Suite aux judicieux conseils de Viviane qui a bien relevé les incohérence de la première version, j'ai retravaillé mon texte "La sobriété psychotrique" pour le rendre plus compréhensible. Merci Vivi
Delirium démence
Ce soir, je souffre d'une grosse psychotrique. J'ai mal de me savoir seul à bander si dur du cerveau dans cette petite maison de campagne qui pue l'ivresse. Mes amis, tous bourrés, ont le cerveau mou comme un caramel à moitié digéré. Ils font la queue aux chiottes pour aller vomir, chacun leur tour, les 20€ de participation au budget alcool. Les billets coincent un peu au niveau de la glotte, l'encre à un goût dégueulasse. Le trône récupère les liasses. Demain, il ira s'acheter du canard WC pour se rincer la gorge et les laver de leurs péchés. Il mettra sa cuvette comme d'autres vissent une casquette et sous le regard médusé des zombies de supermarchés se glissera dans le rayon produits ménagers.
-"Eh !! Connard, ça te dirait pas d'utiliser la brosse pour nettoyer un peu ta gerbe ? Tu te crois où là. Mon boss t'a dit fais comme chez toi mais c'était juste une formule de politesse mec, faut pas le prendre trop au sérieux..."
-"Putain de merde, un chiotte qui parle !!! Ils foutent du LSD dans la Zubrowska maintenant ???"
-"Non, t'hallucine pas mon pote. En général je supporte vos gros culs, vos généreuses chiasses sous Imodium à force de picoler H24, vos urines fétides, vos restes de kebab, pizza, bouffe pourrie régurgités par paquets compacts. Là c'est un peu la goutte de bile qui me fait déborder. Alors toi et tes petites copines si vous pouviez vous soulager l'estomac dans l'évier ça m'arrangerait."
-"Non mais je soutiens pas un truc pareil, c'est dans ma tête. Tu parles dans mon imagination putain !!! Une bonne nuit de sommeil et demain le black-out te rayera de ma mémoire saloperie de chiotte !!!"
-"Reviens me voir demain, on en discutera autour d'un verre de canard WC.
Ça se met à cogner sévère à la porte du caca room transformé en vomitoire. Le gars s'essuie le coin de la bouche avec du PQ et sort, complètement sonné.
Je le regarde discuter avec le responsable de cette nuit d'ivresse, le grand organisateur de ce n'importe quoi qui refoule de la gueule comme c'est pas permis.
-"Non mais je vais rentrer chez moi là, je me sens pas bien."
-"Tu peux dormir ici si tu veux, t'es pas en bagnole au moins."
-"Non je suis venu en bus. Et il est hors de question que je m'allonge sur ton lit des fois qu'il se mettrait à me parler..."
-"???"
-"Non cherche pas, j'ai juste besoin de me soulager d'une grosse fatigue !!! Trop de taf, trop de responsabilités..."
Il regagne le salon, tape la bise aux filles, serre la main aux mecs, la vodka lui fait de l'œil mais il tremble d'angoisse à la simple idée d'un dernier verre.
-"Resserre-toi mec, un petit fond pour te rincer la bouche. Mélange moi à du jus de pomme ou de tomate. Bloody Marie moi, épouse la cause éthylique et vis sans aucune retenue de fausse conscience ton existence d'ivrogne !! Allez, fais n'importe quoi, t'as le droit..."
-"Non, non, non !!! Je veux rentrer chez moi. Je vais pas te boire, j'ai déjà les dents du fond qui baignent dans ton jus de mort. J'en ai marre de toi, de ta famille et de tes perpétuelles invitation à la débauche !!!"
Le salon tout entier plonge son regard sur lui. Silence total. Je lui demande, plus pour plumer l'ange qui passe que par compassion :
-"Ca va ?"
-"Non ça va pas !!! Les objets me parlent !!! Ils me racontent des trucs sans bouger les lèvres. Ils me font flipper comme des ventriloques de l'enfer. Je me casse et vous ne me reverrez plus. Ma claque de ces soirées de merde. Je vous souhaite à tous de bons gerboulis !!!"
Le gars attrape sa veste sur le porte manteau.
-"Si tu pouvais demain me foutre à la machine, je pue bordel !!!"
-"Ta gueule toi !!!"
Il longe le couloir et ses murmures moqueurs, feint de ne rien entendre, sifflote pour faire diversion. Il tourne la poignée de la porte d'entrée, la fait claquer à cause d'un courant d'air.
"Aïe, doucement merde !!! Mon bois est fragile. Bonne soirée quand même."
Il ne répond pas et se dirige vers l'ascenseur.
-"Quel étage ?"
-"Celui pour sortir de ce cauchemar... S'il vous plaît"
-" Oh tu sais, on peut se tutoyer..."
J'ai suivi toute la scène que je connais par cœur, parcouru d'éructations de dégoût. Ce pauvre type, c'était moi il y a quelques années. Son sale trip était le mien le long d'interminables week-end de beuveries dans l'excès le plus total. Leur spectacle est un exutoire à mes penchants pour le lever de coude et je ne rate jamais l'occasion d'entretenir mon rejet. Pourquoi se mettre dans des états aussi pathétiques ? Vomitophiles ? Cuvettophiles ? Stupidophiles ? Les "Putain plus jamais" des lendemains de cuites sonnent comme les bonnes résolutions du nouvel an, creux. Ma sobriété me permet aujourd'hui de profiter de la vie sans avoir à tapisser de gerbe les murs de leurs appartement. Au final, il vaut mieux être réellement triste qu'artificiellement heureux.