Le poète et la mort
Un jour en Margeride
Au cœur du massif central
A côté d'une belle allée de platanes centenaires
Dans un ancien pigeonnier
Un poète avait installé son écritoire.
Le lieu était paisible et ombragé
Le silence seulement troublé par le roucoulement des volatiles
Dans la pièce aménagée, ronde
Une table au centre, ronde
Au milieu d'elle 21 pilules rondes
A côté une cruche ronde
Et une choppe ronde
Le poète essayait d'écrire
En vain
Les mots faisaient dans sa tête embrumée
Une infernale sarabande
Enfermée dans un globe
Une sphère
Une mappemonde
Monde sans issue
Sans portes sans fenêtres
Un monde clos
Un monde grouillant de vide
La porte s'ouvrit soudain
Sur une rafale de satin
Une femme vraiment sensass
Comme au poker un carré d'as
Il n'avait jamais dans une robe
Imaginé autant de globes.
Un dialogue s'établit
Bonsoir poète
Bonsoir la mort
Tu m'as reconnue ?
Je t'attendais !
Tu as l'air étonné ?
Je ne t'imaginais pas ainsi !
Je change d'aspect à volonté
Pourquoi tant de charmes ?
Parce que j'aime tes poèmes
Merci pour cet hommage
Surtout le dernier
Ah ! Celui qui t'es destiné ?
Oui ! Celui là même !
Il est désespéré !
Il est d'autant plus beau et plus sûr de me plaire
Ce sera le dernier !
Dommage !
Pourquoi ?
Tu devrais continuer !
Tu n'es pas venue me chercher ?
Non ! Je suis seulement venue te voir !
Comme ça, sans raison ?
Tu m'avais appelée non ?
Oui ! Je n'ai plus goût à la vie
Je l'ai bien compris !
Alors qu'attends tu la faucheuse ? Donne le moi ce baiser froid comme un sépulcre, serre moi dans tes bras glacés et ôte moi cette vie que je veux fuir.
Heureusement poète ! Ce n'est pas à toi de choisir le jour et l'heure !
Hélas, trois fois hélas pourquoi ne consens tu point à honorer ma supplique ?
Ce n'est pas moi qui décide, je ne suis que l'instrument
Si même toi tu me fuis, quel recours aurais je ?
Aucun ! Il va falloir assumer !
Misère ! Me voilà condamné à errer comme un spectre !
Tu sais qu'elle t'aime ?
Qui ?
Cette muse qui t'inspires !
Oui je le sais, je le sens, je le vis !
Alors pourquoi ?
Parce que je souffre !
C'est un des revers de l'amour !
Hélas je ne le sais que trop !
Tu l'as déjà bien des fois enduré
Mille fois sans doute
Utilise cette énergie pour écrire !
C'est ce qu'en vain j'essaye de faire .......
Et ?
Et les mots me fuient, ils deviennent étrangers et hostiles !
Et c'est pour cela que tu m'as appelée ?
Oui !
Tu me fais perdre mon temps Poète !
Je vous en supplie, ne le prenez pas mal !
J'ai horreur de perdre mon temps !
Puisque je vous ai vexée emportez moi pour vous venger !
Non ! Écrivailleur roublard ! Bien au contraire je te condamne à vivre !
Vous n'avez pas de cœur !
Tu es bien la première personne à penser que j'en avais un !
Que vais je devenir ?
Tu vas écrire, écrire et écrire, sans jamais cesser !
Je n'ai plus d'inspiration !
Foutaises ! Tu m'as trouvée belle tout à l'heure ?
Oui ! Et je continue à le penser !
Alors écris pour moi !
Pour vous ? Jamais plus !
Et pour quelle raison !
Je pense trop à elle !
Malgré tes souffrances ?
Oui !
Mais tu souris que t'arrive t'il ?
Regardez dans l'allée, c'est elle qui accoure, je reconnais son pas !
Et moi ! Que dois je faire en pareil cas ?
Fuyez je vous prie ! Je ne veux point qu'elle vous trouve céans !
Ingrat gribouilleur de parchemin ! Tu mériterais que je t'emporte dans ma fuite.
Mais vous m'avez dis que vous n'en aviez pas le droit !
Tu as changé d'avis semble t'il, il n'y a pas un instant tu me suppliais de passer outre !
C'est comme ça ! C'est la vie ....
La vie, la vie ! Pour ce que je m'en préoccupe !
Je vous en supplie partez !
Je ne puis faire autrement ce jour ! Mais ne t'inquiète pas ton heure viendra, et là quoiqu'il arrive je ne pourrais surseoir ! Adieu ingrat !
Adieu la mort ! Promis je ne vous appellerai plus
Mensonge !
Je suis sincère ! Pourquoi ce doute ?
Je me méfie des gens qui comme toi rêvent les yeux ouverts
Pourquoi ?
Parce qu'ils ne savent jamais où commence et où finit la réalité du monde.
La mort s'évanouit dans le conduit de cheminée
La muse fit son entrée belle comme une aurore de printemps
Le poète la serra dans ses bras
Ils tourbillonnèrent dans une valse sans fin
Perdirent l'équilibre
Tombèrent sur le lit
Et unirent leur corps nus en une myriade d'embrassements amoureux.
( je dois honêtement signaler que j'ai cité dans ce texte les paroles d'une chanson de Claude Nougarro, rendons à césar ... )