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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Eldorado

Auteur Sujet: Eldorado  (Lu 1383 fois)

Hors ligne vinksdarkso

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Eldorado
« le: 30 Janvier 2014 à 20:05:58 »
ELDORADO



Cours mon fils, cours !

Il y a cette voix qui résonne sans cesse dans ma tête. Elle a juste dit cours, comme elle m’avait dit de marcher une dizaine d’années auparavant. Alors j’ai obéi, et j’ai couru.

Un premier coup de feu avait alors retenti, brisant l’impitoyable quiétude du désert. Par chance, la balle n'avait fait qu'effleurée son corps, mais suffit à perturber sa course. Elle tituba entre les touffes d'herbes sèches et les morceaux de roches calcaires, avant d'inévitablement s'écrouler au sol. Dans sa chute, elle heurta violemment un fragment de roche posé là, sans doute depuis la nuit des temps sur le sol argileux de ce no man’s land. Une pierre ancestrale, qui avait pourtant semblé jaillir de terre dans l’unique but de lui asséner cet ultime croche-patte. L’os du genou céda dans un craquement effroyable, et perça telle une lance macabre sa chair à vif, lui arrachant au passage un cri de douleur qui me fit frémir jusqu'au tréfonds de mes entrailles. Je me retournai pour tenter de lui venir en aide, mais il était déjà trop tard. Elle le savait, je le savais moi aussi, alors elle me fit tout simplement signe de continuer sans elle.

Une lumière de projecteur avait jaillit de la pénombre, et vint soudainement illuminer son visage. Je vis sur son visage se dessiner une expression nouvelle. Une peur naissante dans son regard, qui se changeait peu à peu en une fatale résignation. Elle avait le regard d’une louve prise au piège dans une mâchoire d’acier, qui admire impuissante sa progéniture s’enfoncer dans une forêt sombre et hostile.

Au loin, une voix d'homme se fit entendre, saturé par le son du mégaphone,  il hurlait quelque chose dans une langue qui m'était étrangère.

Peu de temps après, un autre coup de feu retentit, mais la balle ne se perdit pas cette fois-ci, et alla frapper de plein fouet son abdomen. Ce ventre qui m’a vu naître, je le vis périr. Ce ventre qui m’a vu naitre, venait d’accoucher d’une ogive d’acier...

Une nuée de chair et de sang rougeâtre gicla dans le bleu sombre la nuit, seulement éclairé par les faibles lueurs de pleine lune. C’était ma chair, mon sang en vérité, qui jaillissait en direction de mon visage pétrifié d’horreur. Je peux encore sentir les chaudes larmes d’hémoglobine se déposer au creux de mes yeux. Regarde maman pensais-je, comme je pleure ton sang. Regarde maman, comme je pleure la folie de tes enfants.

Mon nom est Jésus, mais je ne marche pas sur l’eau, pas plus que je ne fais de miracle, car jamais je ne serait le sauveur.

Le soleil s’est enfin levé sur ce paysage d'apocalypse, et toujours je cours sur un sable brûlant qui me calcine la voûte plantaire et me dessèche les lèvres. Le voilà, mon calvaire...

Ma croix a la forme d’un sac à dos remplit de babioles et de misère. Le mur de mes lamentations lui, n'a pas fier allure, il trône face à moi, et il est couronné d’épines d’acier prêtes à me lacérer la peau. Je suis coupable je le confesse, d’être né du mauvais côté de cette frontière.

Alors je cours inlassablement, avec pour seul espoir celui de pouvoir un jour franchir ce mur et fouler cette terre qui m'est promise. Peut-être alors, renaîtrais-je de nouveaux...

En attendant ce jour je cours, comme nous tous, à la recherche de l’Eldorado.
« Modifié: 03 Février 2014 à 22:58:57 par vinksdarkso »
"La fiction, c’est la part de vérité qu’il existe en chaque mensonge." Stephen King

Hors ligne Thirsty

  • Aède
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Re : Eldorado
« Réponse #1 le: 30 Janvier 2014 à 21:00:25 »
Salut !  ::)
En fait, je crois que ça va devenir récurent mon style de commentaire sur tes textes. J'ai adoré, vraiment. Je n'ai rien à redire, j'ai été transporté dans l'univers de ton texte, il se lit tellement bien! Je pourrais en faire un éloge encore et encore mais ça reviendrait toujours au même! Je te lis avec grand plaisir Vinks!
Em'  ;)
Toujours plus c'est encore mieux. ( http://waspiration.blogspot.fr/ )

Hors ligne Loupiotte

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Re : Eldorado
« Réponse #2 le: 30 Janvier 2014 à 22:18:45 »
Il est fort ce vinks!
Très joli texte, continue de chercher, tu le trouveras ton eldorado!

Hors ligne Musyne

  • Prophète
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Re : Eldorado
« Réponse #3 le: 30 Janvier 2014 à 23:01:36 »
Hello Vinks,

Je vais passer avec mes gros sabots, hein, tu m'en voudras pas  ? :P

Citer
morceaux de roches calcaires posées çà et là de la route
Posés me semble plus correct : ce sont les morceaux qui sont posés ça et là, non ?
De la route -> Sur la route.
Sinon, je ne sais pas si le verbe "poser" retranscrit bien la disposition des cailloux. Ça donne l'idée d'un acte humain, d'un truc presque réfléchi.

Citer
puis indéniablement, elle tomba
Mouif  :???:

Citer
Dans sa chute, elle heurtait violemment
Pourquoi l'imparfait ici ? On dirait qu'elle tombe au ralenti du coup, c'est très étrange. Surtout avec le passé simple de la phrase d'avant : "elle tomba".

Citer
qui était sans doute posé là depuis la nuit des temps
Encore un caillou posé sur la route ^^

Citer
cet ultime croche patte
Un ultime croche-patte ?

Citer
perça sa chaire à vif telle une lance macabre
Chair.
Je vois l'idée introduite par la comparaison mais je l'aurais placée juste après le verbe : "perça, telle une lance macabre, ..."

Citer
Je me retournais, et voulus l’aider à ce relevé
Je me retournai... et aïe : se relever.
Virgule pas franchement utile.

Citer
Une lumière de projecteurs
Sans s.

Citer
et je vis l’espace d’un court instant, dans son regard se muer une expression nouvelle
Je trouve que c'est pas tip-top. Le verbe "se muer" déjà, puis la virgule, puis l'adjectif "nouvelle"... Bref, pas tip-top, désolée  :-[

Citer
Elle avait le regard d’une louve prise au piège dans une mâchoire d’acier, une louve qui regarde impuissante sa progéniture s’enfoncer dans une forêt sombre et hostile.
Je trouve que ça, c'est mieux, tu vois :)

Citer
Ce ventre qui m’avait vu naître, je le vis périr sous mes yeux. Ce ventre qui m’a vu naitre, venait d’accoucher d’une ogive d’acier.
"Avait vu naître" devient "a vu naître".
Pas de virgule.
Un coup de feu devient une ogive d'acier  :o

Citer
Une nuée de chair et de sang rougeâtre gicla dans le bleu sombre de la nuit, seulement baignés par les lueurs de pleine lune.
Baigné. Une virgule en trop. Je trouve la fin de la phrase un peu trop ... classique (Ouh là, oui, c'est moi qui écris ça, rien ne va plus  :aah: )

Citer
C’était ma chair, c’était mon sang qui jaillissait en direction de mon visage pétrifié par cette vision d’horreur.
Hmm... Coquille, je pense. J'aurais mis le verbe au pluriel.

Citer
Je sens encore les chaudes larmes d’hémoglobine se déposer au creux de mes yeux. Regarde maman pensais-je, comme je pleure ton sang. Regarde maman, comme je pleure la folie de tes enfants.
:coeur:

Citer
sur ce sable chaud qui me brûle la voute plantaire.
Pourquoi "ce" et pas "le" ou "un" ?
Voûte.

Citer
Ma croix à la forme d’un sac à dos remplit de babioles et de misère
A - rempli.
J'aime cette phrase. Le genre de phrase qui me fait dire que celle où tu écris "le bleu sombre de la nuit... la pleine lune"... ben tu peux faire plus claquant.

Citer
d’être née du mauvais côté d’une frontière
Né.

Citer
Alors toujours je cours
J'enlèverai le "toujours", mal placé là.

Citer
de nouveaux
Sans x.

Citer
En attendant ce jour bénit je cours,
Béni.

Rétrospective :
Citer
Elle a juste dit cours, comme elle m’avait dit de marcher, une dizaine d’années auparavant
Je trouve que cette phrase, au début, est chouette.

Ben écoute, finalement, j'étais davantage convaincue par la première version. Là, j'ai moins accroché, même si ça reste toujours très prenant. Mais ça claque moins, comme si tu avais voulu trop en faire dans certains passages, et du coup, ça alourdit ton style. Peut-être que certaines phrases sont trop longues, trop explicatives, je ne sais pas. J'ai relevé aussi certains procédés un peu répétitifs (genre "une louve x2, "ce ventre qui m'avait vu naître" x2 et un peu plus loins "c'était ..." x2, "regarde maman" x2... bref, beaucoup de paires)
L'idée est toujours nickel, en revanche, et j'aime beaucoup certaines formulations qui donnent une bonne intensivité dramatique à ton histoire.
Hm, j'espère ne pas avoir été trop dure. Si tu veux, j'ai des cookies  :-¬?
Ah, et ce coup-ci, je n'ai pas pensé à Jésus II, donc j'ai dû regagner quelques neurones depuis la dernière fois  ;)

A plus :)

Hors ligne Freeen

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Re : Eldorado
« Réponse #4 le: 31 Janvier 2014 à 07:57:09 »
Po, po, po ..
Un beau texte, brulant et surtout d'actualité !
On entre dans la peau du refugier et dans sa peur. Contrairement a Musybe, je prefere cette version que je trouve plus parlante (surtout la fin)
I prefer to think that God is not dead, just drunk

Hors ligne vinksdarkso

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Re : Eldorado
« Réponse #5 le: 31 Janvier 2014 à 08:31:07 »
A thirsty:

Mais non vas y lâches toi, fais dans l'éloge je suis pas timide... :noange: C'est vrai qu'on est toujours plus inspiré par un bon bottage de cul, Gandhi n'approuverait pas!


A Feen:

Po, Po, Poooo... Poulop, Poulop !

Musyne a lu une version précédente, que j'avais modifié entre temps. Merci en tout cas pour ce court, mais encourageant commentaire. Le sujet est d'actualité depuis les années 60 voir plus, l'immigration au frontière a toujours été violemment réprimée.

A loupiotte:

Je suis français moi madame, je vis dans déjà dans l'Eldorado ! Merci à toi, effectivement je suis fort, je soulève facilement les 33cl de ma canette de coca, non sans mal cependant...

A Musyne:

Passes quand tu veux avec tes gros sabots, pas besoin d'essuyer tes pieds crotteux sur le tapis, mon univers est remplit d'immondices ! Et je ne suis pas trop susceptible, mais fais tourner les cookies!

Ta critique m'a parut pertinente sur certains points, soulevant quelques imperfections de styles dans certaines formulations. J'ai laissés certaines choses, car ce sont des choix volontaire.

Ex:

La pierre posée: Référence à un dieu créateur

Le coup de feu/ogive d'acier. L'ogive d'acier est la balle de revolver provenant du coup de feu.
« Modifié: 01 Février 2014 à 00:20:40 par vinksdarkso »
"La fiction, c’est la part de vérité qu’il existe en chaque mensonge." Stephen King

Hors ligne Musyne

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Re : Eldorado
« Réponse #6 le: 31 Janvier 2014 à 14:31:49 »
@ Freeen : Moi, c'est Musyne. Musybe, uniquement quand je suis enrhumée  ;D

@ Vinks :
Cool ! Les cookies sont bons, tu as bien raison.
Je comprends que tu conserves les choix qui te tiennent à cœur. Disons que l'ogive me fait davantage penser à un missile qu'à une balle et pour la pierre posée, je relevais surtout la répétition du terme.

Citer
asséner un ultime croche-patte fait à sa déstinée
Asséner a davantage le sens de porter un coup.
Destinée.

Citer
Une lumière de projecteur lui sauta soudainement  au visage
Illumina, éclaira ? Je ne vois pas une lumière "sauter au visage" de quelqu'un.

Citer
C’était ma chair et mon sang en vérité, qui jaillissait désormais en direction de mon visage pétrifié d’horreur.
J'ai compris cette phrase ! (J'ai vu la lumière, alléluia  :D)
Alors, maintenant que je vois ce que tu veux dire, je me dis que c'est peut-être pas forcément clair avec cette formulation (le "en vérité" peut-être).

Citer
je ne serais jamais le sauveur.
Serai.

Citer
Le soleil s’est enfin levé sur ce paysage d'apocalypse, et toujours je cours sur ce sable brûlant qui me calcine la voûte plantaire.
Trop de démonstratifs à mon goût - mais je milite ardemment contre l'emploi intempestif de ces petits mots, je dois dire.

Citer
remplit de babioles et de misère
Rempli - tu y tiens à ce t ^^

Citer
d’être née du mauvais côté de cette frontière.
Né - théorie du genre quand tu nous tiens  :mrgreen:

Citer
nouveaux
-x

Je trouve que c'est mieux avec les modifications. L'avant-dernier paragraphe (enfin, le dernier "gros paragraphe) me paraît bien tourné, très intense. Le fait d'avoir élagué certaines tournures un peu lourdes rend la lecture de ton récit plus fluide. Au final, je préfère parce que c'est plus percutant parce que plus clair, plus efficace.

Ceci dit, maintenant, je me pose une question : à force de courir, il va pas finir par se le prendre, ce mur ? (Ok, je sors...  :-[)

Hors ligne vinksdarkso

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Re : Eldorado
« Réponse #7 le: 31 Janvier 2014 à 19:39:59 »
Okey, heureusement que t'étais là pour chipoter un peu, je passe toujours à côté de deux ou trois trucs...

Bon, et ils sont ou tes foutus cookies? Ca commence à m'exciter les papilles ses histoires de bouffe, je suis un véritable nymphomane de la gastronomie moi !

Concernant ta vanne, je dirais que j'ai la sensation que toi et le mur, vous avez déjà fais connaissance depuis longtemps déjà...

Oui, tu peux sortir...
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Hors ligne philibert

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Re : Eldorado
« Réponse #8 le: 01 Février 2014 à 11:39:51 »
Salut !
Je ne sais quelle version j'ai lu, probablement la dernière :)
Le style et l'histoire sont extrêmement prenants, j'ai adoré courir avec eux.
Le seul truc qui m'a vraiment dérangé (ce petit truc qui reste en fond de crâne tout au long du texte) mais qui m'a un TOUT PETIT PEU pourri la lecture,
c'est un truc tout con.. et je m'en excuse déjà ...

Comment le petit garçon, qui est déjà devant sa mère en train de courir à toutes jambes, pris de panique et de stress croissants peut-il voir tout ce qui arrive à sa mère, derrière lui ?
Qu'il entende le cri de sa mère, qu'il se retourne furtivement pour voir sa mère au sol et qui lui fait signe d'avancer, ok. Qu'il entende le deuxième coup de feu, c'est presque évident puisqu'il est aux abois, mais voir la balle déchiqueter sa mère je n'arrive pas à me l'imaginer.
Voilà, sinon j'ai hâte de retomber sur un de tes textes (et si j'ai un peu de temps j'irai lire les anciens, mais le temps , tu sais ..... )

Phil'

Hors ligne vinksdarkso

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Re : Eldorado
« Réponse #9 le: 01 Février 2014 à 12:22:10 »
@ Philibert  :o Ah ouais, je crois que tu viens de mettre ton doigts potelé sur un point noir qui fait mal ;D

La vérité c'est que j'étais trop focalisé sur la narration et que je n'ai pas pensé à ce détail de cohérence, finalement dans ma mauvaise foie, j'ai trouvé une petite astuce ! J'ai supprimé le "je vis" sous mes yeux etc. de la première partie. Ainsi, on peut en déduire que le personnage "imagine" la première partie (avant qu'il ne se retourne) et qu'étant en état de choc, il se refait le film dans sa tête, se mettant dans la peau de sa mère et s'imaginant ce qu'elle a du vivre avant de mourir.

C'est pas con du tout, c'est même totalement pertinent, je suis même surpris que personne n'ai pensé à ça avant toi...

Bravo !
« Modifié: 01 Février 2014 à 12:24:37 par vinksdarkso »
"La fiction, c’est la part de vérité qu’il existe en chaque mensonge." Stephen King

 


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