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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La Porte Noire (suite et fin)

Auteur Sujet: La Porte Noire (suite et fin)  (Lu 1175 fois)

moonland

  • Invité
La Porte Noire (suite et fin)
« le: 12 Novembre 2014 à 22:46:08 »
Il y a de ça un an, jamais je n'aurais osé m'asseoir à la table de cette cave mal éclairée, avec ma bière pour unique compagne. Seule, j'ai toujours eu peur du vide.
Mais là ça va, parce qu'en quelque sorte je suis remplie, et poussée par ce sentiment bizarre de ne vouloir être nulle part ailleurs.
Je me dit que malgré l'odeur violente d'humidité qui habite ces briques et ces bancs en pierre froide très inconfortable, il n'y a sans doute pas de lieu plus agréable où être à ce moment précis de l'existence.
J'ai l'impression de posséder un secret. Que j'ai trouvé le paradis et que personne d'autre n'a l'air de le savoir.
Parce qu'il est ici. En train d'installer son micro, les mains un peu tremblantes et le regard fuyant du mec pas encore tout à fait à l'aise avec ces choses là. J'essaye de ne l'observer que d'un œil, de ne pas trop me faire remarquer. Jouer à la fille détachée qui est plus là par hasard qu'autre chose. Mais la subtilité n'a jamais été ma meilleure amie.
Il m'a confié hier la trouille violente qui l'envahissait à l'idée de jouer aujourd'hui. Pourtant il chante dans le métro régulièrement. Devant des trains et des trains d'inconnus qui ne s'arrêtent même pas. Il me dit que ce qui l'angoisse, cette fois, c'est qu'on soit venu le voir. C'est l'attente des autres qui va lui peser sur les épaules et risque de faire vriller ses cordes vocales. Et l'énergie de ceux d'avant lui qui voyagera entre les murs de la Porte Noire pour lui rappeler qu'il a encore beaucoup de chemin à faire avant d'être aussi bon qu'eux. J'ai eu envie de lui dire qu'il brille tellement fort qu'il faudrait être aveugle aux émotions les plus simples pour être déçu dans son attente. Que sa voix peut réveiller les morts. Et que sa présence est un rocher qu'on se prend en pleine gueule avec le sourire, et on en redemande. Évidement je me suis contentée de lui dire de se faire confiance et de se faire plaisir. Que chanter faux n'est pas un crime contre l'humanité et qu'au pire j'applaudirai toute seule.
Il ne m'a pas demandé de venir. J'ai juste cliqué sur « participe » comme la plupart des gens.
Je sais que je ne suis pas une personne très importante dans sa vie. Mais ça ne me dérange pas. Il m'a réappris à vivre, sans même le faire exprès. En m'expliquant comment s'aimer soi même juste en me montrant l'exemple. Il m'a fait comprendre qu'un demain comptait toujours beaucoup moins qu'un maintenant.
Venir le voir ici, dans l'ombre de sa lumière, c'est reprendre un shoot. C'est venir me rappeler vers quoi j'avance, ce que je veux mettre dans ma vie et faire de mes dix doigts. Mais surtout, pendant quelques heures, me rappeler qu'il y en a des comme ça. Et qu'un jour quelque part, j'en croiserais un qui me verra.
Je me cache derrière mon livre et je suis surprise du peu de gens présent. Dans un sens ça m'arrange, je peux enlever ma peur et être plus à l'aise. Je lève les yeux et il en profite pour me jeter un sourire de reconnaissance, que je lui rends timidement en retournant me cacher derrière les quelques pages qui me protègent encore. Et puis il commence à chanter et c'est comme si mon cœur voulait crever ma cage thoracique pour le rejoindre au plus vite. Sa voix n'est pas véritablement extraordinaire, mais elle est libre, comme lui, et ça fait un bien fou. Ses mots glissent au galop sur les tables jusqu'à moi, les notes m'envahissent et j'ai l'impression de flotter dans un brouillard. Voilà l'effet qu'il me fait. Voilà ce qu'un cœur est capable de fabriquer en rencontrant certains autres. Voilà ce que c'est de vivre de nouveau. J'avais tellement oublier ce dont j'étais capable. J'avais oublié comme c'était important d'être sensible et de se laisser faire. Et là tout de suite, guidée par sa voix, je me sens forte.
Quelques personnes commencent à descendre les marches du bar. Le barman allume des bougies sur les tables. Je me sens sereine. Je sors un cahier neuf de mon sac, et je commence à écrire. Les premières lignes depuis 5 ans. Ça me sort des doigts très facilement, et il y a sa voix comme BO de l'histoire.
Je ne sais même pas combien de temps je suis restée là, à écrire, mais je viens de sortir la tête de mon cahier pour prendre une gorgée de bière, il n'y a plus l'ombre d'une bulle à l'intérieur. Le bar quant à lui est définitivement bien rempli ce qui fait monter mon angoisse d'un cran. Je devrais faire ce que je fais toujours pour me calmer. J'observe les gens. J'étudie le langage corporel du couple  à côté de moi qui ne se parle pas. J'écoute les réactions enjouées de ma voisine sur le dernier film de Dolan. Je me rend compte que je suis dans un lieu tellement magique que les grands barbus taillés comme des vikings peuvent se commander des cocktails rose bonbon sans craindre le ridicule.Et je constate que la très jolie fille accoudée au bar se ronge les ongles comme une personne normale. Les gens font moins peur quand on a le sentiment qu'ils ne sont plus complètement des étrangers.
Et là je vois Laura descendre les marches de l'antre dans sa jolie robe rouge bien trop habillée pour un mardi soir. Elle a les cheveux mal coiffés de celle qui a couru après son bus, comme d'habitude. Je me demande comment elle fait avec des talons pareils. Je trouve qu'elle jure de façon magnifique  avec le reste du décor. Je suis contente de la voir, et même si je commençais à apprivoiser ma solitude de façon tout à fait remarquable, je lui fais des grands signes pour l'inviter à se joindre à moi.
Elle me raconte les dernières nouvelles, je lui demande ce qu'elle veut boire. Je bouscule les groupies du premier rang pour aller commander son gin fizz et ma Duvel. Je me retourne et je la vois qui le regarde, avec les yeux qui brillent autant que les miens et pour une raison que j'ignore un peu, ça m'a fendu le cœur en deux.
Je suis revenue m'asseoir, et elle me parle de lui, de sa ressemblance quasi surnaturelle avec Guillaume Canet. De sa voix cassée. De ses mains qui glissent sur sa guitare comme deux expertes. Je me retiens de lui parler de la nuit que j'ai passé avec lui à discuter, à manger son cou et à réapprendre à vivre. Ni de l'amour débordant qui va, grandissant, de moi vers lui depuis cette nuit là. Pas envie de lui expliquer qu'il est le genre de personne à vivre chaque moment intensément et dans le respect de l'autre. Qu'il donne, et s'en fiche de recevoir, mais que je n'étais que ce moment là pour lui et que ce n'est pas grave.Je n'ai pas non plus envie de lui faire savoir comme sa simple présence me donne envie d'être plus grande et l'énergie qu'il me faut pour avancer. Je n'ai pas envie d'être niaise dans ses yeux à elle. En plus je la connais, elle et son tact naturel, si je commence à lui dire ces choses là, elle va passer sa soirée, une fois ses trois gin fizz dans le nez, à essayer de me pousser dans ses bras de façon tout à fait déplacé.
J'écoute Laura parler jusqu'à ce que je sois happée par un début d'accord qui a fait bondir tous mes organes. Je tourne instinctivement la tête vers lui au moment où il commence à chanter et je reste figée par la beauté des notes. Elles s'assemblent comme des légos et semblent se faire l'amour comme si elles étaient des âmes sœurs trop longtemps séparées. Ses yeux sont plongés dans les miens et je ressens tellement de choses se réveiller dans mon corps, j'avais envie de toutes les lui donner, mais avec mes yeux comme unique messager, ça me parait compliqué. J'écoute chaque note avec soin, je les laisse rentrer en moi et se transformer en émotions violentes. C'est extrêmement beau.
Ses yeux ne me lâchent pas, et c'est là que j'ai compris que ça ne servait à rien de se voiler la face trop longtemps. Je suis foutue. Je peux dire ce que je veux, prétendre n'avoir aucun attente, la vérité c'est que j'ai envie de lui donner plus, j'ai besoin qu'il me réveille tous les organes. Qu'il m’électrocute, lui, et pas un autre.
Et tant que ses yeux soutiennent mon regard, je pense que je peux me permettre d'y croire.
Je ferme les yeux pour savourer d'avantage. Laura me lance un « Ouhou, Isa, t'es avec moi ? T'as entendu ce que je viens de dire? » qui me fait la rejoindre. Là elle me dit qu'elle a repéré un ancien collègue au bar et qu'elle compte bien lui faire savoir qu'elle est célibataire. Elle me demande de l'accompagner. Sauf que je ne suis pas prête pour la vie réelle là tout de suite, je plane encore trop haut et j'ai besoin de profiter de cette émotion là un peu plus longtemps. Je me dirige vers le fumoir en lui promettant de la rejoindre dans 10 minutes.
Je rentre dans cette petite pièce trop enfumée et je me laisse tomber à terre dans un coin, le sourire aux lèvres. Je me rend compte que peut être, c'est possible. Qu'il y a un moment parfait pour arrêter de douter de soi même en permanence. Après tout je ne suis pas la pire personne que le monde est portée, pourquoi je ne pourrais pas lui plaire pour autre chose que pour une nuit? J'ai pas grand chose à perdre à y croire un peu plus fort. L'important quand on prend le risque de chavirer, c'est de savoir qu'on sait nager.
J'entends une voix dans mon oreille qui me sort de mes pensées, je me retourne et son visage est juste en face du mien. Il me regarde. Je le regarde. Je sens qu'il a quelque chose à me dire. Sa voix me lâche un « Je peux y retourner ? »dont je ne comprends pas bien le sens alors je lui demande « Où ça ? » et il me répond « A l'intérieur de toi ».
Ah, c'est ça qui l'intéresse. Je ne suis donc bien que la fille d'une nuit. Heureusement que je sais nager...





Putain, je maudis Pierre. J'ai jamais été aussi angoissé de toute ma vie. A part peut être la fois où j'ai du remplacer Peter Pan pour la danse de l'école . Il m'a appelé il y a 4 jours et m'a supplié de le remplacer pour jouer à la Porte Noire. Il a dit qu'il était trop perturbé par Virginia, il avait carrément perdu sa voix à force de pleurer en bas de sa fenêtre. Un jour il va falloir qu'il arrête de se mutiler le cœur avec cette fille. En attendant, j'avais pas le cœur de lui dire non. Sauf que moi, c'est pas forcement mon genre de chanter dans un lieu fermé, avec l'obligation de le faire jusqu'au bout. Aucune issu de secours. Dans le métro c'est moi qui décide, j'ai pas d'horaires, j'ai signé aucun contrat. Y'a les attentes de personnes pour me crisper tous les muscles. Au pire, je me déçois moi même, au mieux je récolte quelques pièces.
Et puis je sais pas pourquoi ce con de barman a voulu foutre la scène devant son bar. Le son aurait été bien meilleur s'il m'avait laissé me mettre au fond, et les gens vont galérer pour aller jusqu'à lui à cause de tout le matos que Pierre m'a prêté. J'avais vraiment pas besoin de tout ça d'ailleurs. En plus j'y comprends rien moi à ces branchements pourris, j'aurais du faire comme prévu et juste ramener ma guitare.
Je vois Isa au fond du bar. Ca me fait plaisir qu'elle soit venue. Contrairement a mes potes qui se bourrent probablement la gueule dans un autre bar. Bon au moins, je ne suis plus vraiment tout seul.
Je lui lance un sourire, et elle me le rend vaguement avant de retourner dans son bouquin. Je la comprends, Maupassant doit être vachement plus intéressant.
Bon faut se lancer. Il va falloir suivre la liste de morceaux vieillots que Pierre avait prévu. Le barman n'a pas voulu que j'adapte. J'ai même pas eu le temps de tout apprendre, je vais avoir l'air con en louchant sur mes partitions. Ca fait pas franchement professionnel.
Bon, mec, concentre toi un peu.
J'ai un peu de mal à me mettre dedans et à me sentir à l'aise. J 'ai ma voix qui part en couille, je sais que j'exagère mais j'ai carrément l'impression d'être deux octaves en dessous. Sauf que personne n'a pris trois secondes pour me huer, donc faut croire que ça perturbe que moi.
Je commence à prendre du plaisir en chantant le Brel. Faut dire qu'il faudrait être sacrement à côté de ses pompes pour se faire chier sur Mathilde. Là je sens que le public se réveille un peu. Sauf Isa qui est cachée dans ses longs cheveux en train d'écrire dans un cahier. On ne peut pas captiver tout le monde.
Pierre a bien fait les choses, plus les chansons avancent, plus je sens monter quelque chose le long de ma colonne vertébrale. Je ne l'avais pas senti venir du tout et c'est putain d'agréable. J'arrive pas trop a décrire la sensation en question, mais y'a une chaleur là, qui m'habite d'un coup, me possède presque et prend mon micro. Le reste des chansons me sortent de tout le corps de façon très fluide. Je prends mon pied. Je rouvre les yeux, et ils sont au moins trois fois plus dans le bar.
Putain ça m'angoisse, ils sont trop. Je jette un regard circulaire sur cette foule pour l'apprivoiser et me détendre un peu.
Ah tiens, y'a la jolie brune d'Halloween qui est avec Isa. C'est marrant en les voyant a deux, l'une en face de l'autre, on a du mal imaginer qu'elles puissent être copine. Au premier abord, y'a vraiment tout qui les oppose. Isa semble sortie tout droit d'un conte des frères Grimm. La peau de porcelaine, d'épais cheveux dorés parfaitement lisses et peignés qui lui coulent jusqu'en bas du dos, des yeux à peine maquillés et des fringues d'une autre époque, sûrement chiné dans une friperie. Et l'autre, un mètre de jambe juché sur des talons de 8 centimètres, une robe rouge écarlate fendue sur le côté avec le rouge à lèvre assorti, un épais trait d'eye liner sur les yeux et la crinière ébouriffé. Un style très étudié. Ses cheveux ont d'ailleurs l'air d'être le seul truc qui ne soit pas calculé à l'avance. Y 'a pas à dire elle est belle à regarder mais mon Dieu ce qu'elle parle fort.
J'arrive au bout de ma liste imposée, j'ai vraiment envie de tester la dernière compo que j'ai faite. Profiter de la foule pour que ça passe inaperçue. Allez, comme ça, en final, ça devrait pas trop s'entendre. Au pire si c'est nul y'aura que moi pour m'en apercevoir. Et puis ça sera ma petite vengeance personnelle contre le barman.
Je me lance, et je me sens comme à 8 ans, en train de lire mon poème a maman, avec la peur au ventre que ça ne lui plaise pas.
C'est là les grands yeux d'Isa m'attrape et me regarde droit dedans. Elle a arrêté d'écouter Laura. A vrai dire, elle a l'air d'avoir tout arrêté pour pouvoir m'écouter. Même le temps. J'avais jamais remarqué qu'elle avait des yeux pareils. Ses pupilles sont immenses, un putain d'infini qui te balance tout ce qu'elle ressent dans la gueule. Ca me fait perdre tous mes moyens, impossible de lâcher son regard, je suis complètement perdu dedans de toute façon. Et en même temps je ressens ce truc indescriptible qui va d'elle vers moi? Qui m'apporte toutes les notes et l'émotion dont j'ai besoin pour chanter juste. Ca m'inspire même des modifications de dernière minute. J'ai l'impression moi même de l'entendre pour la première fois.
Là tout de suite, au fond de ses pupilles énormes, toutes dilatées de plaisir, j'ai l'impression d'être plus grand que le monde entier. Je vois ses paupières qui se ferment tout doucement alors je l'accompagne, et je laisse sortir les dernières notes.
Quand j'ai rouvert les yeux elle n'était plus là. J'ai posé ma guitare delicatement, encore dans un état second. C'est une putain de magicienne. Je me sens tellement con de pas m'en être aperçu avant, alors qu'on a passé une nuit entière l'un dans l'autre. C'était comme si ses pupilles étaient capables de transpercer toute l'émotion des accords, et de m'aider à mieux les comprendre. Comment des billes aussi sombres peuvent apporter autant de lumière sur ce qu'on ne peut pas toucher ?
Elle m'avait demandé de lui chanter un truc, au petit matin, mais j'étais trop crevé. J'ai de sacrés regrets.
Faut que je la trouve. Je vois sa pote Laura qui se fait draguer au bar, y'a moyen qu'elle sache où je peux la trouver.
Je laisse le micro au deux nanas de Blemzia, je leur souhaite bien du courage avec les hystériques du premier rang et je me dirige vers le bar.
J'ai même pas eu besoin de faire le premier pas parce que Laura s'est jeté sur moi pour se présenter, tout en me faisant un jeté de cheveux digne des meilleurs pubs de shampooing. Je lui rappelle qu'on s'est déjà croisé chez Julie pour Halloween, elle ne s'en souvient pas. Faut dire qu'elle avait l'air bien occupé à gérer son harem ce soir là. Elle me regarde comme si elle était prête à m'arracher mes fringues et ça me met vachement mal à l'aise. Je la trouve vraiment bizarre cette fille. Elle en fait tellement trop alors qu'avec un physique pareil, c'est vraiment pas la peine. Pas besoin d'en faire des tonnes pour se faire remarquer avec un corps comme le sien.
Je lui demande où je peux trouver Isa et d'un coup elle change de posture, y'a tout son corps qui se rétracte et elle paraît tout de suite bien plus normale. Elle me demande si je connais bien Isa et je sais pas trop quoi répondre, je bafouille comme un gamin. Elle me sauve de mon bégaiement en me coupant la parole et me dit avec un grand sourire qu'Isa vient de rentrer dans le fumoir au fond à gauche. J'me retourne pour y aller et là on m'attrape le bras violemment pour me retourner, c'était Laura, qui me fixe d'un regard noir, pendant quelques secondes beaucoup trop longues et me dit « Fais gaffe, ok ? »
Et j'en sais rien, y'avait un truc dans son regard qui m'a obligé a dire « D'accord » comme un gamin obéissant. C'est impressionnant la poigne qu'elle a celle là, avec ses tout petits bras.
Je sais pas si c'est la foule ou l'émotion d'avoir chanté mes tripes qui me portent, mais je slalome comme un expert entre les gens. Vers elle. J'ai pourtant pas pensé à Isa depuis qu'elle a quitté mes draps, trop occupé par mes conneries quotidiennes je suppose. On a du parler quelques fois sur internet, pendant mes heures de pauses, mais c'est tout. Je peux pas vraiment dire qu'elle m'avait perturbé. Mais là, à cet instant précis, y'a que ses yeux dans les miens qui pourraient me calmer. J'ai faim de quelque chose d'énorme, je sais pas trop ce que c'est, et j'ai l'impression qu'il n'y a qu'elle qui pourra me remplir.
Je pousse l'énorme porte en bois du fumoir et je la vois assise en tailleur par terre, enveloppée dans une fumée blanche, le sourire aux lèvres. Je me mets à sa hauteur, et je me laisse glisser contre le mur pour m'asseoir à côté d'elle. Je crois qu'elle ne m'a pas vu. Je reste là deux minutes comme un con, a pas trop savoir quoi lui dire. Et puis c'est sorti tout seul, je lui ai dit « merci d'être venue ». Je sens que je l'ai dérangé dans une pensée agréable parce qu'elle a sursauté et m'a regardé bizarrement avec ses pupilles plus grandes que la Sibérie. Je dis ça parce que ce regard m'a fait avoir aussi froid que si j'y étais, et j'ai de nouveau perdu mes moyens.
Et puis quand elle a vu que c'était moi, tout son visage se détendu et elle m'a sourit, avant de me répondre « de rien ».
C'est possible que je m'enflamme pour rien, c'est peut être juste l'euphorie d'avoir chanté, la montée émotionnelle que ça m'a fait tout à l'heure, et j'ai fait comme un transfert de bonheur sur elle, parce qu'elle me regardait. Si ça tombe c'est rien du tout. Sûrement que je suis à côté de la plaque, pour ne rien changer.  Ca va peut être partir comme c'est venu, et je vais encore me retrouver dans une situation embarrassante.
Je pense que je vais me contenter de chercher à la connaître. Voir si mon cœur qui bat trop fort juste à cause de ses yeux, c'est plus qu'un délire passager. Parce que là je suis troublé, y'a mon cerveau qui comprend rien et j'peux pas rester sans rien faire. Parce que si un truc aussi fort à une toute petite chance de pouvoir durer, ça serait débile de passer à côté.
J'voudrais juste la comprendre, m'asseoir là dans un coin de son cerveau et prendre des notes pendant des heures. Alors je lui ai dit « Tu me laisserais y retourner ? » et avec le même sourire serein elle m'a répondu « Où ça ? ». J'ai dit « A l'intérieur de toi ».
Là je vois ses yeux qui se vident et je comprends que j'avais peut être oublié un détail primordiale dans mon euphorie débile et mon ego surdimensionné. Peut être qu'à ses yeux je n'étais l'homme que d'une seule nuit.
« Modifié: 16 Novembre 2014 à 21:11:23 par moonland »

MillaNox

  • Invité
Re : La Porte Noire
« Réponse #1 le: 13 Novembre 2014 à 21:09:48 »
Salut !

au fil du texte :

Citer
et poussée par ce sentiment bizarre de ne vouloir être nul par ailleurs.
nulle part

Citer
il n'y avait pas de lieux plus agréable
lieu

Citer
J'essaye de ne l'observer que d'un seul œil, de ne pas trop me faire remarquer.
je virerais le "seul" qui fait bizarre.

Citer
Il m'a fait comprendre qu'un demain compter toujours beaucoup moins qu'un maintenant.
comptait

Citer
Le bar quant à lui c'était définitivement bien remplit ce qui a fait monter mon angoisse d'un cran.
s'était / rempli

Citer
J'ai étudié le langage corporelles du couple 
corporel

Citer
elle et son tacte naturel,
tact

hop là !
bon, je m'attendais à une chute et en fait tu nous plante un peu les pieds en l'air là ! donc j'attends une suite pour parler de l'histoire. ;)

@+

Milla

moonland

  • Invité
Re : La Porte Noire
« Réponse #2 le: 14 Novembre 2014 à 17:45:52 »
Merci pour les fautes, c'est ma grosse bête noire et ça me file un sacré coup de main!
Je suis en train de bosser la suite, mais n'ayant pas une idée arrêtée sur la chute (j'hésite entre deux possibilités) je me sens un peu bloquée. Ca fait un sacré bout de temps que je n'ai pas assemblé des mots, donc je tâtonne pas mal là!
Du coup n'hésites pas à donner ton avis, même si l'histoire reste encore floue. Ca ne peut que m'aider pour la suite!

Hors ligne Pol

  • Plumelette
  • Messages: 12
Re : La Porte Noire
« Réponse #3 le: 14 Novembre 2014 à 22:14:07 »
Je rejoins un peu la première critique: on s'attend à une chute. Pour les fautes, j'suis pas le spécialiste, mais je peux tout de même donner mon avis sur la montée en puissance du texte, parce que oui, il y a une véritable montée en puissance. J'ai trouvé ça assez dingue, je te l'avoue. Tu arrives tenir le lecteur intéressé, voire même en haleine. Je m'attendais à une chute vers la fin du passage, mais tout le début n'est pas tenant: il est intéressant. Et ça, c'est franchement cool. Tu prends ton temps dans nous faire chier (enfin moi j'me suis pas fait chier). Cependant, j'attends quelque chose au niveau des personnages. Tu n'es pas tombé dans une situation clichée mais il faut dire que tu es à ça (je fais un écart très petit avec mes doigts, là) de tomber dedans et si tu tombes dans un truc pareil, bah... Ça risque d'être barbant. Ce qui serait très dommage, vu le début prometteur. Pour la suite, essaie peut-être d'approfondir tes personnages, donne-leur une gueule bien à eux. Ah oui ! Et utilise plus (+) la première personne. Je trouve que l'utilisation du "je" n'apporte pas grand chose alors que ça pourrait un véritable atout pour le style et la situation. Voilà. C'est mon avis.
Pour me soutenir et m'aider à publier mon premier livre, va sur http://www.bibliocratie.com/produit/journal-dun-contemplatif/ !! Tu risques d'y trouver ton bonheur...

Selon une étude hollandaise très sérieuse basée en Argentine, respirer serait bon pour la santé.

Hors ligne Olibrius

  • Aède
  • Messages: 165
  • De retouuur !
    • La souris rose
Re : La Porte Noire
« Réponse #4 le: 15 Novembre 2014 à 14:06:17 »
Bonjour !

Encore quelques fautes :

"tout à fait déplacé"
déplacée

"la nuit que j'ai passé"
il me semble que c'est passée, puisqu'on parle de la nuit

"J'avais l'impression de posséder un secret. Que j'avais trouvé le paradis et que personne d'autre n'avait l'air de le savoir."
Je dirais plutôt "D'avoir trouvé le paradis"

"j'en croiserais un qui me verra."
croiserai

"que je suis dans un lieu tellement magique"
plutôt "j'étais"

Voilà voilà. Sinon, j'ai trouvé qu'il y avait quelques temps qui ne concordaient pas, et que même si tu commences au passé (d'ailleurs c'est pas très fluide à ce niveau-là), tu finis ton texte au présent, et ma foi, c'est beaucoup plus agréable  :mrgreen:
Voilà, je te conseille de reprendre ton texte pour le remettre au présent.

Sinon, j'ai beaucoup aimé la montée en puissance, et j'ai trouvé le tout captivant.
J'attends la suite avec impatience !
Au plaisir  :D

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Re : La Porte Noire
« Réponse #5 le: 16 Novembre 2014 à 15:28:57 »
Bonjour!

J'ai trouvé ton texte... très rafraîchissant. Dans le sens où ça fait longtemps que je n'ai pas lu un texte sans en sauter une ligne. Captivé du début à la fin. Evidemment, il y a des fautes d'orthographe ou de conjugaison, mais ça se pratique, ça. Et puis, il n'y a pas de chute, mais perso ça ne me dérange pas, parce que je ne m'attendais pas à un texte complet, mais à une ébauche, et d'ailleurs, tu l'as précisé vers la fin.
En fait, j'ai parcouru pas mal de textes sur le forum, et je crois bien que c'est la première fois que je lis une histoire avec un thème aussi simple,(comme l'a dit quelqu'un d'autre presque cliché), et aussi captivant. Si on m'avait parlé de ton texte sans que je l'aie lu, j'aurais tout de suite crié au cliché de la petite amourette à deux balles, et pourtant, quand je le lis, aucun cliché, et presque aucune de ces vieilles expressions et tournures de style dont la plupart des écrivains amateurs (moi y compris, hein  :D) use et abuse. De jolis mots, de jolies phrases, et de très belles expressions. Surtout celle là : "Ses mots glissent au galop sur les tables jusqu'à moi, les notes m'envahissent et j'ai l'impression de flotter dans un brouillard". Perso, j'ai vraiment senti la puissance du truc.
Pour finir, je dirais que j'ai vraiment envie de te lire, et que j'ai vraiment l'impression que tu racontes une histoire, et que tu ne fais pas qu'aligner des mots les uns après les autres.

Bonne continuation!

moonland

  • Invité
Re : La Porte Noire (suite et fin)
« Réponse #6 le: 16 Novembre 2014 à 21:25:37 »
Pol: Déjà je te remercie pour ce joli commentaire vraiment encourageant. Je t'avoue que j'avais moi même assez peur de tomber dans le niais et le romantisme de bazar. Je me remets doucement à l'écriture et je savais qu'il fallait que je choisisse un sujet que je connais bien, sur lequel j'ai souvent écris par le passé, histoire de me remettre dans le bain plus facilement. Et je suis contente de lire que j'ai quand même réussit à ne pas tomber dans trop de piège. J'ai suivit ton conseil et je me suis fait des fiches de personnages histoire d'avoir une meilleur idée de leur personnalité globale et d'être un peu plus cohérente. Je ne sais pas si j'ai réussit à le faire ressortir dans la suite, c'est à toi de me le dire.

Olibrius: J'ai commencé à tout remettre au présent et je me suis rendu compte que tu avais complètement raison. Déjà ça manquait de logique cette succession de verbe a des temps différent, et le présent donne une impression plus concrète qui me plait bien. Bon, j'ai du zappé de remettre au présent quelque verbe mais globalement je crois que c'est bon.

Extasy: Je suis ravie d'avoir su te faire passé un bon moment avec mes mots. Par contre pour les clichés, j'ai bien peur d'y être tombée en écrivant la suite. C'est une impression mais je n'arrive pas a savoir précisement où ça cloche. J'ai passé une bonne partie de mon après midi à écrire  et je pense qu'il faut que je laisse reposer les deux textes un petit peu pour les reprendre dans la semaine et les voire plus objectivement. On verra. En tout cas merci!

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Re : La Porte Noire (suite et fin)
« Réponse #7 le: 17 Novembre 2014 à 11:55:03 »
C'était bien, à mon avis. Tu as de l'imagination, et ça se voit. Je pense que c'était un bon exercice pour toi, et qu'en continuant à écrire régulièrement, tu pourras sans doute te forger un style et qui sait, peut être écrire tout un roman  ;)

 


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