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Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de lecture » Théâtre et poésie » [Poésie] Les Chants de Maldoror (Lautréamont)

Auteur Sujet: [Poésie] Les Chants de Maldoror (Lautréamont)  (Lu 8072 fois)

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  • Clochard céleste
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[Poésie] Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« le: 29 juin 2008 à 04:21:38 »


Le titre seul est super poétique à mon goût !

Lautréamont, c'est... des déchiquetures, de la violence. Et c'est long, 500 pages de poèmes en prose. Mais c'est pas du Ponge xD c'est violent et... il nous offre du paysage, du champ lexical, de la couleur... on a un souvenir vif de ses textes. Lisez plutôt :




**

"Plut au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison; car, à moins qu'il n'apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d'esprit égale au moins a sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme comme l'eau le sucre. Il n'est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre: quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant.

Vieil océan, o grand célibataire, quand tu parcours la solitude solennelle de tes royaumes flegmatiques, tu t'enorgueillis à juste titre de ta magnificence native, et des éloges vrais que je m'empresse de te donner. Balancé voluptueusement par les molles effluves de ta lenteur majestueuse, qui est le plus grandiose parmi les attributs dont le souverain pouvoir t'a gratifié, tu déroules, au milieu d'un sombre mystère, sur toute ta surface sublime, tes vagues incomparables, avec le sentiment calme de ta puissance éternelle.

O pou, à la prunelle recroquevillée, tant que les fleuves répandront la pente de leurs eaux dans les abîmes de la mer; tant que les astres graviteront sur le sentier de leur orbite; tant que le vide muet n'aura pas d'horizon; tant que l'humanité déchirera ses propres flancs par des guerres funestes; tant que la justice divine précipitera ses foudres vengeresses sur ce globe égoiste; tant que l'homme méconnaitra son créateur, et se narguera de lui, non sans raison, en y mélant du mépris, ton règne sera assuré sur l'univers, et ta dynastie étendra ses anneaux de siècle en siècle.

Oui, je sens que mon âme est cadenacée dans le verrou de mon corps, et qu'elle ne peut se dégager, pour fuir loin des rivages que frappe la mer humaine, et n'être plus témoin du spectacle de la meute livide des malheurs, poursuivant sans relâche, à travers les fondrières et les gouffres de l'abattement immense, les isards humains. Mais, je ne me plaindrai pas. J'ai reçu la vie comme une blessure, et j'ai défendu au suicide d'en guérir la cicatrice. Je veux que le Créateur en contemple, à chaque heure de son éternité, la crevasse béante. C'est le chatiment que je lui inflige.

Chassez le mal de vos chaumières, et laissez entrer au foyer le manteau du bien. Celui qui portera la main sur un de ses semblables, en lui faisant au sein une blessure mortelle, avec le fer homicide, qu'il n'espère point les effets de ma miséricorde, et qu'il redoute les balances de la justice. Il ira cacher sa tristesse dans les bois; mais, le bruissement des feuilles, à travers les clairières, chantera à ses oreilles la ballade du remords; et il s'enfuira de ces parages, piqué a la hanche par le buisson, le houx et le chardon bleu (...)

Sachez que le cauchemar qui se cache dans les angles phosphoriques de l'ombre, la fièvre qui palpe mon visage avec son moignon, chaque animal impur qui dresse sa griffe sanglante, eh bien, c'est ma volonté qui, pour donner un aliment stable à son activite perpétuelle, les fait tourner en rond."

**




Qu'en pensez-vous ? moi, j'adore.
« Modifié: 08 septembre 2015 à 00:12:08 par Rain »
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Re : Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« Réponse #1 le: 19 octobre 2008 à 18:58:16 »


Je suis en train de relire le début... c'est vraiment phénoménal.

Deux extraits particulièrement représentatifs, outre la célèbre invocation au "vieil océan" :

  • "On doit laisser pousser ses ongles pendant quinze jours. Oh! comme il est doux d'arracher brutalement de son lit un enfant qui n'a rien encore sur la lèvre supérieure, et, avec les yeux très ouverts, de faire semblant de passer suavement la main sur son front, en inclinant en arrière ses beaux cheveux! Puis, tout à coup, au moment où il s'y attend le moins, d'enfoncer les ongles longs dans sa poitrine molle, de façon qu'il ne meure pas; car, s'il mourait, on n'aurait pas plus tard l'aspect de ses misères. Ensuite, on boit le sang en léchant les blessures; et, pendant ce temps, qui devrait durer autant que l'éternité dure, l'enfant pleure. Rien n'est si bon que son sang, extrait comme je viens de le dire, et tout chaud encore, si ce ne sont ses larmes, amères comme le sel."
  • "Le vent gémit à travers les feuilles ses notes langoureuses, et le hibou chante sa grave complainte, qui fait dresser les cheveux à ceux qui l'entendent. Alors, les chiens, rendus furieux, brisent leurs chaînes, s'échappent des fermes lointaines; ils courent dans la campagne, çà et là, en proie à la folie. Tout à coup, ils s'arrêtent, regardent de tous les côtés avec une inquiétude farouche, l'oeil en feu; et, de même que les éléphants, avant de mourir, jettent dans le désert un dernier regard au ciel, élevant désespérément leur trompe, laissant leurs oreilles inertes, de même leschiens laissent leurs oreilles inertes, élèvent la tête, gonflent le cou terrible, et se mettent à aboyer, tour à tour, soit comme un enfant qui crie de faim, soit comme un chat blessé au ventre au-dessus d'un toit, soit comme une femme qui va enfanter, soit comme un moribond atteint de la peste à l'hôpital, soit comme une jeune fille qui chante un air sublime, contre les étoiles au nord, contre les étoiles à l'est, contre les étoiles au sud, contre les étoiles à l'ouest; contre la lune; contre les montagnes, semblables au loin à des roches géantes, gisantes dans l'obscurité; contre l'air froid qu'ils aspirent à pleins poumons, qui rend l'intérieur de leur narine, rouge, brûlant; contre le silence de la nuit; contre les chouettes, dont le vol oblique leur rase le museau, emportant un rat ou une grenouille dans le bec, nourriture vivante, douce pour les petits; contre les lièvres, qui disparaissent en un clin d'oeil; contre le voleur, qui s'enfuit au galop de son cheval après avoir commis un crime; contre les serpents, remuant les bruyères, qui leur font trembler la peau, grincer les dents; contre leurs propres aboiements, qui leur font peur à eux-mêmes ; contre les crapauds qu'ils broient d'un seul coup de mâchoire (pourquoi se sont-ils éloignés du marais?) ; contre les arbres, dont les feuilles, mollement bercées, sont autant de mystères qu'ils ne comprennent pas, qu'ils veulent découvrir avec leurs yeux fixes, intelligents; contre les araignées, suspendues entre leurs longues pattes, qui grimpent sur les arbres pour se sauver; contre les corbeaux qui n'ont pas trouvé de quoi manger pendant la journée, et qui s'en reviennent au gîte l'aile fatiguée; contre les rochers du rivage ; contre les feux, qui paraissent aux mâts des navires invisibles; contre le bruit sourd des vagues ; contre les grands poissons, qui, nageant, montrent leur dos noir, puis s'enfoncent dans l'abîme ; et contre l'homme qui les rend esclaves. Après quoi, ils se mettent de nouveau à courir dans la campagne, en sautant, de leurs pattes sanglantes, par dessus les fossés, les chemins, les champs, les herbes et les pierres escarpées. On les dirait atteints de la rage, cherchant un vaste étang pour apaiser leur soif. Leurs hurlements prolongés épouvantent la nature. Malheur au voyageur attarde! Les amis des cimetières se jetteront sur lui, le déchireront, le mangeront, avec leur bouche d'où tombe du sang; car, ils n'ont pas les dents gâtées. Les animaux sauvages, n'osant pas s'approcher pour prendre part au repas de chair, s'enfuient à perte de vue, tremblants. Après quelques heures, les chiens, harassés de courir çà et là, presque morts, la langue en dehors de la bouche, se précipitent les uns sur les autres, sans savoir ce qu'ils font, et se déchirent en mille lambeaux, avec une rapidité incroyable. Ils n'agissent pas ainsi par cruauté. Un jour, avec des yeux vitreux, ma mère me dit: «Lorsque tu seras dans ton lit, que tu entendras les aboiements des chiens dans la campagne, cache-toi dans ta couverture, ne tourne pas en dérision ce qu'ils font: ils ont soif insatiable de l'infini, comme toi, comme moi, comme le reste des humains, à la figure pâle et longue. Même, je te permets de te mettre devant la fenêtre pour contempler ce spectacle, qui est assez sublime.» Depuis ce temps, je respecte le voeu de la morte."
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Hors ligne ernya

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Re : Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« Réponse #2 le: 27 décembre 2008 à 23:52:19 »
Lu.



Oui, Lautréamont, c'est du spécial :mrgreen:
c'est.... provocant, agressif mais indéniablement super bien écrit.
ça me tue de lire des choses pareilles, tout est recherché et.... il...son vocabulaire parfois supert recherché, nan, c'est pas le bon mot, enfin quasi scientifique renforce l'ironie, la brutalité de la phrase, c'est stupéfiant

je cite juste comment ça, un exemple de phrases
"Il n'est pas utile pour toi que tu t'encroûtes dans la cartilagineuse carapace d'un axiome que tu crois inébranlable."
"Femme ôte-toi de là, et va de t'accroupir dans un coin ; tes yeux m'attendrissent, et tu ferais mieux de refermer le conduit de tes glandes lacrymales."


le truc qui m'a un peu énervé, c'est le fait qu'il aime bien faire des coupures dans son récit et venir provoquer une nouvelle fois son lecteur, parfois, c'est vraiment agaçant parce que je perds le fil de son truc >:(



essayez juste pour voir une poésie (en prose) un peu particulière :mrgreen:
"Je crois qu'il est de mon devoir de laisser les gens en meilleur état que je ne les ai trouvés"
Kennit, Les Aventuriers de la Mer, Robin Hobb.

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Re : Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« Réponse #3 le: 22 mars 2009 à 11:27:45 »
Mon père m'avait passé ce livre pour je ne sais plus quelle raison xD J'avais lu le début.

C'est vrai que c'est vraiment très, très bien écrit. Mais c'est quand même... "un peu" lourd. Bien pire que du Loredan quoi. (Lo', te reste encore des progrès à faire  :mrgreen:)
Alors c'est vrai que j'ai apprécié ce que j'en ai lu. Il y a vraiment une... ambiance. Mais... c'est à lire à petite dose

Citer
le truc qui m'a un peu énervé, c'est le fait qu'il aime bien faire des coupures dans son récit et venir provoquer une nouvelle fois son lecteur, parfois, c'est vraiment agaçant parce que je perds le fil de son truc
Idem.

Bref, à petite dose  :mrgreen: C'est à essayer, mais je ne suis pas sûre d'être capable de lire le truc en entier^^"
Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
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La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.
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Re : Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« Réponse #4 le: 22 mars 2009 à 13:55:44 »

Merci ça fait plaisir xD xD :-¬?


ouais j'suis d'accord, faut économiser la lecture, mais c'est comme ça pour chaque bouquin au style très particulier, non ? et souvent en poésie. On lit pas les recueils d'une traite, là c'est un peu pareil. Une fois qu'on s'est imprégné d'un bout, il faut le digérer afin de s'y remettre...

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Hors ligne Nolan Llyss

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Re : Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« Réponse #5 le: 22 mars 2009 à 17:33:38 »
Beaucoup de livres de ce genre ne sont effectivement pas à lire d'une traite mais à apprécier d'un point de vue... euh... "plastique". Comme Nietzsche et Ainsi parlait Zarathoustra aussi par exemple. Mais personnellement, je peux me perdre dans Lautréamont et y rester facilement un après-midi entier.
Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière.

René Char

Hors ligne Néon

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Re : Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« Réponse #6 le: 01 avril 2012 à 17:38:19 »
(Bon, j'hésite à faire ce post maintenant parce que, sur Lautréamont, j'ai tant à dire, et présentement peu de temps pour le faire... mais bon, comme on dit le mieux est l'ennemi du bien, et tant va la caravane à l'eau qu'à la fin il y a de la mousse dessus).

Lautréamont siège, que dis-je, trône, tout en haut de mon Olympe poétique, grimaçant, grattant de ses ongles longs et courbes d'infinis entrelacs de sentiers où viennent se perdre les âmes qui ont osé s'aventurer à travers les "marécages désolés de [ses] pages sombres et pleines de poison" *.

C'est probablement la plume la plus singulière de tout l'aréopage français. La violence, la brutalité, se mêlent à la poésie en innovant constamment (la tirade des "beau comme...", les anaphores somptueuses : "Là, dans un bosquet entouré de fleurs, dort l'hermaphrodite, profondément assoupi sur le gazon, mouillé de ses pleurs", etc, etc). Sa langue est baroque, ses phrases interminables comme un coït lesbien par une nuit sans lune ni lendemain, mais enivrante comme un tourbillon de l'esprit. Rarement on a atteint une telle puissance évocatrice. Ernya notait le goût de Lautréamont pour les sciences, c'est tout à fait vrai. D'ailleurs, sa strophe dédiée aux "mathématiques sévères" est ô combien fameuse (Chant II, strophe 10), il ne se gêne pas pour plagier quelques pages encyclopédiques, et souvent ses raisonnements empruntent à la méthode scientifique (c'est tout juste si nous n'avons pas l'axiome, les scholies et le CQFD final) ; mais qu'on ne s'y trompe pas, ce n'est qu'un jeu, une forme, car Lautréamont veut être un tout autre poète de ce qu'on a connu avant lui, il invente sans cesse.

Bref, je retranscrirai d'autres passages des "Chants" si cela intéresse quelqu'un (voire la strophe tout entière qui commence par "Je cherchais une âme qui me ressemblât, mais je ne pouvais pas la trouver", c'est une de mes préférées, celle que je lis en priorité lorsque je veux faire découvrir cet auteur à quelqu'un). Or donc.

Comme on en parlait sur un autre fil, tout ça pour dire que je suis en train de monter une adaptation des Chants de Maldoror pour le théâtre. Je devais le jouer cette année au festival d'Avignon, mais hélas, pour une sombre histoire pécuniaire (il me manque 3500 euros), il est fort possible que le projet soit repoussé à l'année suivante (2013). Dommage, j'avais trouvé la salle et commencé à faire pas mal de pub pour cette édition du festival, mais bon, bref.

L'idée n'était pas de mettre tous les Chants en scène, cela serait impossible et en tous cas, fastidieux. Je m'étais arrêté sur 4 strophes, jouées en quasi intégralité, qui montées dans un certain ordre, permettent de retranscrire assez fidèlement l'intention de Ducasse (le vrai nom du Comte de Lautréamont), avec un dénouement semblable. Car, s'il s'agit bien d'un poème en prose, le dernier Chant prend l'apparence du roman, et amène un dénouement à la longue lutte de Maldoror contre Dieu. Souvent on a interprété les Chants comme une simple rébellion adolescente d'un homme contre la société, matérialisée dans le poème par la révolte de Maldoror contre le Créateur. Or, pour moi, le véritable thème est tout autre : il s'agit seulement d'une PREUVE d'amour. Tout le poème des Chants, qui montre un monde atroce, habité par des monstres et des hommes viles que gouverne un créateur, certes tout puissant, mais lâche, est en réalité une longue démonstration quasi mathématique (on y revient) destinée à révéler que la morale et la société sont bâties sur le mensonge, et que dans de pareilles conditions, rien ne s'oppose aux amours homosexuelles. On y est. Lautréamont/Ducasse était amoureux d'un jeune homme qui ne partageait peut-être pas la même inclination sexuelle que lui. Par le combat de Maldoror contre Dieu, Lautréamont veut prouver que son amour est assez puissant pour tout balayer sur son passage. Pourquoi la cruauté de Maldoror me direz-vous, si vous avez eu le courage de me suivre jusqu'ici ?  Il y a plusieurs réponses, mais la évidente pour moi se trouve dans la strophe dont Loredan a copié un extrait ("On doit laisser pousser ses ongles pendant quinze jours") ; tout est dit ici :

"Est-ce un délire de ma raison malade, est-ce un instinct secret qui ne dépend pas de mes raisonnements, pareil à l'aigle qui déchire sa proie, qui m'a poussé à commettre ce crime; et pourtant, autant que ma victime, je souffrais! Adolescent, pardonne-moi. Une fois sortis de cette vie passagère, je veux que nous soyons entrelacés pendant l'éternité; ne former qu'un seul être, ma bouche collé à ta bouche. Même, de cette manière, ma punition ne sera pas complète. Alors, tu me déchireras, sans
jamais t'arrêter, avec les dents et les ongles à la fois. Je parerai mon corps de guirlandes embaumées, pour cet holocauste expiatoire; et nous souffrirons tous les deux, moi, d'être déchiré, toi, de me déchirer... ma bouche collée
à ta bouche. O adolescent, aux cheveux blonds, aux yeux si doux, feras-tu maintenant ce que je te conseille? Malgré toi, je veux que tu le fasses, et tu rendras heureuse ma conscience. » Après avoir parlé ainsi, en même temps tu auras fait le mal à un être humain, et tu seras aimé du même être : c'est le bonheur le plus grand que l'on puisse concevoir."

C'est donc l'absolu de l'idéal romantique, mourir avec l'être aimé. Mais Lautréaont pousse cet idéal un peu plus loin : il faut TUER l'être aimé, et le faire souffrir, car la souffrance infligée est la quintessence de l'acte d'amour !



* d'ailleurs pour ceux que ça amuserait, je m'étais amusé à lui composer un petit hommage en forme de pastiche, que vous trouverez ici : http://digitus-impudicus.over-blog.fr/article-hommage-a-i-d-83427599.html
« Modifié: 01 avril 2012 à 17:43:41 par Néon »
in girum imus nocte et consumimur igni

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Hors ligne Néon

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Re : Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« Réponse #7 le: 13 juin 2012 à 10:41:58 »
Ca y est ! Les dates sont fixées. Je joue mon Maldoror en Avignon le 10,11 et 13 juillet 2012 au Centre Européen de Poésie (6 rue figuière, 84000 Avignon), à 21h30. Je suis accompagné d'un super pianiste. Je vous mets l'affiche, mais la version sans les noms (ah ah je suis secret, et puis c'est un clin d'oeil à Lautréamont qui n'avait pas signé sa première édition du Chant I) :

l'affiche est en pièce jointe (enfin je crois), à ouvrir avec Photoshop ou microsoft office picture manager.
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Hors ligne JD

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Re : Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« Réponse #8 le: 16 janvier 2014 à 12:59:07 »
Ducasse a été une découverte lorsque adolescente, j'ai eu la chance d'avoir un professeur de français qui allait au delà de ce qui était "au programme". De Baudelaire et Sade on est passé à Lautréamont et je crois que c'est grâce à lui que j'ai commencé à aimer la poésie.

Je relis souvent des passages de ce livre, ça recadre je trouve, ça permet de relativiser.

Hors ligne Meilhac

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Re : Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« Réponse #9 le: 16 janvier 2014 à 15:16:50 »
Yep, moi aussi j'adore.
Je le lis comme baudelaire, c'est 100% de la poésie. une phrase par ci, un paragraphe le surlendemain ; ruminer, ou laisser fondre sur la langue, ou les deux.
de tous les grands auteurs d'il y a longtemps, c'est un de ceux qui fait le + penser à une certaine littérature contemporaine.
plein de sang dans lautréamont, on dirait du cohen.
et plein d'animaux.
je ne suis pas fan des éditions des chants de maldoror ceci dit, j'aimerais bien que ça exite genre en poche gallimard, quelque chose comme ça.
il est mort à 20 ans, hein, dommage, dommage.
le Trézeguet de la littérature : moitié français moitié sud américain. ^^
un fan de maths aussi; science et littérature font parfois bon ménage (proust qui parlait sans arrêt de médecine, etc.)
je suis très d'accord avec ce que disait le copain plus haut : ça fait un peu penser à ainsi parla zarathoustra dans la manière d'apostropher le lecteur et d'entremêler réflexions sur la vie et poésie. même si bon lautréamont est vachement plus poétique, vachement plus fort, vachement moins sirupeux que ainsi parla (peut-être à cause de la traduction, mais y a quelque chose d'un peu trop lyrique je trouve dans ainsi parla z ; d'ailleurs je crois que les grands fans de nietzsche sont nombreux à considérer que ce n'est pas son meilleur bouquin, plutôt un des moins bien - c'est le théorème de Let It Be : c'est pas ce que les génies font de mieux qui a le plus de succès.  :D )
franchement si radiguet avait vécu cinquante ans de +, qu'aurait-il fait ? continué la poésie en prose ? ou what else ? y a de quoi fantasmer.
radiguet mort à 20 ans, c'est excellent, mais c'est quand même moins génial que lautréamont.

Hors ligne Ben.G

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Re : [Poésie] Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« Réponse #10 le: 30 octobre 2017 à 13:18:48 »
Citer
franchement si radiguet avait vécu cinquante ans de +, qu'aurait-il fait ? continué la poésie en prose ? ou what else ? y a de quoi fantasmer.
radiguet mort à 20 ans, c'est excellent, mais c'est quand même moins génial que lautréamont.
il est mort à 20 ans, hein, dommage, dommage.

Lautréamont c'est Isidore Ducasse, pas Radiguet. Il a vécu un peu plus longtemps, jusqu'à... 24 ans  :mrgreen:
Beau boulot les modow ! Ca mérite une pause café, même si : les vilains mots ne font jamais de pause café.
- Kaeloo

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Re : Re : [Poésie] Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« Réponse #11 le: 30 octobre 2017 à 23:25:18 »
Citer
franchement si radiguet avait vécu cinquante ans de +, qu'aurait-il fait ? continué la poésie en prose ? ou what else ? y a de quoi fantasmer.
radiguet mort à 20 ans, c'est excellent, mais c'est quand même moins génial que lautréamont.
il est mort à 20 ans, hein, dommage, dommage.

Lautréamont c'est Isidore Ducasse, pas Radiguet. Il a vécu un peu plus longtemps, jusqu'à... 24 ans  :mrgreen:
Tu en es où alors de ta lecture Ben ? tu lis par (tout) petits bouts j'imagine? ou au contraire tu t'en prends des grandes lampées ?
Tu me dis envie de m'y remettre un chouïa  :)

Hors ligne Eveil

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Re : [Poésie] Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« Réponse #12 le: 31 octobre 2017 à 12:06:37 »
Beaucoup de mal à lire Ducasse, ça doit faire trois ans que j'ai arrêté Les Chants, j'accroche pas. Et Radiguet c'est péteux j'ai trouvé, péteux comme la jeunesse qui sait son talent, et qui se regarde. J'ai pas la foi de faire une fiche sur lui déso.  :D
"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

Hors ligne Ben.G

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Re : [Poésie] Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« Réponse #13 le: 06 novembre 2017 à 14:16:57 »
Citer
Tu en es où alors de ta lecture Ben ? tu lis par (tout) petits bouts j'imagine? ou au contraire tu t'en prends des grandes lampées ?
Je le finis gentiment, le premier chant par grandes gorgées, par petist bouts ensuite


Connais pas Radiguet,
Ouaip c'est lourd, faut sauter les virgules à chaque préposition sinon c'est haché comme pas possible, mais passé ca y'a des images qui sont assez incroyables dans leur puissance et leur visuel
Beau boulot les modow ! Ca mérite une pause café, même si : les vilains mots ne font jamais de pause café.
- Kaeloo

Hors ligne Acini Van Herst

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Re : [Poésie] Les Chants de Maldoror (Lautréamont)
« Réponse #14 le: 26 décembre 2019 à 14:30:43 »
Bonjour, je me permets de vous signaler que les deux noms de cet auteur
ne peuvent être évoqués lors d’une critique. Lautréamont est le roi des
plagiaires et fait même l’apologie du plagiat (dans Poésies II, il me semble).
Du coup c’est comme une accusation déguisée de plagiat lorsque l’on dit à
quelqu’un « ton texte me fait penser à du Lautréamont ».

Il y a à peu près cinq ans, l’on a encore découvert, dans "les chants...", des lignes
d’un article de journal réécrites mot pour mot (le Figaro si ma mémoire est bonne).

Ne comptant pas lancer un débat et le sujet ne m’intéressant pas plus que ça (enfin je manque
aussi de temps et de connaissance approfondies sur cet auteur), n’attendez nulle
réponse de ma part, je poste juste pour vous livrer cette info.

Il peut être intéressant de lire ces œuvres, mais il faut savoir que les écrits dans ces
œuvres sont très majoritairement en fait d’autres auteurs, lui les retranscrit soit
mot pour mot soit à sa façon.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Passez de bonnes fêtes…
Acini Van Herst
Barde bardé de bourdes dont l’esprit tortueux diverge

 


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