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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Premier essai : Travestiture.

Auteur Sujet: Premier essai : Travestiture.  (Lu 1349 fois)

Shey

  • Invité
Premier essai : Travestiture.
« le: 03 Avril 2015 à 23:10:56 »
[Bon, c'est un texte médiocre, mais comme les autres ne sont pas encore finis pour cause de flemmardise, je poste celui-ci.]
Pour la première fois et sans le savoir, en cette fin d’après-midi j’entamais ce qui deviendrait au fil des jours mon rituel. La naissance d’une nouvelle personne qui se trouvait être à l’extrême opposé de celle que je suis à ce jour. Cachant mes faiblesses sous un masque de porcelaine aux traits impassibles.
Je fixais longuement ce visage qui était le mien dans le miroir. Un visage aux traits fins agréablement dessiné, bien que fatigué. De grands yeux d’un bleu profond que l’on distinguait à peine derrière les pupilles largement dilatées. Et une adorable petite moue en guise de sourire ravageur. Etait-ce un adieu ? Qu’en sais-je ! Il me paraît si lointain déjà…plus les secondes passaient plus le doute s’estompait dans mon esprit. D’un coup de tondeuse, ma tignasse fut coupée pour laisser place à des cheveux couleur charbon, courts et soigneusement peignés. Mon visage semblait déjà plus radieux qu’il ne l’avait été. Mes seins furent ensuite aplatis par un bandage, ne laissant qu’un torse plat. Ma veste en satin sous laquelle je portais une chemise blanche trop large pour ma faible carrure, s’affaissait aux entournures et mon pantalon beige en toile de lin froissé me donnait une certaine assurance de par mon allure.
Toussotement.
Bruits de talons.
La porte battante s’ouvrit, une femme accompagnée de son amie entra en m’adressant une esquisse de sourire. Je me rinçais les mains et quittais l’endroit, chapeau Borsalino sous le bras. Mon regard croisa brièvement le reflet du sien dans la vitre donnant sur l’extérieur. D’un pas vif, j’arpentais les grandes artères de cette ville, avec comme seul éclairage la douce lumière des réverbères. Les nuits tombent plus vite en novembre, à ma montre il n’était que dix-neuf heures mais les rues étaient pratiquement vides, l’air se rafraîchissait et les gens plus aisés se réchauffaient chez eux près des radiateurs ou des cheminés pour les plus chanceux d’entre eux. Les autres se réfugiaient dans les bars, assommant leurs désarrois, noyant leurs soucis dans l’alcool et ses vertus. Les grandes allées éclairées et les beaux jardins furent vite remplacés par les maisons mitoyennes et insalubres aux briques rouges, noircies par le temps, seul témoin des drames qui s'y passent dans le silence. Dans les petites ruelles opposées, des ombres de femmes trottaient. J’entendais leur souffle, devinais leurs intentions sans y songer davantage. J’entrais dans une bâtisse, montais les quelques marches qui me séparaient de mon intérieur. Le cliquetis significatif de la clef dans la serrure. La porte grinça, claqua, puis le silence. Je déambulais entre le salon et la chambre. Sur le canapé était posé un sac, dans lequel je jetais tout ce dont je pourrais avoir besoin à l’avenir : carte d’identité, passeport, argent liquide, et quelques vêtements de rechange. Je quittais cette vieille bâtisse dans laquelle j’avais passé la plupart de ma vie pour un futur incertain. Le temps de jeter ces quelques affaires sur la banquette arrière et me voilà montant dans le taxi en partance pour l’aéroport, destination encore inconnue.

Consigne de l’Aéroport de Neuchâtel.
Mon bagage roule sur le tapis, un jeune homme aux airs charmant, vêtu de son uniforme s’apprête à le conduire jusqu’à un taxi, lorsque je m’interpose et lui fais un simple signe de la tête en guise de remerciement. Je tourne les talons et sort de l’aéroport à vive allure.
Je jette un rapide coup d’œil à ma carte d’identité. Nouvelle, comme la vie qui s’offre à moi.
J’effleure de l’index l’inscription de mon nom : Shirlee Iwers, comme pour m’assurer qu’il ne s’efface pas, comment le pourrait-il de toute manière ? Je n’en ai aucune idée. Parfois j’y songe, puis ça me sort de la tête.
Lorsque je quitte mes songes pour la réalité, je me rends compte que j’erre dans les ruelles depuis un bon moment déjà. Je m’arrête devant un immeuble, m’assois sur les marches. Je m’appuie contre la rambarde, sors de ma poche une cigarette, la dernière en fait. Je la fais rouler entre mes doigts, la porte à mes lèvres, en respire l’odeur, l’allume, puis tire une bouffée. Encore un autre de mes rituels, pense-je, en recrachant la fumée, un rictus scotché aux lèvres.
La fumée emplit mes poumons, la chaleur se propage dans mon sang, pourtant le vent est glacial à cette période de l’année. Alors que je sommeille presque, un bruit dérangeant me sort de ma torpeur, des bruits de pas qui dévalent les marches d’un escalier. Mes yeux se ferment, j’aspire une autre bouffée. Un frisson me traverse, mes sens sont en alerte. Je sens un regard sur moi. D’une voix malaisée, j’interpelle l’inconnu qui semble être animé d’une rage viscérale à l’encontre de sa cigarette, qu’il massacre en essayant de la rouler :
« - J’aimerais autant que vous fassiez cela ailleurs, vous perturbez mon repos. »
 Cela semble l’amuser, lorsque j’ouvre les yeux ses traits me paraissent détendus, alors je poursuis :
« -Si c’est le tabac qui vous met en cette état, vous devriez tenter quelque chose de plus fort. » Il me sourit et me répond une phrase à laquelle je ne m’attendais pas le moins du monde :
« - Certes, je devrais peut être tester autre chose, que me conseillez-vous ? » Me prend-t-il pour une dealeuse, ou plutôt pour un dealeur dans ma tenue. L’idée me parait absurde mais me fait tout de même sourire. Tandis que je réfléchis à sa question, je ne peux m’empêcher de plisser les lèvres et de froncer les sourcils. Je ne sais expliquer ce qui me déplait dans sa réponse, mais je reprends avec audace :
- « Eh bien tout, m’sieur. Bien, que je ne sois pas experte en la matière, j’ai déjà eu l’occasion à plus d’une reprise d’explorer les…sensations que cela procure. Et j’imagine que n’importe lequel de ces produits ferait l’affaire dans votre cas. Mais malgré mes multiples expériences, c’est de cette merde dont je suis le plus accro à ce jour. » Je lève la cigarette, ou du moins ce qu’il en reste en sa direction avant de la jeter et d’en glisser une autre entre mes lèvres. Mmh, c’est vrai que j’ai dit que c’était ma dernière, parfois je mens.
« Vous en voulez une ? » Il me fait un signe discret de la tête pour décliner mon offre et repart aussitôt sur ses pas, plus apaisé.
Combien de temps suis-je restée éveillée sous les fenêtres de l’immeuble ? Je ne sais plus, les minutes semblent des secondes. Lorsque je suis dans mes songes, le temps semble se dilater et lorsque je ressurgis de derrière mes paupières, le monde paraît plus ténébreux que jamais, non pas terne, mais abrité d’une lumière dense et infinie de gammes de gris. Cumulonimbus, pense-je. Il est vrai que les jours nuageux, j’avais tendance à me réfugier dans mes pensées plus que de raison. Et tout comme aujourd’hui, de pas en pas, de maux en mots, je finis par me perdre. Je longe maintenant les rives d’un canal, l’eau ondule et sur elle se disperse les rayons ombragés de la lune. Je pose mon regard terne sur la rive. Je ne distingue pas le fond, mais je sais qu’il est là. Je sens le souffle du vent courir sur ma peau, un frisson me traverse. En ai-je seulement encore le droit ? Je retire soigneusement mes chaussures à lacets, que j’ai subtilisé la veille dans une boutique pour homme du centre-ville, l’une après l’autre et trempe mes pieds dans l’eau gelée. Je ferme les yeux un instant qui pourtant me paraît durer une éternité. L’air est tiède, mais mon sang lui est glacial. Mes joues se sont empourprées. Mon teint blafard me donne l’illusion d’être une poupée de porcelaine. D’une langueur extrême, je me redresse et analyse d’un œil avisé le décor qui m’entoure. Il n’a pas changé. Fort heureusement, l’inverse m’aurait étonnée. Mes pieds sont endoloris, rougis par le froid de l’eau. Je n’ai pas la force de remettre mes chaussures, je les tiens à la main.
Je m’allonge sur une dune, un amas de terre qui me surélève et m’offre une vue imprenable sur le canal, le chemin rocailleux qui le longe et les saules, qui à mon avis, lors des chaudes journées   offrent l’obscurité aux jeunes couples qui viennent chercher un peu d’intimité en ce lieu, avant que l’endroit ne devienne un jour un repère de paumés.
Le froid prend possession de mon corps, je me réveille en un sursaut. Mon regard va-et-vient d’un arbre à un autre, des racines au tronc. Des caillasses à la terre sableuse. Juste une ombre. De l’autre côté. Eclairé par l’unique réverbère allumé, vacillant, devant cet entrepôt vide. Il est là ! Il est vraiment là ? Je n’en suis plus si certaine tout à coup. Je cille comme pour m’assurer que ce n’est pas un tour que me joue mon esprit. Il semblerait qu’il est plu pendant les quelques minutes ou je me suis assoupie, mes pieds sont couverts de boue jusqu’aux chevilles. Et l’homme. L’homme fantôme. L’ombre. L’ombre est toujours là, vêtue d’un grand manteau sombre et d’un chapeau qui couvre son visage jusqu’aux dessous du nez, laissant apparaître un sourire carnassier. J’en ai la chair de poule. J’en oublie où je suis et ce qui m’entoure. Je reste là, les jambes molles, impossible de faire le moindre pas. Dans une prière muette, je désire qu’il disparaisse, mais je sens toujours un regard sur moi provenant de l’autre rive. Les vieux démons sont-ils toujours-là parmi nous tapis dans la pénombre quelque part derrière mes paupières. Je les entends encore chuchoter parfois.
Un bourdonnement sourd dans les oreilles, Silence.
Le craquement des feuilles. Les pas qui s’approchent.
Puis à nouveau le silence…
Lorsque je reviens à moi, je suis allongée sur le matelas, bercé par une douce chaleur, dans une pièce vide de tout autre mobilier, je fixe sans but le parquet et ses détails, les lignes parallèles qui le constituent et forment des lattes, l’espace entre celles-ci où pourrait se nicher la poussière. Je suis la ligne d’un bout à l’autre de la pièce jusqu’à ce que mon regard remonte le long des murs blancs, sans papier peint, sans autre couleur. Juste blanc, vierge comme une page. Comme moi. La petite fenêtre rectangulaire derrière moi, projette un spectre lumineux contre le mur, un trait de lumière qui traverse toute la pièce, moi y compris. La porte entrouverte donne sur le couloir de l’immeuble où habite un jeune couple et un homme seul qui comme moi vient d’emménager. Seulement lui, a apporté ses meubles et s’acharne à les monter seul jusqu’au troisième étage sans ascenseur et sans aide. À chaque marche qu’il franchit, un bruit de semelle résonne jusqu’à mes oreilles. à chaque étage, il pose le meuble en question, souffle un peu, fait crisser ses semelles sur le sol et repart pour un étage de plus.
Je sors une cigarette de mon paquet, la glisse entre mes lèvres sans l’allumer. Juste pour le geste. Un bruit sourd dans le couloir me fait sursauter, le voisin vient de lâcher son meuble par inattention et je recrache la cigarette en même temps que mes poumons. Ce qui dû l’amener à regarder par l’ouverture de la porte. Lorsque je remarque sa présence, il sourit un peu incrédule. Je saisis le drap pour cacher ma nudité et reste muette à jouer avec ma cigarette…
« Modifié: 04 Avril 2015 à 08:41:02 par Shey »

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Re : Premier essai : Travestiture.
« Réponse #1 le: 04 Avril 2015 à 01:52:35 »
Je n'ai pas été particulièrement emballé par l'histoire, mais je vois que tu as un certain style à toi surtout côté description, qui mérite d'etre exploité. Par contre il y des fautes d'orthographe et de grammaire.
Ps: je mets ce commentaire,  mais en principe, tu aurais du attendre d'avoir passé la cérémonie de présentation avant de poster ton texte...

Hors ligne Georges Cloné

  • Calliopéen
  • Messages: 468
Re : Premier essai : Travestiture.
« Réponse #2 le: 04 Avril 2015 à 07:58:20 »
C'est sympa, mais que c'est écrit petit !
Je ne sais pas comment tu as fait, mais change de format, please !
Blue Mountain, Moka Sidamo, Maragogype...

What else ?

Shey

  • Invité
Re : Re : Premier essai : Travestiture.
« Réponse #3 le: 04 Avril 2015 à 08:46:45 »
C'était l'une de mes premières histoires, pas la meilleure c'est sûr. À la base, il devait y avoir une suite/fin, mais pour les causes évoqués au début du texte, il n'y en auras peut-être jamais.

Oui, je sais. Je fais beaucoup de fautes mais je ne m'en rend pas ou peu compte même en me relisant plusieurs fois.

Shey

  • Invité
Re : Re : Premier essai : Travestiture.
« Réponse #4 le: 04 Avril 2015 à 08:47:48 »
C'est sympa, mais que c'est écrit petit !
Je ne sais pas comment tu as fait, mais change de format, please !
Voilà c'est fait.

Hors ligne GAYA TAMERON

  • Calliopéen
  • Messages: 427
Re : Premier essai : Travestiture.
« Réponse #5 le: 04 Avril 2015 à 10:21:38 »
Ce texte est plutôt sympa, brouillant les pistes au fur et à mesure qu’elle s'annoncent.  J’ai bien aimé ton style, mais attention aux fautes!

 


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