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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Théâtre et poésie » [Poésie] Fureur et mystère (René Char)

Auteur Sujet: [Poésie] Fureur et mystère (René Char)  (Lu 3203 fois)

Hors ligne Windreaver

  • Troubadour
  • Messages: 386
  • Infinity
[Poésie] Fureur et mystère (René Char)
« le: 01 septembre 2008 à 20:03:47 »
Un de mes poètes préférés, avec Rimbaud et Apollinaire.

Citer
Le visage nuptial

A présent disparais, mon escorte, debout dans la distance ;
La douceur du nombre vient de se détruire.
Congé à vous, mes alliés, mes violents, mes indices.
Tout vous entraîne, tristesse obséquieuse.
J’aime.

L’eau est lourde à un jour de la source.
La parcelle vermeille franchit ses lentes branches à ton front, dimension rassurée.
Et moi semblable à toi,
Avec la paille en fleur au bord du ciel criant ton nom,
J’abats les vestiges.
Atteint, sain de clarté.

Ceinture de vapeur, multitude assouplie, diviseurs de la crainte, touchez ma renaissance.
Parois de ma durée, je renonce à l’assistance de ma largeur vénielle ;
Je boise l’expédient du gîte, j’entrave la primeur des survies.
Embrasé de solitude foraine,
J’évoque la nage sur l’ombre de sa Présence.

Le corps désert, hostile à son mélange, hier, était revenu parlant noir.
Déclin, ne te ravise pas, tombe ta massue de transes, aigre sommeil.
Le décolleté diminue les ossements de ton exil, de ton escrime ;
Tu rends fraîche la servitude qui se dévore le dos ;
Risée de la nuit, arrête ce charroi lugubre
De voix vitreuses, de départs lapidés.

Tôt soustrait au flux des lésions inventives
(La pioche de l’aigle lance haut le sang évasé)
Sur un destin présent j’ai mené mes franchises
Vers l’azur multivalve, la granitique dissidence.

Ô voûte d’effusion sur la couronne de son ventre,
Murmure de dot noire !
Ô mouvement tari de sa diction !
Nativité, guidez les insoumis, qu’ils découvrent leur base,
L’amande croyable au lendemain neuf.
Le soir a fermé sa plaie de corsaire où voyageaient les fusées vagues parmi la peur soutenue des chiens.
Au passé les micas du deuil sur ton visage.

Vitre inextinguible : mon souffle affleurait déjà l’amitié de ta blessure,
Armait ta royauté inapparente.
Et des lèvres du brouillard descendit notre plaisir au seuil de dune, au toit d’acier.
La conscience augmentait l’appareil frémissant de ta permanence ;
La simplicité fidèle s’étendit partout.

Timbre de la devise matinale, morte-saison de l’étoile précoce,
Je cours au terme de mon cintre, colisée fossoyé.
Assez baisé le crin nubile des céréales :
La cardeuse, l’opiniâtre, nos confins la soumettent.
Assez maudit le havre des simulacres nuptiaux :
Je touche le fond d’un retour compact.

Ruisseaux, neume des morts anfractueux,
Vous qui suivez le ciel aride,
Mêlez votre acheminement aux orages de qui sut guérir de la désertion,
Donnant contre vos études salubres.
Au sein du toit le pain suffoque à porter cœur et lueur.
Prends, ma Pensée, la fleur de ma main pénétrable,
Sens s’éveiller l’obscure plantation.

Je ne verrai pas tes flancs, ces essaims de faim, se dessécher, s’emplir de ronces ;
Je ne verrai pas l’empuse te succéder dans ta serre ;
Je ne verrai pas l’approche des baladins inquiéter le jour renaissant ;
Je ne verrai pas la race de notre liberté servilement se suffire.

Chimères, nous sommes montés au plateau.
Le silex frissonnait sous les sarments de l’espace ;
La parole, lasse de défoncer, buvait au débarcadère angélique.
Nulle farouche survivance :
L’horizon des routes jusqu’à l’afflux de rosée,
L’intime dénouement de l’irréparable.

Voici le sable mort, voici le corps sauvé :
La Femme respire, l’Homme se tient debout.
« Modifié: 08 septembre 2015 à 21:05:49 par Rain »
Quelques fois je cours
Je laisse mon âme errer
Qui a dit que Morphée
Ne vivait pas le jour ?

Hors ligne Nolan Llyss

  • Scribe
  • Messages: 95
Re : René Char, Fureur et mystère
« Réponse #1 le: 21 mars 2009 à 20:47:31 »
Mon poème préféré dans Fureur et mystère, le seul que je connaisse par coeur d'ailleurs :


Allégeance


Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?



Je m'en suis jamais remis de ce poème. Jamais.
Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière.

René Char

Hors ligne Pierrot Larchet

  • Tabellion
  • Messages: 45
Re : René Char, Fureur et mystère
« Réponse #2 le: 06 juin 2009 à 22:32:30 »

Pour les amateurs de René Char (dont moi). Puzzle et caviardage. Trois textes de R. C.  et trois textes débarquant d'une autre planète, par hasard. A vos pléiades!!! ;D



     Par une terre d'Ombre et de rampes sanguines nous retournions aux rues. Le timon de l'amour ne nous dépassait pas, ne gagnait plus sur nous. Tu ouvris ta main et m'en montras les lignes. Mais la nuit s'y haussait. Je déposai l'infime vers luisant sur le tracé de vie. Des années de gisant s'éclairèrent soudain sous ce fanal vivant et altéré de nous.
   

     Même lavée d’aquarelle, ta main ne pouvait rester pure. Miroir céleste elle ravivait le souvenir. Ouverte au regard dispendieux et à l’admiration béate, il fallait la cacher. Elle restait muette, résistait aux incantations. Et la marche sérielle de mon désir ne pouvait la soustraire à l’horizontalité fascisante de leurs regards.


     De tout temps j'ai aimé sur un chemin de terre la proximité d'un filet d'eau tombé du ciel qui vient et va se chassant seul et la tendre gaucherie de l'herbe médiane qu'une charge de pierres arrête comme un revers obscur met fin à la pensée.


     Il fallait tant et tant de ciel pour penser l’agonie mêlée d’un orgasmique désir contre le sens éprouvé de cette vipère originaire du péché qui se prémunissait de la misère grâce à ce mur de pierre toujours chargé d’histoire des saintes écritures écrites et réécrites sans cesse par volonté divine.


     Cette fumée qui nous portait était sœur du bâton qui dérange la pierre et du nuage qui ouvre le ciel. Elle n’avait pas mépris de nous, nous prenait tels que nous étions, minces ruisseaux nourris de désarroi et d’espérance, avec un verrou aux mâchoires et une montagne dans le regard.


     Ce corps filiforme en haut des marches de l’escalier n’attendait rien et pourtant attendait tout de la toute-puissance de ce qu’elle n’attendait pas. Ses mains cachaient son désarroi au fond des poches préfiguration de l’antre de l’infini. Les rivières souterraines ne pouvaient plus alimenter la profondeur de ses pupilles.



 


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