’approcha de sa table en souriant :

Hi there! lança-t-elle avant de poser une question qu’il ne comprit pas. L’anglais qu’il avait appris lors d’un séjour en Angleterre se heurtait à l’accent de la Floride.

Pardon me?

La serveuse arqua un sourcil d’une façon qui ne le laissa pas indifférent.

Do you want water with or without ice?

‒ Hum… Sure. With ice…

Il eut à peine le temps de déchiffrer le prénom inscrit sur son badge avant qu’elle ne reparte derrière le bar. Elle s’appelait Amber. Il s’empara du menu mais ne lui accorda qu’un œil distrait. Il ne pouvait s’empêcher d’observer le spectacle fascinant d’une journée ordinaire au cœur d’une petite ville du sud des Etats-Unis. Paris lui semblait si loin. Il l’avait quittée sur un coup de tête, un coup de blues, un peu des deux...

Elle posa devant lui un verre en plastique rempli de gros glaçons.

You ready to order?

Yes. I’ll have a… bacon cheeseburger.

Would you like fries with that?

Sure…

Il aimait bien son sourire et la manière dont elle le regardait, vaguement intriguée. Son accent, sans doute. Elle ne ressemblait pas aux actrices jouant les serveuses, mais cela n’empêchait pas Nico de la trouver jolie, avec ses yeux clairs et ses cheveux sombres noués en queue de cheval. Il la suivit du regard alors qu’elle se dirigeait vers la cuisine.

Les amours et le travail de Nico avaient suivi des trajectoires parallèles et opposées. Son amour l’avait quitté en expliquant qu’il était bien pour elle, mais qu’elle ne l’aimait pas. Il venait de quitter son travail en sachant qu’il était bon pour lui, mais qu’il n’en voulait plus. L’une l’avait laissé le cœur en miettes et la tête pleine de souvenirs. L’autre avec une certaine aisance financière et l’impression d’avoir perdu son temps.

Le Corner Cafe se vida peu à peu d’une clientèle retournant à ses occupations. Nico, personne ne l’attendait plus nulle part. Amber réapparut avec son bacon cheeseburger.

Here you go! dit-elle en posant l’assiette devant lui.

Elle fit mine de s’éloigner, hésita puis se retourna pour lui demander :

Where’re you from?

‒ Hum… Paris, France.

Paris? Wow! What brings you over here?

Actually… I am not sure myself.

Elle dut lire sur son visage un doute que lui-même ne savait pas interpréter, car son sourire s’estompa :

I see, dit-elle en hochant la tête. You be careful, though. You know you can’t take…

Il ne comprit pas la fin de sa phrase, mais elle repartit avant qu’il n’ait le temps de la faire répéter. Il mangea sans se presser.

Sa montre indiquait quatorze heures passées et le diner était vide lorsqu’Amber vint récupérer les reliefs de son repas. Nico se sentait prêt à passer du rôle de figurant à celui d’acteur.

Anything interesting to do around here?

Not much… There is the State Fair down Southern Boulevard… You know, ajouta-t-elle face au regard interrogateur de Nico, at the fairgrounds. It’s pretty nice at night.

Fairgrounds, pensa-t-il. Une fête foraine ? Il imaginait bien une scène de son propre film dans le décor d’un champ de foire. Mais pas seul.

You… Would you like to show me around? I mean… When you’re done here… If you don’t…

Amber le dévisagea quelques instants qui lui semblèrent une éternité.

Sure. Why not? répondit-elle enfin avec un rire léger. You can tell me all about Paris, then.

Lorsque Nico sortit du Corner Cafe, le soleil lui semblait plus éclatant, le ciel plus bleu et les Etats-Unis merveilleux.
 
(Image 2)

Il y avait des années que Nico n’avait plus mis les pieds dans une fête foraine. Si certaines attractions, la grande roue en particulier, lui rappelaient des souvenirs de Paris, d’autres n’existaient pas en Europe et donnaient à la fête une coloration typiquement américaine. Il se sentit à nouveau happé dans un décor de cinéma. Ce soir-là, pourtant, il partageait la vedette avec une actrice locale, qui donnait au scénario une profondeur nouvelle et l’espoir d’un dénouement imprévu.

Dans le tumulte du champ de foire, Nico avait de la peine à saisir tout ce qu’Amber lui disait. Il se contentait d’écouter son rire argentin et de contempler l’éclat des lumières se reflétant dans ses yeux clairs. Elle n’arborait plus le sourire professionnel de la serveuse du Corner Cafe, mais celui d’une fille souhaitant mordre la vie à pleines dents. Ils se faisaient penser à Julie Delpy et Ethan Hawke dans Before Sunrise. Forcément, il l’avait embrassée une première fois au sommet de la grande roue. Elle n’avait pas refusé son baiser.
De retour sur terre, elle l’avait mené par la main vers une de ces roulottes colorées où l’on vendait de la crème glacée et des milk shakes.

(Image 3)

You ever had a root beer float? demanda-t-elle en effleurant son oreille du bout des lèvres pour couvrir la musique des haut-parleurs montés sur la roulotte. Sans attendre de réponse, elle glissa quelques mots au forain qui hocha la tête puis remplit deux gobelets de glace vanille qu’il inonda de A&W sous les yeux incrédules de Nico.

That’s a float, conclut-elle en lui tendant un des gobelets.

Ils se promenèrent sans but parmi les attractions.

Where’re you staying?

I rented a room… The Parkview Motor Lodge, on Dixie Highway. Why do you ask?

Elle lui sourit sans répondre, puis se dressa sur la pointe des pieds pour l’embrasser. Sa bouche avait le goût sucré de la vanille et du soda.

You… You wanna see it?

Elle arqua un sourcil comme elle l’avait fait au Corner Cafe, de cette manière qu’il trouvait délicieusement raffinée.

Why not?

(Image 4)

Amber était assise nue sur le bord du lit, les bras levés et les mains derrière la nuque, dans une pose sensuelle et détendue. La lumière de la lampe de chevet sculptait l’ombre éphémère de son corps sur les draps blancs. Leur étreinte avait été un jeu de contrastes : timide puis passionnée, tantôt douce, tantôt fougueuse, exploratoire et voluptueuse.

Nico l’admira avant de s’allonger à ses côtés. Il aurait voulu lui dire ce qu’il ressentait auprès d’elle, lui expliquer qu’elle avait chassé cette sensation de vide dans sa poitrine, un désert stérile préfigurant le néant et la mort. Ce soir, le vide s’était rempli de ses rires dans la lumière de la fête foraine, de ses caresses et de ses baisers parmi les ombres de la chambre d’hôtel. Il voulait exprimer tout cela à Amber, assise nue sur le bord du lit, mais il ne savait pas les mots.

I love you, souffla-t-il sans trop savoir s’il s’agissait d’une déclaration ou d’une question.

Elle le dévisagea d’un air étonné, avant que son rire léger ne repousse le silence dans les coins de la pièce. Elle se saisit d’un coussin et le frappa sur la tête.

No, I am serious… répliqua-t-il en faisant mine de se protéger. Everything is… different with you…

Elle inclina la tête et le fixa avec plus d’attention. Dans la pénombre, ses yeux avaient pris la teinte d’un ciel d’orage.

You’re confused, Nico… It is not me you love. It is what you experience here for the first time. I am just part of the show. When the lights go off, I’ll be gone, too…

The lights will not go off. I really think… I love you.

Don’t say that, répondit-elle avec un air peiné qui le surpris. We’re just… having fun.

Il se redressa sur un coude.

Is that what I am to you? Just a French boy to have fun with?

Pour toute réponse, elle dessina de l’index un tracé indécis sur la poitrine de Nico et soupira. Elle se leva et gagna la salle de bain, en prononçant une phrase dont il ne saisit pas le début, mais qui se terminait pas :

…roots in the ocean…

What did you say?

Déjà la porte s’était refermée derrière elle. Il passa la main sur sa poitrine, là où se trouvaient auparavant les doigts d’Amber.

(Image 5)

Lorsqu’il se réveilla le lendemain matin, elle était partie. Il se leva avec le secret espoir de trouver sur le miroir un message tracé au rouge à lèvres, comme dans les films. Mais le verre immaculé ne réfléchit que l’image d’un visage aux yeux cernés. Dans son esprit, les souvenirs colorés de la fête foraine ressemblaient déjà à l’illusion lointaine d’un monde rêvé. Il ne trouvait plus sur ses lèvres le goût du root beer float.

Il se sentait frustré de ne pas avoir su lui expliquer ce qu’il ressentait, frustré de ne pas avoir compris ce qu’elle lui avait répondu. Il n’acceptait pas que l’obstacle des langues ait pu se mettre au travers des sentiments qu’il nourrissait à son égard. Il cherchait à se convaincre qu’elle avait fui par crainte, pas encore prête à assumer dans le regard de Nico le reflet de ses propres sentiments. Ou alors avait-elle saisi, au-delà de sa perception à lui, l’impossibilité d’un futur commun ?

Le Parkview Motor Lodge n’était qu’à quelques centaines de mètres de l’océan. The ocean, dernier mot de la phrase incomplète d’Amber. Il quitta le motel, monta dans la Mustang et, après avoir effleuré du bout des doigts le cheval sauvage lancé au galop, prit la route d’Emerald Beach.

Debout sur la plage, les cheveux ébouriffés par les bourrasques qui dessinaient les frises des vagues à la surface de l’eau, il eut l’impression que l’Atlantique lui soufflait le sens des formules qu’elle avait prononcées à plusieurs reprises, mais dont il n’avait saisi que des bribes : you can’t take root in the ocean.

Nico écarquilla les yeux face à l’immensité des flots, comme s’il espérait deviner au-delà de l’horizon la lisière des terres de France, chez lui. On ne peut pas planter ses racines dans l’océan… Mais si ces racines sont ancrées profondément dans le sol de ses origines, les branches qui en sortent sont-elles capables de le traverser ?

Les vagues s’échouaient sur la plage et lui léchaient les pieds au rythme du flux et du reflux. Il les laissa faire quelques instants, puis rebroussa chemin d’un air décidé. Il monta dans la Mustang, démarra en trombe et s’engagea sur Okeechobee Boulevard, en direction du Corner Cafe.
« Modifié: 20 Avril 2015 à 21:52:26 par algache »

Hors ligne Aventador

  • Calliopéen
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  • rêve d'une divinidylle avec Vanessa
    • Raphaël Nomézine, auteur
Hello!  :)

Eh bien j'ai beaucoup aimé ton "téléfilm" au parfum d'outre-atlantique! Et même s'il est rempli de clichés -assumés - je l'ai trouvé merveilleusement dépaysant.
Pour la partie française, c'est, à mon sens, très bien écrit. Pour les parties en anglo-américain, n'étant pas expert, je ne saurai trop dire. Si certaines répliques sonnent juste, d'autres m'ont un peu fait tiquer dans le sens où elles semblaient être une traduction littérale. Mais bon, ça cadrait quand même bien avec l'ambiance distillée.

Bref, j'ai vraiment passé un très bon moment à te lire (même si je ne suis pas fan des photos, plutôt ordinaires, qui t'ont inspiré - mais c'est pas grave, tu n'en es pas l'auteur). Merci pour ce texte.

See you...  ;)

Avent'
"Nous ne disons rien, le silence parle pour nous deux. Le silence, et la pluie au-dehors peut-être."RN

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Re : Pas de racine dans l'océan
« Réponse #2 le: 10 Avril 2015 à 14:41:20 »
Algache, bravo!
J'ai juste adoré ton histoire. Je trouve ça tellement ingénieux d'avoir pris tous ces clichés et de les avoir retournés à ton avantage. Je n'ai pas perdu une miette de ton récit. Et je n'ai même pas regardé les images :D
J'aime beaucoup ton style d'écriture. Je l'ai trouvé exactement comme il faut pour ce genre de texte.

Ps: je te raconte le petit moment de solitude que j'ai vécu en lisant l'une de tes répliques. Imagine la situation: je suis dans un café, et je suis en train de lire ton texte sur mon téléphone tandis qu'à côté de moi, deux hommes parlent affaires. Et là, je lis cette réplique qui pour moi restera épique: "Pardon me?" et j'éclate littéralement de rire. Je te dis pas la tête que font mes deux hommes d'affaires  :mrgreen:
Encore merci pour ce texte superbe!

Hors ligne algache

  • Aède
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  • La dose fait le poison
Salut Avent' et extasy!

Merci pour votre lecture et vos commentaires!

@Avent'
Eh bien j'ai beaucoup aimé ton "téléfilm" au parfum d'outre-atlantique! Et même s'il est rempli de clichés -assumés - je l'ai trouvé merveilleusement dépaysant.
Chic! Un petit côté "pastiche" de série télé, quelques clichés assumés, comme tu dis. Si tu l'as ressenti ainsi, c'est que le but recherché est atteint. Merci!

@extasy
Ps: je te raconte le petit moment de solitude que j'ai vécu en lisant l'une de tes répliques. Imagine la situation: je suis dans un café, et je suis en train de lire ton texte sur mon téléphone tandis qu'à côté de moi, deux hommes parlent affaires. Et là, je lis cette réplique qui pour moi restera épique: "Pardon me?" et j'éclate littéralement de rire. Je te dis pas la tête que font mes deux hommes d'affaires  :mrgreen:
J'aime bien ton anecdote et l'idée que tu lisais le texte dans un café! Mais du coup tu sèmes un doute dans mon esprit: pourquoi la réplique "Pardon me?" te semble épique? Trop british à ton goût?  :)

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Pas de racine dans l'océan
« Réponse #4 le: 11 Avril 2015 à 13:50:39 »
Non Algache, non... Je viens de me rendre compte qu'il me faut d'urgence aller prendre des cours d'anglais... Parce que, mon cher Algache, figure-toi que je pensais qu'on disait"excuse-me"... Du coup ton "pardon-me" m'a simplement paru comme étant la réplique d'un pauvre francophone qui n'avait pas encore assimilé toutes les bases de l'anglais...
Mais bon, la situation en devient doublement épique, comme ça  :mrgreen:

Hors ligne algache

  • Aède
  • Messages: 154
  • La dose fait le poison
Extasy, ta réaction était tout à fait compréhensible! A l'origine, j'avais écrit pour cette réplique "Excuse me?", car c'est effectivement ainsi que les gens répondent dans une telle situation. Mais comme mon personnage met les pieds pour la première fois aux USA et a appris son anglais en Angleterre (il se débrouille quand même assez bien dans la suite du récit), j'ai préféré la forme plus formelle et plus british "Pardon me?" pour sa réponse, qui donne d'emblée une petite touche "exotique" pour Amber.
Tu avais donc vu assez juste!  :)

Hors ligne Writer77

  • Troubadour
  • Messages: 325
Salut Algache!!  :)

Franchement ton texte est une merveille!  J'aime beaucoup la mélancolie qui s'en dégage. J'ai particulièrement aimé ces phrases :

Citer
Son amour l’avait quitté en expliquant qu’il était bien pour elle, mais qu’elle ne l’aimait pas. Il venait de quitter son travail en sachant qu’il était bon pour lui, mais qu’il n’en voulait plus

Ayant eu le cœur brisé récemment, I can relate  :D

Je ne me suis pas du tout ennuyé durant ton récit, et je dois dire que tes descriptions sont très pertinentes. Je me suis vraiment retrouvé, surtout lorsque tu as fait référence a
Citer
ces restaurants trop climatisés qui, aux Etats-Unis, semblent occuper chaque coin de rue.

Toutefois, la fin m'a un peu laissé sur ma faim. Peut être une suite?  ::)

A bientôt!  ;)
Il n'y a qu'une seule règle : ne jamais abandonner

Hors ligne algache

  • Aède
  • Messages: 154
  • La dose fait le poison
Franchement ton texte est une merveille!  J'aime beaucoup la mélancolie qui s'en dégage.
Merci Writer! Ravi que cela t'ait plu.

Ayant eu le cœur brisé récemment, I can relate  :D
Heh. Je pense qu'on est toutes et tous passé-e-s par là au moins une fois dans notre vie... C'est pour ça que cela fait partie des thèmes universels de l'écriture!

Toutefois, la fin m'a un peu laissé sur ma faim. Peut être une suite?  ::)
Sait-on jamais... Mais l'idée de la chute partiellement ouverte était aussi d'inciter le lecteur à imaginer sa propre suite.

Merci beaucoup pour ton commentaire et bonne continuation de l'autre côté de la grande flaque!

Hors ligne algache

  • Aède
  • Messages: 154
  • La dose fait le poison
Salut Lucie et Champdefaye!

Merci d'avoir pris le temps de faire un bout de chemin avec moi sur le sable des plages de Floride...

@Lucie:
J'ai même eu une vieille remontée d'un récit de Hemingway (je crois '50 mille dollars' ou une autre nouvelle, je ne sais plus) que je vais m'empresser de relire. Si c'est pas la classe, ça...
Attends que je me reprenne, là... En lisant le début de ton comm', je me dis "Bon, là, l'amie Lucie n'a pas trop accroché à mon histoire. C'est ok, on ne peut pas plaire à tout le monde..."
Et puis tu me balances, comme ça, que l'ambiance t'a fait penser à du... à du... Hemingway? On ne m'avait encore jamais parlé comme ça...  :s
I love you...  :D
C'est un très beau compliment que tu me fais. Pas que je sois un fanatique d'Hemingway (bon, c'est vrai, j'ai quand même dans mon bureau un exemplaire d'une machine à écrire Hermès Baby, qui était soit-disant le modèle préféré d'Hemingway... Ca crée des liens...) Merci pour ta lecture!

@Champdefaye
Je réfute par contre les commentaires sur le côté Série US de cette histoire. Si le décor peut faire série US, c’est parce qu’il est US, mais le reste n’est pas « Série », la structure n’est pas celle d’une « Série », l’évolution de l’histoire n’est pas celle d’une « Série ».
Je vois plutôt l’influence du film français intellectuel courant ou du film US « indépendant » et l’allusion à « Before sunrise » situe bien le modèle adopté.
J'aime bien ta critique, parce que je n'y avais pas pensé sous cet angle mais, maintenant que tu le dis... Si, plutôt que de focaliser la métaphore sur les séries US, je le fais de manière plus neutre sur le cinéma (en gros, l'impression d'être dans un film, sans forcément insister sur le caractère intellectuel ou indépendant, juste un film, tout en gardant la référence à Before sunrise pour cadrer un peu), tu penses que ça peut le faire?

Certains regrettent la chute, celle ou Nico va retrouver Amber. Mais, ce qui me plait dans son aspect cliché « happy ending », c’est qu’elle va justement à l’inverse du cliché a la mode où chacun repart vers sa solitude. Pour moi, un cliché anti-cliché n’est plus un cliché.
Et puis, de toute façon, il est très probable que la petite serveuse va gentiment envoyer balader le petit Frenchie.
Yeah. Serves him right!  :mrgreen:

...ou peut-être pas...?

Comme évoqué plus haut en réponse à Writer, j'aime assez la chute ouverte dans ce contexte, parce qu'au final le lecteur peut imaginer ce qu'il veut.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Une seule remarque : je trouve que le « love at first sight » qu’éprouve Nico pour Amber ne se comprend pas bien. D’ailleurs, Amber ne le comprend pas non plus. On me dira que le propre du coup de foudre, c’est d’être inexplicable. D’accord, mais pour le lecteur, il faudrait l’amener, ne serait-ce que d’une phrase, juste avant ou juste après le « I love you »
Ah. Ce commentaire-là m'interpelle. J'ai dû faire quelque chose de faux, parce que dans mon esprit, c'est exactement ce que la phrase avant le "I love you" est censée faire:

"Il aurait voulu lui dire ce qu’il ressentait auprès d’elle, lui expliquer qu’elle avait chassé cette sensation de vide dans sa poitrine, un désert stérile préfigurant le néant et la mort. Ce soir, le vide s’était rempli de ses rires dans la lumière de la fête foraine, de ses caresses et de ses baisers parmi les ombres de la chambre d’hôtel. Il voulait exprimer tout cela à Amber, assise nue sur le bord du lit, mais il ne savait pas les mots."

Comme il ne sait pas les mots, il se contente de ce "I love you" un peu naïf. Ou alors ce n'est pas le genre d'amenée auquel tu penses?
« Modifié: 13 Avril 2015 à 21:35:40 par algache »

Hors ligne Aventador

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    • Raphaël Nomézine, auteur
Série US ou pas Série US
J'ai voulu dire que ton histoire racontait, dans un décor parfaitement US, une histoire qui n'avait rien de commun avec celles qui sont développées dans les séries. D'abord, par définition une série compte plusieurs épisodes et même plusieurs saisons. Le scénario en est fabriqué pour maintenir l'attention sinon le suspense, avec des chutes régulières ( à la télévision, c'est toutes les dix minutes). Ce n'est pas le cas de ton histoire, qui, en moins développé, évoque très bien Before Sunrise, ce film charmant (suivi d'ailleurs de Before Sunset, tout aussi charmant) . Si j'ai parlé de film intellectuel français, c'est pour le distinguer des autres films, du genre Qu'est-ce que j'ai fait au bon dieu ? et autres farces. De même, le film US indépendant, c'est Un été 42, opposé à Interstellar.
Donc pour moi, c'est bien l'ambiance de ce genre de film, que l'on trouve dans ton histoire. (Ici, ce serait plutôt un court -métrage.)

.

C'est pour ça que je parle de "téléfilm", sans pour autant être dépréciatif.

Avent'
"Nous ne disons rien, le silence parle pour nous deux. Le silence, et la pluie au-dehors peut-être."RN

Hors ligne algache

  • Aède
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  • La dose fait le poison
Merci Champdefaye et Avent'!

Je crois qu'on est au clair sur le point "série télé ou pas". J'ai quatre références explicites à la notion de "série américaine" dans le texte et je vais les modifier.

Quant à:

Si l'on oublie la véritable conclusion de cette "affair" dévoilée dans le spoiler, et que l'on se rapporte au texte et uniquement au texte, celui-ci exprime que Nico a vécu avec Amber un moment de plénitude et de tendresse, qui a chassé le vide qu'il y avait en lui; il a aimé ses rires, ses baisers, ses caresses.  Mais tout ça n'est pas suffisant pour expliquer le I Love You qui vient après, s'il est sincère et non exalté. Nico n'a pas trouvé les mots pour dire à Amber qu'il avait éprouvé beaucoup plus que ça, mais  Algache ne les a pas trouvé non plus pour le dire au lecteur. Évidence pour celui qui a vécu la chose, pas si évidente pour le froid lecteur extérieur.
Pudeur vis à vis de le véritable Amber ? C'est respectable.
Non, non, ce n'est pas à ce point. J'ai parlé de "touche" autobiographique, mais cela reste une histoire de fiction et Nico n'est pas algache (algache est beaucoup mieux 8))...
Je crois comprendre ton interprétation et je la respecte pleinement (l'auteur doit toujours respecter l'interprétation de son lecteur! :)), but I beg to differ... A mon avis, le texte exprime plus que ce que tu as relevé, il donne d'autres indices: Nico est parti de chez lui sur un coup de tête, le coeur en miettes, et arrive aux USA sans repère, personne ne l'attend plus nulle part. Bref, il est sérieusement en train de perdre pied. Il tombe sur cette fille avec qui tout semble neuf, frais, coloré. Elle lui donne un nouvel ancrage, un nouvel élan et il s'y accroche comme à une bouée avec son "I love you" un peu naïf. Mais dans le contexte de ce qui reste un récit d'ambiance, comme l'a relevée Lucie, je ne crois pas que la chose doive être "évidente" pour le lecteur. Toi, tu trouves que:

tout ça n'est pas suffisant pour expliquer le I Love You qui vient après
...mais pour d'autres lecteurs, c'est peut-être suffisant, ou même naturel, voir "fleur bleue", un peu immature, naïf, intéressé, chou, pathétique,...

Tu l'as dit toi-même,

le propre du coup de foudre, c’est d’être inexplicable.
Si chaque autre lecteur avait relevé une invraisemblance dans ce "I love you", je me poserais des questions. Mais cela n'a pas été le cas jusqu'à présent.

Après, il faut aussi voir que l'AT en question limite les contributions à 12'000 SEC, ce qui donne un cadre assez contraignant. Pour tout te dire, la première version était plus proche des 20'000 SEC et j'ai dû tailler sec pour atteindre le but sans complètement dénaturer le récit. Ceci explique peut-être aussi partiellement cela...

En tous cas, merci pour la discussion. C'est vraiment top de pouvoir échanger de la sorte!

 


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