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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » L’Amour véritable semblerait exister

Auteur Sujet: L’Amour véritable semblerait exister  (Lu 1480 fois)

Donaldo75

  • Invité
L’Amour véritable semblerait exister
« le: 19 Mai 2014 à 12:43:47 »
L’Amour véritable semblerait exister.

Le professeur Glouque avait finalement accepté cette étude privée commanditée par un richissime mécène français ; il s’agissait ni plus ni moins que de répondre à une question plusieurs fois millénaire. « L’Amour véritable existe-t-il ? » demandait le commanditaire.

Spécialiste des neurosciences, le savant avait douté d’être le bon candidat pour une telle recherche ; il pensait naïvement qu’elle comportait plus de sens pour des philosophes ou des poètes mais pas pour un homme dont le métier consistait à comprendre le fonctionnement si complexe du cerveau humain. Il se voyait plutôt en ingénieur de cette vaste mécanique qui commandait le reste de notre corps et ordonnait la pensée que dans la peau d’un esthète ou d’un artiste des sentiments. De plus, il invoquait la misère de sa vie intime résumée en quarante ans d’analyse méthodique, de découpe de cervelle et d’électroencéphalogrammes. En deux mots comme en cent, le professeur Glouque n’était pas à l’aise.

Pourtant, le périmètre sémantique avait bien été délimité par le demandeur ; l’amour véritable ne pouvait qu’être unique, passionné, inviolable, éternel entre deux êtres. Une approche scientifique ne devait poser aucun problème, surtout au regard des actuelles technologies de l’information et de la puissance de calcul des modernes machines qui la traitait. Le savant avait alors décidé de se faire assister par une batterie d’étudiants recrutés par le biais d’une petite annonce dans le journal universitaire. Désormais, il était paré pour répondre à cette question fondamentale ; il ne lui restait plus qu’à orchestrer la recherche.

Ses assistants littéraires compilèrent des fiches de lecture sur la poésie et les grands romans d’amour du dix-neuvième siècle et du début du vingtième, en ces périodes heureuses où la barbarie de la guerre n’avait pas encore tué d’aussi beaux poètes que Guillaume Apollinaire dont les vers avaient tant enchanté le professeur dans sa jeunesse scolaire. Ses assistants statisticiens construisirent des tableaux de régression linéaire sur la base des chiffres livrés par le ministère de l’intérieur et traitant des crimes passionnels et des faits divers associés. Il n’avait pas le temps d’entreprendre une expérience basée sur un échantillon de la population et ce pour de multiples raisons fort honorables d’ailleurs ; d’abord parce que l’amour semblait un concept universel mais il existait une forte probabilité qu’il soit décliné différemment selon les régions et les cultures, ensuite parce que d’une génération à l’autre les variations pouvaient engendrer des divergences dans les résultats et cela prendrait des mois de traitement de ces écarts à la moyenne. Le professeur Glouque savait interpréter des données statistiques en vérités neuroscientifiques dès lors qu’il avait établi une vraie méthodologie que personne ne pourrait réfuter. Ce fut la tâche qu’il s’assigna durant tout le programme ; celle où il ajusta la méthode en fonction des résultats, releva les incohérences dans l’interprétation et peaufina le procédé de calcul statistique. Les variables et paramètres étaient heureusement peu nombreux ; l’amour amenait d’un côté la naissance et de l’autre côté la mort donc il fallait traiter ces deux résultantes en constantes logiques et établir les équations probabilistes qui permettraient de répondre à la question posée par son commanditaire.

Après deux mois de recherches intensives menées avec une quarantaine d’étudiants qualifiés dans des domaines aussi pointus que la littérature, la criminologie, la statistique et la démographie, le professeur Glouque ne fut pas peu fier d’annoncer le résultat à son mécène : l’Amour véritable existait bien, sous formes de traces infimes évaluées à deux pour dix mille. « Un petit pas pour la science, un grand pas pour le désespoir. » lui répondit de manière laconique celui qui avait dépensé deux millions de dollars pour cette étude.
« Modifié: 20 Mai 2014 à 22:56:21 par Donaldo75 »

Hors ligne holden5

  • Prophète
  • Messages: 753
Re : L’Amour véritable semblerait exister
« Réponse #1 le: 19 Mai 2014 à 21:39:37 »
Le texte se lit tout seul et l'idée est fort sympathique. Je me suis juste interrogé sur le sens exact de la fin en raison de la formulation : le commanditaire voulait-il obtenir cette réponse là  ou bien la réponse inverse (parce qu'il espère ne pas être passé à côté de sa vie)?
Comme le professeur est un scientifique, je m'attendais également à une approche expérimentale plus poussée plutot qu'à une consultation d'étudiants (l'observation de deux amants de façon expérimentale aurait pû renforcer le décalage comique entre la passion vécue et l'approche scientifique je pense)
Merci pour ce texte!

Donaldo75

  • Invité
Re : L’Amour véritable semblerait exister
« Réponse #2 le: 20 Mai 2014 à 08:47:18 »
Salut holden5, merci pour le commentaire.

Je vais répondre à tes questions:
- Le commanditaire espérait un autre résultat (voir sa réponse laconique).  :o
- Ce n'est pas une consultation d'étudiants mais un vrai travail d'équipe (les laboratoires universitaires procèdent de même) avec des compétences pointues sur un sujet qu'un chercheur seul ne peut pas prendre en charge encore plus quand il s'appelle Glouque.  :P
- J'ai voulu faire court.  :-¬?

Ce texte était ma réponse à un défi littéraire dont l'énoncé était: « L’Amour véritable existe-t-il ? »
Il s’agit du seul amour que puisse décrire ce mot si doux. Un amour entre deux êtres, unique, passionné, inviolable, éternel. Dans le cas où l’un de vous penserait qu’il n’existe pas, puis-je vous demander de suggérer alors la raison de notre vie sur terre ?


A bientôt et encore merci d'avoir passé du temps sur ce petit texte sans prétention,

Donald
« Modifié: 20 Mai 2014 à 08:49:12 par Donaldo75 »

Hors ligne holden5

  • Prophète
  • Messages: 753
Re : L’Amour véritable semblerait exister
« Réponse #3 le: 20 Mai 2014 à 10:03:41 »
Citer
- Le commanditaire espérait un autre résultat (voir sa réponse laconique).
Ok, alors je pense qu'au lieu d'écrire :
Citer
celui qui avait dépensé deux millions de dollars pour entendre cette réponse.
une formulation comme "pour avoir la réponse à cette question" prêterait moins à confusion !

En tout cas, cette chute est excellente et donne un sursaut d'humour à ton texte.

Commentaires plus détaillés :
Citer
En deux mots comme en cent, le professeur Glouque avait les foies.
j'ai eu un moment de blocage sur cette conclusion, car ce qui précède juste avant ne suggère pas vraiment de la peur mais plutôt un embarras devant une question qui le dépasse complètement.

Citer
Le savant avait alors décidé de se faire assister par une batterie d’étudiants recrutés par le biais d’une petite annonce dans le journal universitaire
A première lecture j'ai cru qu'il allait étudier le comportement amoureux d'une batterie d'étudiants, et cette perspective m'a fait rire aussi.


Voilà, en tout cas, j'ai pris bien plaisir à lire ce texte.   
H.
« Modifié: 20 Mai 2014 à 11:46:34 par holden5 »

Hors ligne Rosace

  • Scribe
  • Messages: 66
Re : L’Amour véritable semblerait exister
« Réponse #4 le: 20 Mai 2014 à 16:29:52 »
Bonjour,
J'aime beaucoup l'idée de ton texte et en fait je l'aime tellement que j'aurais aimé en avoir un peu plus.
On comprend très bien que le commanditaire aurait préféré une autre réponse, la fin en cela est magnifique de tout ce que l'on peut imaginé de sa vie sans amour. Mais, en fait, j'aurais aimé des détails même superficiels sur la vie du professeur et peut-être de quelques étudiants, des bout de discussion...
Je ne suis pas un fan des nouvelles c'est peut-être cela le vrai problème.
Juste une remarque, comme Holden5 , j'ai eu le même problème avec la phrase:
"En deux mots comme en cent, le professeur Glouque avait les foies."
On ne comprend pas pourquoi il aurait eu peur, car on le sens plutôt confiant.

Merci pour le petit texte.
Rosace
"Il n'est pas certain que tout soit certain"
Pascal

Donaldo75

  • Invité
Re : L’Amour véritable semblerait exister
« Réponse #5 le: 20 Mai 2014 à 23:01:43 »
Bonsoir,
Merci pour vos commentaires.

@Holden; tu verras j'ai modifié le texte sur les points que tu soulignes car je suis d'accord avec toi sur la confusion.
@Rosace; ton avis m'a fait revoir le texte car tu insistes sur le même point qu'Holden. Concernant les détails sur la vie de Glouque, j'y ai pensé mais comme c'était un défi littéraire je n'ai pas voulu faire trop long et garder de la place pour le reste. Ce n'est pas la seule histoire que j'écris avec ce personnage et bientôt il y en aura une troisième (la seconde s'appelle 'Un neurone sinon rien' et je l'ai posté ici dès mon arrivée) où on en saura plus sur le scientifique.

Encore merci à tous les deux.

Donald.

Hors ligne Rosace

  • Scribe
  • Messages: 66
Re : L’Amour véritable semblerait exister
« Réponse #6 le: 21 Mai 2014 à 07:57:29 »
Donald...
Juste un petit commentaire qui m'est venu à l'esprit quand j'ai soumi ma réponse. Ton petit texte m'a fait pensé à un essai que j'ai lu sur "toutes les découvertes inintéressantes sur le monde animal".  Le livre se nommait "Au fond du zoo à droite" et listait toutes les  études plus ou moins loufoques faites sur le monde animal. Ainsi des scientifiques avaient calculé le nombre de kilo de fruit pourri que devait ingurgité un éléphant pour être ivre.
Ecrire d'autres petites études de Pr Glouque lui donnerait surement plus d'épaisseur. Et le découvrir à travers ses études, ses questionnements, très intéressant.
 Voilà c'était juste un commentaire de plus.
Impatiente de lire le prochain texte et d'en apprendre un peu plus sur ton personnage.
Rosace.
"Il n'est pas certain que tout soit certain"
Pascal

Hors ligne James Scott

  • Tabellion
  • Messages: 52
    • bete curieuse
Re : L’Amour véritable semblerait exister
« Réponse #7 le: 21 Mai 2014 à 09:13:13 »
Salut,

Texte bien sympa et belle plume.


J'ajoute quelques avis personnels, à toi de voir ce que t'en penses :

il s’agissait ni plus ni moins que de répondre à une question plusieurs fois millénaire. « L’Amour véritable existe-t-il ? » demandait le commanditaire.

Je me demandais pourquoi tu ne formules pas la phrase en terminant sur la question ? A mon avis ça permettrait de donner plus de poids à la question.

''il s’agissait ni plus ni moins que de répondre à une question plusieurs fois millénaire : « L’Amour véritable existe-t-il ? »''

par une batterie d’étudiants recrutés par le biais d’une petite annonce dans le journal universitaire.

Là je pinaille sur l'aspect technique / réaliste... je ne trouve pas logique qu'un chercheur renommé embauchent des étudiants pour sa recherche (qui sont donc niveau master ou doctorant) par le billet d'un journal universitaire. La recherche universitaire est énormément encadrée et donc les recrutements se font avec des normes bien précises, des appels d'offres et autres qui ne se retrouveront pas sur un journal universitaire (souvent entretenu par le étudiant d'une université). Vu la qualité technique de l'ensemble de ton écrit, je me disais que se serait bien (ou pas car c'est du détail et c'est à toi de voir) de modifier cette partie de façon plus réaliste. Étant donné que je ne sais exactement comment les chercheurs rattachent des étudiants à leur recherche, j'aurais détourné la phrase en dirigeant sur les compétence et en poussant un peu sur l’excellence des étudiants. Le chercheur pour sa recherche à deux millions il doit sûrement vouloir les meilleurs ! Par contre je ne peux pas te donner d'exemple précis vu que j'ai pas le même style d'écriture. Dans l'idée sa donnerait vaguement un truc du genre : ''d'étudiants recrutés en fonction de leurs capacités élitistes dans leurs domaines respectifs'' pour donner une idée vraiment globale. Après c'est du détail plus qu'autre chose  ><.

cela prendrait des mois de traitement de ces écarts à la moyenne
Pour terminer c'est juste cette phrase que j'ai pas vraiment compris et sur laquelle j'ai bugué. Je trouve la formulation un peu lourde (en impression de première lecture).


Sinon le texte est vraiment sympa comme je l'ai dit avant.
Et 2 pour 1000 je trouve ça plutôt raisonnable :) ça me fait 120 000 âmes sœurs rien qu'en France !
Étant pessimiste de nature (c'est peut être moi le commanditaire en fait  ;) ) et comptant l'âme sœur comme un être unique donc un sur la totalité de la planète, je trouve le résultat plutôt encourageant ! (du coup c'est pas moi le commanditaire en fait !)

Comme disait Rosace ça serait bien d'avoir plus de détails sur les personnages, sur le professeur et le commanditaire, mais tu peux garder ça pour un autre écrit ou tu reprends les mêmes personnages. Personnellement, j'aime bien le mystère qu'il y a dans celui là, où les personnages ne sont pas nommés, mais je trouverais cool de les revoir. Genre : est ce que le commanditaire arrivera à trouver son/sa 2 pour 1000 ? Est ce que le commanditaire n'essayerait pas de créer une potion d'amour en cachette ?

James


Donaldo75

  • Invité
Re : L’Amour véritable semblerait exister
« Réponse #8 le: 22 Mai 2014 à 09:07:37 »
Salut James,

Merci d'avoir lu et commenté ce texte; je trouve tes propositions fort intéressantes surtout la première. Sache que je me suis posé la même question que toi mais comme je répondais à un défi littéraire il m'a semblé trop gros de poser la question du défi aussi brutalement dans le texte. J'ai donc adouci le tout en rajoutant 'demandait le commanditaire' et en plus cela laissait de la place à ce personnage dont je souhaitais qu'il conclut le texte.
Pour ce qui est du réalisme scientifique, Glouque travaille pour le privé dans le cadre de cette commande (j'ai déjà écrit une nouvelle le concernant et j'ai un autre projet pour lui, toujours pour le privé) et le circuit n'est pas le même que pour la recherche universitaire. En plus, je pense qu'on peut se permettre de sortir un peu de la triste réalité de l'université en ajoutant une partie fictive comme l'est le journal d'annonces. L'excellence des étudiants est implicite et c'est surtout la méthode qui importe car elle introduit le décalage entre le thème et la manière dont il est traité. La phrase qui bugue est volontairement lourde (peut-être ai-je été un peu trop caricatural) pour exprimer le manque de finesse des statisticiens sur un thème abstrait comme l'Amour.

Bravo, tu es un optimiste; le ratio parait si faible que j'ai eu peur qu'il ne créé une vague de désespoir mondial.
 :-¬?

Glouque (ou son commanditaire) trouvera-t-il l'âme sœur ?  >:D
J'ai un texte appelé 'Il ne rigole que quand il se brule' publié ici le 2 mars qui laisse de l'espoir en la matière car le personnage dépeint est encore plus lunaire que Glouque.
Glouque va-t-il créer un filtre d'amour ?  :noange:
J'espère que non. Je préfère laisser faire la nature.
Mais si son commanditaire lui demande, il est bien capable de le faire.
Glouque dans d'autres histoires ?  :P
Oui, une est déjà postée ici sous le titre 'Un neurone sinon rien' et une autre est en projet sous le titre 'Vanity Park' dans le cadre d'un appel à textes: Glouque étudiera in situ la fatuité chez les jeunes gens, ce pour une commande privée.

A bientôt,

Donald

 


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