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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Cendrillon, selon Soul

Auteur Sujet: Cendrillon, selon Soul  (Lu 1102 fois)

Hors ligne Soul

  • Aède
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Cendrillon, selon Soul
« le: 25 Mai 2014 à 12:48:38 »
Voilà, après celle du Petit Chaperon Rouge, voici ma version de Cendrillon  :D
Bonne lecture !



Il était une fois, dans une petite ville on sait pas trop où, une jeune fille qui vivait avec ses parents, dans une grande villa que son riche père s’était offerte avec l’héritage de ses parents. Ils étaient heureux ainsi, et leur fille était un exemple de pureté et de bonté.
Seulement dans cette même ville, une veuve qui vivait avec ses deux filles tout aussi perfides et sournoises qu’elle, était tombée follement amoureuse de cet homme et tout naturellement haïssait comme on ne peut se l’imaginer sa femme.

Lorsque la jeune fille eut quinze ans, sa mère fut empoisonnée sans que personne puisse déterminer l’auteur de ce crime. Sur son lit de mort, la mère lui demanda de se montrer toujours pieuse et bonne, et la fille le lui promit solennellement.

Accablé de chagrin, son père finit par se laisser séduire par la veuve qui, comme vous vous en doutez, avait empoisonné sa femme. Ainsi il l’épousa, et elle avec ses filles s’installa dans leur grande villa. Comme la fille de son mari, sa belle-fille donc, ressemblait terriblement à sa mère, elle se mit à la détester elle aussi, et le lui fit bien sentir. Et ses filles, conformes copies de leur exemple de mère – ou simples moutons de panurge – se montrèrent aussi méchantes, sinon plus qu’elle.

Et lorsque, pour ne rien arranger, son père dit devoir s’absenter pour un voyage d’affaire, la pauvre jeune fille n’eut pas la vie facile ; ses sœurs faisaient d’elle un bouc émissaire, sa belle-mère faisait d’elle une femme de ménage. Si bien qu’à force de trimer dans la cendre de l’âtre de cette maudite cheminée qu’elle était la seule à devoir constamment nettoyer, ses sœurs finirent par la surnommer… (Oui, bon, c’est le titre de la nouvelle, mais bon jouez le jeu)…Cendrillon.

Un jour, un cavalier du roi vint leur annoncer que leur famille était conviée à un grand bal en l’honneur du prince, qui se devait de trouver une princesse pour monter sur le trône avant la mort de son père. Toutes excitées, les sœurs de Cendrillons se mirent en quête de robes, de coiffes, de maquillages, de chaussures et autres costumes resplendissants qui leur siéraient et seraient dignes de cette grande fête donnée par le roi lui-même.

Ce fut un véritable raz-de-marée de cris de joie et d’euphorie, d’animation tout autour d’elles, un flot d’argent dépensé pour les bijoux et les accessoires, une cascade de lacets rompus à force de les serrer sur leur taille déjà menue. Et Cendrillon, elle, regarda tout cela depuis l’âtre de la cheminée. Son père ne reviendrait qu’au deuxième soir du bal, qui s’étendrait sur trois nuits. Et ainsi elle était sûre de n’avoir aucune chance de pouvoir s’y rendre. Elle soupira.

Les jours succédaient aux jours, de plus en plus fades pour Cendrillon, de plus en plus excitants pour ses sœurs. Et bientôt celui du bal arriva. Avant la tombée de la nuit, Cendrillon se retrouva seule dans la villa avec son balai et la cendre à épousseter, encore et toujours. Les bavardages incessants et insipides au sujet de prince, de sa tenue, de ses sujets, surement de la façon dont il dansait, les rires et les nervosités euphoriques qui emplissaient le salon quelques heures auparavant avaient laissé place au silence. A la solitude. Au désarroi.

Cendrillon soupira et se laissa simplement choir dans l’âtre, achevant de souiller sa robe grise rapiécée, le parfait opposé des tenues pour le moins élégantes de ses sœurs. Elle soupira. Une colombe se posa sur le rebord de la fenêtre, et se mit à roucouler doucement, apportant une présence dans ce vide de solitude, une agréable mélodie dans ce silence oppressant. La nuit commençait à tomber au-dehors.

Peu à peu, son chant se faisait plus insistant, plus envahissant, comme un appel. Intriguée, Cendrillon se leva et avança jusqu’à la fenêtre où criait l’oiseau, qui s’envola à son approche. Et elle vit, dans le jardin, sa marraine la bonne fée.

— Oh, Marraine. Que faites-vous ici ?

Elle s’empressa de sortir pour rejoindre la vieille femme dans le jardin.

— Je suis là pour t’aider, mon enfant. J’aurais besoin que tu me trouves une citrouille, quatre rats, non, cinq, des colombes, des…

— Une citrouille ? Mais, comment une citrouille pourrait-elle m’aider ?

— Je vais la changer en carrosse, pardi !

Cendrillon, avec un léger sourire vaguement amusé quoique reflétant plus la déception qu’un quelconque enjouement, soupira doucement.

— Marraine, vous avez encore abusé de ces herbes…

— C’est possible, mais ça n’en est pas moins une bonne idée ! Tu peux toujours t’y rendre à pied, sinon. Ceci-dit il est facile de trouver des rats…

Laissant la vieille femme dans son délirant monologue, Cendrillon se tourna doucement vers la rue qu’avaient empruntée ses sœurs qui partaient pour le bal. Elle soupira, et murmura en haussant les épaules :

— Pourquoi pas…

Ainsi, vêtue de cette simple robe grise en bien piteux état, elle se rendit au palais où se tenait le grand bal. Bien sûr, elle ne comptait n’y n’espérait pouvoir y entrer. Elle se contenta, derrière une fenêtre, de regarder cette immense salle luxuriante, pleine d’or et de lumière, de mets très attirants harmonieusement disposés sur une table d’ébène ou d’acajou, dans des assiettes d’étain, d’argent, d’or, peut-être. Les convives étaient là, ils dansaient, s’amusaient ; libres et heureux. Tout l’inverse de ce qu’elle était.

Et bientôt elle eut, dans un coin de cette immense salle, une vision qui la dégoûta. Le prince, le prince lui-même était en grande admiration devant les chaussures de vair… de sa sœur. C’en fut assez pour la dépiter à un point exaspérant, et lui faire tourner les talons pour se détourner de ce festin qui lui faisait terriblement envie.

D’un pas rageur, elle rentra chez elle. Elle aurait tellement voulu y être, être là au milieu de tous ces gens qui dansaient et riaient, avoir une superbe robe comme toutes ces bourgeoises, si maquillées que l’on ne distinguait plus les traits de leur visage, avoir ces chaussures de vair…

Si elle avait été aussi aimable qu’elle, sa sœur aurait certainement accepté de les lui prêter pour un soir, pour une soirée de bal. Mais les lui demander serait presque une offense pour elle. Cendrillon sentait peu à peu monter en elle un mélange de colère, de rancœur et pire, de haine. Ce continuel sourire désolé qui parait toujours son visage semblait devenir cynique, presque démoniaque.

Lorsque ses sœurs rentrèrent, toutes émoustillées et fichtrement heureuses de cette soirée, elle feignait d’être déjà assoupie. Elle attendait, attendit que lentement les bruits autour d’elle s’estompent, que les voix se taisent, que les lumières s’éteignent. Elle attendit que les autres soient endormies pour se lever.

D’un pas infiniment lent, et subreptice, un couteau entre les mains, elle avançait dans l’obscurité du couloir, arborant un sourire des plus terrifiants, cynique et diabolique. Elle s’arrêta devant la chambre des sœurs. Le plus discrètement possible, elle entrouvrit la porte, regarda furtivement à l’intérieur pour s’assurer qu’elles dormaient toutes les deux, puis elle entra.

Lentement, infiniment lentement, elle s’approcha du lit de la plus jeune, celle qui portait les chaussures de vair. Elle leva tout aussi lentement le couteau au-dessus d’elle, son sourire s’élargissait. Et d’un geste tout aussi trainant, elle l’abaissa, doucement.

Un cri strident.

Un coup, un seul, et son terrifiant sourire cynique fut éclaboussé de sang. L’ainée s’éveilla en sursaut, et à la vue de ce visage, aux yeux brillants d’une lueur follement envieuse, ce sourire ensanglanté, cette lame rouge qui reflétait tout de même la pâle lumière de la lune et éclairait sa sœur, son corps effondré qui semblait lentement glisser de son lit, son visage éteint, ses yeux grands ouverts, comme sa bouche dont un cri resté coincé dans sa gorge cherchait encore à s’extirper, et ce sang, tout ce sang dans sa gorge…

Alors que Cendrillon approchait doucement la lame de son cou, l’ainée voulut crier, mais la peur serrant et brûlant sa gorge, aucun son ne put s’en échapper.

Une vive douleur, un second cri, un semblant de rire cynique.

Qu’arrivait-il ? La mère accourut dans la chambre des filles. Et la vision qu’elle y trouva fut d’une telle violence, terrifiante et inattendue, son sang se glaça et elle se figea devant le lit aux draps rouges où Cendrillon était assise et la regardait avec un sourire désinvolte, ses pieds se balançant gaiement, comme une enfant. Et les bras enlacés autour de son cou… et le sang qui coulait sur ses épaules… et soudain, la faisant tressaillir en brisant le silence, elle dit d’une voix innocente :

— Vous croyez qu’elles m’en veulent ?

Et puis la mère tourna de l’œil, ses jambes se dérobèrent sous elle et elle s’effondra simplement, devant Cendrillon qui ne put réprimer un petit rire narquois, se dégageant doucement des deux corps qui l’enlaçaient. Elle enjamba soigneusement la femme évanouie pour quitter la chambre, satisfaite, libérée.

Le lendemain, elle se vêtit de la robe, des chaussures de sa sœur, se coiffa, se maquilla et, toute émoustillée, put enfin comme elle en rêvait se rendre au bal. Dès son entrée alors que, émue et intimidée, elle n’osait regarder autre chose que ses magnifiques chaussures de vair, un jeune homme l’approcha doucement, prit délicatement sa main pour l’embrasser avant de l’inviter à danser.

Rouge jusqu’aux oreilles, elle n'eut pas même le temps d'acquiescer avant qu'il l'entraine sur la piste de danse en la prenant par la taille. Elle était heureuse. Enfin, on s'intéressait à elle ! On l'estimait, on l'appréciait !

Durant toute cette soirée, elle fut sous le charme du jeune homme, tout comme lui semblait l'être. Jusqu'au moment où, voyant ses yeux bleus rivés sur ses chaussures de vair, elle réalisait qu'il s'agissait du prince, et comprit qu'il l'avait prise pour sa sœur. Mais quelle importance ? Elle l'aimait, et il l'aimait. Il ne cessait de le lui murmurer à l'oreille en la serrant dans ses bras, et la dernière de ses pensées obscures s'évapora dans un verre de vin rouge, qu'elle goûtait pour la première fois, qui plongea son esprit dans une brume agréablement chaude où elle voyait danser autour d'elle les lumières des chandeliers, les robes et longues chevelures de toutes les princesses dans la grande salle dorée, bercée par la musique et peinant à maintenir ouverts ses yeux troublés, par cette brume.

Mais bientôt, lorsque les douze coups de minuit eurent retentit, la tirant vivement de sa torpeur, une voix s'écria à travers la foule qui s'écartait, outrée :

— C'est elle ! C'est elle !

La belle-mère hurlait à s'en briser la voix, main tendue pour désigner la cavalière du prince :

— C'est elle qui a tué mes filles ! C'est elle, elle les a tuées !

Tous se tournèrent vers Cendrillon qui, prise de panique, tourna le dos à son prince pour fuir dans la nuit, ses pas précipités rendus incertains par le brouillard de l'alcool. Elle était poursuivie. Si la garde la rattrapait, c'en serait fini d'elle. Peinant à garder son équilibre dans les escaliers, elle trébucha sur une marche et le talon de sa chaussure droite s'accrocha vicieusement au tapis de velours qui couvrait le sol. Refusant de s'arrêter, elle abandonna sa chaussure et reprit sa course, un pied nu, s'échappant dans la nuit noire.

Derrière elle, le prince qui la suivait s'arrêta, lui, et s'accroupit pour ramasser le bel objet, intrigué et déçu de n'avoir pu la retenir.

— Ça ! lança un des soldats de la garde. C'est une preuve !

Le prince se contenta d'acquiescer d'un air absent, sans quitter des yeux ce qu'il avait dans les mains. Il fallait la retrouver.

Ainsi la troisième soirée du bal, on fit entrer une à une les jeunes femmes convier, pour leur faire essayer la fameuse chaussure de vair. Pour tous, il s'agissait d'une procédure destinée à repérer la meurtrière parmi elles; mais pour le prince, c'était le seul moyen de retrouver sa bien-aimée.

Cette dernière, sachant cependant que c'était bien imprudent, n'avait eu de cesse durant la nuit de penser à son amant, si brusquement abandonné la veille, et avait décidé de retourner au bal. Mais cette fois, vêtues de ses guenilles et sans le moindre maquillage, pour ne pas être reconnue. Si l'amour l'avait rendue niaise, elle n'avait rien perdu de sa fourberie.

Seule dehors, des heures durant, elle regarda défiler toutes les jeunes femmes, sans jamais voir aucune d'elle trouver la chaussure à sa taille. Elle savait qu'il s'agissait du seul moyen pour que son prince la reconnaisse, et comme lui se mordait la lèvre, au sang, à chaque passage. Bientôt, la dernière d'entre elles fut passée, et la chaussure de vair restait dans les mains du jeune homme. C'est alors que, juste avant qu'il entre à son tour, elle se précipita vers lui en l'appelant.

Le prince se retourna, pencha la tête sur le côté en fronçant les sourcils. Evidemment, il ne la reconnaissait pas. Avec un sourire malicieux, elle tendit doucement sa jambe pour poser son pied dans la chaussure et, sous les yeux stupéfaits du jeune homme, montrer qu'elle lui seyait à merveille.

Ce dernier resta un moment immobile, à fixer le pied de la jeune fille sans rien dire, avant de lever les yeux vers son visage. L'expression qu'il avait était indéfinissable mais, en la voyant, Cendrillon perdit immédiatement son sourire.

— Alors, c'est vous ?

— Oui ! Je suis votre princesse !

— Mais, vous êtes… une pauvre, je croyais que vous étiez de la bourgeoisie !

A ces mots, elle sentit les larmes monter à ses yeux, et ne put réprimer un sanglot, effondrée, brisée. Ignorant sa détresse, le prince se contenta d'appeler la garde. Pour la dénoncer. Et alors que les gardes, saisissant ses bras pour l'emmener, la tiraient vers les cachots, certainement, il lui jeta un dernier regard. Déçu, dépité. Dégoûté.


Celle-ci ne sera pas drôle, mais bien vraie. La voici.
Moralité : le monde, et toute sa peuplade, sont terriblement superficiels (mesdemoiselles).


« Modifié: 25 Mai 2014 à 14:17:10 par Soul »

Hors ligne voile59

  • Troubadour
  • Messages: 339
Re : Cendrillon, selon Soul
« Réponse #1 le: 25 Mai 2014 à 20:10:32 »
Bonsoir

Tu devrais envoyer cette version à Tarantino.
Lecture relativement fluide mais j'aurai préféré un début se rapprochant plus de l'original pour que la chute, par contraste, soit plus marquante.
Avant de juger l'indien, Chausse ses mocassins

Donaldo75

  • Invité
Re : Cendrillon, selon Soul
« Réponse #2 le: 25 Mai 2014 à 20:37:46 »
Une version bien gore !
Je ne m'y attendais pas mais elle m'a fait rire.
Ce n'est pas bien de nous enlever nos rêves d'enfant.
Merci Soul.
Donald.

Hors ligne Rouflaquette

  • Scribe
  • Messages: 75
  • Prendre conscience pour agir
Re : Cendrillon, selon Soul
« Réponse #3 le: 26 Mai 2014 à 01:03:12 »
J'ai trouvé ton texte drôle et défrisant. Grace à toi j'ai découvert l'origine du nom de cendrillon merci  :),  de plus je vois que tu maitrise mieux ton sujet que l'entreprise Disney qui a remplacé vair par verre ( à moins qu'il ne s'agisse d'une prise de liberté ).
Plutôt une douleur véritable qu'une douce illusion

 


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