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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Un trou joyeusement impénétrable

Auteur Sujet: Un trou joyeusement impénétrable  (Lu 1434 fois)

Ghahreman

  • Invité
Un trou joyeusement impénétrable
« le: 26 Août 2014 à 17:55:22 »
Je dois bientôt vous quitter pour vivre, fantasme sciemment destructeur de mon oubli. La bandaison de n’être plus qu’un souvenir. Appartenir au passé désormais, pour vous. Je continuerai à errer, à sévir violemment mon esprit. Je tâcherai de creuser mon trou, aussi béant que vos gueules ébahies devant mon départ irréversible. Je voudrai les voir. Ces gueules. Léonines. Devenir humaines à mesure que chaque seconde dépose une couche imperceptible sur le souvenir de moi. Se referment. Quand on verra vos bouches fermées, cousues, c’est que j’ai réussi à me creuser un trou insurmontable.

Je ne suis plus qu’un souvenir. J’aurai tant voulu assister à l’enfermement progressif de vos gueules. Peut-être vous pourriez m’envoyer des photos prises quotidiennement, où  votre étonnement authentique devant un être programmé à savourer les étendus infinis de l’échec humain, glissera progressivement, non sans de petites luttes desquelles vous sortirez victorieux, vers la culpabilité de ne pas m’avoir assisté.

Mes très chers, l’arrêt définitif de ma conscience n’aurait pu s’appuyer sur votre bienveillance. Mon auto-destruction s’est nourrie de vous, mais elle s’est affranchie. Elle a pris son envol, vous a lâché.

Vous arriverez enfin à la phase tant désirée : la résignation. « On  y pouvait rien de toute façon », « c’était son destin ». Profitez de cette résignation pendant que je m’égaierai de savoir mon trou inaccessible à vous. Là-dedans, j’aurai tout le temps de préparer ma mort. Elle sera d’abord sociale, dans une certaine forme de sobriété. La phase trois se ponctuera par ma mort physique, orchestrée par moi-même. Deux luttes dans lesquelles je me vois déjà facilement vainqueur. Entre temps, ce qui me préoccupe c’est de ne pas avoir les outils d’achèvement de ma conscience. Il faut évidemment qu’elle disparaisse pour que la mort physique ne soit pas un acte de détresse, mais un acte d’évidence. Pour qu’elle soit sans douleurs, sans sacrifices, sans questions, ma conscience devra progressivement se déconnecter. Je l’aiderai. Euthanasie de la conscience.

Hors ligne Hélianthème

  • Aède
  • Messages: 180
Re : Un trou joyeusement impénétrable
« Réponse #1 le: 27 Août 2014 à 16:36:16 »
Je sors un peu de la poésie… Pour lire ça, cette espèce d’O.L.N.I., lettre aux destinataires flous qui sont sans doute un peu les proches et un peu le monde entier…

Ça se veut sous les auspices du sexe, au début (et dans le titre) avec les « fantasmes » et la « bandaison »… Puis ça l’abandonne, comme pour « leur » dire : vous vouliez ça, vous l’avez eu, maintenant que vous êtes pris laissez-moi donc parler.

J’adore la première phrase, ou la première proposition plutôt. J’aime aussi l’idée oxymorique du « trou insurmontable ». J’aime globalement bien la ponctuation, les élans dissertatifs qui se heurtent aux cahots brefs de la pensée, avançant par à-coups (premier paragraphe) Je trouve ça dommage, en revanche, qu’ensuite la réflexion ne butte pas plus sur « l’instinct linguistique » (on va dire ça comme ça), que la brièveté chaotique des phrases simples voire nominales ne revienne pas, soit évacuée dès le deuxième paragraphe.

Il y a des petites choses qui m’ont enquiquinée, un peu…
« sévir violemment mon esprit » : quézako ? Il manque un mot ? Une lettre ?

« Appartenir au passé désormais, pour vous » / « mon trou inaccessible à vous » : je trouve les « pour vous » et « à vous » de trop, ils alourdissent les phrases sans réellement être nécessaires, je crois. Appartenir à votre passé ?

« vos gueules ébahies » / « l’enfermement progressif de vos gueules » : ces deux-là font répétition (pas le « Ces gueules » visiblement volontaire). Je ne sais pas si c’est voulu ou non, mais personnellement, j’ai l’impression que ça ne l’est pas, et ça me gêne.

J’ai bien aimé la fin, mais j’avoue que j’aurais aimé revoir l’idée du trou à cet endroit-là, car tout se présente comme un raisonnement cohérent, logique mais finit hors du trou, finalement (ou tellement dedans qu’on ne le voit plus). L’euthanasie de la conscience, en un sens, c’est aussi le trou noir, et c’est bien plus trou-blanc… :)

Ghahreman

  • Invité
Re : Un trou joyeusement impénétrable
« Réponse #2 le: 27 Août 2014 à 17:49:33 »
Merci de tes conseils et avis!

C'est toujours très plaisant d'avoir un œil extérieur avisé.

Pour "sévir", il faut le prendre dans le sens de "punir sévèrement quelque chose".

D'accord avec toi sur le fait que les phrases sèches et spontanées ne reviennent plus à la fin. Mais, j'aime bien jouer sur le rythme, ça permet d'éviter l'endormissement du lecteur :)

La répétition des "gueules" est voulue, pour appuyer le côté animal des "autres" et de faire le contraste entre le personnage qui se croit/voit comme un humain alors qu'il semble lion de l'humanité, et ces "autres", bien qu'humains mais vus comme des bêtes par le personnage. Un moment "gueule" se transforme en "bouche", comme si le personnage avait un doute sur l'animalité des destinataires. Puis, il revient sur "gueule" et persiste, comme s'il était désormais sûr qu'ils s'agissait d'animaux.

J'ai l'impression qu'on dit pas la même chose si on écrit "appartenir à votre passé" ou "appartenir au passé, pour vous". Il y a un côté subjectif dans le "pour vous": le narrateur/personnage appartient au passé pour eux, mais appartient-il au passé pour d'autres? Pour lui-même?

Pareil pour le "inaccessible à vous": ce n'est peut-être pas inaccessible à lui-même. Son trou est accessible à lui, il peut en faire ce qu'il veut. Il est juste fermé à ceux à qui il s'adresse.

En tout cas, merci beaucoup pour ton avis, il est vraiment apprécié :)

Hors ligne LOF

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 179
  • Frappé par le vent
Re : Un trou joyeusement impénétrable
« Réponse #3 le: 27 Août 2014 à 18:41:22 »
L'instinct de tout à chacun à aimer se vouloir être aimé. M'aime-t-on suffisamment pour qu'on empêche mon acte fatal ? Je n'ai rien appris de nouveau. Simplement tu me rappelles certains textes que j'ai pu écrire dans cette veine par le passé. C'est déjà pas mal. Nous sommes tous sans le savoir un peu frères de la même désespérance. Ca réchauffe au moins. Le style est comme il doit être dans ce cas là ; hors de tous jugements. Merci pour ce trou encombré.
Lof

Hors ligne Midnight

  • Aède
  • Messages: 165
Re : Un trou joyeusement impénétrable
« Réponse #4 le: 26 Mars 2016 à 00:49:27 »
Proposé par la maison "Un texte au hasard" !

Bof ... puisqu'il ne faut pas juger !  8)
Ad augusta per angusta

 


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