Je réponds ici à un défi que m'a lancé Elk

Abbigails, je te défie d'écrire un texte de fantasy constitué uniquement de dialogues (sans que ce soit du théâtre). Il y sera question de méduses, et la fin sera explosive
.
Je ne suis pas sûre de répondre à tous ses critères et j'ai eu du mal à faire quelque chose d'à peu près satisfaisant

Dites moi ce que vous en pensez

***
- Bonjour Madame, comment allez-vous aujourd’hui ?
- Débarrassez-moi d’eux !
- De qui ?
- Des rêves !
- De quoi parlez-vous madame ?
- Ce ne dois pas être compliqué de me libérer si ?!
- Que…
- Ils cherchent leur tête. Ils sont perdus. C’est la fin. La fin de tout. La forêt est morte. Mais nous sommes vivants. Nous devons les aider. Nous ne pouvons vivre sans eux car alors personne ne mourrait. Les têtes appellent leur corps. Les démons s’endorment, les malades guérissent, le silence s’installe. Ils attendent l’aube. Les seuls bruits qui se font entendre sont ceux du faiseur de Mondes. Mais il ne parle plus. Il ne fait que créer des borborygmes. Ils ont pris sa tête. Si le jour se lève, alors tout sera détruit. Il s’étale sur le monde comme la prophétesse me l'a dit il y a tant d’années. Personne ne m’a cru. Les sylvains chutent. Les humains se dispersent. Certains s’effondrent, d’autres fuient, les derniers ne veulent que posséder tout ce qu’il y a entre ciel et terre. Ils ont pris sa tête. Si le jour se lève alors tout sera détruit. Les Mondes, les Océans, les démons et les hommes, les méduses de Proton et les faucons de Sokar, la lune et les soleils. Tout disparaîtra. Nous sommes les derniers à pouvoir inverser le processus.
- Tu crois qu’elle est en transe ?
- On devrait peut-être avertir le Maître ?
- Nous devons lui rendre sa tête. Alors, la montagne fleurira, la mer accueillera les terres, les sylvains tourneront la tête, le Dieu cerf pardonnera. Il ne peut pas mourir. Comme les méduses, il est trop important. Elles nous rappellent combien nous ne sommes rien que la somme de leurs individualités, ce sont elles qui nous effraient le plus et ce depuis toujours…
- Peut-être qu’elle délire simplement.
- En même temps elle ne dit pas que des bêtises pour une fois…
- … Elles nous pétrifient d’un simple regard et seul un miroir peut alors nous sauver. Ici, il s’agit de sauver le dernier des Grands Dieux pour sauver les Humanités, les Mondes et les vérités. Le Dieu cerf ne peut pas mourir, il est la vie éternelle. Il est la mort, aussi. Son esprit est plus fort. Mais il peut choisir de disparaître pour nous punir. Et quelle punition que de connaître la détresse d’une vie sans certitudes, sans avenir et sans présent. Une vie de vide. Il l’a supportée pendant des siècles pour nous soutenir. Aujourd’hui, ils ont pris sa tête. Si le jour se lève, alors tout sera détruit. Le jour va se lever et les sots auront gagné une éternité d’absurdités dans laquelle se complaire. Les autres auront tout perdu. Vous aurez tous l’air aussi fou que moi. Vous n’aurez plus à avoir peur de Gorgo, Eryale et Sthéno qui rejoindrons leurs parents de plein gré.
- T’as senti ?
- Quoi ? Te laisses pas avoir par cette ancienne prêtresse. Elle a perdu son pouvoir il y a bien longtemps. Les Dieux ne lui disent plus rien et elle en perd la tête.
- Le Dieu cerf s’efface. Il ne va pas tarder à disparaître. Les méduses qui nous guidaient dans l’imaginaire et l’au-delà se défont des liens qui les maintiennent à nos côtés. Proton les rappellent. Le premier soleil s’effondre. La supernova entre en fusion. Elle va exploser d’un instant à l’autre. Elle détruira les trois premiers Mondes. Nous allons être touchés d’ici quelques instants. Les méduses sont parties. C’est la fin.
- Tu as senti cette fois ? Le tremblement et l’énergie qu’elle aspire ?
- Oui. Ça fait froid dans le dos. Et si elle avait raison ? Si c’était la fin des Mondes comme on les connaît ?
- C’est la fin. Je ne les laisserai pas partir ! Elles m’ont accompagnée si longtemps. Elles étaient mon lien avec les Dieux. Sans elles je ne suis plus rien. La lumière ne fait que les rappeler à mon souvenir. Je ne puis le supporter.
- Elle a aspiré la lumière. Il faut que l’on sorte ! Qui sait de quoi elle est capable.
- Le premier monde est mort. Je n’ai plus de sens. Adieu.
- Mais où est-elle passée ?
- Cette vieille folle me fait vraiment peur… Je sors. Et tu devrais en faire autant.
***
- Tu es toute pâle. Assieds-toi. Mais pourquoi tu es restée avec elle ? Je t’avais dit qu’elle était dangereuse. Tu aurais dû venir avec moi.
- Elle s’est évaporée. Littéralement. C’était comme si elle se désintégrait morceau par morceau. A la fin il n’y avait plus que ses yeux et sa voix qui flottait. Elle a fixé son regard au mien et sa voix s’est insinuée en moi. J’en ai eu des frissons. Mais c’était agréable, presque merveilleux. Un peu comme la première fois que tu tombes amoureux : les frissons, les papillons dans le ventre, le doute, la peur, la joie, l’excitation, le flou, un peu de folie … Elle m’a soufflé que les anciennes prêtresses n’ont plus lieu d’être, qu’elle laissait la place aux humains. Elle a dit que sa première prophétie était qu’un jour les humains prendraient le pas sur la nature et les autres espèces. Puis y a eu un rayon de lumière qui partait de ses yeux directement vers le ciel. Et puis… Plus rien. Il n'y a plus rien eu que le vide. Il faisait froid. Je me suis sentie fatiguée, vidée. J’ai frissonné mais pas comme pour un premier émoi. Là, c’était plus comme la première fois que t’apprends qu’un Dieu a été tué. Tu sais quand il fait froid, qu’il n’y a pas de lumière et que tu ne sais plus ce qui pourra arriver après.
- Pauvre chérie. Elle t’a transmis son mal.
- Non pas à moi. Elle m’a dit que tout le monde serait touché par le mal dont on la pensait souffrante. Qu’une fois que tous les Dieux et leurs enfants auront enfin quitté la Terre qui sera le seul Monde à résister à l’onde de choc du Dieu cerf.
- Elle t’a dit comment serait agencé le monde après les Dieux ?
- Elle a parlé de guerre, d’Histoire, de religions, de métropoles, d’économie et de bien des choses dont je ne sais rien. Des hommes deviendraient fous des possibilités et du pouvoir qui leur incomberait pour reconstruire le monde. De cette folie qui les pousserait à la politique et des crimes qu’elle permettrait. Elle a dit que les Hommes seraient les seuls maîtres de leur avenir. Qu’il était fort possible que nous nous appliquions à notre propre perte. Et puis il y a eu une étincelle. La lumière est revenue. J’ai pu bouger à nouveau. Mais j’ai encore plus peur que quand j’étais devant elle. Parce que maintenant je sais. Je sais que l’on ne peut rien attendre de nous. Je sais que l’on est sur le déclin. Je sais que les Mondes ne sont plus qu’un. Je sais que nous tuons le merveilleux à chaque pensée. Que nous l’évinçons par nos expériences. Et bientôt, les enfants ne croiront plus, les saisons disparaitront, la magie s’éteindra et on oubliera ce que c’était de rêver et d’imaginer.