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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le tracé de la mort

Auteur Sujet: Le tracé de la mort  (Lu 1804 fois)

Hors ligne Babataher

  • Troubadour
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Le tracé de la mort
« le: 27 Mars 2014 à 08:02:49 »
« Une boite noire ! »
 Une idée toute simple émergea dans la tête de Frost, un neurochirurgien. Le cerveau de l’homme se comporterait comme une boite noire. Ce bidule enregistreur de vol dont on équipe les avions afin de mémoriser tous les paramètres en cas d’accident. Le médecin pensait que le cortex cérébral produit des manifestations électriques symptomatiques de la détresse d’un mourant. L’hypothèse lui parut au début confuse. Il l’éclaircit ainsi : enregistrer d’abord les signaux accompagnant le râle d’un moribond ; décoder ensuite le message obtenu.  Le décryptage, espérait-il, révèlerait, ne serait-ce qu’en partie, le secret de la mort.

Au début de sa carrière, Frost, se consacrait à la pathologie tumorale des régions de la base du crâne. Pendant douze années, il avait soigné des traumatismes du système nerveux. Après le décès de sa femme, disparue dans une catastrophe aérienne, il se spécialisa dans l’étude des manifestations électriques du cerveau. Déjà étudiant, il se passionnait pour les idées du célèbre professeur Denardo « l’homme qui entre dans le cerveau ». Ce pionnier avait, en effet, démontré qu’il était possible de manipuler grâce à des ondes alpha et bêta l’activité cérébrale d’un singe et de dompter par cet artifice l’agressivité de l’animal. Les travaux de ce chercheur avaient animé au cours des années soixante-dix de vives controverses. Certains louaient les tentatives de maîtriser la violence chez l’animal ; d’autres par contre y voyaient, à plus long terme, un dessein machiavélique d’asservissement des individus. Cependant, dans les deux camps personne n’était dupe, les travaux de Denardo anticipaient bel et bien le contrôle de la société par l’intermédiaire de puces électroniques.

Or l’objectif de Frost était tout autre ; il envisageait de capter l’activité neuronale au moment de la mort. Il voulait surtout savoir, et ça tournait chez lui à l’obsession, quelle était la perception d’une personne agonisante. L’instant tragique s’accompagnait-il d’une souffrance morale ? Quelle était la conscience de la personne en face de cette terrible vérité ? Il rédigea à cet effet une communication qui résumait l’approche expérimentale pour vérifier ses assertions. Par la suite, il exposa son projet lors d'un congrès de neurosciences. Hélas,  l’accueil mitigé réservé à son intervention tempéra son ardeur. Certains le taxèrent même de profanateur. Sa proposition, péchant par une absence d’éthique, tomba à l’eau.

Néanmoins, quelques oreilles parmi l’audience furent attentives à son discours. Connaître l’activité cérébrale pendant les ultimes instants de la vie n’était pas pour des ‘illuminés’ une approche dénuée d’intérêt. Bien au contraire, elle se présentait comme un nouvel horizon à  explorer. C’est ainsi que peu de temps après, un groupe sous couvert de l’anonymat proposa au chercheur baroque le soutien financier afin de mener à bien son entreprise. Tout fut fait, et dans les plus brefs délais, en vue d’épauler le neurochirurgien. Un pavillon attenant à une clinique lui fut réservé. Le professeur Frost  put mener ses travaux dans une opacité presque clandestine. Le groupe lui assura tout le soutien logistique, paya des volontaires, rétribua les proches et leur accorda en prime la prise en charge des funérailles.

Une fois l’autorisation de la famille obtenue, les personnes agonisantes étaient acheminées discrètement de la clinique au pavillon de recherche. Frost, assisté par une équipe d’experts, collectait dans une première phase, des renseignements. Il procédait ensuite à un examen neurologique, triait les individus aptes. Seuls les patients pleinement conscients, et ne souffrant d’aucuns trouble mental, étaient sélectionnés par cette enquête démentielle. Après les consultations préliminaires, l’équipe s’empressait de préparer le mourant pour recueillir ses encéphalogrammes. La technique non invasive utilisée n’occasionnait  aucune séquelle chez le patient. De simples électrodes, posées sur le cuir chevelu, captaient les différents signaux parcourant les synapses neuroniques. Les ondes recueillies étaient ensuite gravées sur une mémoire.

Frost considérait les manifestations de l’activité cérébrale comme un langage codé. Il fallait traiter les signaux électriques générés par le cerveau d’un mourant afin de les décrypter et de comprendre leur signification. À cet effet, l’équipe mit au point un logiciel pour supprimer  tous les artefacts et les ondes dissonantes afin d’améliorer la lisibilité de l’encéphalogramme cible. Après avoir accumulé un nombre suffisant d’enregistrements, l’équipe finalisa le ‘tracé de la mort’.

La deuxième phase du programme, exigeait la participation de volontaires bien-portants. Pour dévoiler l’ultime manifestation du cortex cérébral, il fallait tester l’impact du ‘tracé de la mort’. Et seule l’observation de la réaction des sujets sains dévoilerait le ressentiment d’un homme qui expire. Le médecin fut là aussi minutieux. Il rechercha, pour garantir le succès des tests, des corrélations entre les défunts et les bénévoles. Pour connaitre la signification du sinistre tracé, Il utilisa la même technique que le professeur Denardo. Il stimulait par l’intermédiaire des ondes une puce électronique accolée sur la nuque du sujet. Les fines électrodes appliquées sur la tête, régénéraient alors la même activité que celle manifestée lors de la perte de l’âme.

A chaque expérimentation, l’équipe essuya un échec. Nombreux furent  les volontaires qui ne surent quoi dire ou perdirent la raison. Ils restèrent les yeux hagards, la bouche bée ; quelques-uns bégayèrent un langage inintelligible. D’autres oublièrent pourquoi ils étaient là. Des poursuites judiciaires, c’était inévitable, furent engagées contre le personnel médical. Mais, l’affaire fut étouffée par le miracle de l’argent et l’intervention des bayeurs de fonds. La malédiction, Frost le pressentait, planait sur chacune de ses tentatives.

Pourtant, le médecin ne renonça pas à sa résolution. Il ne lui restait qu’une ultime expérience pour violer le secret de la tombe. Tester le funeste encéphalogramme sur son propre cerveau. Il décida donc dans un dernier essai de jouer lui-même le rôle de cobaye. Ses collaborateurs le préparèrent, posèrent devant lui un clavier pour noter ses observations. À  La première décharge, et à l’image des autres patients, il resta incrédule et stupéfait. Après l’arrivée d’une deuxième vague d’ondes, il perdit ses facultés d’analyse et sombra dans un délire. Il gigotait la face convulsive et ressassait : « vie… illusion, vie… illusion. »
« Modifié: 27 Mars 2014 à 15:53:38 par Babataher »
Une phrase n'est bien construite que si elle est écrite de telle manière que personne ne remarque qu'elle a été construite.

Thalie

  • Invité
Re : Le tracé de la mort
« Réponse #1 le: 27 Mars 2014 à 13:24:15 »
Malgré le côté ardu du sujet, le texte se lit facilement et éveille l'intérêt du lecteur. Lecteur qui suppose qu'il y aura une suite ? A moins que le professeur, comme les autres cobayes, ne soit incapable d'en dire plus, après l'expérience !

Petites remarques :
le ressentiment d'un homme qui expire, ou le ressenti ?
 Il utilisa la même technique du professeur Denardo : la même technique que celle du professeur Denardo

Il y a aussi un autre détail quelque part, mais je ne l'ai pas noté

Hors ligne Jack Lemisanthrope

  • Tabellion
  • Messages: 54
Re : Le tracé de la mort
« Réponse #2 le: 27 Mars 2014 à 14:09:48 »
Salut,

De simples électrodes, posées sur le cuir chevelu de la tête,

Il faut supprimer " de la tête. "

et ne souffrant d’aucun trouble mental,


D'aucuns

du sinistre tracé, Il utilisa la même

Pas besoin d'une majuscule.

A chaque expérimentation,

accent sur le " A "

quelques uns bégayèrent

Quelques-uns

À  La première décharge,


Pas de majuscule à " la "

Les travaux de ce chercheur avaient animé au cours des années soixante-dix de vives controverses.


Il faudrait mettre une virgule avant " au cours " et une après " soixante-dix. "

L'histoire est bien. C'est vrai que ça se lit bien. Mais j'ai eu un peu de mal avec comment c'est raconté. Je ne sais pas si c'est trop court ou si ça fait trop résumé mais il y a un truc qui m'a gêné. À  voir avec d'autres, ou s'il n'y a que moi :) .

A plus.

Hors ligne SombreLune

  • Plumelette
  • Messages: 15
Re : Le tracé de la mort
« Réponse #3 le: 27 Mars 2014 à 14:14:23 »
Je suis assez d'accord avec Thalie, ça se lit plutôt bien et on aimerait en lire un peu plus, d'en savoir plus. Mais à la lecture je me suis demandais si en fait tu ne comptais pas t’arrêter là. Si la conclusion c'est que la vie est une illusion, alors peut-être y a t'il moyen d'enrober un peu le truc ou de la présenter différemment pour que le concept soit plus percutant. En l'état je trouve que cela laisse un peu sur sa faim !

Cependant pour moi il y a quelques lourdeurs dans la tournure des phrases et des bizarreries dans l'utilisation de certains temps. Donc pour rentrer dans le détail voilà ce qui mériterait peut-être une correction selon moi:

Pour commencer, dans le premier paragraphe, j'ai un peu du mal avec le mélange de tous ces temps: passé simple, conditionnel, présent, imparfait...
_ "produirait" --> pourquoi pas produisait ? pour moi ça serait plus logique, il pense qu'il se produit des manifestations donc il veut les étudier.

_ L'hypothèse lui apparut au début confuse --> je trouve cette tournure étrange pourquoi pas plus simplement: Au début l'hypothèse lui (ap)parût confuse. ?
Idem pour la phrase suivante " Il l’éclaircit ainsi : enregistrer d’abord les signaux accompagnant le râle d’un moribond ; décoder ensuite le message obtenu."  la tournure ne me semble pas naturelle.

devant un congrès de neurosciences --> "devant un congrès de neuroscientifiques"  peut-être ? ou alors "lors d'un congrès de neurosciences"

un groupe sous l'anonymat --> "un groupe anonyme" ou "un groupe sous couvert d'anonymat" me semble plus juste

Citer
Une fois l’autorisation de la famille obtenue, les personnes agonisantes étaient acheminées discrètement de la clinique au pavillon de recherche. Frost, assisté par une équipe d’experts, collectait dans une première phase, des renseignements. Il procédait ensuite à un examen neurologique, triait les individus aptes.

Là je crains de ne pas avoir tout compris: les patients sont agonisants, mais on collecte des renseignement, puis on fait des examens. Ou alors c'est fait avant, lorsqu'ils sont encore à la clinique et encore suffisamment en état même si la fin est proche ?

Il utilisa la même technique du professeur Denardo --> je corrigerais en "il utilisa la même technique que le professeur" ou "il utilisa la technique du professeur"

Citer
Pourtant, le médecin ne renonça pas à sa résolution. Il ne lui restait qu’une ultime expérience pour violer le secret de tombe.
--> violer le secret de la tombe

Voilà ! Il y a sans doute encore un peu de réécriture à faire mais c'est déjà sympathique à lire, donc le résultat devrait être encore plus cool.

Hors ligne Kailiana

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 801
  • Lial' | Calamar placide
Re : Le tracé de la mort
« Réponse #4 le: 27 Mars 2014 à 14:15:49 »
J'ai pas aimé, désolée :s

D'abord pour l'aspect scientifique, j'ai trouvé ça pas crédible : tu essaie de faire savant mais ça fait très artificiel. Selon moi, pour un texte de ce style, il faut soit vraiment bien maitriser le sujet, soit avouer qu'on n'est pas assez caler et ne aps essayer le "pseudo-scientifique" : donner des informations vagues, ou inventer un truc complètement abracadabrant, sera plus crédible.
D'autre part, je ne vois pas l'intérêt de la "chute". Je me suis interrogée durant le texte sur où tu voulais en venir... pour qu'il n'y ait finalement aucune conclusion.

Et puis aussi, je peux comprendre que UNE personne veuille "tracer" la mort comme ça. Par contre, c'est quasiment de la lecture de pensée ce truc, et si c'est possible, c'est dingue (et pas crédible) que personne d'autre ne se soit emparé de cette idée/technologie. Pire du point de vue du lecteur : il est facile d'imaginer des applications plus intéressantes. Donc, comme tu te limites à "lire la mort", et qu'au final on n'a aucune conclusion même sur ça, c'est facilement décevant.

Bref, j'ai pas accroché à l'idée.
Niveau style d'autres ont déjà commenté.
Si la réalité dépasse la fiction, c'est parce que la réalité n'est en rien tenue à la vraisemblance.
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Hors ligne Babataher

  • Troubadour
  • Messages: 389
Re : Le tracé de la mort
« Réponse #5 le: 27 Mars 2014 à 15:43:24 »
Merci pour tous,
Merci Thalie pour ta lecture
Merci Jack Lemisanthrope pour tes corrections et ta lecture je prends note.
Merci SombreLune pour ta lecture et tes corrections.
Merci Kaliana:
Citer
donner des informations vagues,
Il n'y a dans le texte aucune information vague! L'originalité peut certes pousser à oser  une  écriture ardue mais pas au point d'être abracadabrante! Pour ceux qui s'étonnent de la chute! il est très difficile de se prononcer là dessus, mais comme c'est une fiction on peut envisager bien des chose comme la démence!  Merci encore.
Une phrase n'est bien construite que si elle est écrite de telle manière que personne ne remarque qu'elle a été construite.

 


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