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Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux (Modérateur: Claudius) » [Exercice inspiration - 005] Surprise pour un assassin

Auteur Sujet: [Exercice inspiration - 005] Surprise pour un assassin  (Lu 4245 fois)

Hors ligne nanomag

  • Calliopéen
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    • zouboukouf
[Exercice inspiration - 005] Surprise pour un assassin
« le: 27 Octobre 2014 à 21:18:54 »
Série Inspiration : des prompts, des concepts, des idées de base : à vous de construire un texte court ou long à la suite de cette proposition

Écrire une scène où votre narrateur, un assassin professionnel, découvre que la personne qu'il doit supprimer, n'existe pas.

Si besoin d'aide pour démarrer :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.




(Source : inconnue, si quelqu'un la connait, merci de l'indiquer)

NB : Si cela vous inspire pour écrire une nouvelle, un roman, une trilogie... vous pouvez poster ici une ébauche, le synopsis ou la 4eme de couv' et revenir poser un lien vers votre texte long quand celui-ci sera fini ^^
Should we reboot universe ?

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Hors ligne Moyen Moyen

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Re : [Exercice inspiration - 005] Surprise pour un assassin
« Réponse #1 le: 28 Octobre 2014 à 14:11:11 »
Pourtant le patronyme lui disait bien quelque chose...
Il ressemblait à celui de cette femme qu'il avait rencontré avant l'été à l'aéroport d'Ezeiza.
Elle avait un tempérament de feu qu'il avait attisé malgré lui en soufflant dessus pour l'éteindre.
Il s'en souvenait avec une tendresse qui réchauffait son sang-froid de tueur au point de lui arracher un sourire.
Ils avaient tous deux vécus un fugace moment de volupté aussi délicieuse que sauvage.
Et le prénom de la cible était celui qu'elle avait choisi de donner au fruit de leur amour passager de vols contraires.
« Modifié: 28 Octobre 2014 à 14:12:49 par Moyen Moyen »
Si tu veux tout savoir, moi aussi.
Jette-lui la pierre dans le doute.
Les grandes choses sont celles qui ne s'achètent pas.

Hors ligne FreeWolf

  • Tabellion
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  • Ookami kodomo no Ame to Yuki
Re : [Exercice inspiration - 005] Surprise pour un assassin
« Réponse #2 le: 15 Janvier 2015 à 10:55:42 »
Lorsqu'il vit le nom de la cible, il entra dans une rage folle.
Il se disait bien que son employeur était petit ! D'abord l'avait-il pris pour un nain, mais à y repenser c'était absurde. Un nain ne porte pas de tee-shirt buzz l'éclair ! Ou alors c'est un enfant nain.
Mais celui-ci avais bel et bien l'air d'être adulte !
En y réfléchissant, c'est vrai qu'au téléphone sa voix lui avait paru enfantine, mais il n'y avait pas porté plus d'attention. Après tout un job, c'est un job, non ? Mais maintenant, tout devenait clair: il s'était fait avoir! Son employeur n'était nul autre qu'un gamin lui ayant fait un canular.
D'ailleurs qui d'autre qu'un gamin voudrais que l'on tue Zorg ?

 
Fait de ta vie un rêve, et d'un rêve, une réalité
- Antoine de Saint-Exupéry

Hors ligne Zofren

  • Tabellion
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    • Erviusa, des histoires à suivre ...
Re : [Exercice inspiration - 005] Surprise pour un assassin
« Réponse #3 le: 20 Janvier 2015 à 10:39:33 »
Il était le meilleur, tout le monde le savait. Personne ne lui échappait, et il échappait à tout le monde. Il connaissait tout le monde et personne ne le connaissait. Il était l'assassin parfait. Méthodique, discret et ponctuel. On le disait même d'un extrême raffinement. En trente ans de carrière, il n'avait jamais refusé un contrat et il n'avait jamais échoué. Plus qu'un et il pourrait prendre sa retraite. Mais cette dernière cible lui posait problème.
Penché au dessus du parapet, il contemplait la Seine qui s'écoulait mollement le long des piliers d'un vieux pont. Le ballet des péniches passant entre les arches lui rappela les balles dans un barillet. Combient de péniches a-t-il bien pu voir passer ? Deux cents, trois cents ? Il voyait les visages de ses victimes, puis ils disparaissaient, comme ces touristes souriant qui le saluaient en contrebas avant de l'oublier aussitôt de l'autre côté.
Pour ce dernier contrat, il ne devait pas faire d'erreur. Il ne pouvait pas faire d'erreur. Sa réputation était en jeu. Tout ce qu'il avait construit pendant ces longues années, tout cela pouvait être réduit à néant.
Il ouvrit le roman qu'on lui avait demandé d'emprunter à la bibliothèque. L'Assassin Royal de Robin Hobb, de la littérature fantastique qu'il n'appréciait que modérément. Son commanditaire avait repassé discrètement certains mots du livre avec un stylo d'une teinte légèrement différente des caractères. Il avait dû le lire en entier à la lumière crue d'une lampe au néon pour y décrypter sa cible. Il l'avait même relu plusieurs fois pour être sûr de ne rater aucun mot. Il avait retenu le numéro de chaque page et de chaque ligne, et la position de chaque mot. Il le relut en parcourant les mots surlignés un par un : Le plus grand assassin de tous les temps. Telle était sa cible.

Hors ligne nanomag

  • Calliopéen
  • Messages: 471
    • zouboukouf
Re : [Exercice inspiration - 005] Surprise pour un assassin
« Réponse #4 le: 20 Janvier 2015 à 19:20:25 »
Hé hé il est très sympa ton texte Zofren !  :D

Il n'y a que cette phrase qui me chiffonne sur le fond de l'histoire
Citer
Pour ce dernier contrat, il ne devait pas faire d'erreur. Il ne pouvait pas faire d'erreur. Sa réputation était en jeu. Tout ce qu'il avait construit pendant ces longues années, tout cela pouvait être réduit à néant.
ça ne me parait pas très réaliste, dans le sens où il est proche de la retraite, pourquoi devrait-il se préoccuper de sa réputation au sein de son corps de métier (:)) ?
bref, c'est un petit détail...

Ton texte m'a fait sourire  :mrgreen:
Should we reboot universe ?

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Hors ligne Zofren

  • Tabellion
  • Messages: 40
    • Erviusa, des histoires à suivre ...
Re : [Exercice inspiration - 005] Surprise pour un assassin
« Réponse #5 le: 20 Janvier 2015 à 23:07:38 »
En écrivant l'histoire à la volée, je me suis dit que j'allais affecter le personnage de ce que j'appelle le syndrome de Superman. Le héros masqué que tout le monde admire mais dont personne ne connait l'identité. Sauf la personne aimée. D'où le fait qu'il soit en conflit intérieur entre la nécessité de rester absolument anonyme et l'envie d'être reconnu comme le meilleur, même après sa retraite. Sa réputation, ce n'est pas seulement son outil de travail, c'est aussi son objectif.

Et d'une manière plus générale, dans le monde du travail, les gens se soucient quand même de la trace qu'ils vont laisser. La retraite, ce n'est pas la mort ! :)

Merci de ta relecture en tout cas. Je me demande si je ne vais pas pousser l'histoire plus loin.

Hors ligne nonobi

  • Plumelette
  • Messages: 18
    • famillebirac
Re : [Exercice inspiration - 005] Surprise pour un assassin
« Réponse #6 le: 29 Janvier 2015 à 23:34:10 »
Moi! Je veux tenter le coup!!!

« Excusez-moi, je comprends pas là.
L’homme avait allumé un cigare massif mais dans la pénombre il n’avait même pas eu le temps de le voir sortir son briquet. Il avala une bouchée et recracha une fumée si épaisse qu’elle semblait solide.
«Quoi ? T’as un problème avec ça ?
Il se gratta la tête. Il n’aimait pas forcement les formalités, mais un « tu » aussi intime et soudain lui paraissait un peu déplaisant. Quelque chose clochait.
-Je paye bien. Donne-moi ton prix.
Il redonna la photo à l’homme. Ce mec ne l’inspirait pas, cette rue ne l’inspirait pas, même la fumée de son cigare ne l’inspirait pas. Il remonta le col de son manteau tandis que le froid lui piquait les os.
-Nan. J’ai pris une pause, dit-il sur un ton bourru. C’est quoi ce plan ? Bon sang ce qu’il faisait froid !
L’homme était caché dans une ombre opaque et il ne pouvait pas le distinguer clairement. Oui, il avait fait des choses sales, très sales, mais il avait raccroché. Il avait raccroché ? Vraiment ?
-Tu as pris une pause, mais pour combien de temps après tout ? Une pause, c’est pas un stop. En définitive tu reprends toujours.
Ah. Il s’assit et regarda le ciel, jamais il n’avait été aussi clair. Il se demanda depuis combien de temps il n’avait pas regardé le ciel. C’est vrai qu’en le regardant, on se rendait bien compte que l’être humain n’était rien. Une ombre passa au dessus de lui et il revint vers l’étranger.
L’homme continua, d’une voix douce et suave. Il avait une voix étrangement hypnotisante, tentatrice.
-Tu es sûr que tu ne veux pas ? Moi je sais que tu veux. Nous le savons tous les deux. Je suis généreux.
Déjà il hésitait. Il avait décidé de ne plus le faire, mais oui il hésitait. Oui mais non. Non peut-être.
Il avait raccroché. Il s’était mis avec une fille : elle était enceinte. Il avait trouvé un emploi de manutentionnaire. Ce n’était pas payé des masses, mais c’était honnête. Il ne pourrait jamais repayer les vies qu’il avait prises. Il lui faudrait vivre avec tout ce sang sur la conscience. Il regrettait. Il s’était mis à prier. Il pleurait aussi. Il hésitait, il hésitait.
-Tu fais quoi ? Tu es manutentionnaire. Tu dois t’emmerder dans ce job. Pas d’adrénaline, pas de challenge. Et l’argent ? Avant, tu remplaçais l’eau de ton bain par des bulles de champagne.
-Tais-toi !
Il se sentait tout d’un coup claustrophobe. Il regarda autour de lui, la rue était longue et noire et silencieuse et si noire... Il faisait froid. Ou était-il ?
Respire ! Bon sang respire !
Il était allé à l’épicerie. L’épicier était toujours jovial, mais il le voyait en partant au travail et le retrouvait le soir, toujours ouvert. Quelle vie de merde. Il avait demandé un paquet de cigarettes et s’était ravisé. Elle tenait au bébé, lui aussi. Il avait fait un tour dans les rayons, avait pris de lait premier âge. On sait jamais, s’était-il dit. Il avait examiné le bébé sur la boîte et avait pensé : ça se trouve, il lui ressemblera puis il s’était ravisé. Non, il ne lui ressemblera pas, il sera encore plus beau. Il voulait lui donner un beau prénom. Il y avait pensé. C’était quoi déjà ? Il était revenu vers l’épicier et avait sorti sa carte bleue, mais c’était la fin du mois. Elle n’était pas passée. L’épicier avait soulevé les épaules. « Vas-y tu payes plus tard, pas de problème ». Il l’avait remercié et était rentré chez lui. Elle n’était pas encore revenue du travail.
Il était retourné chez lui, s'était assis et avait posé sa carte bleue en face de lui sur la table.
-Je pourrais te donner plus que ce que tu souhaite. Reprend le service.
Il reprit la photo des mains de l’homme. Pourquoi ce visage lui semblait-il familier ?
-Je le connais ce mec ?
-Ca dépend.
Il frissonna. Le ciel était couvert. Au loin, il y avait des voix d’hommes qui s’élevaient sans qu’il puisse distinguer.
Henri.
C’était con comme prénom, mais il se souvint d’un coup de celui qu’il lui avait donné dans l’épicerie, entre les pots pour bébés et le lait maternel.
Henri.
Ca lui allait bien, merde, ça lui irait drôlement bien.
-Ce que je t’offre est dix fois meilleur ! Pas de regrets, pas d’états d’âme ! Des montagnes d’or, des mers de billets, et des filles. Des filles à ne plus savoir qu’en faire ! Souviens-toi quand tu étais au top, rien ne t’arrêtait, tu te les faisais toutes !
Il serra la photo entre ses doigts.
Reculez-vous. Ils viennent oui ou merde ? Tiens le coup !
L’homme semblait impatient. Il fulminait même.
-Tu prend cette photo, c’est le mec que tu vas buter d’accord ? Tu te remets sur les rails, tu connais ce chemin. Fais pas le con !
Oh mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu ! Pourquoi ?
-Si je bute ce mec, tu dis que tout redeviendra comme avant ?
L’homme se posa.
-Ouais. C’est un deal tu vois.
Il ne l’aimait pas. Son plan était pourri.
Qu’est-ce qu’il avait fait déjà ? Ah, oui, il était revenu chez lui et avait regardé sa carte bleue. Il payait chaque mois 8 euros d’assurance dessus. Il avait oublié ce que c’était que de compter, mais plus maintenant. Ils étaient trois maintenant. Il était honnête.
Mais la carte bleue n’était pas passée. Un honnête pauvre quoi.
Il avait ouvert un tiroir, l’avait manipulé quelques secondes pour en ressortir une arme. Il la connaissait bien celle-là. Elle avait pendu à son bras comme un membre froid et désarticulé pendant si longtemps. Il l’avait pointé sur lui.
-Pourquoi ? C’est qui ce mec ! Je le connais ! C’est qui ce mec !
-C’est un mec normal. Avant c’était un tueur, mais il veut se persuader qu’il ne l’est plus.
Il regardait la photo. Il connaissait ce visage.
-C’est un mec normal hein ? Si je le bute, je reprends ma vie d’avant ?  Les bagnoles, les meufs, la belle vie hein ?
L’homme semblait apaisé. Son visage était caché dans l’ombre, il ne pouvait toujours pas le voir, mais il se tenait droit comme un piquet.
-Oui, dit-il d’une voix froide et dure, si tu le tue, tout sera comme avant.
Ce visage, ce visage. S’il ne faisait pas aussi froid, il aurait sué à grosses gouttes.
-Et sinon ?
-Sinon tu devras économiser. Tu prendras un crédit, tu regarderas tes tatouages dans le miroir comme une ancienne blessure de guerre. Tu auras peur. Ce ne sera pas facile.
Allez, une dernière fois, et après il n’y aura plus rien à faire
La proposition était si tentante. Il serrait la photo entre ses doigts tremblotants. Ce visage, mais pourquoi lui semblait-il familier ? Les tatouages sur les bras, l’arme à la main. Le regard de quelqu’un qui n’attend plus rien de la vie, sauf peut-être une famille. Et un bébé. Henri.
-Tu sais quoi ? Il releva le visage vers l’inconnu, je le ferais pas ton truc. Je ne reviendrai pas sur ma décision. C’est fini ! Je ne suis plus ce mec ! Je vais vivre avec ! Va chier. Va chier ! Tu m’entend !
L’inconnu ne dit rien. Le ciel se dégagea, un rayon de lumière frappa l’endroit ou il se tenait : il n’y avait rien.
Il regarda à nouveau la photo : elle n’était plus là. Il ne tenait que du vide. La photo n’existait pas.
Il porta la main à sa tempe : elle était poisseuse de sang.
Il a survécu. C’est incroyable. Je vais informer le médecin en chef. C’est dingue qu’il ait survécu !
Il avait mal. Bon sang ce qu’il avait mal. Il entrouvrit les yeux. Les lumières l’agressaient.
Elle était là, le visage déformé par les larmes, le ventre rond contre le lit.
Il tendit la main vers elle.



"on peut résister à tout sauf à la tentation" Oscar Wilde

Hors ligne Malo_o

  • Calligraphe
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Re : [Exercice inspiration - 005] Surprise pour un assassin
« Réponse #7 le: 10 Février 2015 à 14:14:59 »
Pas mal nonobi ! Fluide, plaisant, et rempli de petite incises dans le dialogue qui rendent le texte vraiment agréable à lire.
En revanche, je n'ai pas bien compris la chute : est-ce que l'employeur à tenté de tuer le personnage principal après son refus, ou est-ce que tout le dialogue n'était que fruit de ses délires tandis qu'il était inconscient ?

Au plaisir.
That's when you know you've found somebody really special: you can just shut the fuck up for a minute and comfortably share silence.
— Pulp Fiction

Hors ligne nonobi

  • Plumelette
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    • famillebirac
Re : [Exercice inspiration - 005] Surprise pour un assassin
« Réponse #8 le: 11 Février 2015 à 17:37:48 »
Ouééé merci!
Ban, en fait pour répondre à ta question, je me dis que j'aurais dû inclure un titre à ce texte "cas de conscience".
Voilà, je ne peux pas en dire plus, je pense que je viens déjà de tout dévoiler ha! ha!  ;D

"on peut résister à tout sauf à la tentation" Oscar Wilde

Rose XII

  • Invité
Re : [Exercice inspiration - 005] Surprise pour un assassin
« Réponse #9 le: 16 Juillet 2015 à 11:02:53 »
Peut-être un peu hors-sujet, je propose quand même ce que cet exercice m'a inspiré.

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Neuf mètres carrés, des barres de métal qui ne se soucient pas de filtrer le vacarme des autres, les hurlements de ceux qui n'en peuvent plus, les aboiements de ceux qui les maîtrisent tant bien que mal, les insultes qui passent les murs sans souci précis de trouver un destinataire.

Neuf mètres carrés, un combo cuvette-lavabo et une planche de bois encastrée dans le fond de la cellule.
La Floride ne produit pas que des oranges. Elle a ses vergers du Roi Louis à elle, ses fruits en chambre froide qui attendent désespérément le prochain recours, puis, la mort comme une délivrance.

Je croupis moins cependant dans cet environnement sinistre que dans les souvenirs de ce jour-là.

Tueur à gages, ça semblait bien, sur le papier comme dans les légendes urbaines. Je n'étais pas issu d'un quartier chaud ni même d'une famille nécessiteuse. Mes économies avaient été placées par mes parents, bien au chaud pour couver des petits avant que je puisse reprendre la boîte familiale, au terme d'études qui s'annonçaient brillantes.

Un gosse de presque riches normal. Et la carrière ne me déplaisait pas a priori.
Mais l'adolescence finissante, mais les sublimes yeux - de feu de jaspe et de péché - de la non moins sublime Layla, étaient venus à bout de me convaincre qu'en bad boy, je serais plus accompli qu'en modeste héritier de la métallurgie.

Et c'était à découvert, confiant et ridicule, que je m'étais infiltré dans un petit réseau crasseux de banlieue. On m'y avait proposé une avance si copieuse sur mon premier crime que ç'en était indécent de tuer pour autant. Mais aucune alarme ne m'était venue à ce propos, attendu que la vie n'a pas de prix, c'est bien connu.

Un motel de passage aux néons partiellement éteints, des portes toutes identiques et pareillement abîmées par les mauvais traitements, et la fille dont on m'avait donné une description précise. Je vins l'attendre, comme un futur client (plus le procédé est grossier, mieux les imbéciles s'y prennent. Je m'y pris donc très volontiers).

Et j'attendis longtemps ma victime, je l'attendis toute la nuit, en contemplant nerveusement le métal flambant neuf de mon Desert Eagle.
Mais elle ne vint pas. Je me renseignai le moins discrètement du monde lorsque ses collègues achevèrent leur ronde de nuit. Personne ne reconnaissait un trait de son portrait parlé.

J'avais lourdement raté mon coup. Mais le pire était que l'avance généreuse que l'on m'avait servie pour lui rutilait désormais au cou de Layla, sous la forme d'une rivière figée.

Ils allaient me planter, tout simplement.

Des idées me vinrent, multiples, variées, toutes plus stupides les unes que les autres. Mais la plus démentielle retint mon attention : je décidai de prendre la fuite.
Je ne savais pas, ce faisant, que je suivais au cordeau le scénario qu'ils avaient imaginé.

Toutes les filles connaissaient mon visage, ainsi que le tenancier du motel, le chauffeur de taxi et les clients de passage.
La fille morte avait été retrouvée criblée de balles et jetée à la mer. Tout m'accusait indubitablement et les ouvriers de la Justice n'en doutèrent à aucun niveau de leur hiérarchie.

C'est donc presque innocent que je suffoque dans ma cellule de l'UCI. Presque innocent mais surtout humilié, ce qui est bien pire encore que d'avoir un crime sur sa conscience.
Un Don Quichotte de l'assassinat, jugé si mauvais au plus ancien vice de l'humanité que l'on ne m'a même pas laissé exécuter moi-même ma victime.

Et avec cela, pas un mot de Layla.






 


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