Une ruelle darkounette sur les bords, vos pieds raclent et trébuchent sur le sol pavé complètement irrégulier.
Tandis que vous essayez tant bien que mal de reprendre votre équilibre, vous entendez un crissement venant de votre gauche. Vous commencez à être sur la défensive, vous vous dites que ce n’était peut-être pas une bonne idée de venir ici mais il est trop tard, vous ne savez pas pourquoi mais il est trop tard.
Alors vous avancez, vous sentez des gouttes d'humidité vous tomber sur le haut du crane. Les murs suintent du mélange chaud et froid de l'air, ou est-ce seulement de la salpêtre dû à l'abandon des bâtiments ?
Vous vous souvenez des légendes racontées pendant votre enfance, des meurtriers qui découpaient des petites filles, qui décimaient des familles entières pour se protéger quelques temps de la justice. Vous finissez par prendre a gauche, l'endroit le plus sombre. Pourquoi ? Peut-être êtes vous attirez par ce coté, peut-être votre instinct vous dicte que la sortie se trouve par la ? Peut-être votre esprit est malade, il recherche la peur et la souffrance ? Peut-être cherche-t-il simplement de l’adrénaline. Dans ce cas, c'est réussi. Votre cœur bat à vous rompre votre cage thoracique. Une cage thoracique comme celle qui se trouve a vos pieds ? Mais quelle est cette substance foncé qui recouvre les murs par endroit ? Vous vous dites que vous ne voulez pas savoir, que la sortie est plus importante mais votre esprit n'est pas d'accord. Il vous dit « non, non, non. Tu ne veux pas laisser ces pauvres côtes ici ? ». Alors votre esprit devient maître de la situation. Vos pieds bougent tous seuls, ils sont devenus auto suffisant, plus besoin de sang pour fonctionner. La preuve, ils deviennent noirs, mal irrigués peut-être ?
Vous ramassez les os et vous continuez de marcher le long de la rue. Ce qui reste de rationnel en vous vous dit clairement que la sortie ne sera jamais, jamais de se coté, que votre seule envie est de prendre vos jambes à votre cou et de partir vers la lumières. Mais ces mêmes guibolles ne vous répondent plus alors vous continuez. Vos pas résonnent le long des parois. Vous cherchez de la lumière mais aucune si ce n'est ce feu qui brûle au bout de ce qui semble-être votre chemin. Vous regardez en haut, pensant trouver un ciel et un quelconque rayon de soleil entre les toits des maisons mais rien. Y a-t-il seulement une interstice ? « Mais de la lumière, il y en a la-bas. Regarde le bon feu » vous chuchote une voix à l'oreille. Alors vous avancez, toujours poussé par cette curiosité glauque.
Les murs deviennent de plus en plus sombres et vermeils à mesure que vous vous approchez de la flamme. Celle-ci brûle dans un tonneau en fer, comme les feux que font les grévistes devant les usines. Vous vous approchez, comme mû par une volonté supérieure et vous plongez votre tête au dessus de ce brasier. Au fond repose un pied qui lentement, à mesure que vous le regardez, se consume comme si il venait de se retrouver là, au moment ou vous avez posé les yeux dessus.
Vous vous écartez et vous remarquez enfin la porte qui se trouve derrière le tonneau au pied. Vous approchant doucement, vous commencez a trembler. Vous ne savez pas pourquoi mais l’adrénaline c'est transformée en peur. Peut-être parce qu'un buste se trouve à vos pieds. Alors vous vous ressassez cette même parole. Que ce genre de chose n'existent que dans les contes de fées, que vous n’êtes pas une mauvaise personne et que donc personne ne peut vous tuer.
Vous entrez finalement. Vous émergez dans une pièce. Le mobilier est pour la moitié détruit et ce qui ne l'est pas gît lamentablement à terre. Le canapé a été lacéré et les coussins saignent des plumes. Les chaises sont explosées sur une table à laquelle il manque un pied. Les armoires sont éventrées, leurs contenus étalé par terre et l'escalier montant à l’étage a été arraché de son sol. Le plancher est lui taché de ce qui ressemble a du sang qui aurait éclaboussé partout. Seule une pendule a survécu au massacre.
Bizarrement, elle est la seule a être impeccable. Ni taches, ni brisures, ni rien. Si ce n'est un tic tac régulier. Et ce tic tac il est là, pesant, long, il résonne dans la pièce. Des crissements se font entendre en haut, semblable à ceux entendu plus tôt. « Tu l'entends ce tic tac ? Quand il arrivera à 100, tu seras une personne morte ».
Vous sursautez, vous vous dites que ce n'est sûrement que votre esprit malade, mais vous commencez à compter les bruits de cette horloge, comme les derniers battements d'un cœur. Les compter vous empêchent de vous concentrer, vous ne savez pas où aller. « Tic-Tac, Tic-Tac » fait la voix de plus en plus proche. Et enfin, vos pieds réagissent, enfin ils redeviennent chair, enfin ils vous répondent. Vous vous retournez pour fuir. Elle était derrière vous.
Votre sang abreuve le parquet, vos viscères vous servent de compagne. Vous ne savez pas comment mais votre cage thoracique se trouve plus haut dans la rue. Vous ne savez pas comment, mais vous êtes mort. Pourtant vous n'avez pas été une personne désagréable, ni malhonnête. Mais vous êtes la, à vous vider de votre sang pendant que quelqu'un rentre dans la ruelle. Au fait, vous n'avez plus votre pied.