Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

02 décembre 2020 à 07:20:14
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » L'Atelier » Le petit amphithéâtre » Jonathan Stroud

Auteur Sujet: Jonathan Stroud  (Lu 2236 fois)

Hors ligne Lo

  • Clochard céleste
  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 9 568
    • olig marcheur
Jonathan Stroud
« le: 28 juin 2008 à 17:10:52 »


Je transfère l'interview de l'auteur de la Trilogie de Bartiméus qui était dans ledit topic...



1 - la genèse de l'écrivain

Quand j’étais plus jeune, je lisais absolument tout en fantasy… les livres pour jeunes adultes, les romans pour adultes…
Les livres dans ma chambre étaient pour moi comme des os dans la cage d’un lion… Et je crois que je rencontre beaucoup d’enfants qui ont cet insatiable appétit de lecture et qui lisent très vite. Ils ont des bouquins énormes sur leur table de chevet et ils continuent à alimenter la pile !
De mon côté, je me sens parfois un peu coupable de moins lire. A la fin de la journée, après avoir passé beaucoup de temps sur mon propre texte, je suis fatigué et je n’ai généralement plus le courage de lire.
J’ai travaillé sur des livres illustrés, deux livres d’énigmes quand je travaillais comme éditeur dans la maison qui publie la série Où est Charlie ? Un sur les vikings, l’autre sur les pirates. Les deux sont à mi-chemin entre un Où est Charlie ? et un Astérix, avec des bandes dessinées et beaucoup d’énigmes.
J’ai également travaillé avec Cathy Gale pendant près d’un an sur les pirates. J’écrivais le script, elle faisait la bande dessinée et les images… puis je réécrivais. Mais quand nous allions voir les responsables pour leur soumettre les planches qu’elle avait dessinées, il y avait toujours quelque chose qui clochait : trop de mots ici, un dessin trop gros là. Je crois qu’on a refait entièrement le projet sept fois et, à chaque fois, ils n’étaient pas satisfaits. C’était un gros projet !
Ma femme est designer et illustratrice, et j’adorerais faire un livre avec elle un jour.
Concernant mon prochain livre, je pense que je touche au but. Encore deux chapitres, deux chapitres et demi, et je l’envoie à mon éditeur. C’est un nouveau roman de fantasy, mais dans celui-là, le matériau magique est bien caché dans le background, et peut-être ne se verra-t-il pas de prime abord…
Qu'est-ce que je demanderais à un djinn si j'en rencontrais un ? plus de temps ! J’aimerais qu'il me donne une boucle temporelle pour pouvoir soit dormir soit écrire aussi longtemps que je le désire, et que le temps ne s’écoule pas. Que quand je revienne, ce soit encore la même heure. Bref, je lui demanderais de rendre le temps plus flexible.


2 - Sources d'inspiration

Depuis que je suis auteur, je crois que je préfère lire des romans qui n’ont rien à voir avec la fantasy : quand vous lisez un livre qui traite peu ou prou des mêmes sujets que ceux qui sont contenus dans votre histoire, ça devient oppressant. Quand vous construisez un monde, vous avez besoin de place autour de lui.
[Quelles sont vos autres sources d’inspiration ? Le cinéma ? La musique ?]
La musique, pas vraiment, même si j’aime cela. Mais je ne crois pas qu’elle m’inspire. En fait, je n’écoute jamais de musique pendant que j’écris, car le rythme de la musique serait forcément différent de celui que j’ai dans la tête.
En revanche, les lieux, les villes, les châteaux (un de mes livres se déroule dans un château que j’ai visité) sont de vraies sources d’inspiration. Je suppose que les gens que je rencontre aussi. Et les rêves… la pluie. La Trilogie de Bartiméus a commencé sous la pluie. Je marchais, seul, j’ai laissé mon esprit dériver et… Bartiméus est apparu.
Un écrivain doit garder son esprit ouvert en permanence, on ne sait jamais ce qui peut arriver.


3 - Sur Bartiméus

Lorsque j’ai fini la trilogie, je me suis dit : « Plus jamais. » J’étais épuisé… Aujourd’hui, je ne peux plus dire que je n’écrirai plus jamais rien qui mette en scène Bartiméus, je préfère penser que si je tiens une bonne intrigue, peut-être alors pourrais-je lui écrire de nouvelles aventures. Mais seulement si j’ai une intrigue nouvelle et intéressante.
Je tiens à répondre à chacun des courriers de fans, et je le fais, mais ça prend beaucoup de temps. Bon, rien à voir avec J.K. Rowling, qui doit en recevoir une sacré pile tous les jours. Comparativement, j’en reçois peu. Les lettres viennent surtout des Etats-Unis et d’Angleterre, mais aussi de France.
J’ignore si l'adaptation va se faire ou pas. C’est frustrant, car je crois que ça pourrait faire un bon film. Il y a trois ans, nous avions un script, un metteur en scène et un producteur, et j’étais complètement excité : « Mon histoire va devenir un film et ce sera génial ! » Puis tout est retombé. Disney et Miramax se sont séparés, et ce film est à présent comme un enfant pris dans la tourmente du divorce, dont le sort est suspendu au jugement… Je ne sais pas ce qui arrivera ni quand, mais ça pourrait être bien.
Dans le rôle de Bartiméus, ma femme milite pour Johnny Depp. Je ne crois pas qu’il accepterait parce qu’il est déjà engagé dans la série Pirates des Caraïbes [l'interview date de janvier... déconnecté de la réalité, Jonathan^^]. Mais il pourrait vraiment bien coller : il est charismatique, intéressant et drôle, il possède une forte personnalité, avec ce côté un peu étrange… L’équipe du film m’a prévenu que si, dans le livre, Bartiméus prend l’apparence humaine de Ptolémée adolescent, il était néanmoins préférable qu’il se manifeste dans le film sous une apparence plus adulte, afin de pouvoir travailler avec un acteur célèbre et chevronné. J’ai accepté puisque c’est pour le bien du film. Je crois cependant que ce sera un peu moins fidèle à l’esprit de Bartiméus.
Pour la Trilogie de Bartiméus, je me suis lancé sans plan. Je savais simplement que mon histoire mettrait en scène un génie dans un monde où les magiciens feraient de la politique. J’ai commencé à écrire en me disant « magnifique, j’adore ce personnage », et comme ça pendant cinquante ou soixante pages avant de réaliser que j’avais besoin d’un cadre plus étoffé… Je me suis alors arrêté et j’ai défini plus précisément l’histoire.
Quand j’ai commencé, j’envisageais un livre court ; court, rapide et léger, parce que je pense que beaucoup de récits de fantasy sont souvent trop longs, trop pesants et trop sérieux. Mais ça m’a échappé… Et ensuite, j’étais simplement fier que le troisième tome soit plus court que le deuxième ! Du moment que chaque tome n’était pas plus long que le précédent, ça allait.
La trilogie tout entière repose sur la volonté de trouver l’équilibre entre différentes personnes et différents groupes. Au début, c’est le chaos : Bartiméus est asservi, les politiciens détiennent le pouvoir au détriment des gens ordinaires. Je suppose que l’idée de trouver la voie vers l’équilibre est une composante du message du cycle.
Je n'impose pas au lecteur un narrateur omniscient et je préfère lui laisser le choix : à lui d'adopter tel ou tel point de vue sur l'histoire. Parce que dans la Trilogie de Bartiméus et un peu aussi dans mes autres romans, je m’identifie à différents personnages au cours des chapitres.
Bartiméus est drôle et charismatique, mais tout un livre avec lui serait épuisant : des blagues, des blagues et encore des blagues… Par pitié, assez ! C’était bien de dire « non, il y aura aussi des chapitres avec Nathaniel », qui est beaucoup plus calme, presque froid, et pendant lesquels l’histoire est plus sérieuse. Pas de blagues ou presque pas. Le ton change, les lecteurs doivent un peu s’accrocher, et ça m’a également permis de maintenir intact mon intérêt.
Pour les notes en bas de page, ce fut une révélation. J’ai commencé à écrire, au début de L’Amulette de Samarcande, cette scène où le djinn apparaît au garçon. Et dès qu’il s’est mis à parler, j’ai compris que ce génie était persuadé qu’il savait tout, qu’il était bien plus intelligent que Nathaniel et que le lecteur, et qu’il lui faudrait des notes en bas de page pour pouvoir crâner.
J’avais déjà vu le procédé utilisé, de temps à autre, mais je crois que c’est la première fois que les notes de bas de page deviennent quasiment un personnage à part entière, ou au moins une partie du personnage, sa marque de fabrique, et j’ai trouvé cela très utile.
Quand j’étais enfant, j’écrivais des histoires du genre « les livres dont vous êtes le héros » et j’adorais prévoir et concevoir les différentes options, les parcours possibles. Je crois que les notes de bas de page peuvent aussi servir à cela, proposer une alternative : soit vous poursuivez votre lecture, soit vous trouvez dans la note un petit bout d’histoire en plus…


[interview réalisée par ActuSF et coupée par mes soins]


*
*     *


Ah, ce Stroud ! Il est vraiment très... indépendant, par rapport à sa trilogie, j'trouve. C'est bien, il n'a pas l'air du genre à voir ses finances faiblir et se dire "allons-y, renflouons avec une nouvelle trilogie". Par contre, étant donné qu'il a travaillé sur les pirates, je dirais pas non à... ^^
"Me lyrics provide electricity" (Sean Paul ft. Fennekin)

Hors ligne Krapoutchniek

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 2 634
  • Génération de l'univers en cours, patientez svp...
Re : Jonathan Stroud
« Réponse #1 le: 28 juin 2008 à 17:53:30 »
Un écrivain doit garder son esprit ouvert en permanence, on ne sait jamais ce qui peut arriver.


Tout à fait d'accord. Il m'arrive parfois de me dire: "Comment aurait réagi tel personnage dans telle situation(réelle)?" ou des fois, j'analyse une conversation pour voir comment est mené un dialogue, etc...

Par contre, je ne conçois pas qu'on puisse travailler sans plan, sans rien du tout. Il faut toujours une base, quelque chose sur quoi se pencher, ne fut-ce que pour éviter les contradictions. D'ailleurs, il le dit lui-même, il a bien du en faire un en cours d'écriture.
It will reveal its meaning when it lives in victory...

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.17 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.029 secondes avec 25 requêtes.