Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

17 Juillet 2026 à 23:28:05
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La fille morte qui ne le savait pas [Explicite]

Auteur Sujet: La fille morte qui ne le savait pas [Explicite]  (Lu 15823 fois)

Invité

  • Invité
La fille morte qui ne le savait pas [Explicite]
« le: 07 Avril 2015 à 22:48:41 »
La fille morte qui ne le savait pas
Contenu Explicite.


The Wolf,
who lives under the rock
has invited me
to drink of his cool
Water.
Not to splash or bathe
But leave the sun
& know the dead desert
night
& the cold men
who play there.

–Jim Morrison


Le soir, lorsque la lune trône enfin au-dessus des trottoirs endormis, il me vient d'horribles insomnies. De terribles démons, dansant au rythme d'un gyrophare , là, dans le vide de mes nuit, au creux de mes rétines. Et avec ces lueurs bleutées arrive le fantôme de la morte qui ne le savait pas.

Maintenant, je me souviens bien d'elle, que j'ai croisé une nuit d'avril humide et angoissante. La morte qui ne le savait pas avait les yeux sombres comme une cyanite brisée. Au profond des tréfonds, elle cherchait son cimetière. Et alors elle a posé la main sur moi. Si j'ai bien su lire entre ses lignes, à terme, elle me voulait comme roi. Qu'ensemble nous descendions conquérir nos bas-fonds, chevaucher nos démons et régner sur les abîmes de nos espoirs. Assouvir la noirceur, la haine, et y dresser nos enfers. Son souvenir me hante, disais-je donc, au point de me pousser à dresser ces quelques mots noirâtres sans but autre que de m'en dégager une bonne fois pour toutes - si tant est que cela soit possible.

Elle s'appelait 069987686X, avait la taille d'une guêpe, les bras d'un squelette et le regard en colère. Au milieu de ces arbres, des nymphes dansantes et leurs contraires démoniaques, sa main a rencontré mon épaule.

— Salut, tu te souviens de moi ?

Trois capuches. Autant de vestes, trois fois plus de poches. Des lunettes d'aviateur. Des grosses boots ruinées. La peau bouffée par les produits, les commissures des lèvres baignée par l'écume blanche de sa salive pâteuse. Son cou parcouru de veines apparentes. Une morte, camouflée, au milieu des zombies, des teufeurs, des perchés et des dealers. "Non, je ne me souviens pas. Peut-être que sans les deux gouttes de 130Ug que je viens de me prendre dans la gueule, ce serait le cas. Mais là, tu es un zombie parmi les zombies, rien de plus.". C'est une pensée interne, car, à dire vrai, à ce stade-là, le LSD m'empêche presque de parler. Seuls mes yeux perdus au profond de ma mémoire doivent lui indiquer que je ne me souviens absolument pas d'elle. Et que la situation est particulièrement gênante.

— Mais mec, c'était il y a deux ans, en festoche ! On a parlé tout l'aprèm après les concerts, téma, j'ai même ton numéro !
— ...  ?
— Regarde !

La morte tend ses bras filiformes et me montre son répertoire. Mon numéro, mon prénom et une photo de moi souriant au bord d'une plage. Elle à mes côtés. A l'époque, j'étais plus gros. Les joues moins creusées. Meilleure forme. J'étais presque vivant. Ça avait dû commencer par là. Elle aussi était mieux portante. Sur la photo, elle n'était pas encore une défunte qui s'attend. Le souvenir flotte, puis s'estompe. Non...

— Ça ne te dit rien ? J'étais avec une pote, je suis sûre ! On vous avait croisé, on avait fini sur la plage, j'étais pas très bien à cette époque...

Lueur. Le festoche. Bloody Betroots.. La meuf battue qui semble plonger profond dans la dépression. Flash. Bouffée par l'abus et la douleur. Des cernes immenses. Prête à tout pour qu'on lui dépanne un truc. Sa pote aux mains gonflées. Mon âge.

— Si, ça me revient ! Toi qui t'embrouille avec ton ex. Je lui ressemble. Besoin de transition. Flirt vite fait. Oui, je me souviens !
— Flirt vite f..? T'es chelou comme mec. J'me souviens  surtout qu'on avait pas mal rigolé... toi tu te souviens de mes problèmes... Mais ça me fait plaisir,  ! Vas-y viens j'te paye un verre à mon camtar !

J'ai deux doses assez fortes de LSD dans la gueule. Pour moi, au milieu de ce bois, dans cette freeparty glauque à souhait, il y a deux mondes qui se confrontent. Ce peuple coloré, aux lunettes rouges, aux vêtements amples et provocateurs, assis en tailleurs, à pique-niquer, à boire, à danser en sautillant. Puis il y a ces zombies, là, tous vêtus de noir, avachis dans la boue, surdrogués, à la limite de l'anesthésie neurologique. La bouche baveuse, dans la boue, crasseux, comme des diables qui rient à gorge déployée au beau milieu d'un vacarme assourdissant.

Et puis il y a 069987686X, morte parmi les déchets, ombres parmi les zombies. Sans trop comprendre pourquoi, le fantôme que je suis, qui erre de montées en descentes, de joies en dépressions, et de sommets en tréfonds, cherche à comprendre. Je la suis.

La morte m'explique - et je réalise lorsqu'elle me raconte tout cela qu'elle me l'a déjà raconté la première fois et qu'aucun de nous ne semble s'en souvenir - qu'elle a rêvé de vivre mieux lorsque c'était encore possible, alors elle s'est acheté un camion. Pour sortir du "monde consumériste et de tous ces fous qui annihilent le vivant." Elle a voulu "refuser de concevoir le progrès autrement que comme le seul moyen d'affranchir l'homme du travail et de le pousser à méditer, à se cultiver, et à vivre en harmonie." Elle me parle de ses road-trips, de sa haine des "cravateux qui licencieraient père et mère contre une prime de 30% et une promotion en bonne et due forme." Alors elle considère son trafic blanc délavé, son matelas aménagé, et sa table d'appui comme son seul palais, au milieu d'un royaume anarchique, d'une Zone d'Autonomie Provisoire, où, durant plusieurs heures, il n'y aura ni règles, ni lois, ni flics. Tandis que la morte me raconte son ersatz de fuite de vie, je ne peux pas parler. Tout semble limpide, calme. Je regarde, je comprends, j'analyse. Parler ne sert à rien, souvent : la majorité de la communication est non-verbale et le silence révèle bien plus les gens que n'importe quelle question : ils se mettent à parler pour vous et à presque soliloquer. Le silence oblige les gens à combler le vide dont ils ont horreur, et ils préfèreront inconsciemment trop en dire que garder cette posture inconfortable qu'est l'absence de conversation.

Pour la morte qui ne le savait pas, le silence est apparemment une horreur. Elle babille et babille encore, écoulant un flot de paroles dévoilant un torrent de problèmes, tous fuis de la pire façon qui soit.  Elle me reparle de son ex' violent, du fait que je lui ressemble, qu'il était grand, brun, de son statut de musicien accompli, et de leur chute. Du fait qu'il se camait, qu'elle comprenait ça, qu'elle le soutenait presque au quotidien. Qu'elle l'avait suivi aussi. Le speed déconstruit son discours, annihile sa logique et moi, je ne dis pas un mot. Tout ceci me semble une porte ouverte sur un royaume froid et enterré, si je sais l'analyser. On ne comprend que ce que l'on voit.

Je sors ma sacoche, elle sort son whisky. Un quart d'une bouteille basse qualité imbuvable.

— Tiens, comme promis.Laisse m'en un peu pour la fin de la teuf, steuplé. Me faut un verre ou deux pour me calmer avant de m'endormir, sinon je psychote.

Je sors la bouteille de Jack Daniel's de ma sacoche. Ma weed. J'entreprends difficilement de rouler un joint.

— Garde ta bouteille, je pourrais même pas le boire.
— Merde, j'voulais faire un échange. T'as quelque chose ?
— Hein ?
— T'as rien ? Un taz, quelque chose ?
— Euh... on se connait pas. Je dépanne pas comme ça...
— Y'a pas de came sur cette teuf, là. Rien. La dernière fois, t'avais de la MD. C'est pas folichon, mais ça fait toujours quelque chose. J'voulais te payer l'apéro contre un p'tit truc...
— Beh j'ai ma bouteille de toute façon. Tu te shoot à la D, c'est sérieux ?
— Pour le geste. Y'a pas de flash mais ça dépanne, j'te dis. Du coup je peux t'échanger quoi contre un de tes trucs, là ?
— Rien, laisse tomber, putain...
— Ça te dit pas qu'on se perche et qu'on s'amuse un peu tous les deux dans mon camion ?

Elle a presque souri. Depuis son sourire, de petits traits se sont formés sur le creux de ses joues, et elle a dévoilé des dents brunes dévorées par l'abus. Sa main passe devant sa bouche, comme pour les camoufler discrètement.

— Allez, quoi. Y'a un bon feeling, nan ? Tu te piques pas, toi ?

A nouveau, me voilà incapable de parler. J'ai beau chuter, j'ai beau descendre, il faut se rendre à l'évidence : je plais à une morte qui veut qu'on se shoot avant de sauter dans son matelas miteux pour baiser dans un trafic entouré de centaines de perchés. A qui j'ai tapé dans l'oeil y'a deux ans, et qui s'en souvient. Au fond de moi, j'ai peur que le fantôme s'éteigne. Que le fantôme crève d'un coup et finisse par aller baiser des mortes dans la joie et la défonce.
— Non, je ne me pique pas. Même le speed, je le trace pas. Je ne fais que fumer et ingérer, et c'est déjà trop.
— Beh tant pis, hein, t'es un grand garçon, ça va pas te choquer.

Elle sort son matos, sa cuillère. Prend son briquet. Autour de moi, tout tourne. Que je lui donne ou pas, elle le trouvera quelque part. Sûrement avec un mec qui acceptera de la niquer malproprement dans ce trou à rat dégueulasse. Sa main se tend vers moi.
Et alors je pense à Mila. Je pense au soleil, à la trance, aux gens colorés, et à l'espoir de fête libre qui m'anime comme on rêve d'un paradis. Je pense à la masse de gens qui dansent de la même façon, qui se courbent parfois en même temps et qui gravitent autour du même mur de son, comme autant de feuilles couchées par le vent. Je pense à l'équilibre, à l'harmonie, aux astres, au système solaire. Je pense à la vie, et à la morte. Il me vient alors l'idée que certains astres sont voués à s'étouffer et à s'éteindre comme des soleils sans oxygène. Je pense que je ne suis rien. Un astre fantôme au milieu d'un cataclysme humain. Je lui tends ce qu'elle veut. Platement, ça coute dix balles.

- Mec, tu trépignes, on est loin du son... Je fais ça et on retourne là-bas, ok ? J'voulais pas te déranger, y'a un pur feeling, t'es un mec sympa... j'sais pas. Avec l'aprèm qu'on a passé ensemble y'a deux ans, j'me suis dit que c'était cool de se revoir, nan ?
- Y'a un p'tit qu'a besoin de moi, là. Il part un peu dans tous les sens, il essaye un peu tout. Je devais l'encadrer, je joue un peu le grand frère... J'pensais pas qu'on irait si loin. Je file, rejoins-moi là-bas au pire...

J'ai remarché vers le son, seul, sur plusieurs kilomètres de voitures où s'enchainaient les musiques violentes et les boitiers de Cd poudrés. J'ai croisé des mecs qui proposaient de quoi se percher en vrac comme un boulanger ses baguettes, comme d'habitude. MD, trips, tazs, coke, speed. Pas de drogues archidures ce soir là. Juste des morts qui vendent des petites portes pour l'enfer. A croiser des gamins sous extasy qui claquent des dents avant de reprendre leur cursus de HEC. Des échoués du système social. Des dealers qui n'ont trouvé comme carrière que celle du marché noir, libre d'accès si tant est que l'on ait des couilles. Des mortes qui se piquent aux amphétamines faute de mieux... et moi, fantôme à demi-vivant, qui erre, là, au milieu de tous.

J'ai avancé encore. Une fois devant le son , comme sur les bords du Styx, j'ai retrouvé le petit qui phasait sur l'arbre, un peu inquiet de ne plus me sentir autour de lui, et sa recherche d'apaisement, similaire à la mienne, son envie de couleur, de trance, de sourire et de partage. Son envie d'harmonie et de fraternité.  Toute la tension d'avoir vu un soleil en voie de destruction s'est estompée. Et alors, quelques instants plus tard, en me retournant, entre les lasers stroboscopiques et les mâchoires déformées, j'ai aperçu une lumière bleue qui tournait près d'un trafic blanc. Un gyrophare qui hululait sur fond de rouge, là, au milieu de la forêt, entre les fantômes et les ombres, pour 069987686X.

J'ai fermé les yeux, et j'ai dansé. Certains astres se privent parfois eux-mêmes de l'oxygène qui leur permet de briller. Mais dans ma rétine subsisteront encore pour longtemps ces lueurs qui feintent de danser, bleu et sang, comme autant d'appels à l'aide jetés en vain dans le vide froid de mes nuits par la pauvre fille morte qui ne le savait pas.
« Modifié: 12 Mai 2015 à 14:06:54 par Psykokwak »

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Re : La fille morte qui ne le savait pas [Explicite]
« Réponse #1 le: 08 Avril 2015 à 01:56:03 »
Bonsoir, Psykokwak

J'ai bien aimé ton texte, mais j'avoue que je l'ai relu pas mal de fois pour le comprendre et surtout le ressentir!
C'est ce qui s'appelle faire jouer les émotions! Ça change tellement des textes linéaires dont on suit l'évolution "d'en haut"... Ça fait du bien, pour une fois, d'être "à l'intérieur" du texte.
Par contre, je ne suis pas sûr: 069987686X c'est en quelque sorte l'ID de la goutte de LSD qu'il lui a refilé?

Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
  • Modo
  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 10 998
Re : La fille morte qui ne le savait pas [Explicite]
« Réponse #2 le: 09 Avril 2015 à 00:02:00 »
Salut poto !

Ton texte est super immersif, ton écriture est noire, heureusement lumineuse par instants et tu nous enfermes dans les insomnies à la dernière ligne. La lucidité froide de ton personnage glace le sang, sa vision de la teuf est superbement rendue à mon sens. Ta mise en scène du personnage féminin est réussie aussi. Sa fragilité, sa naïveté (sa bêtise ?), ses fuites (en babillage, en camion, en mecs, en came...), sa dérive, tu nous sers tout ça de façon affreusement réaliste. Et pourtant, ton titre, cette rengaine qui revient dans le texte donnent un côté surréel, ou onirique.

Nous traversons donc cette freeparty comme dans un vaisseau de lucidité glauque. Ton entame très poétique, puis la référence aux ombres, aux zombies, les flashs du narrateur, les diables, les anges... tout cela contraste d'une puissance avec le comportement de la morte qui ne le savait pas. Son babillage sur fond de ruine. Et les gyrophares qui encadrent le texte au début et à la fin, ces lumières froides qui tourmentent pour ouvrir et clore le texte. C'est fort.

Du coup, ton perso principal a une épaisseur dingue, on sent en lui plein de choses, de contradictions, de chemins possibles. Et du questionnement à travers une lucidité qu'il voudrait oublier parfois.

Bon, dans le détail :

Bien vu l'épigraphe de Morrison, ça met dans l'ambiance d'entrée.

Citer
Le soir, lorsque la lune trône enfin au-dessus des trottoirs endormis, il me vient d'horribles insomnies. De terribles démons, bercés par des lumières bleues qui dansent au rythme d'un gyrophare, là, dans le vide de mes nuit, au creux de mes rétines. Et avec ces lueurs arrive le fantôme de la morte qui ne le savait pas.
Super rythme, super entame, tu poses le tout bien joliment. L'intrigue est là, en trois phrases. Chouette.
avec un s à nuits ce serait parfait  :mrgreen:

Citer
Maintenant, je me souviens bien d'elle, que j'ai croisé une nuit d'avril humide et angoissante. La morte qui ne le savait pas avait les yeux sombres comme une cyanite brisée. Au profond des tréfonds, elle a posé sa main sur moi, alors qu'elle cherchait son cimetière. Si j'ai bien su lire entre ses lignes, à terme, elle me voulait comme roi. Qu'ensemble nous descendions conquérir nos bas-fonds, chevaucher nos démons et régner sur les abîmes de nos espoirs. Assouvir la noirceur, la haine, et y dresser nos enfers. Son souvenir me hante, disais-je donc, au point de me pousser à dresser ces quelques mots noirâtres sans but autre que de m'en dégager une bonne fois pour toutes - si tant est que cela soit possible.
Chouette rythme et sonorités là aussi (on voit le travail quand on cherche, en lecture "normale" c'est trop bien)
Le son est sombre lui-même sur ce passage. Comme je disais au-dessus, l'entame est très poétique.
Sinon t'as une répétition de "dresser", fait exprès ? (dresser des mots en plus, pas top je trouve)
croiséE
Dernière incise, je t'offre un demi cadratin :  –

Citer
la taille d'une guêpe,
c'est plutôt utilisé pour faire des compliments ce truc là, je trouve que ça cadre pas trop
(ou alors c'est pour poser les 3 facettes de la miss : guêpe/squelette/colère)

Citer
Des lunettes d'aviateur.
chelou quand même, j'ai bloqué en première lecture. C'est des lunettes avec les verres insérés dans une garniture métallique avec la lanière en  cuir qui fait le tour de la tête, c'est ça ? ça m'a paru space quand j'ai vu l'image.

Citer
"Non, je ne me souviens pas. Peut-être que sans les deux gouttes de 130Ug que je viens de me prendre dans la gueule, ce serait le cas. Mais là, tu es un zombie parmi les zombies, rien de plus.".
y'a deux points :                 plus.".
(c'est un smiley ?  :mrgreen:)

Citer
A vrai dire, où j'en suis,
là où j'en suis (nan ?)

Sur ce passage, depuis le premier dialogue, le style est plus dynamique, moins poétique, ça le fait bien.

Citer
Les joues moins creusées. Meilleure forme. J'étais presque vivant.
"presque vivant" je trouve que ça colle pas avec la fin, le rôle du grand-frère, les rêves de transe, de couleur...

Citer
On vous avait croisé,
croisés

Citer
Lueur. Le festoche. Bloody Betroots..
deux points

Citer
qu'elle a rêvé de vivre mieux lorsque c'était encore possible, alors elle s'est acheté un camion.
pour la première mention du trafic, j'aurais dit "camionnette", pasqu'en première lecture j'ai imaginé un 35 tonnes...

Citer
Pour sortir du "monde consumériste et de tous ces fous qui annihilent le vivant." Elle a voulu "refuser de concevoir le progrès autrement que comme le seul moyen d'affranchir l'homme du travail et de le pousser à méditer, à se cultiver, et à vivre en harmonie." Elle me parle de ses road-trips, de sa haine des "cravateux qui licencieraient père et mère contre une prime de 30% et une promotion en bonne et due forme."
là, y'a trois passages entre guillemets, on se paume un peu. Italique ? (tu l'utilises déjà pour les pensées du perso, je sais...)

Citer
elle considère son trafic blanc délavé, son matelas aménagé, et sa table d'appui comme son seul palais,
trafic+matelas+table = palais ?  (considère le trafic, avec son matelas ... sa table... comme son seul palais     ?)

Citer
Tandis que la morte me raconte son ersatz de fuite de vie, je ne peux pas parler. Tout semble limpide, calme : je suis un fantôme, je suis sous LSD. Je regarde, je comprends, j'analyse.
trop bien ça, ça percute
Et puis la petite digression après, sympa aussi, une lumière que cette réflexion du perso (du positif, de l'intelligence, du recul)

Citer
— Tiens, comme promis.Laisse m'en un peu
manque un espace après le point

Citer
— Beh j'ai ma bouteille de toute façon. Tu te shoot à la D, c'est sérieux ?
moi j'aurais conjugué à la française : "Tu te shootes", mais je sais pas...

Citer
A nouveau, me voilà incapable de parler.
accent sur le À

Citer
une morte qui veut qu'on se shoot
Bon, visiblement tu conjugues pas shooter...

Citer
A qui j'ai tapé dans l'oeil
À

Citer
Au fond de moi, j'ai peur que le fantôme s'éteigne.
"ne s'éteigne" nan ?

Citer
Au fond de moi, j'ai peur que le fantôme s'éteigne. Que le fantôme crève d'un coup et finisse par aller baiser des mortes dans la joie et la défonce.
ouch, ça claque aussi ça

Citer
Et alors je pense à Mila. Je pense au soleil, à la trance, aux gens colorés, et à l'espoir de fête libre qui m'anime comme on rêve d'un paradis. Je pense à la masse de gens qui dansent de la même façon, qui se courbent parfois en même temps et qui gravitent autour du même mur de son, comme autant de feuilles couchées par le vent. Je pense à l'équilibre, à l'harmonie, aux astres, au système solaire. Je pense à la vie, et à la morte. Il me vient alors l'idée que certains astres sont voués à s'étouffer et à s'éteindre comme des soleils sans oxygène. Je pense que je ne suis rien. Un astre fantôme au milieu d'un cataclysme humain. Je lui tends ce qu'elle veut. Platement, ça coute dix balles.
retour d'une forme plus poétique pour ce geste qui donnera des cauchemards...
Détail : les étoiles consomment d'abord l'hydrogène, puis l'hélium et ainsi de suite par fusion pour former les atomes lourds. "Un soleil sans oxygène" c'est donc physiquement un erreur. Après c'est clairement poétique, on est d'accord, ça le fait respirer du coup le soleil.

Citer
J'ai croisé des mecs qui proposaient de quoi se percher en vrac comme un boulanger ses baguettes,
=> J'ai croisé des mecs qui proposaient de quoi se percher en vrac comme un boulanger présente ses baguettes,
(sans le "présente" ou un autre verbe, ça fait bancal je trouve)

Citer
Pas de drogues archidures ce soir là. Juste des morts qui vendent des petites portes pour l'enfer.
wahh

Citer
A croiser des gamins sous extasy qui claquent des dents avant de reprendre leur cursus de HEC.
À

Citer
Une fois devant le son , comme sur les bords du Styx,
espace en trop avant la virgule

Citer
son envie de couleur, de trance,
transe

Citer
Certains astres se privent parfois eux-mêmes de l'oxygène qui leur permet de briller.
idem que ci-dessus. Les étoiles ne brûlent pas de l'oxygène mais fusionnent leurs atomes.

Citer
J'ai fermé les yeux, et j'ai dansé. Certains astres se privent parfois eux-mêmes de l'oxygène qui leur permet de briller. Mais dans ma rétine subsisteront encore pour longtemps ces lueurs qui tournent, bleu et sang, comme autant d'appels à l'aide jetés en vain dans le vide froid de mes nuits par la pauvre fille morte qui ne le savait pas.
(bleues et sang ? me semble)
J'aime beaucoup cette fin. La fille qui ne le savait pas, le mec ne le savait pas, pouvait le savoir. Dur.


Ah oui, j'oubliais de mentionner la cohérence de ce texte par rapport aux autres (Mila, Et merde, La Porte). Cohérence n'est pas forcément le mot... Je veux dire que ce texte "s'inscrit" dans la lignée des autres, les mêmes problématiques éclairées différemment, mais avec un angle de vue d'un personnage qui semble le même. D'ailleurs, on attend un texte long au fait ! J'espère que tu vas redémarrer le projet.

Bref, j'ai beaucoup aimé cet univers et ses problématiques très riches. Et  ton écriture cadre vraiment bien.

A+ poto !

Rémi
« Modifié: 13 Avril 2015 à 19:52:26 par RémiDeLille »
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

MillaNox

  • Invité
Re : La fille morte qui ne le savait pas [Explicite]
« Réponse #3 le: 13 Avril 2015 à 11:51:06 »
Yo psyko !

alors alors...
Citer
Le soir, lorsque la lune trône enfin au-dessus des trottoirs endormis, il me vient d'horribles insomnies.
:coeur: la prhase d'accroche est parfaite. tro tro mis mnies... ça sonne vraiment, très poétique.

Citer
Au profond des tréfonds, elle a posé sa main sur moi, alors qu'elle cherchait son cimetière. Si j'ai bien su lire entre ses lignes, à terme, elle me voulait comme roi. Qu'ensemble nous descendions conquérir nos bas-fonds, chevaucher nos démons et régner sur les abîmes de nos espoirs. Assouvir la noirceur, la haine, et y dresser nos enfers.
pareil, superbe

Citer
Son souvenir me hante, disais-je donc, au point de me pousser à dresser ces quelques mots noirâtres sans but autre que de m'en dégager une bonne fois pour toutes - si tant est que cela soit possible.
là le donc me gêne, ce serait mieux sans je crois, et la phrase entière est un peu lourde, moins fluide que les autres. dans les autres, ça parle de choses très sombres mais vraiment en légèreté, comme si on marchait sur des nuages noirs orageux, là y a un truc qui fait que ça marche moins  :\?

Citer
Trois capuches. Autant de vestes, trois fois plus de poches.
:D paye ta description ! j'adoore !

Citer
Seuls mes yeux perdus au profond de ma mémoire doivent lui indiquer que je ne me souviens absolument pas d'elle.
pas convaincue par "au profond" ici ça sonne bizarrement. Peut-être "au plus profond de" ? ou carrément changer comme t'as déjà utilisé profond + haut (et + bas aussi), genre "dans le gouffre de" ?

Citer
Était-ce pour m'entrainer à plonger dans son monde froid ou me demander de la faire revivre, je l'ignore encore.
je pense qu'il faut soit deux présents, soit deux passés. moi je mettrais deux passé (donc ignorais)

Citer
Puis il y a ces zombies, là, tous vêtus de noir, avachis dans la boue, surdrogués, à la limite de l'anesthésie neurologique. La bouche baveuse, dans la boue, crasseux, comme des diables qui rient à gorge déployée au beau milieu d'un vacarme assourdissant.
bof la répét', c'était pas une répét volontaire, si ?

Citer
J'ai beau chuter, j'ai beau descendre, il faut se rendre à l'évidence : je plais à une morte qui veut qu'on se shoot avant de sauter dans son matelas miteux pour baiser dans un trafic entouré de centaines de perchés.
"sur" plutôt que dans ?

Citer
Je pense à la masse de gens qui dansent de la même façon, qui se courbent parfois en même temps et qui gravitent autour du même mur de son, comme autant de feuilles couchées par le vent. Je pense à l'équilibre, à l'harmonie, aux astres, au système solaire. Je pense à la vie, et à la morte. Il me vient alors l'idée que certains astres sont voués à s'étouffer et à s'éteindre comme des soleils sans oxygène.
excellent

Bam ! comme d'hab la fin est une claque.
Bon, pas grand chose à dire sur la forme, ton écriture nous plonge dans l'univers et dans l'histoire, y a à al fois beaucoup de poésie et beaucoup de réalisme, le mélange est explosif, et ici tu nous livres un peu l'introspection de ton personnage aidé (?!?) par le lsd et la rencontre-événement. Y a une réflexion super profonde et intense, je trouve ça hyper intéressant.
Pour le "nom" de la fille, je trouve ça assez clair que le perso ne lui a même pas demandé son prénom (ya pas de saut dans le temps, on a à peu près tout leur dialogue et il parle peu) et qu'il n'a que numéro de téléphone de 2 ans auparavant.

Merci pour ce texte !

Milla

Hors ligne autofic

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 076
    • Mon blog
Re : La fille morte qui ne le savait pas [Explicite]
« Réponse #4 le: 13 Mai 2015 à 17:05:36 »
Salut,
J'ai écouté puis lu et écouté.

Dans un 1er temps, je vous donne mon ressenti de cette expérience.
C'est beau. Y'a du sens. Vous avez des belles voix :)
Juste quelques soucis pendant les "transitions" de voix, un léger tit' qui m'a un peu perturbée.
Les derniers mots prononcés n'ont pas été prononcés comme des derniers mots, enfin c'est mon avis ^^.
Si ce n'est c'est 2 petits points j'ai adoré le travail audio, tant pour vos voix que pour la musique parfaitement choisie.

Concernant le texte,
quelques soucis typographiques, je vais en relever quelques uns:
Citer
"Non, je ne me souviens pas. Peut-être que sans les deux gouttes de 130Ug que je viens de me prendre dans la gueule, ce serait le cas. Mais là, tu es un zombie parmi les zombies, rien de plus.".
Guillemets français si c'est une parole, pas de guillemets si c'est une pensée
J'ai vu qu'il manquait des espaces mais je ne retrouve plus où :O

Voilà !
A +

Auto'
" Rien n'était plus dur que d'écrire un roman. Aucune besogne humaine ne réclamait autant d'effort, autant d'abnégation, autant de résistance. Aucun peintre, aucun musicien n'arrivait à la cheville d'un romancier " Philippe Djian, Impardonnables.

MillaNox

  • Invité
Re : La fille morte qui ne le savait pas [Explicite]
« Réponse #5 le: 13 Mai 2015 à 17:35:47 »
merci de ton écoute ;)
ça se dit comment des derniers mots ? la magie d'audacity c'est que je peux changer juste la dernière phrase sans que ça s'entende trop  ^^ donc j'veux bien que tu détaille en + blabla ou - schmoukischmouka  :D
et sinon pour les petits sauts au changement de voix c'est une question de niveau et j'ai pas réussi à trouver comment le remonter sur l'enregistrement de psyko, mais je cherche, je cherche !

du coup je remet le lien du fichier audio dans le fil du texte :
Citer
Une lecture audio de La fille morte qui ne le savait pas, de Psykokwak.
à deux voix :) (Psyko et moi)
et avec de la musique en fond

J'avoue je m'amuse avec audacity  :mrgreen:

voilà bonne écoute !

Hors ligne autofic

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 076
    • Mon blog
Re : La fille morte qui ne le savait pas [Explicite]
« Réponse #6 le: 13 Mai 2015 à 17:48:25 »
Pour la dernière phrase, un ton qui conclut...
Là, j'avais l'impression qu'il y avait quelque chose après.
C'est peut-être moi qui déconne  :-X
" Rien n'était plus dur que d'écrire un roman. Aucune besogne humaine ne réclamait autant d'effort, autant d'abnégation, autant de résistance. Aucun peintre, aucun musicien n'arrivait à la cheville d'un romancier " Philippe Djian, Impardonnables.

Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
  • Modo
  • Trou Noir d'Encre
  • Messages: 10 998
Re : La fille morte qui ne le savait pas [Explicite]
« Réponse #7 le: 13 Mai 2015 à 21:40:27 »
Salut les potos !
Chouette lecture, fond musical discret et sympa.
Le texte dégage un toujours une force énorme.

A+
Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne Chat-noir

  • Troubadour
  • Messages: 346
  • Grand marionnettiste de vos angoisses enfantines.
Re : La fille morte qui ne le savait pas [Explicite]
« Réponse #8 le: 14 Mai 2015 à 10:46:24 »
Je n'ai pas écouté la lecture, je me suis contenté de lire le récit...
Ton écriture est incroyablement poétique, nous plongeant dans un moment à la fois sombre et onirique, et il y a des phrases simplement magnifiques... Tes personnages sont bien rodés, en particulier la personnage féminin, et tu arrive à nous parler d'un sujet "glauque" d'une manière presque belle... Le flou et les hallucinations qui règnent dans les visions de ton protagonistes peuvent gêner à la compréhension du texte (en tout cas, moi, je n'ai pas tout saisi) mais je ne trouve pas cela si grave, le rythme et la sonorité de ton écriture comblant largement ce vide...
Bref, j'ai adoré cet univers un peu impitoyable mais poétiquement fantastique, ça donnerait presque envie de se droguer (non non, je déconnais, faites pas ça hein !)...
" Ceux qui rêvent éveillés ont conscience de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis. " - Edgar Allan Poe

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.018 secondes avec 23 requêtes.