On subit toujours la même monotonie. Nos journées sont des livres que l'on relit sans plus d'envie que la première fois. Nos poumons collectionnent du goudron, et l'on se brûle de l'intérieur, on bouffe nos cœurs. Chaque matin, on commence à attendre demain. En espérant un autre train, en espérant une autre fin, en espérant devenir quelqu'un. On regarde les gens courir, on pense un temps à mourir, puis on poursuit notre chemin, parce qu'on est rationnel. Toute fuite est superficielle. Vouloir être son roi ; on essaie, ou du moins on essayera. Nous savons être courageux, parfois. Quand on a pas trop froid, quand on a pas trop faim. L'espoir nous a rongé, on s'en retrouve abîmé. On se soulage de toute façon à être fataliste, à prendre la position la plus facile, quitte à ce que ça soit futile. On regarde les autres mais on a plus la volonté de leur plaire. On pense qu'on est seul dans la marée humaine, quand les heures traînent, quand les gens s'aiment. On est là, visiblement on existe. Pourtant on ne résiste plus. On cherche à laisser la cascade s'écouler sur notre gueule et les larmes sur nos joues, sans broncher. On ne proteste pas car on insulte ceux qui se plaignent. On croit avoir tout vu. Imbus de nous-même et du déchet qu'on représente, on sait qu'on nous ment quand on nous parle d'avenir, nous sommes ces grands du soupir, ces protagonistes du pire. Souvent, on s'écrit des romans chantés dans nos têtes pour se donner bonne conscience, on ne sert plus la science mais on se noie dans un art approximatif dont d'autres diront qu'il pue la pisse. Quel pessimisme. On tente de se refaire plaisir, de tomber amoureux, de se remettre à sourire, se sentir au dessus d'eux. C'est finalement ça qui compte, qu'on se la raconte ; la recherche infinie d'avoir de quoi se vanter. Mettre de la consistance et retrouver l'insolence qu'on a défendue.