Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Ici

Auteur Sujet: Ici  (Lu 12331 fois)

MillaNox

  • Invité
Ici
« le: 08 Octobre 2014 à 00:27:59 »
Salut!

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.




Merci d'avance de vos lectures !

Et ici, une lecture audio de "Ici" par Inesd ! encore merci Inès !



Ici

   Ici, j’ai perdu un membre de mon corps et trois de ma famille. Il ne reste que mon frère et moi, adossés contre un mur. Quoi de plus étrange qu’un pan dressé au milieu des friches, couvert de la tapisserie jaunie de son enfance ? Ce papier peint a vieilli en trois mois seulement. Comme nous. Ai-je réellement seize ans ?
   Brusquement, Yann et moi nous recroquevillons au sol d’un même mouvement. La terre s’est mise à trembler et un vacarme assourdissant nous tétanise. Des dizaines d’explosions retentissent autour de nous. Mon frère se presse les oreilles des deux mains, je n’ai plus que mon bras gauche pour enfouir ma tête. Une pluie de fragments nous assaille : de la boue séchée, des tessons et du bois. Parfois des morceaux mous sentent la chair et le sang, mais rien ne nous permet de déterminer avec certitude leur nature. Un des projectiles vient de me blesser la jambe. Cette douleur s’ajoute à toutes les autres, persistantes, que ma conscience contient avec peine. Si elle venait à déborder, qu’adviendrait-il de ma raison ? J’ignore ce que fait mon frère, car j’ai fermé les yeux. Est-il seulement vivant ? Puis je pense à ce mur dont nous n’avons pas pu nous éloigner. L’ultime vestige de notre passé, une pièce d’un puzzle dont toutes les autres ont été perdues. L’intérieur n’existe plus : aucun toit, aucun abri ne subsiste. J’ouvre une porte sous mes paupières closes, car il faut que j’entre quelque part. Un besoin. Une urgence. Cette guerre m’est trop insupportable. Alors, je m’enfuis. Ailleurs.

   Ici, on entend le bruit du vent dans les feuilles des oliviers. Le souffle est chaud sur mes deux bras, pourtant un frisson me traverse. Mes deux bras. Je respire profondément et ne perçois plus la puanteur de mon moignon gangrené. J’en pousse un cri de joie ! Le soleil me caresse tendrement, se noie dans le noir de mes cheveux. Je le sens gigoter pour s’en extirper. Ou bien est-ce seulement le vent ? Suis-je folle ?
   Je m’attendais à un panneau, ou à quelqu’un pour m’accueillir. À défaut, une voix aérienne aurait pu convenir.
   « Bienvenue sur le chemin de l’adieu, nous avons le plaisir de vous offrir ces quelques mètres de bonheur en réparation de toute la souffrance que vous avez supportée. »
   Mais non, rien. Juste une intime conviction.
   J’aurais voulu connaître le parcours pour me jouer du destin. Avec un peu de ruse, cela m’aurait permis d’éviter la sortie, de cueillir quelques instants de vie supplémentaires. De ne pas m’arrêter à ce triste constat :
   « Tout ce que je n’ai pas encore créé, tout ce qui a déjà été détruit… »
   Je caresse mon bras droit et épelle mentalement le mot espoir. Un sourire amer se dessine sur mon visage.

   Le sentier que j’emprunte sinue dans l’oliveraie. En dix pas, ma mémoire s’est complètement effacée. J’ai oublié jusqu’à mon nom. Mon corps est vierge de toute sensation et j’ignore de quelle espèce je suis issue.
   Désormais, une forêt m’entoure de ses arbres entremêlés. Je ne me doutais pas que mes pieds étaient dotés d’intuition, pourtant ils s’arrêtent avant de trébucher sur une racine que je n’avais pas remarquée. Je la suis du regard avec fascination. Elle ancre au sol un chêne massif dont le tronc fait bien trois fois la largeur du mien. Un relief sur son écorce m’attire et je m’aperçois qu’un lierre l’enserre. Cette tige plus grosse que mon bras le parcourt gracieusement. J’éprouve instinctivement sa solidité en tirant dessus et me satisfais de sa résistance. Me voici agile grimpeuse, je m’élève en quelques secondes. Une branche robuste s’offre à moi et je m’y suspends. Le poids de mon corps cherchant à rejoindre la terre me procure une délicieuse sensation d’exister. Puis je m’installe dans une posture confortable et cesse de bouger.
   J’écoute sans essayer d'entendre. Je m’ouvre. Une incroyable symphonie se joue, partout autour de moi. Des glands tombent et frappent la mousse au sol. Ça et là, des pépiements et chants d’oiseaux fusent. Ils se répondent, se superposent, se complètent. Le vent les emporte et les module. Des insectes stridulent quand l’harmonie déraille, alertant l’orchestre cosmique dont j’espionne la répétition. À quelques mètres, je discerne un blaireau quittant son terrier. Les feuilles mortes émettent un chuchotis sous son trottinement. Une accalmie. Puis tout reprend de plus belle et mon cœur tente de battre à l’unisson.
   Je ne me souviens plus de ce qui m’attend au bout, mais je sais que je dois poursuivre ma route. Le chemin zigzague agréablement dans le bois. Je me sens paisible et légère. Les pierres qui parsèment le sentier me servent de tremplins et je vole entre deux foulées. Bientôt, je rejoins le lit d’une rivière où un filet d’eau se faufile entre les galets, tranquille. La végétation qui l’entoure se tend vers sa fraîcheur pour lui rendre hommage. Son abondance me grise et la beauté du paysage me subjugue. Mes yeux ne se lassent pas de contempler ces branches et lianes transperçant l’air. Toutes sont recouvertes de mousse duveteuse sur leur moindre centimètre. Un manteau de neige verte aurait figé ce tableau de la même façon.
   Furtivement, un parfum attire mon attention. J’en remonte la piste, concentrée sur cette admirable note. En quelques minutes, je débouche dans une clairière. L’herbe me chatouille impudemment. Les épis frôlent mes cuisses et sèment leurs graines au fil de mon passage. Au centre de la prairie, des pêchers débordent de fruits, ceux tombés à terre macèrent au soleil, si nombreux qu’ils ont tassé les herbes hautes. Cela dessine l’ombre des arbres et me donne envie de les imiter. Je ne réfléchis pas et me laisse choir sur le dos. L’atterrissage est plus rude que je ne l’aurais imaginé, mais je pars dans un grand éclat de rire et m’étire pour imprimer ma silhouette en ce lieu. L’odeur des fruits ne tarde pas à se rappeler à moi. Je roule sur le ventre et rampe à travers les tiges pour rejoindre le bosquet. Pendant que je croque goulûment dans la chair sucrée, une question me vient.
   « Est-ce vraiment la bonne saison, pour les pêches ? »
   Puis une autre, immédiatement.
   « Qu’est-ce que je fais ici ? »
   Je m’avise soudain d’une bâtisse au fond de la clairière, sa façade me paraît familière. Dès que mon estomac est repu, je me relève pour m’en approcher et la découvre plus basse que je ne l’aurais cru. Cette maison de pierre ne comporte pas d’étage. Sur ses côtés, des oliviers s'épanouissent. Le bruit du vent dans leurs feuilles m’apaise. Je me demande qui peut habiter là. Alors, je décide de pousser la porte. 

   Et elle s’ouvre en même temps que mes yeux.

   Ici, une bombe explose contre le mur, et tout s’arrête.
« Modifié: 29 Mars 2015 à 23:24:29 par MillaNox »

Hors ligne Aventador

  • Calliopéen
  • Messages: 562
  • rêve d'une divinidylle avec Vanessa
    • Raphaël Nomézine, auteur
Re : Ici
« Réponse #1 le: 08 Octobre 2014 à 14:07:03 »
Hello Milla!  ;)

C'est un très beau texte très bien écrit, très dur aussi, au début et à la fin.

Dans mon esprit, la jeune narratrice rêve d'un ailleurs "paradisiaque", genre jardin d'Eden, un univers merveilleux et paisible, et s'évade dans son imaginaire pendant que la guerre fait rage autour d'elle. Et lorsqu'elle ouvre à nouveau les yeux, la réalité reprend hélas ses droits.

J'ai néanmoins trouvé la description de cet "autre monde" un poil trop longue parce que lorsqu'elle y déambule, il ne se passe pas grand-chose. C'est sans doute voulu pour le contraste avec la violence qui l'entoure et ce n'est pas gênant en soi. Mais légèrement plus court n'aurait pas nuit je pense.

Une dernière chose, ton texte m'a vaguement fait pensé à l'univers d'Alice au pays des Merveilles, c'est voulu?

Voilà. A bientôt.

Avent'
"Nous ne disons rien, le silence parle pour nous deux. Le silence, et la pluie au-dehors peut-être."RN

Hors ligne Archibald

  • Plumelette
  • Messages: 17
Re : Ici
« Réponse #2 le: 08 Octobre 2014 à 16:13:59 »


Salut MillaNox !

Très beau texte, même si je lui trouve quelques longueurs. Un mélange subtil entre le passé et le rêve ! Bravo  ;)

MillaNox

  • Invité
Re : Ici
« Réponse #3 le: 08 Octobre 2014 à 19:32:50 »
Salut Avent' et Archibald !
Merci de vos lectures :)

ça me plait beaucoup que tu penses à Alice en lisant ce texte, c'était pas l'idée initiale mais je vois tout à fait ce que tu veux dire ;)
Au fond, elle ne rêve pas d'un paradis. Il y a dans le texte l'idée que des choses simples et que l'écoute de nos sens conduisent au bien-être sans avoir à chercher bien loin. On peut imaginer que c'est un sentier qui fait une boucle à côté de sa maison puisqu'elle y revient. Mais tout cela se passe effectivement dans son imaginaire.
Citer
parce que lorsqu'elle y déambule, il ne se passe pas grand-chose.
ça dépend ce qu'on considère comme grand chose...

En tout cas, je prends bonne note de vos remarques et ressentis. Ils m'aideront à retravailler ce texte d'ici janvier, j'essayerai d'une façon ou d'une autre d'équilibrer la partie que vous avez trouvée longue.

Hésitez pas à me donnez vos idées de titre si vous en avez ! ;)

@+

Milla

Invité

  • Invité
Re : Ici
« Réponse #4 le: 08 Octobre 2014 à 20:06:23 »
Y'a encore besoin de rappeler le code couleur ? ;)

   
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

ok pour l'intro, elle accroche pas mal. J'kiffe la première phrase.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Rythme soutenu jusque-là. Okay !

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


   
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Bon alors l'idée est plutôt bonne, cette espèce d'ironie et de conviction, mais j'ai plus de mal avec l'entrée direct du panneau, de la voix aérienne, on se demande un peu ce qu'il se passe. Ca peut être un effet nécessaire, hein, mais je trouve que la forme se répète un peu (panneau, voix aérienne, plan, carte du circuit). Tu dois pouvoir synthétiser tout ça pour que ça fasse mouche.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Tu vois quand je te parle de progrès ? Bah là, c'est flagrant ;)

   
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

On est vachement dans le toucher, l'action. C'est marrant parce que porté sur l'imaginaire, c'est une forme de risque, on a envie de transposer ses actions dans le "hardcore réel". Mais quelque part, oui, ça colle pas mal, ce besoin de plonger au fond de soi même et d'être capable de s'y mouvoir presque. Ca commence à partir en "o_O mais c'est fumé", quelque part, j'kiffe.

   
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

One shot yeah diz is cool. Je surkiffe le début, les sensations, les bruits, tout ça... c'est bien. Après l'action, ouais, le ressenti, le sens. Ok pour moi. Juste le "devant derrière sur les côtés plus haut ou très bas ou dtc" que j'aime pas trop, ça fait FAT accumulation capilotracté et ça me fait l'effet d'une tâche.)

   
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Là, chapeau. Je dis oui. Ca devient limite du gros délire en toute puissance, là ou avant c'était juste un peu wtf. Ouais, là, ça commence à faire Alice, sans la copier. Ouais. Et puis le retour à la semi réalité, au doute, tout ça, si sobre après tout ça, ça met du suspens, un peu. C'est cool. Rien à dire sur la forme, j'ai été embarqué par le fond.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


La chute est forte. Comme je te l'ai dit, j'aime beaucoup, c'est une bonne interprétation du thème, forte, impliqué, consciente, qui te permet de jouer avec ta plume sur la nature, enfin... chapeau. Juste quelques trucs à corriger, et peut-être essayer de rendre (au début du texte, hein, la fin est cainri) le fait que ce soit une fuite moins flagrant. Peut-être même ne pas préciser que c'est une guerre, qu'on comprenne que c'est un désastre sans savoir lequel, enfin, je sais pas. Je pense juste, sans trop pouvoir poser le doigt dessus, qu'il y a moyen de rendre cette très bonne chute encore plus percutante en dévoilant un peu moins de choses. Pareil, il pourrait être intéressant d'essayer de replaquer (comme en skate, ouais, elle est pas bonne l'image ?) un "Ailleurs" dans le paragraphe avant les deux phrases de chute. Vraiment rentrer dans l'opposition ici =/= ailleurs pure, forte. Du genre : (et c'est un début de piste, en aucun cas une idée :)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
)


En tout cas, bon boulot, si c'est en moins de 24h, ça avance, ça taff, et on viendrait presque à espérer qu'il pleuve plus souvent ! ;) Et alors pour le titre, perso, je le trouve parfait, parce que ça fait un fokin pied de nez à l'AT, c'est le mot inverse, quand tu prends le texte ça fait un effet wtf "ahah nan tkt je sais ce que je fais" qui est plutôt mégafunky à mes yeux.

La bise, Milla ^^
« Modifié: 08 Octobre 2014 à 20:25:16 par Psykokwak »

MillaNox

  • Invité
Re : Ici
« Réponse #5 le: 08 Octobre 2014 à 22:14:50 »
Merci beaucoup Aa !!
Première grosse modification du texte faite, majoritairement selon tes conseils. Je suis toutefois pas sûre qu'on voit moins venir le truc mais ça a encore le temps de décanter dans ma ptite tête :)

La bise !

Milla

Hors ligne Kerena

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Re : Ici
« Réponse #6 le: 09 Octobre 2014 à 19:27:43 »
Hello Milla !

Citer
Je sens les sirènes qui y logent gigoter pour l’attraper et l’engloutir dans mes abysses.

Je ne comprends pas ta phrase, il doit manquer des mots  :\?

Citer
Il est envahi de galet

galets


Sinon, j'a bien aimé ton texte. C'est vrai qu'il ne s'y passe pas grand-chose, mais je l'ai trouvé... comment dire... "reposant".  Par contre la chute est méga-convenue, je m'y attendais dès le début  :/

Sinon c'est très beau comme texte, les images sont vraiment belles =)

Voilà !
« Modifié: 09 Octobre 2014 à 23:35:05 par Kerena »
Je crois qu'il y a dans le coeur des hommes une place créée pour l'émerveillement, une place endormie qui attend de s'épanouir ~ Les Aventuriers de la mer


MillaNox

  • Invité
Re : Ici
« Réponse #7 le: 09 Octobre 2014 à 20:34:11 »
Merci de ton passage Kerena :)

Deuxième fois que les sirènes passent mal, hop là elles ont sauté !
C'est vrai que j'ai pas cherché à faire une chute surprenante, ça me parait annoncé depuis le début, mais du coup je pensais que la rupture nette entre les deux mondes/ambiances "remplacerait" la surprise pour garder un intérêt à la nouvelle. Je vais essayer de cogiter ça d'ici janvier pour voir si je peux trouver mieux  ^^

Merci beaucoup en tout cas !

Milla


Hors ligne Rémi

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Re : Ici
« Réponse #8 le: 09 Octobre 2014 à 23:31:53 »
Salut Milla,
content que tu nous postes un texte !

Impression de première lecture :
L'écriture est bien, aucune faute (ben oui) et la construction classique mais efficace. L'histoire que tu nous racontes est forte et le constraste début/développent puis chute marche plutôt bien.
Le début ne me semble pas assez violent sur la forme. La situation est méga trash mais le gamin la raconte sans souffrance on dirait. Ensuite, la transition au rêve pas évidente, un peu raide. La balade est réussie.
La chute pourrait-être formulée différemment quant au sens du texte. Autre formulation ou autre mise en scène par exemple (il ne rouvre pas les yeux, il meurt en rêve ou tout autre façon de fair une fin ayant le même sens, mais différemment), il ne s'agit pas de changer le sens.

Je te fais un com détaillé un de ces quatre,

Rémi
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

MillaNox

  • Invité
Re : Ici
« Réponse #9 le: 09 Octobre 2014 à 23:41:04 »
Salut Rémi !

Citer
content que tu nous postes un texte !
bah le duo avec aphone je l'ai posté ya pas longtemps !  ;)

Merci pour tes impressions. Le perso est une fille par contre. Je serai ravie de ton repassage pour avoir davantage de pistes pour la reprise :) d'ici là je cogite !

Hors ligne Rémi

  • ex RémiDeLille
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  • Messages: 11 008
Re : Ici
« Réponse #10 le: 10 Octobre 2014 à 21:19:49 »
Salut Milla,
Le titre "Ici" est très bien. D'abord par rapport au thème de l'AT, ensuite parce que le "ici" dont tu parles est un pays avec bombardements, donc ailleurs (qu'en France) et enfin bien sûr parce que la gamine s'enfuit ailleurs, au pays de ses songes.

Citer
Ici, j’ai perdu un membre de mon corps et trois de ma famille.
ça accroche pas mal le lecteur comme première phrase. Par contre, c'est de l'humour noir pour moi, est-ce adapté à la narratrice ?

Citer
Il ne reste que mon frère et moi, adossés contre un mur. Quoi de plus étrange qu’un pan seul dressé au milieu des friches, couvert de la tapisserie jaunie de son enfance ? Ce papier peint a vieilli en seulement trois mois. Comme nous. Ai-je réellement seize ans ?
"un seul pan au début des friches" ne me convainc pas. Par contre la vieillesse en trois mois comme tu la présentes c'est chouette.
 
Citer
Brusquement, Yann et moi nous recroquevillons au sol d’un même mouvement. La terre s’est mise à trembler et un vacarme assourdissant nous tétanise. Des dizaines d’explosions retentissent autour de nous. Mon frère se presse les oreilles des deux mains, je n’ai plus que mon bras gauche pour enfouir ma tête. Une pluie de fragments nous assaille : de la boue séchée, des tessons et du bois. Parfois des bouts de chair ensanglantés. J’ignore ce que fait Yann, car j’ai fermé les yeux. Est-il seulement vivant ? Puis je pense à ce mur dont nous n’avons pas pu nous éloigner. L’ultime vestige de notre passé, une pièce d’un puzzle dont toutes les autres ont été perdues. L’intérieur n’existe plus : aucun toit, aucun abri ne subsistent. J’ouvre une porte sous mes paupières closes, car il faut que j’entre quelque part. Un besoin. Une urgence. Cette guerre m’est trop insupportable. Alors, je m’enfuis. Ailleurs.
Là, c'est trop soft je trouve dans le style. On a bien des éléments violents mais c'est vécu de l'extérieur à la narratrice on dirait. "J'ignore ce que fait Yann, car j'ai fermé les yeux." Y'a pas un ressenti énorme là-dedans.
J'aime beaucoup "J'ouvre une porte sous les paupières closes, car il faut que je rentre quelque part", mais je n'aurais pas mis le "car", on déduit très bien la causalité sans le mettre.
Le "parfois des bouts de chair ensanglantés" est trash sur le fond, mais pas sur la forme et perso je n'y crois pas, dit comme ça. Si elle doutait de ce qu'elle reçoit par exemple, ça pourrait être flippant.

Citer
Ici, on entend le bruit du vent dans les feuilles des oliviers. Le souffle est chaud sur mes deux bras, pourtant un frisson me traverse. Mes deux bras. Je respire profondément et ne perçois plus la puanteur de mon moignon gangrené.
Là c'est nickel. Là beau contraste entre poésie onirique et reste de violence (et elle est perçue par ton perso).

Citer
J’en pousse un cri de joie !
Mouais, je trouve ça artificiel.
 
Citer
Le soleil me caresse tendrement, se noie dans le noir de mes cheveux. Je le sens gigoter pour s'en extirper. Ou bien est-ce seulement le vent ? Suis-je folle ?
Super ça, début de délire.

 
Citer
Je m’attendais à un panneau, ou à quelqu’un pour m’accueillir. À défaut, une voix aérienne aurait pu convenir.
   « Bienvenue sur le chemin de l’adieu, nous avons le plaisir de vous offrir ces quelques mètres de bonheur en réparation de toute la souffrance que vous avez supportée. »
Retour de l'humour noir et même remarque que tout à l'heure, est-ce que ça colle avec le perso et avec le sens du texte ?

Citer
Mais non, rien. Juste l’intime conviction que c’est cela.
cela quoi ? je capte pas.
Citer
En vérité, une pulsion continue de me pousser vers la vie. J’aurais voulu trouver une carte pour me jouer du destin. Avec un peu de ruse, cela m’aurait permis d’éviter la sortie, de rallonger le parcours. Une pensée explose en moi sans crier gare.
J'aime bien l'idée développée.
Le "sans crier gare" fait expression toute faite, ça casse l'énergie de "une pensée explose en moi".

Citer
   « Tout ce que je n’ai pas encore créé, tout ce qui a déjà été détruit… »
   Je caresse mon bras droit et épelle mentalement le mot espoir. Un sourire amer se dessine sur mon visage.
Super ça.

Citer
   Le sentier que j’emprunte sinue dans l’oliveraie. En dix pas, ma mémoire s’est complètement effacée. J’ai oublié jusqu’à mon nom. Mon corps est vierge de toute sensation et j’ignore si des êtres semblables à moi existent quelque part.
J'aime bien aussi, même si la fin de phrase est un peu lourde.
"j’ignore si des êtres semblables à moi existent quelque part" => "l'humanité a disparu de mon esprit" (je trouve que c'est encore mieux si elle ne se pose pas la question).

Citer
   Une forêt m’entoure désormais, faite de dizaines d’arbres entremêlés. Intuitifs, mes pieds s’arrêtent avant de trébucher sur une racine que je n’avais pas remarquée. Je la suis du regard avec fascination. Elle ancre au sol un chêne massif dont le tronc fait bien trois fois la largeur du mien.
J'aime bien sauf le parallèle largeur du tronc d'arbre / de mon tronc.

Citer
Un relief sur son écorce m’attire et je m’aperçois qu’un lierre l’enserre. Cette tige plus grosse que mon bras le parcourt gracieusement. J’éprouve instinctivement sa solidité en tirant dessus et me satisfais de sa résistance. Me voici, agile grimpeuse, je m’élève en quelques secondes. Une branche robuste s’offre à moi et je m’y suspends. Le poids de mon corps cherchant à rejoindre la terre me procure une délicieuse sensation d’exister. Puis je m’installe dans une posture confortable et cesse de bouger.
J'aime beaucoup, sauf le participe présent. J'enlèverai "cherchant à rejoindre la terre" sans rien à la place ou un truc plus simple, un adjectif pour poids ou corps.
Mais l'idée poids / sensation d'exister est très bien.

   
Citer
J’écoute sans essayer d'entendre.
? = sans essayer de comprendre ?
Citer
Je m’ouvre. Une incroyable symphonie se joue, partout autour de moi. Des glands tombent et frappent la mousse du sol.
J'aime bien. Mousse du sol ou mousse au sol ou mousse sur le sol. (symphonie en sol mineur ? :D)

Citer
Pépiements et chants d’oiseaux me parviennent de directions chaque fois différentes.
Pas beau je trouve.
 
Citer
Ils se répondent, se superposent, se complètent. Le vent les emporte et les module. Des insectes stridulent quand l’harmonie déraille, alertant l’orchestre cosmique dont j’espionne la répétition. À quelques mètres, je discerne un blaireau quittant son terrier. Les feuilles mortes émettent un chuchotis sous son trottinement. Une accalmie. Puis tout reprend de plus belle et mon cœur tente de battre à l’unisson.
J'aime beaucoup beaucoup !

Citer
   Je ne me souviens plus de ce qui m’attend au bout, mais je sais que je dois poursuivre ma route. Le chemin zigzague agréablement dans le bois.
Se pose-t-elle la question ? Le lecteur doit se poser la question, certes.
J'aime pas le "agréablement".

 
Citer
Je me sens paisible et légère. Les pierres qui parsèment le sentier me donnent l’impression de tremplins et je vole entre deux foulées.
Belle image, j'aime pas trop "me donnent l'impression de ". => "Des pierres parsèment le sentier, tremplins minéraux, je vole entre deux foulées".

 
Citer
Bientôt, je rejoins le lit d’une rivière. Il est envahi de galets et un filet d’eau s’y faufile, tranquille.
Ouais ! Mais j'aime pas le "envahi". Je préfèrerais :
"Bientôt, je rejoins le lit d’une rivière où un filet d’eau se faufile entre les galets, tranquille."

 
Citer
La végétation qui l’entoure se tend vers sa fraîcheur. Elle semble lui rendre hommage.
Pareil, je préfère une seule phrase :
"La végétation qui l’entoure se tend vers sa fraîcheur pour  lui rendre hommage."

Citer
Son abondance me grise et la beauté du paysage me subjugue. Mes yeux ne se lassent pas de contempler ces dizaines de branches et de lianes transperçant l’air. Toutes sont recouvertes de mousse duveteuse sur leur moindre centimètre. Un manteau de neige verte aurait figé ce tableau de la même façon.
J'aime beaucoup. Mais pas trop "dizaines" et "leur moindre centimètre"
 
   
Citer
Furtivement, un parfum attire mon attention. J’en remonte la piste, concentrée sur cette admirable note. En quelques minutes, je débouche dans une clairière. L’herbe me chatouille impudemment. Les épis frôlent mes cuisses et sèment leurs graines au fil de mon passage.
Y'a un petit côté sexy ici, repris par les pêches qui suivent tout en suavité.

Citer
Au centre de la prairie, des pêchers débordent de fruits dont ceux tombés à terre macèrent au soleil, si nombreux qu’ils ont tassé les herbes hautes. Cela dessine l’ombre des arbres et me donne envie de les imiter.
J'aime bien mais pas le "dont ceux", une simple virgule à la place de dont, nan ?

Citer
Je ne réfléchis pas et me laisse choir sur le dos. L’atterrissage est plus rude que je ne l’aurais imaginé, mais je pars dans un grand éclat de rire et m’étire pour imprimer ma silhouette en ce lieu. L’odeur des fruits ne tarde pas à se rappeler à moi. Je roule sur le ventre et rampe à travers les tiges pour rejoindre le bosquet. Pendant que je croque goulûment dans la chair sucrée, une question me vient.
Nickel, des rires, du sucre avant que l'on retourne dans le drame.

Citer
   « Est-ce vraiment la bonne saison, pour les pêches ? »
   Puis une autre, immédiatement.
   « Qu’est-ce que je fais ici ? »
   Je m’avise soudain d’une bâtisse au fond de la clairière. Sa façade m’intrigue, elle me paraît familière. Dès que mon estomac est repu, je me relève pour m’en approcher et la découvre plus basse que je ne l’aurais cru. Cette maison de pierre ne comporte pas d’étage. Sur ses côtés, des oliviers s'épanouissent. Le bruit du vent dans leurs feuilles m’apaise. Je me demande qui peut habiter là. Alors, je décide de pousser la porte.

"m'intrigue" ; "je me demande" => laisse le lecteur s'intriguer et se demander, non ?
Sinon, j'aime bien cette transition des pêches vers le retour à la maison (et au drame).

Citer
   Et elle s’ouvre en même temps que mes yeux.
Chouette.

Citer
   Ici, une bombe explose contre le mur, et tout s’arrête.

Donc, comme dit en première lecture, c'est trop raide je trouve et trop explicite.
Si tu enlèves "et tout s'arrête" et le lecteur voit bien que le texte s'arrête et vraisemblablement la vie de ton héroïne (au fait, quels éléments nous montrent que c'est une fille ?).

Donc au final, un texte qui me plait bien, j'ai chipoté phrase par phrase, certaines remarques ne sont certainement valables que pour moi.

Globalement : enrichir le style par endroit me semblerait utile (pour plus de violence au début, plus de poésie encore dans la balade), clarifier les sentiments de ton perso: encore une fois, l'humour noir me semble inaproprié pour quelqu'un qui fuit dans ses rêves. L'humour noir est déjà une forme de fuite du désastre, mieux vaut garder une seule fuite, celle vers le pays d'Alice (y'a carrément de ça !).

A bientôt,
Rémi


Edit : correction à 02:20 je suis plus net qu'à 21h00... et j'ai le temps de relire.
Ton texte est chouette Milla.
« Modifié: 11 Octobre 2014 à 02:21:50 par RémiDeLille »
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : Ici
« Réponse #11 le: 11 Octobre 2014 à 11:47:30 »
Salut !

J'essaye de te faire un commentaire détaillé, puisque c'est pour un AT :)

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Ici, j’ai perdu un membre de mon corps et trois de ma famille.
Cette première phrase déstabilise un peu, mais ça donne le ton, j'aime bien ^^.

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Une pluie de fragments nous assaille : de la boue séchée, des tessons et du bois. Parfois des bouts de chair ensanglantés. J’ignore ce que fait Yann, car j’ai fermé les yeux.
Peut-être une légère incohérence entre le fait qu'elle décrive ce qui tombe et que, dans la phrase d'après, elle ait fermé les yeux ? Ça peut s'enchaîner, cela dit ; à toi de voir.

J'aime beaucoup le premier paragraphe ! C'est super bien décrit, on s'y croirait, en quelques phrases tu as planté le décor. Bien joué ^^.

Citer
Ici, on entend le bruit du vent dans les feuilles des oliviers.
+1 pour l'effet de répétition :).

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En vérité, une pulsion continue de me pousser vers la vie. J’aurais voulu trouver une carte pour me jouer du destin. Avec un peu de ruse, cela m’aurait permis d’éviter la sortie, de rallonger le parcours. Une pensée explose en moi sans crier gare.
   « Tout ce que je n’ai pas encore créé, tout ce qui a déjà été détruit… »
   Je caresse mon bras droit et épelle mentalement le mot espoir. Un sourire amer se dessine sur mon visage.
Pas très bien compris ce passage... Elle s'est enfuie vers le "paradis" et se dit que finalement, elle serait bien restée vivante plus longtemps, c'est bien ça ? Je ne comprends pas trop le sens de la suite, à partir de "une pensée explose en moi". Une référence qui me manque ?

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Une forêt m’entoure désormais, faite de dizaines d’arbres entremêlés.
Je pense que ça pourrait être chouette de remplacer le verbe "faire" par quelque chose de plus précis :).

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Le poids de mon corps cherchant à rejoindre la terre me procure une délicieuse sensation d’exister.
:coeur:

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Des insectes stridulent quand l’harmonie déraille, alertant l’orchestre cosmique dont j’espionne la répétition.
Re- :coeur:

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À quelques mètres, je discerne un blaireau quittant son terrier.
A l'oreille ? ^^

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Et elle s’ouvre en même temps que mes yeux.

   Ici, une bombe explose contre le mur, et tout s’arrête.

Cette fin est géniale ! (Même si assez attendue)

Franchement, j'ai adoré. Je suis fan des descriptions de nature, alors comme les tiennes étaient super bien maîtrisées, forcément, j'ai craqué ;).

Je pense qu'on pourrait reprocher au texte de manquer de rebondissements, mais ça ne m'a pas manqué, d'autant plus que la taille est assez limitée. Je pense que rajouter un élément perturbateur risquerait de casser le rythme que tu réussis à installer.

Contrairement à Rémi, je suis pour garder l'humour noir !

Et j'aime bien le titre "Ici", parce qu'il est bien adapté au texte sans rien en dévoiler. Et beaucoup plus original que "voyage" ou "rêve" ou "la forêt" ou "le mur", ou tous les autres trucs qui me viennent à l'esprit et qui pourraient s'appliquer ^^.

En bref, encore une fois, bien joué !
« Modifié: 11 Octobre 2014 à 11:52:24 par Elk »

Invité

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Re: Ici
« Réponse #12 le: 11 Octobre 2014 à 12:18:57 »
perso, je le vois pas comme de l'humour noir mais plus comme un cynisme narratif qui sert bien le ton dramatique du réel. Ca mefait pas rire, ca me fait grincer, c'est plutot efficace d ailleurs !

Hors ligne Elk

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Re : Ici
« Réponse #13 le: 11 Octobre 2014 à 12:34:39 »
Oui, je suppose que cynisme est plus approprié. Ça ne m'a pas fait rire non plus, mais ça donne clairement beaucoup plus de force au texte par rapport au simple contraste guerre-souffrance/nature-choupi auquel on aurait pu s'attendre.

MillaNox

  • Invité
Re : Ici
« Réponse #14 le: 11 Octobre 2014 à 13:47:48 »
Whaa ! vous êtes trop des potes tous !  ^^
ça m'aide vraiment énormément toutes vos remarques, avis, et avis sur les avis. Pour moi c'est vraiment à ça que sert le MDE c'est cool ! :)
Je vais rebosser le texte tranquillement cet aprèm en fonction de tout ça.

-pour savoir que c'est une fille, ben c'est juste une question d'accord d'adjectif... "suis-je folle ?" par exemple
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J’écoute sans essayer d'entendre.
? = sans essayer de comprendre ?
plutôt sans décider à l'avance ce qu'elle veut écouter, sans se concentrer sur ce qu'elle veut mais plutôt en laissant venir l'extérieur à elle.

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En vérité, une pulsion continue de me pousser vers la vie. J’aurais voulu trouver une carte pour me jouer du destin. Avec un peu de ruse, cela m’aurait permis d’éviter la sortie, de rallonger le parcours. Une pensée explose en moi sans crier gare.
   « Tout ce que je n’ai pas encore créé, tout ce qui a déjà été détruit… »
   Je caresse mon bras droit et épelle mentalement le mot espoir. Un sourire amer se dessine sur mon visage.
Pas très bien compris ce passage... Elle s'est enfuie vers le "paradis" et se dit que finalement, elle serait bien restée vivante plus longtemps, c'est bien ça ? Je ne comprends pas trop le sens de la suite, à partir de "une pensée explose en moi". Une référence qui me manque ?
en fait elle a conscience de s'être réfugiée dans son imaginaire jusqu'au moment où elle perd la mémoire (donc plus loin) du coup elle a compris que ce n'est qu'un passage avant de ressortir/ouvrir les yeux et devine qu'elle mourra à ce moment là. c'est pour ça que sa pulsion de vie la pousserait à ne jamais sortir, à rester dans ce monde onirique. Pour la suite "   « Tout ce que je n’ai pas encore créé, tout ce qui a déjà été détruit… »" c'est son "état des lieux" de sa vie. et ensuite elle caresse son bras car c'est quelque chose qu'elle a perdu dans la réalité et qu'ici elle a retrouvé. elle s'accroche à l'idée que peut-être ça ira dans le bon sens, qu'il y a  de l'espoir.

-du coup je vais garder "ici" comme titre , merci de vos remarques à ce sujet vous m'avez convaincue ! :)

-pour l'humour noir/cynisme je rejoins elk et psykokwaahrazk. ça m'embêterai vraiment de virer ça :(

Merci merci merci !

Milla


 


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