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Auteur Sujet: Un soir au club (Christian Gailly)  (Lu 1781 fois)

Hors ligne El_ChiCo

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Un soir au club (Christian Gailly)
« le: 16 Avril 2014 à 15:56:46 »
Un soir au club
Christian Gailly


L'histoire est classique du buveur désintoxiqué qui, après des années d'absolue sobriété, s'autorise soudain un petit verre. Juste un petit verre. Et replonge. À fond. Mais l'on ne se soûle pas que d'alcool. Parfois on ne retombe que pour mieux ressusciter. Retourner à son vice, à son démon — à son art — ouvre de somptueux vertiges, interdits aux repentis. Voyez Simon Nardis, le nouveau personnage de Christian Gailly. Il a suffi d'un soir au club, un petit club de province, pour qu'il se remette à la vodka… et au jazz.
Dix ans plus tôt, pianiste renommé, il avait abandonné pour « raisons de santé ». Il était devenu bon mari, bon père, bon spécialiste du chauffage industriel, n'écoutant plus que de la musique classique : « À défaut de swing il se gavait de beauté ».
Ayant une heure à tuer avant de rentrer chez lui par le train, il accompagne dans le club un ingénieur dont il vient de dépanner l'usine. Et, d'entrée, il est secoué. Dans l'excellente façon de jouer des trois jeunes musiciens américains, il reconnaît… son style. Un « style qui avait pas mal chamboulé la pratique du piano en jazz ».
Pendant la pause du trio il se met au clavier. La patronne du club le « reconnaît » à son jeu. Bientôt elle le rejoint sur l'estrade, se penche vers lui, reprend la mélodie au vol. Et c'est le bonheur qui revient. Fulgurant. La nuit qui suit et le lendemain, entre cet homme « près de la retraite » et cette femme « qui avait bien l'âge qu'elle ne faisait pas » va s'amplifier et se concrétiser ce bonheur. Jusqu'à se vouloir éternel. Et la femme de Simon dans tout ça ? Elle arrive. En voiture. N'en disons surtout pas plus. Il serait criminel de dévoiler ne serait-ce qu'un soupçon de la suite de l'intrigue, elle-même criminelle. À sa façon.
Jean-Pierre Tison, Lire


Christian Gailly est né en 1943. Un soir au club a obtenu le prix du Livre Inter 2002. Lily et Braine, son quatorzième roman, paraît en janvier 2010.


Un soir au club, Christian Gailly, Paris, les Éditions de minuit, 2004, 173 p., Collection « Double », n°29



Au delà de cette présentation officielle par 4e de couverture, quelques commentaires plus personnels.


Ce roman a été une excellente découverte pour moi. J'ai particulièrement apprécié l'écriture au style minimaliste et parfois chaotique. Des divisions courtes (chapitres et phrases) qui donnent au récit un rythme vivant, parfois effréné. D'une construction toujours très simple, les phrases sont souvent inachevées, se terminant de façon abruptes ou très élidées et l'on se plait à les compléter ou deviner ce qui manque. La succession rapide des chapitres organise l'histoire et la fait progresser en sautant sans préavis de la province — où Simon Nardis replonge dans la musique — à Paris — où sa femme s'inquiète — en passant par la maison de campagne dans laquelle le narrateur nous dévoile l'histoire à sa façon. C'est donc une lecture extrêmement simple mais extrêmement riche par le soin accordé à la présentation des ambiances, des relations qui se créent entre les personnages…

Un soir au club est un roman à l'intersection entre la littérature et la musique, avec une construction rythmée comme un morceau de jazz où le tempo s'étire pour laisser le lyrisme du soliste s'exprimer, et se contracte pour tenir l'auditeur en haleine.


Un roman à lire et relire sans modération.


La lecture invite à l'évasion. L'écriture très imagée permet de visualiser avec plaisir les scènes décrites, les dialogues échangés. On se perd volontiers dans ce film qu'on construit sur la musique des phrases. Un soir au club a d'ailleurs été adapté au cinéma par Jean Achache, avec Thierry Hancisse, Élise Caron et Marilyne Canto. Une adaptation que je vais essayer de me procurer et de présenter dans la section adéquate.




Et un petit extrait du début, pour vous donner envie d'aller encore plus loin :
    Le piano n'était pas le violon d'Ingres de Simon Nardis. C'était bien plus qu'un violon d'Ingres. Le piano était pour lui ce que la peinture était pour Ingres. Il cessa de jouer comme Ingres aurait pu cesser de peindre. C'eût été dommage, dans le cas d'Ingres. Ce fut dommage dans le cas de Simon Nardis.
    Après sa désertion, il reprit son ancien métier. Le prétexte était de se nourrir. Se loger, se blanchir. Au sens de blanchiment. Il s'agissait surtout de bien se tenir. Le jazz n'incite guère à bien se tenir. Simon Nardis était pianiste de jazz. Oublié, perdu de vue, rayé du monde, on le retrouve ici, aujourd'hui, à la veille d'un week-end prolongé.
    L'usine dont il devait s'occuper était au bord de la mer. Jamais son travail ne l'avait conduit sur les lieux de nos vacances. Pour la première fois il se trouvait parachuté dans une zone à la fois industrielle et balnéaire. La présence de la mer n'est pas indifférente. Elle joua son rôle dans cette affaire.
    Le travail de Simon Nardis. Je vais l'appeler Simon tout court. C'est plus simple. C'était mon ami. Le travail de Simon consistait à chauffer non pas l'ambiance d'un club, le cœur de ses auditeurs mais des hangars, des entrepôts, des ateliers ou des laboratoires. Maintenir à bonne température, donc en état de marche, de conservation, de vie, des ouvriers, des matières précieuses, voire des animaux.
    Simon avait appris ce métier alors qu'il n'était encore qu'un tout jeune pianiste amateur qui se produisait dans des kermesses minables. Il l'abandonna quant il passa professionnel. Le reprit quand il cessa de jouer pour raisons de santé. Appelons ça des raisons de santé. C'est évidemment plus compliqué.
    Faire fonctionner une installation de chauffage industriel, et surtout la régler, ça aussi c'est assez compliqué. La technique n'intéresse personne. Il faut quand même en parler. C'est à cause d'elle que Simon a raté son train une première fois.
    Des problèmes se sont présentés. Il fallait les résoudre, sur place, très vite. On était à la veille d'un long week-end. Ça ne pouvait pas attendre quatre jours. Des matériaux sensibles aux variations de température, d'une grande fragilité risquaient de se dégrader. Le tout valait une fortune.
    L'ingénieur maison ne s'en sortait pas. Il ne trouvait pas la cause de la panne. Il appela Simon à l'aide. Simon bien sûr adorait ça, se rendre utile, voler au secours de ses clients, ça rendait ce boulot supportable. Sans doute mais quand même. On était jeudi soir. Simon devait partir quelques jours avec Suzanne, sa femme, chez la mère de Suzanne, sa belle-mère, les histoires habituelles.
    J'arriverai demain par le train de 10 h 40, dit-il à l'ingénieur, venez me chercher, et puis ne vous inquiétez pas, ça va s'arranger. Vous croyez ? dit l'autre, il risquait sa place. Mais oui, dit Simon, c'est sûrement rien, il suffit de trouver, allez, à demain, tâchez de vous reposes, dit-il, sachant que l'autre, un garçon gentil, allait y passer la nuit.
[…]




Modifications :
    16/04/14, 18:33 - corrections de corrections automatique abusives dans l'extrait
« Modifié: 16 Avril 2014 à 18:33:31 par El_ChiCo »

Hors ligne Marygold

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Re : Un soir au club (Christian Gailly)
« Réponse #1 le: 16 Avril 2014 à 17:25:43 »
Ta présentation donne vraiment envie ! (d'ailleurs je me suis fait la réflexion que ça devrait plaire à Meilhac s'il ne l'a pas déjà lu ^^)

Le style me fait tiquer un peu, surtout les phrases courtes, mais c'est sûrement à cause de ma dernière expérience de lecture. Cependant l'extrait est pas mal du tout donc, adopté ! Un de plus sur ma liste de livres à chercher à la bibli ^^
Oh yeah ! 8)

 


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