Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

02 Mai 2026 à 04:31:57
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Chacun pour moi

Auteur Sujet: Chacun pour moi  (Lu 1429 fois)

Hors ligne Tim Clansso

  • Scribe
  • Messages: 75
  • Ake coucou
Chacun pour moi
« le: 25 Janvier 2015 à 21:44:26 »
Edouard ouvre les yeux, tend une main ensommeillée vers l’interrupteur de sa lampe de chevet : « Tiens, l’ampoule a claqué, ça commence bien. » Le jour filtre largement à travers les rideaux de la fenêtre dont les volets n’ont pas été fermés. La chambre est jonchée de vêtements au sol. Il regarde sa montre, 13 heures 45. « Bon, j’ai plus sommeil » se dit-il. Edouard se lève, un saut à la salle de bains dont la grande fenêtre qui donne sur l’avenue diffuse une joyeuse clarté, remarque à peine que la chasse d’eau ne se remplit pas. Il aime prendre une douche tous les matins, vague héritage de l’éducation reçue de sa mère. Pas d’eau à la douche. « Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? ». Par acquit de conscience, il actionne l’interrupteur de la salle de bains, pas de courant non plus. « C’est grève ou quoi, aujourd’hui ? Putain de socialistes. »

Pour le petit-déjeuner – à 14 heures – Edouard aime les Corn Flakes, mais attention, pas n’importe lesquels. Ceux dont l’emballage comporte des inscriptions en français uniquement. Les impôts déguisés, c’est pas pour lui. Les impôts non déguisés non plus, d’ailleurs, il ne travaille pas. Il a vingt ans, il a passé six mois dans un établissement scolaire au titre du service civique. « Tu parles d’un service, j’ai été payé presque à la fin de mon mandat… » Depuis, il glande dans le deux pièces vide d’un copain qui s’est engagé dans l’armée. Il aurait pu retourner chez ses parents, mais son père ne l’a pas entendu de cette oreille : « tu ne travailles pas ? tu ne manges pas non plus. Va voir ailleurs. Quand tu auras décidé d’accepter les règles de la maison, tu pourras revenir. ». Les règles de la maison, Edouard n’en a rien à cirer. Il faut se lever à 9 heures dernier délai, vider le lave-vaisselle, sortir les poubelles, ramasser les feuilles, faire son lit, aérer et ranger sa chambre, mettre des chaussures avant de passer à table, se lever pour faire le service « à la place de Maman, c’est normal, non ? » dit son père. Fait chier, son père. Jamais content, ce con. « Qu’est-ce que ça peut lui faire que je me balade en chaussettes, mon slip Pull In apparent ? ». En plus, le père a coupé le Wi-Fi, donc merci la maison familliale, il est mieux chez son pote. Il ouvre le frigo, le lait est tiède et l’ampoule du réfrigérateur est éteinte. Ambiance.

Pris d’un doute légitime, il regarde dans la rue par la fenêtre de la cuisine. Personne. « Je rêve, là, ou quoi ? » Il prend son téléphone portable, pas de réseau. « Bon, y’a un malaise, ce matin, on est en guerre contre quelqu’un ? » se dit-il. « Mieux vaut bien commencer la journée, je vais chercher un Donut-qui-déchire à la boulangerie d’en face. » Il sort. L’absence de quiconque dans l’avenue, pas de voitures, pas de piétons, personne, le frappe, crée en lui un malaise. « Me voilà comme Will Smith dans Je suis une Légende ». Arrivé devant la boulangerie, fermée. Et personne dans les rues à qui poser des questions. « Je vais aller au poste de Police municipale, il est juste à côté. Y vont bien pouvoir me renseigner sur la situation. » Edouard s’approche du bâtiment. Les deux voitures de patrouille sont stationnées sagement devant l’entrée mais le rideau de sécurité est baissé. Le poste est fermé. « C’est quoi, ce plan, ce matin ? ». Il est déconnecté de la réalité, comme dit sa Bonne Maman. Il est 14 heures passées. On n’est plus « le matin ». Il prend le temps d’une courte réflexion, puis se dit que l’on n’est pas dimanche et qu’à la Mairie il y aura forcément quelqu’un. Déplacement à pied à la Mairie, située non loin, car l’appartement occupé temporairement par Edouard se trouve dans un petit hameau. La Mairie est fermée. Là, il s’inquiète. « Il se passe quelque chose, j’appelle Maman. » Il a vingt ans, mais il appelle Maman. C’est normal. Si son père n’était pas aussi « con », il l’aurait peut-être appelé d’abord. « Merde, mon portable n’a pas de réseau. On est en guerre, c’est pas possible autrement. » Que faire ? Qui est obligatoirement sur le pied de guerre, prêt à répondre à un besoin urgent ? Les flics ? Si la Municipale n’est pas là, les autres n’y seront pas plus. « Tous des fonctionnaires, la plaie de la société. Travailler moins et gagner plus. Quels tarés, ces syndicalistes. » Edouard ne panique pas encore mais se pose de plus en plus de questions. Une autre réflexion, puis c’est l’idée de génie : « Les Pompiers. La caserne est à 3 kil. ». Il retourne à son immeuble, monte dans sa 106 Kid, un cadeau de sa mère pour son bac, direction la caserne des Pompiers. Arrivé sur place, le parking des Pompiers est vide, les portes des garages fermées, aucune lumière. En fait de lumière, il regarde autour de lui, aucun éclairage d’aucune sorte, ni dans les maisons, ni aux fenêtres des immeubles de bureau, ni dans les globes des feux de circulation. « On est en guerre, j’en suis sûr, je rentre chez moi, c’est la cata. »

Edouard remonte dans sa voiture, cent cinquante kilomètres à parcourir. Un coup d’œil à la jauge de carburant. Elle est sur la réserve. « Merde ! ». Heureusement, le Leclerc du coin est justement dans le coin. « Incroyable, ce que cette famille Ducoin peut posséder comme commerces : le garage Ducoin, l’épicier Ducoin, quel empire. » Il rit tout seul, il évacue le stress qui monte.

Le Leclerc Ducoin. Edouard stoppe son véhicule le long d’une pompe. Sort. La pompe est éteinte, les afficheurs à cristaux liquides sont vides. « Putain, j’hallucine. Je vais faire comment pour rentrer chez moi, maintenant ? Et en plus j’ai faim. ». Il repart vers l'appartement qu'il squatte. L’entrée de l’immeuble comporte une serrure électrique à digicode. Il presse les touches qu’il connaît par cœur, rien ne se passe. « D’accord ! Pas de courant, pas de digicode, et je n’ai pas la clé de la porte de l’immeuble… » Il quitte l’immeuble, laisse sa voiture. Pas la peine de brûler de l’essence pour rien. Il se dirige vers un pavillon voisin. Une voiture est garée devant. Il frappe. La porte s’ouvre. Un monsieur d’une soixantaine d’années apparaît.

« Oui ? »
« Bonjour Monsieur, vous avez de la lumière chez vous ? On dirait qu’il y a une panne dans le quartier. »
« Non, pas de lumière depuis ce matin. Qu’est-ce que vous voulez ? »
« Je n’ai pas d’eau non plus, chez moi. Et vous ? »
« Non plus. Je vous ai demandé ce que vous vouliez. »
« Les boutiques sont fermées, auriez-vous une demi-baguette à me donner ? Ou à me vendre ? »
« Tu rigoles, gamin, ce que j’ai je le garde pour moi. »

Et il lui ferme la porte au nez.

Edouard est de plus en plus désemparé. « Quel con. Il pourrait être un peu plus serviable, celui-là. » Que faire. « Je veux rentrer chez moi, je n’ai plus assez d’essence, bon, faut que je téléphone à Papa. » Tiens, c’est Papa maintenant, ce n’est plus Maman. Il s’approche d’une maison voisine, sonne. Rien ne se passe. Evidemment, s’il n’y a plus de courant… Il frappe, on lui ouvre aussi. Une dame, l’air gentil.

« Oui, C’est pour quoi ? »
« Bonjour Madame, excusez-moi de vous déranger. Est-ce que nous sommes en guerre ? Il n’y a plus d’eau, plus d’électricité, il n’y a personne dans les rues et mon téléphone portable ne marche pas. Je voudrais appeler chez mes parents. »
« La guerre, je n’en sais rien, mon téléphone ne marche pas non plus et de toutes façons c’est mon téléphone. Débrouillez-vous tout seul, mon garçon. »

Et elle referme la porte. Gentiment, mais bon, elle referme la porte.

L’un des rares avantages d’avoir eu un père autoritaire, ancien militaire, aujourd’hui ministre, est que celui-ci répétait souvent à son fils, face à une difficulté : « Quand tu ne sais plus quoi faire, demande-toi ce que tu ferais si ta vie en dépendait. Tu verras, tu trouveras des solutions à ton problème. » Alors Edouard se dit en lui-même : « Bon, qu’est-ce qu’il ferait, le Pater ? Hmmm… plus d’essence, je dois rentrer, je pique une voiture. Pas facile, mais bon. Dans les films, on voit qu’il suffit de cintrer la portière pour l’ouvrir, et de mettre deux fils en contact pour démarrer le moteur. » Il est marrant, Edouard, parce que ces méthodes étaient peut-être applicables dans les années 60 mais plus maintenant. Pour cintrer une portière, il faut soit une barre à mines, soit une force herculéenne, et les fils de contact ne sont plus apparents depuis longtemps. Seuls les professionnels du crime savent – et encore – faire démarrer une voiture sans clé. Il s’approche d’une voiture, hésite. On le regarde pas les fenêtres, il en est sûr, il le sent, et il n’est pas délinquant. Il ne l’a jamais été, il n’est pas prêt à faire le pas. « Il me reste le vélo. Cent cinquante bornes en vélo, le ventre vide, je ne suis pas arrivé… ». Retour à sa voiture, moral à zéro. « Je prends ma bagnole et je tourne jusqu’à ce que j’avise un vélo quelque part dans un jardin, sans cadenas. » Coup de bol, en voilà un. Un vélo de cross posé contre le mur du garage d’un pavillon. Il quitte son véhicule, ferme la portière à clé soigneusement. « Pas question qu’on me pique ma bagnole, on m’a déjà piqué ma guitare dedans, ça suffit comme ça. » Un coup d’œil à droite, un coup d’œil à gauche, et il saute la barrière du pavillon, s’empare du vélo, le lance par-dessus la clôture, repasse l’obstacle et détale à toute vitesse sur le vélo.

A la sortie du village, une ligne droite qui descend, un virage et un plat. A la sortie du virage, Edouard manque tomber de son vélo de surprise. Un barrage de Gendarmerie. Des types en uniforme partout. Et devant, au milieu de la route, bien reconnaissable, son père à côté du Maire de la commune en écharpe et d’un haut gradé de Gendarmerie. Il est si ému de voir son père qu’il oublie toute sa rancœur. Il s’approche, descend du vélo qu'il laisse tomber au sol et se jette dans ses bras, les larmes aux yeux. Il sanglote : « Qu’est-ce qui s’est passé, Papa ? C’était pour un film ? La caméra cachée ? J’ai eu trop peur. » Son père lui répond : « Viens, on rentre, les Gendarmes rapporteront le vélo, on va à la maison. »

Dans la voiture du père, Edouard se met à pleurer doucement. Décompression. Les nerfs lâchent. « Reprends-toi, chéri, c’est fini maintenant. Ta maman et moi allons tout t’expliquer. » Arrivés chez eux, il y a du courant, des gens dans les rues, les feux tricolores fonctionnent, la vie à l’air normale. Ils entrent. Edouard est accueilli par sa mère, il l’étreint amoureusement :

« Maman, j’ai vécu un cauchemard. »
« Assieds-toi, mon chéri, et écoute bien ton Papa. »

Le père s’installe dans son fauteuil (préféré, celui que le chat affectionne particulièrement aussi) et commence :

« Tu vois, fiston, quand tu t’es levé, il n’y avait pas de courant dans ton logement parce que EDF, service public bien que plus ou moins privatisé, avait décidé de ne plus « servir ». Il n’y avait plus d’eau pour la même raison. La boulangerie était fermée parce que le boulanger n’avait fait du pain que pour lui et sa famille. Les Clients, il n’en avait plus souci. Le poste de Police était fermé car les Policiers n’avaient rien à y faire dans la mesure où ils avaient choisi de ne plus se soucier de l’ordre public dans la commune. Le Maire était chez lui, car ses administrés – avait-il décidé – pouvaient se passer de lui, ils ne l’intéressaient plus. Les voisins ne t’ont pas accueilli, car tu étais un étranger. « Débrouillez-vous tout seul, mon garçon » t’a-t-on dit s’ils ont suivi soigneusement les consignes qui leur avaient été données par notre comité d’organisation. En effet, ma position de membre du Gouvernement présente plusieurs avantages, et je n’ai pas eu trop de mal à convaincre M. le Maire, le Directeur régional d’EDF, de Véolia et le Commandant de la Gendarmerie de monter cette mise en scène pour t’aider à comprendre qu’en société, l’homme ne peut vivre seul. Nous avons pensé que cette aventure pouvait t’aider et surtout aider tous les jeunes à qui tu en parleras peut-être. Un moyen éducatif de plus, mais plutôt original, ne crois-tu pas ? Maintenant, pour qu’il soit efficace, il faut en parler, pas vrai ? Quant aux Pompiers, rassure-toi, ils étaient bien là, mais cachés ! On ne plaisante pas avec le service des autres. »

Et Edouard répondit : « Tu sais, Papa, on pourrait en faire un film, de cette histoire… »


FIN
Les nouveaux messages, c'est par ici aussi  :-) - Et mes Smileys que j'aime c'est plutôt par là.

Hors ligne cloriane

  • Tabellion
  • Messages: 37
Re : Chacun pour moi
« Réponse #1 le: 26 Janvier 2015 à 10:44:17 »
 ;D Super !!!!! j'ai beaucoup aimé, happée dès les premières phrases !!!!! j'en parlerai  à mon fils tiens !!!!!
L'éternité c'est long... surtout vers la fin -Kafka

Hors ligne Tim Clansso

  • Scribe
  • Messages: 75
  • Ake coucou
Re : Chacun pour moi
« Réponse #2 le: 26 Janvier 2015 à 13:10:56 »
C'est gentil

(17 - 17 : qu'est-ce que je vais bien pouvoir raconter pour prendre la tête ???)  :o
Les nouveaux messages, c'est par ici aussi  :-) - Et mes Smileys que j'aime c'est plutôt par là.

Hors ligne Kerena

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 675
  • Schrödinger cat
    • Dans les nuages
Re : Chacun pour moi
« Réponse #3 le: 26 Janvier 2015 à 13:23:33 »
Citer
La caserne est à 3 kil

trois kilomètres

Citer
cent cinquante kilomètres à parcourir

Pour aller où ? tout à l'heure, il avait 3 km à faire,maintenant 150 ? C'est où, "chez lui" ? Il faudrait éclaircir ça.

Citer
le Leclerc du coin est justement dans le coin

Répétition voulue, mais un peu gênante quand même je trouve.

Citer
Que faire.

Que faire ?

Citer
Oui, C’est pour quoi ?

Oui, c’est pour quoi ?

Citer
Les Clients

c minuscule => clients

Citer
Le poste de Police était fermé car les Policiers

idem, pas de majuscule à "police", "pompiers" et "policiers"


Alors, l'avantage, c'est que ça se lit bien. Tu as un style aisé. Après, juste une remarque sur le ton du jeune, qui ne fait pas assez jeune, justement. Il a encore un langage trop soutenu. Genre : "je n'ai pas le temps" => "j'ai pas le temps", tu vois ?

Après, je n'ai pas été très convaincue par la chute. Déjà j'aime pas trop les histoires moralisatrices ( :mrgreen: ) alors ça n'aide pas. Mais en plus je pense qu'on a pas besoin de bosser au gouvernement pour motiver son fils de 20 ans à bosser (mais ça c'est un avis personnel :mrgreen: ).

Bref, la lecture était plaisante, mais je n'ai pas aimé l'histoire plus que ça. Au plaisir quand même de te re-lire :mafio:
« Modifié: 26 Janvier 2015 à 13:31:20 par Kerena »
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


Hors ligne Tim Clansso

  • Scribe
  • Messages: 75
  • Ake coucou
Re : Chacun pour moi
« Réponse #4 le: 26 Janvier 2015 à 13:27:39 »
Merci beaucoup Kerena, ça c'est de la valeur ajoutée.
Les nouveaux messages, c'est par ici aussi  :-) - Et mes Smileys que j'aime c'est plutôt par là.

Hors ligne Georges Cloné

  • Calliopéen
  • Messages: 468
Re : Chacun pour moi
« Réponse #5 le: 27 Janvier 2015 à 19:12:16 »
Hello, supporter du ST...

"La chambre est jonchée de vêtements au sol." je sais pas, jonchée au sol ne me plaît guère, je n'aurais pas précisé où. (ou alors "le sol de la chambre)

"tu ne travailles pas ? tu" le premier, majuscule ; le deuxième, aussi, mais pas obligatoire.

 « Me voilà comme Will Smith dans Je suis une Légende » Ecris le titre en italique pour le démarquer, non ? Film correct sans plus tiré d'un livre culte de Matheson.

Cauchemard (un mot qui donne cauchemarder) pas de d

Pour l'histoire, bien écrite et bien menée, mais la grosse ficelle moralisatrice, c'est pas pour moi.
Blue Mountain, Moka Sidamo, Maragogype...

What else ?

Hors ligne Tim Clansso

  • Scribe
  • Messages: 75
  • Ake coucou
Re : Chacun pour moi
« Réponse #6 le: 27 Janvier 2015 à 19:16:47 »
J'aime bien tes comentaire, Georges, merci, mais c'est la seconde fois que l'on écrit que le côté moralisateur est déplaisant.
Je m'interroge...  :o
Les nouveaux messages, c'est par ici aussi  :-) - Et mes Smileys que j'aime c'est plutôt par là.

Hors ligne Georges Cloné

  • Calliopéen
  • Messages: 468
Re : Chacun pour moi
« Réponse #7 le: 27 Janvier 2015 à 19:38:02 »
Eh, t'inquiète pas !
Si tu aimes ce que tu écris, c'est le principal...

Je préfère le un peu déjanté. En plus, ce n'est pas déplaisant, loin de là.
Blue Mountain, Moka Sidamo, Maragogype...

What else ?

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.019 secondes avec 22 requêtes.